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COMMUNION AVEC DIEU PAR LE MOYEN DES SACRIFICES

Chap. I-VIT.

$ 1. Holocaustes.

Chap. 1.

CHAPITRE [. — 1. Ce premier verset du Lévitique le rattache aux deux premiers livres du Pentateuque. L’historien sacré, en parlant à ses lecteurs de l'Eternel (Jéhova), de Moïse, de la Tente d’assignation, suppose chez eux la connaissance des événements rapportés dans la Genèse et dans l’Exode, la création, l’histoire du premier homme, la chute, le déluge, Ja vocation d'Abraham, les destinées de ses descendants dans le pays de Canaan et en Egypte, leur sortie du pays de la servitude, l'alliance entre Jéhova et son peuple, enfin la construction du sanctuaire, dans lequel Dieu se manifestait à Moïse, son envoyé, conformément à la promesse contenue dans Ex. 25 : 29. Ce sanctuaire, dont la description se trouve

dans le chap. 26 de l’Exode, est appelé ici « Tente d’assignation, » parce que Dieu y convoquait ceux auxquels il adressait ses révélations. Dans d’autres passages il est appelé simplement « la Tente » («le tabernacle » dans nos versions), à cause de sa forme, ou « la Résidence » (dans nos versions: «le pavillon »), parce que l'Eternel en avait fait d’une façon toute particulière sa demeure et le centre de ses grâces.

2. Ce chapitre et les six suivants renferment les instructions relatives aux sacrifices.

C'était par là que le Lévitique devait commencer, parce que cette institution était le centre du culte israélite, le moyen principal pour maintenir et fortfier la communion qui s'était établie entre Jéhova et son peuple, le canal par lequel les enfants d'Abraham faisaient jour après jour monter vers Dieu leurs hommages et leurs supplications, et par lequel ils recevalent, à leur tour, le pardon, la paix, la joie et toutes les grâces dont ils avaient besoin.

L'institution des sacrifices fut développée et sanctionnée par la loi mosaïque, mais elle remonte bien plus haut ; nous la rencontrons déjà dans la première génération de la postérité d'Adam (Gen. 4), et elle fait partie de cette religion primitive, dont les traditions de tous les peuples ont conservé quelques débris plus ou moins reconnaissables. Cette institution répond au besoin de homme d’exprimer les divers sentiments qu’il éprouve envers son créateur, reconnaissance, confiance, repentance, non-seulement par des paroles (la prière), mais aussi par quelque acte matériel, par l’offrande de quelque portion des biens dont il jouit. Les premiers sacrifices peuvent avoir été des actes spontanés, mais bientôt, sans doute, Dieu lui-même intervint et en encouragea la répétition par une institution positive qui témoignait qu'ils étaient approuvés et acceptés. Une déclaration solennelle de la volonté de Dieu sur ce point était particulièrement nécessaire par rapport aux sacrifices expiatoires ; l’homme, écrasé par le poids de ses péchés et tremblant devant son juge, avait besoin d’être assuré que ces actes étaient réellement agréés de Dieu comme moyen de satisfaire sa justice et d'obtenir la réconciliation et le pardon, comme gages de sa miséricorde et comme figure d’une victime plus excellente qui devait

être offerte dans la suite des âges. Nous croyons donc, comme la plupart des théologiens anciens, que les sacrifices n'étaient pas seulement une invention des premiers hommes, mais qu’ils reposaient sur une institution divine, aussi bien que le sabbat, les fêtes, le sacerdoce, etc. (Sur cette question voy. dans mon Commentaire sur la Genèse l’explication de Gen. 4 : 8.) Mais cette institution a pris fin avec l’ancienne alliance; la grande expiation une fois accomplie, l’économie des ombres et des figures fit place à celle de la réalité (épître aux Hébreux 10 : 1-18) ; dès lors un changement considérable devait aussi s’opérer dans le caractère du culte qui est offert à Dieu. Les sacrifices qui lui sont agréables, c’est « le fruit des lèvres qui confessent son nom » (Hébr. 19 : 15), le chant de ses louanges, un culte public spirituel et pur, c’est surtout le culte de toute la vie, l’offrande de nos biens, de nos forces, de nos cœurs. (Voy. Rom. 12 : 1.) Les assurances de pardon et de réconciliation avec Dieu qui, pour les fidèles de l’ancienne alliance, étaient attachées aux sacrifices, se trouvent pour ceux de la nouvelle dans les promesses de l’Ecriture sainte, et plus directement encore dans les sacrements que notre Seigneur a institués.

Les sacrifices apparaissent d’abord sous le nom général d’«offrande » (en hébreu ::Korban, substantif dérivé d’un verbe qui signifie : apporter, offrir), après quoi le législateur en indique les différentes espèces. C’est des sacrifices: sanglants qu’il est question tout d’abord. Les victimes étaient choisies parmi les animaux domestiques dont les Israélites, faisaient un usage journalier, car il faut que ce que l’homme offre à l'Eternel, ait du prix à ses propres yeux en sorte qu'il ait à faire quelque acte de renoncement.

Ces sacrifices, qui consistaient dans l’immolation d’un être vivant, étaient de tous les plus importants. Ils étaient le symbole le plus complet de l’offrande que l’homme veut faire à Dieu de sa propre personne et ils pouvaient aussi seuls servir à représenter l’idée d’une expiation, d’une satisfaction offerte à la justice suprême pour les péchés de ceux qui les apportent. Le salaire du péché, c’est la mort (Gen. 2 : 17, 3 : 19; Rom. 6 : 23), c’est pourquoi il ne pouvait pas y avoir d’expiation et de pardon sans effusion de sang (Héb. 9 : 22);

mais Dieu, dans sa miséricorde, daignait accepter la substitution d’un être innocent à l’homme coupable : celui-ci était assuré de son pardon, s’il présentait la victime qui était censée chargée de ses péchés, avec une sincère repentance, et avec foi aux promesses divines. Les sacrifices sanglants avaient encore une autre destination, celle de préfigurer un acte expiatoire, infiniment plus grand et plus parfait que ceux qui s’accomplissaient journellement auprès du Tabernacle. Les fidèles de l’ancienne alliance devaient comprendre eux-mêémes l’insuffisance des sacrifices auxquels ils prenaient part, tout en goütant les bénédictions qui y étaient attachées. Ils. devaient pressentir que ces actes ne pouvaient avoir en tant qu’actes expiatoires, qu’une valeur conventionnelle, si l’on peut ainsi dire, et qu'ils n'étaient acceptés de Dieu que provisoirement, en attendant l’oblation d’une victime assez grande, assez sainte, pour pouvoir offrir à sa justice une réparation suffisante. Ainsi ils n’ignoraient pas que « le sang des taureaux et des boucs ne pouvait pas enlever les péchés » (Héb. 10 : 4), et les sacrifices entretenaient la foi à la grande promesse d’un Rédempteur, qui, déjà adressée à nos premiers parents après la chute (Gen. 3 : 15), était de siècle en siècle confirmée et développée par de nouvelles révélations prophétiques. :

Lorsque nous étudions l'institution des sacrifices à la lumière du Nouveau Testament, nous ne pouvons conserver aucun doute sur leur valeur typique et prophétique. Et, à son tour, cette institution jette une vive lumière sur la dispensation évangélique, et surtout sur le véritable caractère de la mort de notre Seigneur Jésus-Christ. Sile rationalisme, à tous ses degrés, affaiblit importance de cette mort, et la réduit à n'être guère qu’un admirable exemple de patience et de dévouement, ou bien une manifestation de l’amour de Dieu envers l’humanité, la loi mosaïque rend un éclatant témoignage à la doctrine de l’expiation, telle qu’elle a été professée en tout temps par les grandes églises de la chrétienté. Jésus-Christ a dû goûter la mort, parce qu’il devait ôtre notre représentant devant Dieu, se charger de la peine de nos péchés, s'offrir, lui, victime sainte et pure, à la place de l'humanité coupable. Cette idée de la SUBSTITUTION, si clai-

rement et énergiquement exprimée dans les sacrifices sanglants, doit nécessairement constituer aussi l'essence du grand sacrifice de Golgotha, dont ils étaient la figure et l’an- : ticipation. Nier l’expiation, comme le font aujourd’hui plusieurs théologiens protestants, c’est déchirer le lien que Dieu a établi entre l’ancienne et la nouvelle alliance. (Voir aussi sur ce sujet l’Introduction au Lévitique.) À ceux de nos lecteurs qui comprennent le latin, nous recommanderons comme l’un des ouvrages les plus solides que l’on puisse consulter sur le sujet des sacrifices, le livre publié, il y a bientôt 200 ans, par un ecclésiastique anglais, Outram, chanoine de Westminster (De Sacrificiis, libri duo. Londini, 1677). L'auteur s’est appliqué principalement à mettre en évidence la doctrine de l’expiation. :

3. Le mot « holocauste » se rencontre déjà dans plusieurs passages de la Genèse et de l'Exode. Le mot hébreu hola est dérivé du verbe hala qui signifie «monter ; » ce sacrifice était ainsi nommé, parce que la victime était placée sur l’autel (explication donnée dans mon Commentaire sur la Genèse, pag. 71), ou bien, parce qu'elle était présentée à Dieu et était censée s'élever vers lui, en oblation agréable (explication de Bähr et Keil, peut-être préférable). L'holocauste se distinguait d’autres espèces de sacrifices en ce que la victime y était consumée entièrement, et c’est de là que provient un

autre nom kalil, c’est-à-dire : tout consumé, qu'on lui don-

nait quelquefois (Deut. 33 : 10 ; Ps. 51 : 21), et auquel correspond le mot grec qui a donné naissance au mot français « holocauste. » La version des Septante emploie ce mot aussi pour rendre le mot hébreu hola et nos versions françaises font de même.

L’holocauste était de tous les sacrifices sanglants le plus solennel, celui dans lequel l’idée de sacrifice, d'immolation, de consécration à Dieu, s’exprimait de la manière la plus complète ; aussi était-il employé pour le service quotidien.

(Voy. explication de Ex. 29 : 38-42). Il avait toujours une

valeur expiatoire, comme le montre le vers. 4, mais il exprimait aussi l’adoration, la reconnaissance, l’action de grâces. - La loi indique les qualités que doit avoir la victime. Ge doit être un mâle, parce que, pour des sacrifices aussi impor-

tants, il convenait de choisir le sexe le plus fort, celui qui, aux yeux des Orientaux, représentait le mieux la race. En second lieu, lanimal devait être « parfait, » c’est-à-dire, sans défaut corporel (ces défauts sont indiqués dans 22 : 21-25), parce qu’il devait préfigurer le mieux possible la pureté parfaite de «l’Agneau sans défaut et sans tache. » (I Pier. 4 : 19.) — La victime était amenée « à la porte de la Tente d’assignation, » c’est-à-dire, dans le parvis où se trouvait l’autel dit « des holocaustes. » (Décrit dans Ex. 27: 1-8.)

Enfin le but dans lequel l’holocauste est offert est indiqué par les mots : il l’offrira « afin d’être rendu agréable devant l'Eternel » (hitt. il l’offrira pour son acceptation devant l’Eternel). Cette traduction, qui est celle de la plupart des versions, à commencer par les Septante, est aussi plus exacte que celle qui est donnée par Osterwald, Martin et la version anglaise : « Il l’offrira de son bon gré, devant l’Eternel. » Ge dernier sens, admissible ici ‘, ne le serait point dans le passage tout semblable 22 : 49, 20. Ce verset du Lévitique, traduit comme nous le faisons, explique ces paroles de St. Paul : «Nous sommes rendus agréables à Dieu en son Bien-aimé. » (Eph, 1::6:)

4. La substitution de la victime à l’homme pécheur était représentée par une cérémonie symbolique très simple et cependant très expressive. Celui qui avait amené l’animal, posait ses mains sur sa tête; suivant les docteurs juifs il devait mettre à cette action une certaine énergie et prononcer en même temps une confession de ses péchés. Cette imposition des mains signifiait que les péchés de l’homme étaient transférés à la victime et que celle-ci représentait le coupable devant Dieu. Elle recevait la mort à sa place, elle « faisait expiation pour lui, » et ainsi, la justice de Dieu se trouvant satisfaite, il pouvait pardonner au pécheur et lui rendre sa faveur. Cette substitution, admirable conciliation de la sainteté de Dieu avec sa miséricorde, est la clef du mystère de la rédemption. « Christ a souffert, lui juste, POUR

1 Cetle traduction se fonde sur ce que le mot hébreu (rafzon) que nous rendons par «faveur, bienveillance, acceptation, » signifie aussi : « bon plaisir, bon gré. »

(c’est-à-dire : à la place) les injustes. » (I Pier. 3:18.) «Il a porté NOS péchés en son corps, sur le bois.» (I Pier. 2:24.) La cérémonie de l'imposition des mains devait probablement toujours précéder l’immolation de la victime, mais elle n’est pas toujours mentionnée expressément. Il eût été difficile d’en imaginer une qui fût plus propre à exprimer Ja signification du sacrifice, comme aussi à réveiller tout à la fois dans les cœurs la repentance et l’espérance du pardon. Le législateur explique lui-même sa pensée en ajoutant : « Lequel (l’holocauste) sera agréé de l’Eternel, faisant expiation pour lui. » Plusieurs versions rapportent au pécheur le pronom qui accompagne le verbe « être agréé ; » le contexte indique qu’il se rapporte à l’Eternel ; la révision de Lausanne et Perret-Gentil traduisent comme nous. — Le verbe hébreu (kapar) que nous rendons par « faire expiation, » signifie proprement « couvrir ; » c’est la racine du nom hébreu kaporet que portait la plaque d’or recouvrant larche, le « propitiatoire. » (Voir dans mon Commentaire sur l'Exode l'explication de Ex. 25 : 17.) Devant Dieu le péché est « couvert, » quand il est pardonné et considéré comme n’existant pas. (Comp. Ps. 32 : 1.)

9. La victime (ordinairement un veau, jeune taureau) était immolée « devant l'Eternel, » c’est-à-dire, devant le tabernacle, résidence terrestre de l'Eternel. Celui qui offrait l’holocauste se chargeait lui-même de cette opération, mais Pacte plus important et plus solennel de l’effusion du sang était confié aux prêtres (les fils d’Aaron et leur postérité), qui, en vertu de leur charge, étaient médiateurs entre Dieu et le peuple. Le mot hébreu coën, que nous rendons par « prêtre » ou « sacrificateur, » est dérivé d’un verbe qui signifie « administrer, servir. » (Pour plus de détails voy. dans mon Commentaire sur la Genèse l’explication de Gen. 14: 18.) — L’autel dont il est question est l’autel des holocaustes, placé dans le parvis et ici désigné par les mots « à l’entrée de la Tente d’assignation, » pour le distinguer de l’autel des parfums qui se trouvait dans l’intérieur du tabernacle. (Voy. Ex. 40 : 24, 27.) C’est l’effusion du sang sur l’autel qui constituait Pacte expiatoire proprement dit, parce que le sang étant le principe, l’élément essentiel de la vie animale, représentait le

plus complétement la victime, ou plutôt la personne du pécheur qu’elle remplaçait. Cette valeur du sang est clairement constatée par 17 : 11. Dans ce passage, la défense de faire du sang un usage alimeniaire est motivée par cette considération : « La vie de la chair est dans le sang et je vous l'ai donné à l’autel pour faire expiation pour vos personnes, car le sang fait expiation par la vie‘. » Le pécheur mérite la mort, la Justice divine a le droit de lui enlever la vie; c’est pourquoi l’expiation (symbolique et provisoire, voy. explication de vers. 3) devait se faire par ce qui représentait le mieux l’immolation de la vie, savoir l’effusion du sang. (Comp. aussi mon Commentaire sur la Genèse, pag. 13 6ti713;:) |

6-9. La victime était dépouillée de sa peau, coupée en morceaux et placée sur l'autel. — Les mots «ils mettront du feu sur l’autel » ne peuvent Ss’entendre que du premier holocauste qui fut offert, puisque d'après Ja loi le feu, une fois placé sur lautel, devait y être entretenu continuellement. (Voy. 6: 13.) — L'expression «parfum agréable, » se rapporte à la fumée de l’holocauste qui en s’élevant vers le ciel, est censée apporter à Dieu la vertu expiatoire ou eucharistique du sacrifice. C’est ainsi qu’il est dit de l’holocauste offert par Noé au sortir de l'arche : « L’Eternel flaira un parfum agréable et l'Eternel dit en son cœur : Je ne veux plus maudire la terre à cause de l’homme. » (Gen. 8 : 21.) C’est aussi le sens de ces paroles de St. Paul : « Jésus-Christ s’est offert à Dieu pour nous comme une oblation et une victime d’agréable odeur. » (Eph. 5 : 2.)

10-13. On pouvait aussi offrir en holocauste des victimes de moins grand prix; la loi l’autorisait, afin que les grâces attachées aux sacrifices fussent à la portée de tous les Israélites, des pauvres comme des riches ; mais le rite demeurait le même. — Ce qui est prescrit au vers. 11 au sujet du heu où la victime était égorgée s’appliquait sans doute aussi aux

! Dans nos versions le mot hébreu nephesch, que nous rendons par vi, est généralement traduit par éme. Cette traduction se justifie en tant que ce mot signifie tour à four, suivant le contexte, souffle, vie, âme (l’âme psychique, à : distinguer de l’esprit, principe divin en l’homme), personne. Dans notre passage le contexte montre évidemment qu’il s’agit de la vie, au moins dans le premier membre de phrase; dans le reste du verset il peut être rendu par « personne. »-

holocaustes de gros bétail. Au vers. 5 il était dit seulement que ce devait être « devant l'Eternel ; » ici le législateur détermine le côté septentrional de l’autel, peut-être parce que, dans le symbolisme oriental, le nord était la région des ténébres et du malheur; c'était donc là que le péché devait recevoir son châtiment.

14-17. La loi tenait compte des circonstances des plus pauvres, en autorisant l’offrande de tourterelles et de pigeonneaux, cet oiseau étant probablement déjà à cette époque considéré comme un type de pureté et d’innocence. (Comp. Math. 10 : 16.) La victime ne devait pas être entièrement partagée (séparée en deux parts, vers. 17), peut-être afin qu'elle fût présentée à Dieu dans son intégrité, ce qui n’était possible que dans le cas d’un petit animal. Les cérémonies étaient d’ailleurs semblables à celles de l’holocauste te gros et de menu bétail.

$ 2. Oblations.

Chap. 2.

CHAP. Il. — 1. Avant de passer à des sacrifices sanglants d'une autre espèce, le législateur parle des sacrifices non sanglants qui. généralement accompagnaient les premiers. Il paraît qu’ils étaient toujours Joints aux holocaustes ; c’est pourquoi ils sont placés immédiatement après la toi sur l’holocauste. La loi consignée dans Nomb. 15: 1-19, avait été déjà promulguée antérieurement, comme le prouve Lév. 93: 49,043:

Les sacrifices non sanglants étaient l'expression symbolique des sentiments de dépendance et d’humble reconnaissance que l’homme doit éprouver envers Dieu, créateur de toutes choses, et son suprême Bienfaiteur. Il consistaient en substances alimentaires, farine, huile, etc. ; aussi sont-ils assez bien caractérisés par l’expression « sacrifices alimentaires, » qui se trouve dans les versions allemandes, anglaise, hollandaise. L'expression « offrande de gâteau » (Ostervald, Martin), rappelle la même idée, mais n’est guère plus heureuse que celle « d'hommage » (nouvelle version de Lau-

sanne). Dans l’hébreu, ces sacrifices sont appelés minka, mot dérivé d’un verbe (manak) qui signifie « distribuer, donner ; » on pourrait donc le rendre par: don, présent. La version de Matter porte : « offrande non sanglante, » qui a l’inconvénient d’être un peu long. Nous avons préféré « oblation, » qui reproduit le sens primitif du mot hébreu.

L'oblation (minka) devait consister en « fine farine » (fleur de farine), mais il fallait y joindre de « l'huile, » afin de rappeler que notre cœur doit être sanctifié par la grâce, pour que notre culte soit agréable à Dieu, et de l’encens, qui représente l’idée de l’adoration. (Sur la valeur symbolique de l’huile et de l’encens, voyez mon Commentaire sur l’Exode, pages 160, 172.)

Les offrandes de cette espèce appartenaient à l’ancienne alliance, essentiellement prophétique et typique, et par là même provisoire. Mais cette loi subsiste dans son esprit, et nous devons en pensées, en paroles, en actions, reconnaître notre dépendance de Dieu.

2, 8. L’«oblation » servait d’aliment aux prêtres (représentants de Dieu), après, toutefois, qu’on en avait prélevé une portion, qui était considérée comme l’essence de Poffrande et que l’on consumait sur l’autel. Cette portion réservée s'appelait en hébreu : azkara. La plupart des versions, à commencer par les Septante, rendent ce mot par « mémorial, » « sacrifice de commémoration. » En effet, le mot azkara est dérivé d’un verbe très connu «zakar, » qui signifie: graver, imprimer dans la mémoire, se souvenir, faire souvenir, célébrer, louer. Cette expression doit très probablement être rapprochée du mot z1karon, dérivé du même verbe, que nous trouvons dans 23: 24, employé en parlant de la Fête des trompettes, et dans Ex. 98 : 12, en parlant des pierres précieuses placées sur l’éphod du grand-prêtre. Nous pensons que le sacrifice dont il est ici question était également destiné à rappeler devant Dieu celui qui l’offrait, à faire en quelque sorte ressouvenir Dieu de ses promesses. Cette idée n’est pas suffisamment exprimée par nos versions, ni par « mémorial » (Osterv., Mart., nouvelle version de Lausanne), ni par «sacrifice de commémoration » (Matter), expressions qui ont

l'inconvénient de faire penser qu'il s'agirait de conserver le souvenir de quelque fait accompli. La traduction de Perret- Gentil, « portion destinée, » est encore moins heureuse. Nous avons essayé d’y substituer : « sacrifice de souvenir, » sans prétendre que cette expression soit entièrement satisfaisante. Le substantif askara est accompagné dans l’hébreu d’un pronom qui indique qu'il appartenait, comme portion prélevée, à l’oblation (comp. vers. 9); nous avons dû, dans notre langue, employer plusieurs mots pour rendre cette idée.

4. Les trois premiers versets se rapportaient aux oblations dans lesquelles la farine était offerte telle quelle, sans préparation; ici il est question du cas où elle était cuite au four (il s’agit sans doute des petits fours que les Orientaux ont aujourd’hui encore dans leurs habitations) et présentée sous forme de « gâteaux » (pains plats, percés au milieu) et de « galettes » (pains plus minces que les précédents). — « Sans levain. » (Voy. explication du vers. 11.)

9, 6. La farine se préparait aussi en pains (gâteaux) cuits sur une plaque de fer.

7. Un autre aliment de même genre se préparait dans une poële (vase profond).

8-10. Ces règles se rapportent aux trois sortes d’aliments mentionnés dans les versets 4-7.

11-13. Aucun levain ne devait être mêlé aux saintes offrandes, parce qu’il représentait l’idée de corruption, de souillure. (Math. 16 : 6 ; I Cor. 5 : 8.) (Voy. dans mon Commentaire sur l’'Exode, pag. 53.) — Plusieurs commentateurs pensent que l’emploi du « miel » dans les sacrifices était interdit, parce que, aussi bien que le levain, il provoque la fermentation et la décomposition des aliments auxquels on le mêle. Ne serait-ce point plutôt, comme l'explique un Père de l'Eglise, Théodoret, parce que le miel représente les idées de douceur, sensualité, volupté? Toutefois, ces deux substances pouvaient être offertes parmi les « prémices » (premiers fruits), offrande moins solennelle que celles qui étaient placées sur l'autel. (Voy. Nomb. 18: 11-13.) — En revanche, « le sel, » qui a la vertu de conserver les substances auxquelles il se mêle, et qui par là même représente

l’idée d’incorruptibilité, durée, fidélité, était un élément essentiel des sacrifices alimentaires. Chez les Orientaux, le sel était et est encore employé pour conclure une alliance, un traité ; c’est pourquoi il était pour les Hébreux le symbole de lalliance la plus excellente (de là lexpression du verset 13), et celle « alliance de sel. » (Nomb. 18 : 19.) Les sacrifices ayant pour but d'entretenir l’alliance entre Dieu et son peuple, et de la rétablir lorsqu'elle avait été rompue, le sel devait y avoir sa place. Probablement cette règle s’appliquait aussi aux sacrifices sanglants. (Comp. Mare 9 : 48.)

14-16. Les Israélites étaient obligés par la loi (Ex. 22 : 29, 30) de consacrer à Dieu les prémices (premiers fruits, de leurs récoltes, afin de le reconnaître solennellement comme le souverain du pays et le dispensateur suprême de tous les biens. Nous aussi, nous devons, sous une autre forme, offrir à Dieu les prémices de nos biens, de nos forces, de notre travail. La portion la plus considérable des prémices était livrée aux prêtres et servait à leur entretien ; cette offrande portait le nom général d’«oblation » (minka) ; puis on prélevait une petite quantité de grains que l’on ‘arrosait d'huile et que l’on saupoudrait d’encens (voy. explication du vers. 1), et cette portion prélevée était placée sur l’autel et consumée sous le nom de « sacrifice de souvenir » (azkara).

$ 8. Sacrifices de paix.

Chap. 3.

CHAP. II. — 1. Ce chapitre traite d’une nouvelle espèce de sacrifices, les sacrifices de paix. Leur nom hébreu (chelamim) est dérivé d'un mot bien connu « chalom » qui signifie : «intégrité, prospérité, bonheur, paix. » IIS paraissent avoir été destinés à exprimer les sentiments de ceux qui étaient assurés d’être en paix avec Dieu et par là même dans un état de sécurité et de bonheur ; ils étaient le symbole de la communion entre le fidèle et son Dieu. Cette explication, qui est celle des anciens docteurs juifs’, s’accorde avec la

1 C’est, entre autres, l’opinion des rabbins Kimchi et Jarchi. Le rabbin Levi Ben Gerson dit que les sacrifices appelés chelamim étaient offerts par ceux qui étaient en faveur auprès de Dieu.

plupart des versions ; ces sacrifices y paraissent sous le nom de « sacrifices de salut » (les Septante), « sacrifices de prospérité » (Ost., Mart., nouvelle version de Lausanne), « sacrifices pacifiques » (Perret-Gentil), « hosties pacifiques » (Sacy), «sacrifices de paix» (version anglaise). Suivant une autre explication, adoptée par Hoffmann, Knobel et d’autres commentateurs modernes, les chelamim étaient des sacrifices de reconnaissance ; dans quelques versions ils sont appelés « sacrifices d'actions de grâces. » (Holl. Ital. Luther, Matter.) Cette explication peut se justifier d’après l’hébreu ‘, mais si l’on examine les différents passages de l’Ancien Testament, où il est question de ces sacrifices, on se convaincra que la première est préférable. Ainsi nous voyons les Israélites offrir des chelamim dans certains cas où ils se trouvaient exposés à un grand danger, sous le coup d’une épreuve et où, par conséquent, un sacrifice d'actions de grâces n’eût pas été naturel. (Jug. 20 : 26 ; 21 : 4; I Sam. 13 : 9; IT Sam. 24: 25.) Ou dit, il est vrai, qu’un tee de ce genre aurait pu être

célébré par anticipation, en vue du secours que l’on espérait obtenir de l'Eternel, mais cette explication a quelque chose de forcé, tandis que même dans des positions difficiles comme celles qui sont indiquées dans ces passages, les Israélites pouvaient offrir des «sacrifices de paix ; » bien plus, ils trouvaient une consolation dans ces actes par lesquels ils faisaient profession d’être demeurés en communion avec Dieu, et d’être encore au bénéfice de son alliance malgré leurs épreuves, malgré même leurs propres infidélités.

Les « sacrifices de paix » ont, aussi bien que les autres sacrifices symboliques, pris fin avec l’ancienne alliance, mais le sentiment dont ils étaient l’expression doit être la disposition habituelle du chrétien; chaque jour, à chaque heure, il peut, par un acte de foi, entretenir et renouveler sa communion avec Dieu par Jésus-Christ, et il en reçoit un gage matériel toutes les fois qu'il participe au saint sacrement de la cène. Les sacrifices « de paix » n’ayant pas la même importance que l’holocauste, la victime n’était pas nécessairement prise parmi les mâles.

! Je l'avais moi-même proposée dans mon Commentaire sur l’Exode, pag. 103.

Une étude plus approfondie de la question m’a porté à l’abandonner. COM. SUR LÉVIT. 7

2. L'acte symbolique de l'imposition des mains devait avoir lieu comme pour l'holocauste (voy. explic. de 1 : 4), parce que ces sacrifices commençaient par un acte expiatoire (immolation de la victime). La communion entre l’homme pécheur et le Dieu trois fois saint n’est possible qu’après une réparation. Si nous avons la « paix avec Dieu, c’est par Jésus-Christ notre Seigneur. » (Rom. 5 : 1.)

3-9. Les parties les plus uobles de la victime (représentant le cœur de l'homme et les affections dont il est le siége) étaient placées sur l’autel et consumées ; c'était la portion de Dieu ‘. (Comp. Ex. 29 : 19, 13.) La poitrine et l’épaule droite étaient la portion des prêtres (7 : 29-35), enfin le reste de la victime était mangé par ceux qui l’avaient offerte et par leurs familles. (7 : 15-91 ; Deut. 27: 7.) Ces repas (par lesquels les « sacrifices de paix » se distinguaient des autres) devaient probablement faire ressortir l’idée des relations de paix, d’amitié, qui existaient entre l'Eternel et les fidèles, idée dont la sainte cène est à la fois le symbole et la plus parfaite réalisation ici-bas. — L’«holocauste » dont il s’agit au vers. ) est le sacrifice quotidien (voy. Ex. 29 : 38- 46), qui ne devait Jamais être omis.

6-17. Comme pour les holocaustes, la loi tenait compte des différences de position et de fortune. (Voy. 1 : 10-15.) — La version de Sacy et quelques autres rendent par « la pâture » (du feu) le mot que nous rendons par «aliment. » (Vers. 11.) Dans l’hébreu il y a : le pain. Sans doute les choses placées sur l’autel avaient pour effet d'alimenter le feu, mais il n’y avait pas lieu d'exprimer une idée aussi secondaire ; la victime est ici représentée comme un aliment (litt. « pain ») offert au Très Haut; la même image se retrouve dans 22 : 25. — Dansles sacrifices de petit bétail, le législateur distingue les agneaux (7-11) et les chèvres (12-16), parce qu’il y avait une différence dans le rituel (dans le dernier cas la queue ne pouvait pas faire partie de l’offrande) ; peut-être y en avait-il encore d’autres. — La « graisse » et le « sang » ne devaient pas servir aux usages ordinaires de la vie, à

1 La «graisse qui couvre les entrailles » est le grand filet graisseux qui entoure les intestins, et la « graisse qui est sur les entrailles » est celle qui s’attache aux intestins.

cause de leur caractère religieux, qu’il importait de ne pas laisser effacer. Les commentateurs rationalistes motivent cette interdiction de l’usage alimentaire de la graisse et du sang par des raisons de santé; en général cette école est incapable de comprendre lesprit du culte mosaïque, parce qu’elle ne veut pas reconnaitre son caractère symbolique et prophétique.

$ 4. Sacrifices pour le péché.

Chap. 4, 5: 1-13.

19 Pour le Grand-Prêtre. (1-19.)

CHap. IV. — 1, 2. Les sacrifices décrits dans ce chapitre et les deux suivants étaient des sacrifices expiatoires proprement dits ; ils étaient destinés à représenter l’idée de réparation, de satisfaction, qui, dans d’autres sacrifices, était moins en évidence. Toutefois le vers. 2 nous apprend que cette expiation n’était valable que pour les péchés commis «par erreur » (en hébreu chegaga), c'est-à-dire par quelqu'un qui ne connaissait pas la loi, ou qui n’avait pas conscience de l’avoir transgressée, tandis que les péchés commis sciemment, volontairement, avec connaissance de cause, qui avaient par là même un caractère plus prononcé de rébellion contre l'Eternel, et que la loi appelait des péchés commis «à main levée » (Nomb. 15 : 30), n'étaient point au bénéfice de ces sacrifices, et attiraient sur les coupables un châtiment inévitable. Les péchés commis «par erreur » avaient un caractère moins grave, néanmoins ils ne pouvaient être pardonnés sans un acte expiatoire, parce qu'il y avait eu transgression de la loi divine, infraction à l’ordre établi. Il y avait nécessité à proclamer l’inviolabilité de la loi. D'ailleurs l'ignorance supposait toujours une certaine mesure de culpabilité. Nous avons besoin de faire souvent l'examen de notre vie et de demander à Dieu le pardon de nos fautes cachées. (Ps. 19 : 13.) |

Parmi les péchés commis « par erreur, » la loi établissait encore des distinctions, parfaitement justes, suivant le rang et la position des transgresseurs. Cette distinction n’appar-

tient pas à l’ancienne alliance seulement. Plus un homme est élevé en dignité, dans l'Eglise, dans l'Etat, dans la famille, et plus sa responsabilité est grande devant Dieu et devant les hommes, d'où il résulte que ses péchés ont un caractère particulier de gravité.

3. Le cas le plus grave était celui (3-19) d’une transgression commise par le Grand-Prêtre (souverain sacrificateur), parce qu’il était descendant d’Aaron en ligne directe, son successeur en dignité ; chez lui l’idée du sacerdoce était représentée dans sa plénitude. Ce personnage est appelé ici « le Prêtre Oint» (hébr.: coën machiak), parce que entre tous les prêtres il recevait l’onction la plus solennelle et la plus abondante, ce qui faisait de fui le type par excellence du Messie. (Voy. l’expl. de 8 : 12.) C'est aussi pourquoi il na \ nom de « Grand-Prêtre » (en pue : coën hagadol). (21 :

En DR des transgressions du Granâ-Prêtré le législateur ajoute les mots: « rendant le peuple coupable, » expression de la solidarité qui existait entre le peuple et celui qui était son médiateur et son représentant devant l'Eternel. En vertu de cette solidarité, Israël et le Grand-Prêtre étaient considérés devant Dieu comme une seule et même personne morale, dans le mal comme dans le bien. Cette relation préfigurait celle qui, dans un ordre de choses beaucoup plus élevé, devait exister entre le peuple de la nouvelle alliance et son Divin Chef, relation qui nous rend participants de la justice de Christ et de ses parfaits mérites, « agréables à Dieu en son Bien-Aimé.» (Eph. 1 : 6.) La traduction «rendant le peuple coupable, » que nous empruntons à la nouvelle version de Lausanne, nous paraît de toutes la plus exacte. Il y a en hébreu deux mots seulement: « culpabilité du peuple, » précédés d'une préposition qui indique souvent la relation de cause à effet. Les versions hollandaise et italienne expriment le même sens sous une autre forme. La traduction d’'Ostervald, Sacy, Matter, Révision de Lausanne, «en faisant pécher le peuple, » est assez littérale, mais elle manque de clarté et pourrait faire croire que le peuple a été induit à pécher aussi de son côté, par l’exemple du Grand-Prêtre ; si le législateur avait voulu exprimer cette idée, il aurait pro-

bablement employé le mot Kataa, qui signifie « péché, » plutôt que le mot achema, qui signifie « culpabilité. » La traduction qui s’écarte le plus du véritable sens de ce passage est celle de Martin et de la version anglaise: «si le prêtre a commis un péché semblable à quelque faute du peuple. » — Ce verset se termine en hébreu par les mots : « pour le péché, » mais le mot (Kataa) qui signifie habituellement péché, signifie aussi souvent : « victime pour le péché, » «sacrifice pour le péché. » Ce qui prouve que c’est le cas ici, c’est que le législateur a déjà exprimé l’idée que le taureau était offert pour le péché et que devant le second « Kataa » il a placé une préposition (en hébr. le) différente de celle /hal) dont il vient de se servir.

4-7. L’imposition des mains avait lieu comme dans les autres sacrifices, mais ce qui caractérisait celui-ci et indiquait la gravité du péché, pour lequel il fallait une expiation, c’est que le sang de la victime était porté non pas seulement sur l’autel des.holocaustes, dans le parvis, comme à l'ordinaire, mais dans l’intérieur même du tabernacle, sur l’autel des parfums, près du lieu très saint, où Dieu était censé habiter. — L’aspersion avait‘lieu en « face du voile; » il s’agit du voile (grand rideau) à broderies magnifiques, qui séparait le lieu saint du lieu très saint (voy. Ex. 26 : 31-55); l’aspersion opérée « en face du voile » mettait le sang de la victime en communication avec le « propitiatoire » qui se trouvait de l’autre côté du voile dans le lieu très saint et qui représentait le trône de l'Eternel. (Voy. dans mon Comm. sur l’Exode l’explicat. de Ex. 25 : 10-29.) L’aspersion était ainsi un appel à la justice de Dieu, à laquelle on offrait une satisfaction, et un appel à sa miséricorde qui avait institué les sacrifices comme gage du pardon des péchés. Cette aspersion devait avoir lieu sept fois de suite, parce que sept était parmi les nombres le symbole de l’action divine, de la bénédiction, c’était donc une garantie de l'efficacité de laspersion. (Voy. mon Comm. sur la Genèse, pag. 69, 66.) La cérémonie se complétait en versant du sang sur les cornes de l’autel des parfums, qui en représentaient en quelque sorte la vertu, de même que les cornes sont pour l’animal un instrument de. puissance (voy. dans mon Comm. sur l’Exode l'explication de

Ex. 27 : 2); enfin on répandait tout le reste du ue au pied de l’autel des holocaustes.

8-10. En hébreu littéralement: «le taureau du péché. » — Pour le vers. 8 comparez l’explication de 3 : 3 (la note.)

11, 12. Ce qui distinguait ces sacrifices-là, c'est qu'aucune partie de la victime ne pouvait être mangée, ni par ceux qui la présentaient, ni par le prêtre officiant. Ce qui restait, après qu'on en avait détaché ce qui devait s’offrir sur l’autel, était considéré comme frappé de malédiction à cause du péché, et brülé hors du camp, celui-ci étant censé terre sacrée; toutefois, comme la victime avait servi pour un acte expiatoire, elle devait être livrée aux flammes dans un lieu pur, différent de celui dont il est parlé dans 14 : 40.

20 Pour le peuple. (13-91.)

. 15. Le peuple d'Israël est représenté dans ce verset par deux expressions différentes que les traducteurs ne distinguent pas toujours ; il est vrai qu’il s’agit d’une nuance qu'il . n’est pas trés facile de faire ressortir dans notre langue. La première /heda) est dérivée du verbe jahad qui signifie : se réunir, se rassembler ; la seconde (Kaal) vient d’un verbe qui signifie : convoquer, rassembler. Ce dernier mot s’employait probablement d’abord pour parler d’une assemblée d'hommes, formée par suite d’un appel, d’une convocation (par exemple dans un but religieux); cependant on avait pris l’habitude de lui donner une signification plus générale, se rapprochant beaucoup de celle de heda. Nous avons adopté pour le premier « communauté » (Matter), et « assemblée » pour le second. La différence n’est pas marquée dans les versions d’Ostervald, de Martin et de Perret-Gentil, ni dans les Septante ; elle l’est dans les versions anglaise et hollandaise et dans la nouvelle version de Lausanne *.

14-21. Remarquons que les cérémonies étaient les mêmes pour un péché commis par le peuple entier .que pour ceux

* Le cas qui nous occupe est l’un de ceux dans lesquels la différence d’expressions n'avait peut-être pas grande importance dans la pensée des auteurs sacrés; cependant il est toujours à désirer que les traducteurs s’appliquent à reproduire aussi complétement que possible toutes les nuances que l’on peut saisir dans le texte original.

du Grand-Prêtre, ce qui fait ressortir la gravité de ces derniers : « On fera avec ce taureau comme on a fait avec le taureau pour le péché » (vers. 20). Aussi dans ce cas c'était encore le Grand-Prêtre (le « Prêtre Oint ») qui était chargé de faire l’aspersion avec le sang de la victime, tandis que dans les cas suivants (22-35), cet acte pouvait être accompli par un prêtre ordinaire. Dans ces derniers cas aussi le sang n’était pas porté dans le tabernacle.

Aussi bien que le peuple d'Israël, les peuples chrétiens doivent s’humilier profondément devant Dieu et rechercher son pardon pour les péchés nationaux, ainsi pour de grandes injustices commises, la profanation du jour du repos, la révolte contre leurs souverains légitimes, etc. — Au vers. 15 nous voyons les « anciens de la communauté » accomplir Facte symbolique de l'imposition des mains, parce qu'ils en sont les représentants naturels. Le mot « ancien » (en hébr. : vieillard) était devenu le nom d’une charge. (Voy. Ex. 3 : 16.)

30 Pour les princes. (22-926.)

99-96. Les princes ! dont il est question dans ce morceau, étaient probablement les chefs des familles qui descendaient le plus directement des patriarches ; ils formaient une sorte d’aristocratie au sein du peuple. Dans le monde on est généralement très indulgent pour les péchés des grands ; mais Dieu n’a point égard à l’apparence des personnes. — Toutefois l’expiation pour les « princes » était moins considérable que celle qui était exigée pour les péchés du Grand-Prêtre, parce que ce dernier était un personnage beaucoup plus important au point de vue religieux. La victime avait moins de valeur et le sang n’était porté que sur l’autel des holocaustes.

40 Pour les rangs inférieurs. (27-35.)

27-35. Si les grands n'étaient pas dispensés de la nécessité de rechercher l’expiation de leurs péchés, les Israélites d’un rang inférieur ne l’étaient pas davantage. Seulement dans ce cas la victime était moins considérable ; on n’ofirait pas un mâle.

1 Suivant d’autres versions: les principaux, les chefs de tribus.

00 Pour les cas moins graves. (5: 1-13.)

Cap. V. — Les 13 premiers versets prescrivent les sacrifices qui devaient être offerts dans des cas qui paraissent avoir été considérés comme moins graves que ceux du chapitre précédent. C’étaient bien aussi des « sacrifices pour le péché » (vers. 9 et 12), mais ils différaient des premiers en ce que les victimes étaient de moindre valeur (7-10), et même, en cas de grande pauvreté, une offrande non sanglante (11-13) pouvait être substituée à ‘la victime.

Plusieurs auteurs, induits en erreur par quelques expressions qui se rencontrent dans ce morceau, le rattachent non pas, comme nous le faisons (avec Oehler‘}), aux « sacrifices pour le péché, » mais aux «sacrifices pour la culpabilité, » dont il est question depuis le vers. 14. Ce qui nous empêche d'adopter cette opinion, c’est d’abord que l’on ne trouve au vers. À rien qui indique le passage à un nouveau sujet; c’est ensuite, que les « sacrifices pour la culpabilité » ont certains caractères qui les distinguent nettement de ceux qui sont décrits dans ce morceau. Ainsi dans les premiers la victime devait être « un bélier, » vers. 15, 18, 95 ; 19 : 20-22, sauf les deux cas (purification du lépreux 14 : 12-39 et du Nazaréen, Nomb. 6 : 12) où on offrait « un agneau; » enfinilne paraît pas que la substitution d’une victime de moindre valeur fût admise:

1. La traduction de ce verset telle que nous la trouvons dans Martin et Ostervald est obscure et inexacte. Il est bien rendu par la version de Matter et par la nouvelle version de Lausanne. Il s’agit du cas où quelqu'un appelé comme témoin et adjuré solennellement de déclarer la vérité au sujet d’un fait à lui bien connu, se refusait à le faire, par quelque motif d'intérêt personnel, crainte des hommes, ménagements pour le coupable, etc. — L’homme « porte son iniquité, » non-seulement lorsqu'il en subit le châtiment, mais aussi lorsqu'il est obligé d’en rechercher le pardon par le noyet d’un acte expiatoire.

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