‹ Commentaire sur le Lévitique précédé d'une traduction nouvelleChapitre 36 sur 48 · LA SAINTETÉ REPRÉSENTÉE ET PRÉPARÉE PAR LA PURETÉ DU CORPS · texte numérisé non relu

LA SAINTETÉ REPRÉSENTÉE ET PRÉPARÉE PAR LA PURETÉ DU CORPS

Chap. XI-XV.

$ 1. Choix des aliments.

Chap. 11.

CHAP. XI. — 1, 2. Le législateur avait institué les principaux actes du culte de l’ancienne alliance (les sacrifices) et les ministres de ce culte (les prêtres) venaient d’entrer en fonctions. Mais la vie entière d’un homme et d'un peuple doit être un culte, elle doit être consacrée à Dieu, préservée autant que possible de toute souillure, et constamment ramenée à un état de pureté quand elle a été envahie par le péché. C'est pourquoi la seconde partie du Lévitique renferme une série de lois relatives à la pureté du corps et aux moyens pour la conserver. En effet, la sainteté proprement dite, l’accomplissement de la loi morale, devait se refléter dans les rapports des Israélites avec le monde extérieur, et e’est même par là que le législateur commence, parce que la pureté du corps et à l’égard des choses matérielles, était la garantie aussi bien que la manifestation de la pureté morale.

Les Israélites devaient maintenir leur corps dans un état de pureté par l’abstention de certains aliments. Ces règles si minutieuses peuvent nous paraître étranges, et le Nouveau

Testament nous apprend que nous n’y sommes pas assujettis. (1 Tim. 4: 4.) Mais pour les fidèles de l’ancienne alliance, elles avaient leur utilité; d’abord, ainsi que nous l'avons dit, comme garantie pour la pureté intérieure et comme exercice d’ohéissance; ensuite, à cause de leur caractère symbolique, comme proclamation continuelle de la sainteté de Dieu.

La création terrestre tout entière se trouve, depuis la chute de l’homme et à cause de cette chute, sous une sentence de malédiction, dans un: état de faiblesse, de souffrance et de dégradation. (Gen. 3 : 19 ; Rom. 8 : 20.) Cette déchéance est marquée principalement dans certaines formes du règne animal; il y a des animaux dont la conformation, le regard, le caractère, les habitudes, sont l’image des passions et des vices de l’espèce humaine (ainsi le serpent, le tigre, le loup, le pourceau, le vautour, etc., etc.), et qui sont considérés comme des types &e méchanceté et d’impureté dans le symbolisme de la plupart des peuples. Quant à plusieurs autres animaux, qui sont indiqués comme impurs dans la loi mosaique, nous ne découvrons pas aussi facilement les raisons de l’espèce d’anathème qui les frappe. Ces raisons se trouvaient probablement, du moins en partie, dans le fonds commun d'idées symboliques qui occupaient une grande place dans la vie des anciens peuples, plus contemplative que la nôtre, et qui nous sont très imparfaitement connues, à nous surtout, peuples de l’Occident. La distinction des animaux purs et impurs fut sans doute complétée et définitivement fixée par la loi mosaique; mais elle était connue avant le déluge, comme le prouve Genèse 7 : 2. (Voy. explication dans mon Commentaire sur la Genèse), et elle remonte probablement jusqu'aux premiers âges du monde.

L’explication que nous venons de donner sur la loi relative aux animaux purs et impurs suffit pour établir que le chapitre qui les renferme n’est point dépourvu d'intérêt pour nous. Gette explication nous paraît plus satisfaisante que celle des théologiens rationalistes, qui motivent cette loi par des considérations tirées de la médecine ou des intérêts commerciaux et politiques. Elle avait, comme toute la loi cérémonielle, un caractère essentiellement religieux.

Et si ces prescriptions minutieuses avaient pour effet de former les enfants d'Israël à l’obéissance, dans tous les détails de la vie, et de donner à tous leurs repas le caractère d’un culte, d’une œuvre agréable à Dieu, souvenons-nous que nous aussi, nous devons nous « abstenir de toute souillure de la chair et de l'esprit (I Cor. 7: 1), «soit que nous Mmangions Soit que nous buvions, faire tout pour la gloire de Dieu. » (I Cor. 10: 31.) L’homme tout entier doit être sanctifié, délivré du péché, régénéré ; le corps, étroitement uni à l'âme, et qui lui sert d’organe et d’instrument, doit, aussi bien que l’âme, être pénétré de la vie nouvelle qui vient d’en haut, et soustrait au service du péché; ses membres, si souvent « des instruments d’iniquité, » doivent être transformés en « instruments de justice. » (Rom. 6 : 13.) C’est en grande partie en vue de cette œuvre de la sanctification du corps, que Dieu a établi les sacrements ; mais le fidèle doit y coopérer de son côté, en « mortifiant son corps et en le tenant assujetti » (I Cor. 9: 27), à l’exemple de Saint- Paul, en luttant énergiquement contre tous les mouvements de la chair, contre toutes les pensées et habitudes impures, et en joignant Île jeûne à la prière. (Voy. Math. 17 : 21.)

3-8. Indication des quadrupèdes dont il était permis de manger. C’étaient tous ceux qui ont « l’ongle divisé, le pied entièrement divisé et qui ruminent. » (Littéralement : « qui font remonter la nourriture. ») Ces caractères se trouvaient réunis chez le bœuf, le mouton, la chèvre et quelques espèces de cerfs et de gazelles. (Deut. 14 : 4.) Ceux dans lesquels ils se trouvaient séparés étaient considérés comme « souillés. »

Dans le verset 3 et les suivants, il faut entendre par « ongle divisé » un «ongle divisé entièrement, » car le chameau, par exemple, a bien l’ongle divisé, mais pas entièrement, de part en part. — L’animal nommé au verset 9 « lapin » par nos versions (et cela d’après les rabbins), paraît, d’après ce qui est dit des lieux qu’il habite dans Ps. 104: 18, être plutôt la gerboise, que l’on trouve en effet dans les cavernes et les rochers du Liban et dans d’autres parties de la Palestine et qui ressemble au lapin. — Le « lièvre » (vers. 6) n’est pas organisé comme les ruminants proprement dits, mais il fait avec la bouche des mouvements qui lui en donnent l'apparence ;

aussi d'anciens naturalistes l’ont compté parmi les ruminants. Il n’y à donc pas lieu de tirer parti contre nos saints livres de la place qui est assignée ici à cet animal ; c’est un des cas dans lesquels le législateur des Hébreux et les écrivains sacrés se sont conformés à l’opinion commune et aux apparences des choses ; de même que de nos jours encore, le plus savant astronome pourra parler du lever du soleil, de son coucher, etc.

9-12. Indication des animaux purs parmi ceux qui vivent dans les eaux. Les poissons proprement dits étaient considérés comme purs, mais non les autres animaux aquatiques qui vivent pour la plupart dans le limon, les lieux marécageux, etc.

13-98. Indication des animaux ailés dont il était permis de manger ; nous disons « animaux ailés, » et non « oiseaux, » comme nos versions, parce qu’il s’agit, dans ce paragraphe, d’autres animaux que des oiseaux proprement dits, dont il n’est question que dans les versets 13-19. — La plupart des oiseaux ici nommés étaient de ceux qui, par leur figure, -leur férocité, le caractère de leur habitation, etc., se trouvaient placés naturellement dans Ja classe des animaux impurs. — Leurs noms ne sont pas indiqués d'une manière uniforme dans nos versions, et il en est que l’on ne peut pas déterminer avec une entière certitude, les anciens commentateurs eux-mêmes n'étant pas d'accord. Dans notre traduction nous avons le plus souvent suivi les versions de Perret- Gentil et de Matter, ainsi que la nouvelle version de Lausanne. — Plusieurs de ces noms sont suivis des mots « avec leurs espèces, » pour indiquer que les différentes espèces du genre étaient comprises dans la défense. — Dans le verset 20 et les suivants, il est question « d’animaux ailés » que nous rangeons parmi les insectes, et qui sont appelés «reptiles » dans le texte, pour les distinguer des oiseaux qui vivent moins près de la terre ‘. Les insectes étaient générale-

1 Dans le verset 20 et les suivants, Perret-Gentil a rendu par « insectes » le mot hébreu que les autres versions rendent par « reptile. » Sa traduction est juste au fond, mais trop peu littérale, parce que le mot hébreu (schéretz) ne peut pas se traduire par insecte, comme le prouve le verset 29, où il se HEORYE et où il n’est pas question d’insectes proprement dits.

ment considérés comme « souillés ; » il y avait exception pour la « sauterelle, » dont une espèce au moins sert d’aliment aux Orientaux. (Comp. Math. 3 : 4.) Au verset 29, le premier nom hébreu est celui de la sauterelle ordinaire ; les trois suivants désignent probablement d’autres espèces du genre sauterelle, connues en Orient, mais pour lesquelles nous n'avons pas de nom correspondant en français ; aussi la plupart des traducteurs les ont laissés sous leur forme hébraïque (solham, kargol et kagab). — Non-seulement il était défendu de manger des insectes, mais on se trouvait souillé par le contact de leurs corps morts ; règle qui s’appliquait d’ailleurs sans doute, non-seulement aux insectes, mais aussi aux Corps morts des oiseaux, en général à ceux de tout animal ailé. L’horreur du péché et de toute souillure doivent s'étendre aux plus petites choses. (Vers. 24, 95.) — Les versets 26 à 28 sont une répétition de la règle donnée au sujet des quadrupèdes (3-8), répétition motivée probablement par l'intention. de faire remarquer que l’on devait aussi appliquer à leurs corps morts la règle donnée par rapport à ceux des animaux ailés.

29-38. Dans ce paragraphe encore, le mot c reptile » ne doit pas s'entendre rigoureusement ; il est donné à des animaux qui, par leur conformation et leur manière de se mouvoir, ressemblent aux reptiles proprement dits. Ces derniers, principalement le serpent (comp. Gen. 3: 14, 15), étaient assez naturellement comptés parmi les animaux impurs. — Pour les noms d'animaux qui paraissent dans ces versets, il y a aussi quelques divergences entre les versions. (Voy. l'explication donnée au sujet des noms des oiseaux.) — Les versets 32-38 indiquent les mesures à prendre dans des cas qui pouvaient facilement se présenter avec les reptiles, et avec les insectes, auxquels ce morceau se rapporte sans doute aussi. Ces prescriptions nous paraissent minutieuses ; elles étaient sans doute gênantes pour les Israélites et exigeaient une grande attention dans tous les détails de la vie ; mais elles constituaient une discipline salutaire et proclamaient à chaque instant la nécessité d’une entière pureté dans le cœur et dans toute la conduite. — On pouvait se contenter de laver les vases de bois ou autres matières analo-

gues, mais ceux de terre devaient être détruits, parce qu’ils s’imprégnaient plus facilement des substances qui pouvaient les souiller. — Au verset 34, il faut sous-entendre quelque chose, et la plupart des versions portent : « Tout aliment qui se mange, sur lequel il est arrivé de cette eau. » Le texte hébreu ne renferme pas ce pronom démonstratif ; mais la seconde partie du verset prouve évidemment que l’auteur voulait en effet parler de l’eau contenue dans quelqu'un de ces vases souillés par la présence d’une bête morte. — L’exception indiquée au verset 36 relativement aux fontaines et aux citernes était motivée probablement par le fait que l’eau

s’y renouvelait facilement. — Les semences qui avaient été humectées étaient plus sensibles au contact de matières étrangères.

39-40. Les animaux purs plaçaient ceux qui les touchaient, ou en mangeaient (à leur insu), dans un état de souillure, lorsqu'ils venaient à mourir par suite de maladie, par accident, etc., probablement parce que, dans ce cas, l’idée de la mort était mise plus en évidence que lorsqu'elle était donnée par la main des hommes (pour servir de nourriture ou pour les sacrifices), et que la mort, même quand il s’agit de créatures inférieures à l’homme, rappelle les idées de péché et de condamnation. Voy. explication de 10: 2.

41-45. Répétition de la défense relative aux animaux qui rampent, Soit qu’ils se « traînent Sur le ventre, » comme le serpent, soit qu’ils « marchent sur quatre pieds » (très courts, vers. 29), soit qu’ils en aient davantage, comme les insectes, etc. Cette répétition est amenée par lintention de faire connaître le but de cette loi tout entière. Ces règles devaient rappeler continuellement aux Israélites qu’ils étaient appelés à la sainteté, à la pureté en toutes choses, puisqu'ils étaient le peuple particulier du Dieu qui est la sainteté même. (Comp. Tite 2 : 14.) |

AG, 47. Résumé de la loi sur les animaux purs et impurs.

$ 2. Purifications.

Chap. 12-15.

19 Purification après les couches. (Chap. 19.)

GHAP. XII — Les Israélites devaient non-seulement se maintenir dans un état de pureté en se préservant du contact d'éléments impurs, ils devaient encore se soumettre à certaines cérémonies destinées à les ramener à cet état lorsqu'ils en étaient sortis, ce qui pouvait avoir lieu par des circonstances souvent indépendantes de leur volonté.

La première des souillures pour lesquelles il fallait une purification, était celle qui suivait les couches. Le mariage, l’enfantement, n’ont sans doute en eux-mêmes rien de coupable, ni d'impur; ils appartiennent à l’ordre naturel que Dieu lui-même a institué pour la conservation et la propagation de l’espèce humaine ; mais ils sont aussi le canal par lequel le péché se transmet de génération en génération, et par là même ils rappellent la chute, le péché originel, la déchéance de la nature humaine ; ils proclament que tout ce qui «est né de la chair est chair et ne peut voir le royaume de Dieu. » (Jean 3 : 3-6.) C’est sur cette considération que se fondait la loi contenue dans notre chapitre. Il est d’ailleurs facile de comprendre pourquoi la femme était considérée comme plus particulièrement placée sous le coup de limpureté attachée au mariage et pourquoi la purification durait plus longtemps à la naissance des filles. La femme qui avait la première cédé à la tentation, avait dû aussi être principalement frappée dans son corps par les effets de la chute. (Gen. 3:16; [ Tim. 2:14, 15.) Pour les fidèles de la nouvelle alliance, ces prescriptions sont abolies quant à la lettre; mais elles subsistent quant à l'esprit. Le mariage, les rapports conjugaux, etc., doivent être l’objet d’un très grand respect en actions, paroles et pensées, et cela d'autant plus qu’ils peuvent facilement devenir une occasion de péché. (Comp. Hébr. 13 : 4.)

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