‹ Commentaire sur le Lévitique précédé d'une traduction nouvelleChapitre 35 sur 48 · COMMUNION AVEC DIEU PAR LE MOYEN DES PRÊTRES · texte numérisé non relu

COMMUNION AVEC DIEU PAR LE MOYEN DES PRÊTRES

Chap. VIIT-X.

$ 1. Consécration des prêtres.

Chap. 8.

CAP. VII. — Le sanctuaire était érigé (voy. Ex. 40); les sacrifices qui devaient s’y célébrer étaient institués, le moment était venu où les personnes chargées de les offrir devaient être solennellement consacrées et entrer en fonctions. Gette cérémonie eut lieu conformément aux instructions que Moïse avait reçues quelque temps auparavant, et qui sont consignées dans le chapitre 29 de l'Exode. Nous renvoyons le lecteur aux explications données sur ce sujet dans mon Commentaire sur l’'Exode, nous bornant à les reproduire ici succinctement.

1-5. Préparatifs de la cérémonie. — Les objets mentionnés au verset 2 étaient déjà connus ; c’est pourquoi ils sont ici simplement énumérés. — La consécration des prêtres était un acte assez important pour que le peuple entier fût invité à y assister. Tout ce qui concerne les ministres de la religion est d'un grand intérêt pour les simples fidèles, sous la nouvelle alliance aussi bien que sous l’ancienne, et ils doivent S’y associer cordialement et activement.

Cest « à l'entrée de la Tente d’assignation, » que le peuple s’assemble, c’est-à-dire dans le parvis. Quelques commentateurs pensent qu'il ne s’agit pas du peuple tout entier, mais seulement de ses représentants anciens, chefs de tribu, etc. ; mais la difficulté matérielle est levée par la supposi-

tion qu’une partie de la foule se tenait autour du parvis, dont les draperies pouvaient être relevées de manière à laisser voir les cérémonies qui devaient s’accomplir dans l'intérieur. — Les ordres divins que Moïse communiqua alors à toute la communauté sont ceux que nous lisons dans Exode, 29. «

6. Cette ablution représentait la pureté intérieure que Dieu exige de son peuple, principalement de ceux qui sont appelés au sacerdoce.

7-9. Les différentes pièces du costume du Grand-Prêtre, qui ne sont ici qu’indiquées, se trouvent décrites dans le chapitre 28 de l’Exode, dont voyez l'explication. — La « tunique » était une longue robe de lin, blanche, qui se portait sous les autres vêtements; elle était liée au corps par une longue « écharpe » aux quatre couleurs symboliques, azur, pourpre, cramoisi et blanc; la première représentait les choses célestes et divines, la seconde la royauté, la troisième la vie, et la quatrième la sainteté. (Voir les preuves dans mon commentaire sur l'Exode, pag. 193, 138.) — La « robe » était un vêtement plus court, se portant par-dessus la tunique ; elle était de couleur d’azur, dépourvue de manches et ornée dans le bas d’une garniture de grenades alternant avec des clochettes d’or. — L’ « éphod, » sorte de mantelet ou camail, aux quatre couleurs, également dépourvu de manches et qui se portait par-dessus la robe ; il était lié au corps par le moyen d'une « ceinture » de même étoffe. — Le « pectoral, » ainsi nommé parce qu’il se portait sur la poitrine (en latin pectus), était une pièce de la même étoffe que l’éphod, de forme carrée, et fixée à l’éphod d’un côté par des chaïnettes d’or et de l’autre par des cordons d’azur. Douze pierres précieuses, de divers couleurs, et portant chacune le nom de l’une des tribus d'Israël, étaient enchâssées (en quatre rangées de trois pierres chacune) dans le pectoral ; c’est ainsi que le Grand-Prêtre portait son peuple sur son cœur, préfigurant Celui dont l’amour pour ses rachetés est immense et incessant. Quant à l’objet mystérieux appelé Ourim et Toumim (mots hébreux qui signifient : lumières et perfections), il nous paraît probable que c'était un objet qui tenait au pectoral, et au moyen duquel le Grand-Prêtre consultait l'Eternel dans

certaines circonstances importantes ‘. — Sur la tête le Grand- Prêtre portait une tiare (probablement semblable à la mitre des prélats catholiques) en fin lin blanc, ornée sur le devant d'un diadème, petite lame d’or en forme de fleur, sur laquelle (d’après Ex. 28 : 36) se trouvaient gravés les mots : SAINTETÉ A L'ETERNEL! — Tel était le costume du grand pontife des Hébreux, ample et magnifique, tel qu’il le fallait pour le personnage qui était chargé de préfigurer de génération en génération le Roi-Messie. — « Comme l'Eternel l’avait commandé à Moïse. » (Voy. Ex. 29 : 4-6.)

10, 11. Exécution de l’ordre que Dieu avait donné à Moïse. (Ex. 30 : 26-28.) « Résidence » est un nom donné assez Souvent au tabernacle, parce qu’il était la demeure visible du Dieu d'Israël. (Voy. mon Commentaire sur l’Exode, pag. 12%). Le sanctuaire et tous les objets qu’il contenait, devaient être oints d'huile, ainsi que l’autel (celui des holocaustes) et la cuve des ablutions, afin de les « sanctifier, » c'est-à-dire, afin de leur communiquer une vertu divine qui devait aussi se répandre sur tous les actes du culte célébré dans cette enceinte. L'huile était dans ce cas, comme dans beaucoup d’autres, le canal aussi bien que le symbole des grâces divines. (Comp. l’explication de 6: 18.) Nous avons préféré l’expression : «il les sanctifia » (de même Martin et nouvelle version de Lausanne), qui rend mieux cette idée que Qil les consacra. » (Osterv.) — L’aspersion d'huile sur l'autel devait avoir lieu « sept fois. » (Voy. l’explication de 4: 6.)

12. L’onction, quand il s’agissait des personnes (les simples prêtres la recevaient aussi, seulement moins abondante que celle du Grand-Prêtre, voy. 10 :7; Ex. 98 : 41) avait le même sens que pour les objets matériels, seulement elle communiquait une grâce plus intime, plus spirituelle. En vertu de cette onction, le Grand-Prêtre devenait le type et le précurseur de Celui qui devait être l’OINT par excellence, revêtu de tous les dons de l'Esprit. (Esa. 61 : 1 ; Math. 3: 16, 17.) Le nom de Messie est la forme grecque du mot hébreu Machiak qui signifie Ornt.

‘ On peut consulter sur cet objet le Dictionnaire biblique de Bost, l'Encyclopédie d’Herzog et mon Commentaire sur l’Exode.

13. On croit que les « tuniques » et les « écharpes » des prêtres étaient semblables à celles du Grand-Prêtre, mais les « mitres » moins élevées que la tiare et dépourvues de diadème. Leur onction eut probablement lieu aussitôt qu’ils furent revêtus de leur costume sacré. — «Comme l'Eternel l'avait commandé à Moïse. » (Voy. Ex. 29 : 8, 9.)

14-17. Exécution de Ex. 29 : 10-14. Une cérémonie aussi solennelle que celle de la consécration des faibles enfants d'Adam qui devaient, dès ce moment-là et pendant quinze siècles, remplir la fonction de médiateurs entre Dieu et son peuple, ne pouvait pas avoir lieu sans un acte d’humiliation et d’expiation. Si le peuple entier devait se présenter devant Dieu dans cette circonstance comme un peuple souillé, c’étaient Aaron et ses fils qui devaient s’humilier les premiers, et c’est ce sentiment qu’ils exprimaient en « posant leurs mains » Sur la tête de la victime expiatoire. ( Voy: explication de 1 : 4.) — Il fallait une purification même pour l «autel » (des holocaustes), qui avait été et devait être dans la suite souillé, chargé de péchés, par le contact d'hommes pécheurs. Quelle prédication saisissante sur les effets du péché, sur la malédiction dont la terre entière a été frappée à cause de la désobéissance de notre premier père! (Comp. Hébr. 9 : 21-93.) Il fallait donc « enlever le péché » de l’autel. Il est dit (vers. 15) que Moïse « sanctifia l'autel ; » il avait sans doute été déjà « sanctifié » par l’onction d'huile (vers. 11), mais cet acte serait resté incomplet sans un acte de purification (aucune grâce ne peut être reçue avant le pardon, grâce fondamentale); aussi dans ce verset le mot « sanctifier » renferme quelque chose de plus qu’au vers. 11. — Le vers. 15 signifie que l'autel fut purifié et consacré, afin de devenir un lieu sur lequel on püt accomplir des actes expiatoires (des sacrifices }. — Les parties les plus nobles de la victime (graisse, etc.) étaient offertes sur l'autel, puis tout le reste (étant considéré comme souillé par le péché) consumé hors du camp. La chair ne devait point se manger, cette victime étant, à cause des circonstances dans lesquelles on l’offrait, considérée comme aussi sainte que celles dont le sang était porté dans l'intérieur du tabernacle (voy.

6:30) — « comme l'Eternel l’avait commandé à Moïse. » (Voy. Ex. 29:43, 14.)

18-21. Ce premier bélier était offert à titre d’ « holocauste » (voy. explication de 1 :3), afin de rendre agréables à Dieu la personne des prêtres et les actes qu’ils devaient accomplir ; c’est pourquoi le rite de l'imposition des mains devait être répété. (18). Cette oblation préfigurait celle en vertu de laquelle nous pouvons nous présenter devant Dieu comme un peuple de sacrificateurs et lui rendre un culte qui lui soit agréable (Eph. 5 : 2) : — « comme l'Eternel l’avait commandé à Moïse. » (Voy. Ex. 29 : 15-18.)

22-94. Le second bélier, appelé « bélier d’investiture » (voy. explication de vers. 25), était employé pour une cérémonie qui constituait la consécration proprement dite, l’installation des prêtres dans leurs saintes fonctions ‘. En premier lieu, les parties de leur corps destinées à recevoir les ordres de Dieu (oreille) et à les exécuter (pied et main), étaient consacrées par le moyen du sang qui purifie et de l’huile qui communique la sainteté (voy. explication de vers. 10, 11) : l'huile n’est pas mentionnée ici, mais il est vraisemblable qu’elle était employée aussi bien que pour l’onction sur la personne entière et sur les vêtements des prêtres. ( Vers. 30 et Ex. 29 : 21.)

25-99. La chair et la graisse du second bélier servaient pour la cérémonie qui est décrite dans ces versets et pour laquelle le nom d’investiture nous paraît préférable à tout autre. Les parties de la victime et les autres offrandes qui devaient figurer dans les sacrifices, furent solennellement placées sur les mains des prêtres, pour leur conférer le droit d’officier à l’autel ; c’est pourquoi le mot hébreu (mailouim) que nous rendons par « investiture , » signifie proprement « l'acte de remplir » (remplir les mains), — «offrande promenée. » (27, 29.) Voy. explication de 7 : 30. — Les mots «ce fut la portion de Moïse » (vers. 29) se trouvent expli-

1 On pourrait considérer l’aspersion décrite dans les vers. 22-24 comme une cérémonie tout à fait distincte , ainsi que nous l’avons fait dans le Commentaire sur l’Exode (pag. 165, 166); cependant il nous paraît plus naturel de la rattacher à l'investiture, à laquelle elle servait de préparation, tandis que l'acte décrit dans le vers. 30 en formait la conclusion.

qnés par Ex. 29 : 26-98, où nous voyons la poitrine du bélier destinée à la fois à Moïse et à Aaron. Le fait est que la première fois elle devait appartenir à Moïse, mais lors des consécrations suivantes au prêtre officiant.

90. L’acte d’investiture se terminait par l’aspersion de sang et d'huile sur la personne des prêtres et sur leurs vêtements. (30.) Cette cérémonie ayant un rapport naturel avec celle qui est racontée dans les vers. 22-24 et les ordres qui s’y rapportent se trouvant réunis dans l’Exode (Ex. 29 : 20, 21), on pourrait supposer qu’elle eut lieu immédiatement après, et que dans notre verset l'historien sacré insère un fait qui aurait dû être mentionné plus haut ; cependant il est possible qu’il ne se soit pas départi de l’ordre chronologique. Des actes, ordonnés dans le même moment, pouvaient n'être pas destinés à être exécutés simultanément. — L’aspersion sur les vêtements était motivée par les mêmes raisons que celles sur le tabernacle et sur tous les objets du culte. ( Voy. explication de vers. 10, 11.) L’aspersion des vêtements devait se faire avec du sang aussi bien qu'avec de lPhuile, probablement parce que se trouvant en contact plus immédiat avec l’homme pécheur, ils avaient besoin d’une grande purification. È

31, 32. Une portion du bélier d’investiture servit à un repas, destiné aux prêtres seuls, et symbole de leur participation aux biens de l’alliance. — Pour l’explication de vers. 32, voy. celle de 7 : 19-18.

33-36. Les cérémonies du sacre devaient se répéter sept jours de suite, afin de proclamer que cet acte d’une si grande importance pour la vie religieuse d'Israël et pour son avenir, avait été complet et qu’il n’y manquait rien. Sur le nombre sept, voy. explication de 4: 6. — Par «entrée de la Tente d’assignation » (vers. 3), il faut entendre la porte du parvis ; c’est dans le parvis que les prêtres devaient rester pendant ces sept jours, car il ne leur était pas permis de passer la puit dans l’intérieur du tabernacle. — «Il m'a été commandé , » voy. Ex. 29 : 35.

$ 2. Premiers sacrifices des prêtres.

Chap. 9.

CHAP. IX. — 1. Les prêtres, une fois consacrés, devaient entrer immédiatement en fonctions ; aussi ils furent appelés à offrir leurs premiers sacrifices « le huitième jour, » dès le lendemain des sept jours de consécration. Lorsque nous avons reçu quelque charge dans l'Eglise, dans l'Etat, dans la famille, nous devons la remplir avec un joyeux empressement ; la vie nous est donnée, non pour d’oisives contemplations, mais pour le travail. — « Anciens, » litt. « les vieillards. » Le mot hébreu (zaken) était devenu avec le temps le nom d'une charge. Les « anciens » ne doivent pas être confondus avec les « princes » qui devaient leur dignité non pas au choix, mais à leur naissance. ( Voy. 4 : 22.)

2-6. Les premiers sacrifices qui furent offerts par les prêtres appartenaient aux trois espèces principales de sacrifices. En premier lieu, 1l fallait des sacrifices expiatoires (« pour le péché »), la réconciliation avec Dieu étant le premier besoin de j’homme déchu; puis venait l’holocauste, symbole de la consécration de l’homme à Dieu, enfin les sacrifices « pour la paix » exprimaient la jouissance de la communion avec Dieu. L’ « oblation » (offrande non sanglante) mentionnée au vers. 4, était celle qui devait accompagner les sacrifices de paix, selon 7 : 11, 12. — Ces sacrifices étaient en même temps pour les prêtres et pour le peuple tout entier une préparation à la manifestation de la gloire de Dieu (vers. 6) qui allait avoir lieu.

7-14. Exécution de l’ordre donné dans vers. 2, 3. Offrande de la victime expiatoire pour le Grand- Pré et de l’holocauste qui s’y rattachait.

15-17. La victime expiatoire pour le peuple fut également accompagnée d’un holocauste. Il y eut en outre une «oblation, » tandis que le Grand-Prêtre avait probablement déjà présenté la sienne avec l’holocauste ordinaire du matin, mentionné vers. 17.

18-21. Offrande du sacrifice de paix, — «offrande promenée. » (Voy. explication de 7 : 30.)

22. Cette bénédiction du premier Grand-Prêtre préfigurait d’une manière touchante celle que tous les peuples de Ja terre devaient recevoir un jour de la part du souverain sacrificateur suprême. (Gen. 12 : 3 ; Gal. 3 : 8-14.) Au moment où Aaron prononça cette bénédiction, il était encore sur la plateforme de lautel, un peu élevé au-dessus du peuple; c'est pourquoi il est dit qu’il « descendit. »

23, 24. On pense que Moïse fit entrer son frère Aaron dans le tabernacle pour l’instruire des fonctions qu’il devait remplir dans l’intérieur du sanctuaire (offrande du parfum, arrangement des pains de proposition, soin du candélabre, etc.), et il est probable qu’Aaron entra en fonctions immédiatement, de même qu’il avait offert les premiers sacrifices dans le parvis. Après cela, les deux frères retournèrent au parvis, et bénirent le peuple en commun, la bénédiction de Moïse venant confirmer et sanctionner celle donnée par Aaron.

Alors s’accomplit la promesse que nous lisons vers. 4 et 6. Par une manifestation extraordinaire (analogue à celle qui avait suivi l'érection du tabernacle, Ex. 40 : 34, 35), Dieu apposa son sceau à la consécration des prêtres qui venait de S’effectuer par la main des hommes, et fit connaître qu’Aaron et ses fils (et leurs descendants) devaient être honorés comme ses représentants. Dans tous les temps il nous donne des témoignages de sa présence et de sa faveur dans notre cœur et dans notre vie, lorsque nous usons fidélement des divers moyens de grâce qu’il à institués. — La « gloire de l'Eternel » consistait probablement dans ce feu qui se montre soudain. Il est dit qu'il sortit de « devant l'Eternel, » ce qui a fait croire qu’il éclata dans la nuée qui planait habituellement au-dessus du tabernacle et qui était un symbole et un gage de la présence de Dieu, ou bien dans le lieu très saint, audessus du propitiatoire ; cependant un passage du livre des Maccabées (II Mac. 2 : 10) porte à croire qu'il descendit directement du ciel (comme Gen. 15 :7; Jug. 6:21: 1 Chron. 91 : 26). Il y avait déjà du feu sur l’autel auparavant, puisque on avait offert des sacrifices pendant les sept jours du sacre et que l’holocauste quotidien s’offrait probablement dès le moment de l'érection du tabernacle. On peut donc snpposer que les victimes offertes par les prêtres se trouvaient

déjà en partie consumées par ce feu naturel; mais ce qu’il y eut de miraculeux (la « gloire de l’Eternel »}, ce fut l’apparition d’un feu venant du ciel et qui acheva en un instant la combustion des victimes. Quelques rabbins prétendent que ce feu extraordinaire descendu sur Pautel, y fut dès lors entretenu également d’une manière miraculeuse. Cette supposition n’est pas nécessaire ; l’activité et la vigilance des prétres devaient suffire, selon ce qui est prescrit 6 : 19, 45.

$3. Transgressions des prêtres.

Chap. 10.

CHAP. X. — 1,2. Les institutions de Dieu les plus saintes et les plus excellentes, sont promptement altérées entre les mains des hommes. À peine les prêtres étaient-ils entrés en fonctions, que deux d’entre eux, les fils aînés d’Aaron (Ex. 6 : 23), Se rendirent coupables d’une désobéissance fort grave. Il était interdit, et cela se comprend, d'employer pour les encensements un autre feu que celui de l’autel des parfums, qui lui-même était pris sur l’autel des holocaustes ; cette interdiction ne nous à pas été conservée par écrit, mais elle avait sans doute été donnée. (Comp. 16 : 12.) Nadab et Abihu entraînés par le penchant naturel à lindépendance et à la présomption qui se trouve dans le cœur de l’homme, avaient apporté au lieu du feu de l’autel, un feu étranger, celui probablement qui se trouvait dans leur tente. Il importait que cette transgression ne restât pas impunie; elle était d'autant plus coupable qu’elle avait été commise par ceux qui étant les ministres de l'Eternel, devaient donner les premiers l'exemple de l’obéissance en toutes choses. C’est ainsi qu’un châtiment exemplaire dut frapper Ananias et Saphira dès l'origine de l'Eglise de la nouvelle alliance. (Act. 5 : 1-6.) Gardons-nous de suivre notre propre sens et notre propre volonté dans ce qui concerne le service divin, la discipline ecclésiastique, la doctrine révélée dans nos saints livres et transmise aux fidèles de siècle en siècle. « Ges jeunes gens firent cela sans doute par suite de cette légèreté juvénile, téméraire, qui juge avec tant de facilité des préceptes divins et qui, lorsque son intelligence ne peut en pénétrer le fon-

dement, les rejette pour suivre son bon plaisir. L’homme vraiment pieux, dévoué à Dieu, accomplit les commandements de Dieu, lors même que quelquefois il n’en voit pas la raison. » (Commentaire d’Allioli. )

Alors on vit de nouveau paraître un feu extraordinaire, envoyé par l'Eternel, de la même manière probablement que 9 : 24; mais cette fois dans une autre intention, pour manifester sa sainteté : l’apôtre y fait peut-être allusion quand il nous rappelle que le Dieu de la nouvelle alliance est aussi un feu consumant. (Hébr. 12 : 29.) — Ce jugement s’exécuta « devant l'Eternel, » c'est-à-dire dans le parvis, où les coupables étaient retournés après avoir offert le parfum dans le tabernacle ; il n’est guère probable qu’ils aient été frappés de mort dans l’intérieur du sanctuaire, parce que la mort étant le salaire du péché, était considérée comme entraînant une souillure. D'ailleurs, au verset 4, il est dit expressément que les cadavres se trouvaient « devant le sanctuaire. » — L'expression «il les dévora, » ne signifie pas qu'ils aient été réellement consumés, puisque leurs vêtements ne le furent pas (vers. 5); le feu eut probablement un effet analogue à ceux de la foudre.

3. Afin de faire bien comprendre aux prêtres et à tout le peuple les motifs de ce solennel jugement, Moïse rappelle à Aaron une déclaration divine, déjà conñue, mais qui ne se irouve pas conservée dans le Pentateuque. Il s’en trouve une assez semblable dans Ex. 19 : 22. Dieu exige un haut degré de sainteté chez ceux qui « s’approchent de Lui, » c’est-àdire de.ceux qu'il a élevés à la dignité de médiateurs entre lui et son peuple. Or, si la sainteté du Dieu dont ils sont les représentants, n’est pas manifestée par leur conduite, elle devra nécessairement l’être par les châtiments qui les atteindront. « Je serai sanctifié en eux. » — « Je serai glorifié. » La gloire de Dieu apparaît tour à tour dans ses jugements et dans ses bienfaits. (Comp. Ex. 9 : 16 ; 14: 4; Ezéch. 38 : 16.) — Combien de choses à apprendre dans cette parole : « Aaron garda le silence! »

4, 5. « Uziel, » sa parenté avec Aaron est expliquée par Ex. 6: 18-29. L'expression « frères » s’employait aussi en parlant d’autres degrés de parenté.

6, 7. Moïse défend aux prêtres de prendre les signes du deuil (comp. 13 : 45; Gen. 37 : 29) pour les coupables ; c’eût été jeter un blâme sur la justice divine et donner une importance excessive aux relations de parenté, qui doivent toujours être subordonnées à la gloire de Dieu et aux intérêts de son royaume. (Comp. Math. 10 : 37.) Si les prêtres avaient contrevenu à cette défense, ils auraient attiré des châtiments non-seulement sur eux-mêmes, mais aussi sur le peuple entier, qui était plus ou moins solidaire des transgressions de ses conducteurs. « Se découvrir la tête, » c'était probablement laisser flotter les cheveux en désordre. — Les motifs qui devaient empêcher les prêtres de manifester leur douleur, n’existaient pas pour le peuple. — Défense est également faite aux parents de Nadab et d’Abihu de s'éloigner de l’entrée du sanctuaire, pour prendre part aux funérailles, et motivée par leur caractère sacerdotal. (Voy. expl. de 8 : 12.)

8-11. Plusieurs commentateurs pensent que cette exhortation à la sobriété, fut motivée par la circonstance que Nadab et Abihu se trouvaient dans un état d'ivresse au moment de leur désobéissance. Cette supposition ne nous paraît pas nécessaire. Le divin législateur peut avoir pris occasion de cette catastrophe pour interdire aux prêtres tout ce qui pouvait les exposer à la tentation. Pour les ministres de la nouvelle alliance, voy. 1 Tim. 3 : 3. — Diverses espèces de « boissons enivrantes » se préparaient avec des grains, du suc de palmier, etc. — Ce passage nous apprend que les prétres étaient aussi chargés de donner au peuple des instructions, d'expliquer le sens des rites sacrés, d’exhorter à l’obéissance, etc.

12-15. Moïse, prévoyant probablement qu’Aaron et ses fils seraient disposés à se laisser abattre par la douleur et à négliger quelque partie des rites qu’ils avaient à accomplir, leur rappela qu’ils devaient manger (sans avoir égard à leur deuil) la portion des sacrifices qui leur était réservée, d’abord sur l’oblation non sanglante qui est mentionnée 9 : 4 (comp. aussi 2 : 3), puis sur les victimes qui venaient d’être offertes 9 : 13-17 (comp. 7: 31-36.) L’oblation devait se manger dans « un lieu saint » (13), savoir dans le parvis, comme le montre le 12. L’épaule et la poitrine pouvaient

se manger en déhors du parvis, mais il fallait que ce fût dans Qun lieu pur » (non souillé, vers. 14); c’était probablement dans Ja demeure des prêtres. Le mot hébreu (koq) que nous rendons par « revenu » au verset 43 et dans les suivants, signifie ordonnance, statut, droit conféré par un statut.

16-18. Ce verset et les suivants nous montrent qu’Aaron et ses fils ne tinrent pas compte de cette recommandation. Au lieu de manger ce qui leur revenait sur le bouc expiatoire (9 : 15), ils l’avaient entièrement brülé. — Le soin avec lequel Moïse chercha le corps du bouc est marqué par la répétition du verbe (chercher.) — La loi à laquelle Moïse fait allusion: et qu'Aaron et ses fils avaient transgressée, se trouve 6 : 26. — En mangeani les portions de la victime qui leur étaient assignées, les prêtres proclamaient la pleine réconciliation avec Dieu et complétaient ainsi la cérémonie expiatoire. Tel paraît être le sens du verset 17. Dans le verset suivant, Moïse fait remarquer à Aaron que le bouc n’appartenant pas à la catégorie des victimes dont le sang était porté dans le tabernacle, il pouvait et devait même être mangé. { Voy. 6: 30.)

19, 20. Aaron allègue comme motif pour s’être dispensé d’un repas qui supposait un état de joie, de bonheur, la catastrophe survenue dans sa famille. Etait-il entièrement sincère, sa conscience ne lui faisait-elle aucun reproche ? C’est ce que nous ignorons. Moïse accepte cette justification, voulant peut-être nous donner un exemple d’indulgence et de charité.

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