La purification du lépreux se composait de plusieurs
actes consécutifs , dont le premier consistait en ce que le prêtre venait constater la guérison ; pour cela, il devait sortir du camp, puisque le malade en avait été exclu (d'après 13 : A6).
4-7. Le second acte de la purification consistait dans une cérémonie, qui avait certainement une valeur expiatoire, puisqu'elle suffisait lorsqu'il s’agissait de la lèpre des habitations (vers. 51-53), mais qui, relativement aux personnes, devait être complétée par les sacrifices expiatoires. (vers. 12-19.) Elle parait avoir été destinée principalement à représenter la guérison qui venait de s’opérer, le changement accompli dans la condition du lépreux, le passage de la mort à la vie, d’un état de souffrance physique et morale qui constituait une véritable captivité, à la liberté et à la joie que donne la santé. Pour représenter cette idée, il fallait nécessairement deux oiseaux différents, dont l’un était livré à la mort, tandis que l’autre était mis en liberté, après avoir été plongé dans le sang du premier. Ce rite était très propre à faire bien comprendre à ceux qui en étaient témoins, l’importance du bienfait accordé au lépreux par sa guérison, comme aussi à porter leur pensée sur les grâces spirituelles (pardon, retour à la faveur de Dieu, régénération), dont cette guérison était le symbole, peut-être même à leur faire pressentir le caractère de la grande délivrance promise à nos premiers parents et aux patriarches. (Gen. 8 : 15 ; 19 : 1-3.) Pour nous, le type se trouve expliqué par l'événement. Ces deux oiseaux préfigurent Jésus-Christ, mort pour nos péchés, ressuscitant pour notre justification, montant au ciel pour s'asseoir à la droite de Dieu, et l’œuvre qui s’accomplit chez les croyants en vertu de leur union spirituelle et sacramentelle avec ce divin Rédempteur, passage de la mort à la vie, de l’état de condamnation à l’état de grâce, de la captivité du péché et de Satan à la glorieuse liberté des enfants de Dieu. (Voy. Rom. 6 : 1-19.)
L’acte symbolique qui s’accomplissait au moyen des deux oiseaux, était accompagné de quelques accessoires destinés à mettre en évidence l’idée principale, et à l’expliquer. Le premier oiseau était mis à mort au-dessus d’un vase contenant de l’eau « vive » (c’est-à-dire, puisée dans une
eau courante), de manière à ce que son sang se mêlât avec l’eau, ce qui rappelait que toute purification repose sur une expiation. Cette eau mêlée de sang préfigurait celle que lon vit découler du côté de Jésus crucifié, ainsi que celle du St. Baptême, qui tire toute sa vertu de la mort de Jésus- Christ. (Jean 19 : 34; I Jean 5 : 6.) A cette eau imprégnée de sang, il fallait ajouter quelques autres substances qui avaient également une valeur symbolique. Le « bois de cédre » représentait chez les peuples anciens lPidée d’incorruptibilité, immortalité ; le « cramoisi » était le symbole de -la vie (voy. dans mon Com. sur l’Exode lexplication de Ex. 95 : 4; 96 ; 1) ; enfin, l « hysope, » plante de la famille des labiées, qui, à cause de sa vertu aromatique, représentait probablement l'idée de « purification, » et que nous avons déjà vu employée pour lacte symbolique accompli sur les portes des Israélites lors du départ d'Egypte (Ex. 19 : 29 ; Ps. 51 : 4). On retrouve ces trois choses : le bois de cèdre, le cramoisi et l’hysope, mêlées à la cendre de la vache rousse, dans le rite prescrit pour la purification de ceux qui avaient touché un mort. (Nomb. 19: 6.) — L'oiseau vivant était plongé dans cette eau, tout imprégnée d'éléments vivifiants et régénérateurs, afin de lui communiquer (symboliquement) une vie nouvelle. Ensuite, l’aspersion qui se pratiquait avec cette même eau lustrale, et cela par sept fois (comp. l'explication de 4 : 6), sur la personne de celui qu'il s'agissait de purifier, le mettait en rapport avec l’eau et avec l’oiseau vivant, et par ce moyen, lui communiquait les grâces spirituelles, divines, que ces choses devaient représenter. Enfin, l'oiseau vivant s’envolait joyeux et libre dans la campagne, vive et touchante image du pécheur guéri et pleinement récongilié avec Dieu.
8, 9. Après cette cérémonie, le lépreux accomplissait luimême un acte de purification en lavant ses vêtements, en se lavant tout le corps et en le rasant ‘. Cet acte, qui avait éga-
1 Au vers. 8 et dans plusieurs autres passages Perret-Gentil a rendu par « se baigner » un verbe hébreu (rakatz) que nous traduisons, avec la plupart des versions, par « se laver. » Il ne paraît pas indiquer autre chose qu'une ablution abondante, et dans beaucoup de cas où cet acte de purification était prescrit, il ne pouvait guère être question d’un bain proprement dit.
lement un caractère symbolique et religieux, devait être réitéré au bout de sept jours. Après les premières ablutions le lépreux pouvait rentrer dans le camp (dans la communion du peuple de Dieu), mais pas encore dans sa propre demeure (sa «tente »), parce qu'il n'avait recouvré qu'une partie de ses priviléges et qu’il devait être pour quelques jours encore privé des jouissances de la vie de famille. Cette purification était graduée de manière à faire ressortir la gravité et la profondeur de la souillure (lèpre et péché). — La répétition que l’on peut remarquer au vers. 9: «il rasera son poil, » n’a d'autre but que d'indiquer que la purification doit se faire avec le plus grand soin, d’une manière complète.
10-13. La purification devait nécessairement être complétée par des sacrifices, dont les deux premiers, sacrifice pour la culpabilité et sacrifice pour le péché, avaient un caractère expiatoire, tandis que le troisième, l’holocauste, exprimait la reconnaissance et le désir de plaire à Dieu. Les sacrifices devaient être ainsi multipliés pour la purification du lépreux, afin de mettre fortement en évidence le rapport de la lépre avec le péché et la nécessité de la réconciliation avec Dieu. Le péché, dont la lèpre est à la fois le symbole et le châtiment, apporte une perturbation dans l’ordre moral; pour lexpier, il faut «un sacrifice pour la culpabilité » (hébr. : Ascham ; voy. explic. de 5 : 15); en outre, il imprime une tache profonde à celui qui la commis et attire sur lui les coups de la justice divine; pour enlever cette souillure, il faut « un sacrifice pour le péché. » (Voy. explic. de 4 : 4.) Enfin la guérison (du corps et de l’âme) doit exciter une vive reconnaissance qui s’exprime par l’holocauste. Le premier de ces sacrifices est décrit tout au long, à cause des aspersions qui devaient l'accompagner, tandis que pour les deux autres on devait simplement se conformer au rite prescrit. (Pour le sacrifice pour le péché, dans chap. 4, 5 : 1-13, pour l’holocauste dans chap. 1.) L’un des agneaux était destiné, d’après vers. 12, au sacrifice pour la culpabilité et le second à l’holocauste (vers. 19), puisque pour les holocaustes on ne pouvait offrir que des mâles (1 : 3, 10), tandis que la brebis pouvait être employée pour le sacrifice pour. le péché (d’après 4 : 32). — Le «log» était la plus petite mesure
pour les liquides ; sa contenance est évaluée à six coquilles d'œufs. — Sur les « oblations » voy. l’explic. de 2 : 1 ; « offrande promenée » voy. explic. de 7 : 30. Le « lieu saint » le parvis où se trouvait l’autel des holocaustes. Pour la dernière partie du vers. 13 voy. explic. de 7 : 6, 7.
14-18. L’aspersion de sang et d'huile sur la personne du lépreux est toute semblable à celle qui se pratiquait sur la personne des prêtres lors de leur consécration (voy. explic. de 8 : 24), parce qu’il s’agissait de le réintégrer dans le peuple de Dieu, de lui rendre le caractère sacerdotal qui lui appartenait en cette qualité, d’après Ex. 19 : 6. (Voy. dans mon Com. sur l’Exode l’explic. de ce passage.) La personne entière du lépreux (représentée par l’oreille, la main et le pied) devait être ainsi de nouveau consacrée à Dieu, lavée de ses. péchés par l’aspersion de sang et pénétrée de grâces divines par laspersion d'huile. Cette huile était (d’après vers. 10) de l'huile ordinaire, il ne faut pas la confondre avec l’huile sainte dont la composition est prescrite dans Ex. 30 : 22-33 ; mais, par le fait que l’aspersion avait lieu « devant l'Eternel » (vers. 16), c’est-à-dire probablement devant l’autel des holocaustes, cette huile prenait un caractère religieux et une vertu particulière.
19, 20. Offrande de la brebis comme «sacrifice pour le péché » et du second agneau comme « holocauste. » L?« oblation, » indiquée par vers. 10.
91-32. Condescendance du législateur pour les Israélites pauvres (voy. concessions semblables dans 5 : 7, 11). Toutefois, pour le sacrifice pour la culpabilité il fallait toujours nécessairement un agneau, parce que c'était celui dont le sang était employé pour l’aspersion sur la personne du lépreux.
d) Lèpre des habitations. (33-57.)
33-48. Ce qui est appelé « lèpre des maisons,.» avait probablement de l’analogie avec les taches de salpêtre ou de moisissure ; mais aussi bien que celle des vêtements (13 : 47-59) elle devait être considérée comme un jugement de Dieu, châtiment moins rigoureux sans doute que la lépre des personnes, mais qui cependant devait également réveiller la conscience et porter à l’humiliation et à la prière pour obte-
nir le pardon. Dieu commence par des châtiments comparativement légers, puis, si ceux-ci ne produisent pas d’effet, il redouble ses coups. Nous devrions être attentifs à tant de choses’ qui, s’offrant journellement à nos regards, peuvent être des images du péché et des maux qu’il engendre. Des règles assez minutieuses étaient données sur la manière de constater l'existence de ce fléau et de le distinguer de ce qui n’en avait que l'apparence. C’est ainsi que nous devons étudier avec le plus grand soin la loi de Dieu, afin d’éclairer notre . conscience et d'apprendre à discerner le péché sous toutes ses formes et à tous ses degrés.
49-53. Pour la lèpre des vêtements le législateur n'avait pas prescrit une purificaion, mais il en fallait une pour la lépre des maisons qui écait un châtiment plus grave ; cette purification était semblable à celle qui avait lieu pour les personnes, toutefois sans les sacrifices. On se bornait à l’acte symbolique qui s’accomplissait avec les deux oiseaux (comp. 3-0).
54-57. Ces versets sont une récapitulation des lois sur la lèpre, contenues dans ce chapitre et le précédent. — Au vers. 97 il y a littéralement «pour enseigner au jour du souillé et au jour du pur. »
30 Purification après certaines infirmités. (Chap. 15)
a) Tmpureté des hommes. (15: 1-18.)
CHaPp. XV. — Les lois renfermées dans ce chapitre ont leur raison d’être dans le même ordre d'idées que celles du chapitre 19, dont voyez l'explication. Quelques infirmités, soit de l’homme, soit de la femme, les unes involontaires, naturelles, d’autres peut-être provoquées par des péchés de la chair, plaçaient ceux qui en étaient atteints dans un état d’impureté (légale, cérémonielle), parce qu’elles affectaient les organes auxquels se rattache l’idée de la génération, et par là même celle de la transmission du péché et de la chute. Sous la nouvelle alliance, nous ne sommes plus assujettis à la loi cérémonielle, mais nous devons prendre occasion de nos infirmités, surtout de celles de ce genre, pour rentrer en nous-mêmes et pour redoubler d'énergie dans la lutte contre le péché, principalement contre les passions charnelles.
14-15. Le flux chez l’homme. I s’agit probablement dans ce morceau de l’écoulement muqueux connu en médecine sous. le nom de blenorrhea urethræ, infirmité qui peut provenir d'un état maladif ou de l’inconduite. — Nous avons adopté, pour le verset 2, la traduction qui se trouve dans les versions de Perret-Gentil et de Matter et dans la nouvelle version de Lausanne. Celles d'Ostervald et de Martin donnent la même idée avec des expressions un peu différentes. — La dernière partie du verset 3 se rapporte à l’une des formes que la maladie pouvait prendre, au cas dans lequel l’écoulement était obstrué sans qu’il y eùüt guérison. — Les règles renfermées dans le verset 4 et les suivants devaient être fort assujettissantes pour les Israélites, mais elles étaient propres à leur rappeler sans cesse la sainteté à laquelle ils devaient aspirer et à les pénétrer d’une profonde horreur pour toute souillure de l’âme et du corps. — Le mot du verset 9, que nous rendons par « selle » avec la plupart des versions, à commencer par les Septante, est traduit par « monture » (Osterv., Mart.), « véhicule » (nouv. vers. de Lausanne). — La règle relative aux vases de bois et de pierre a été expliquée à l’occasion de 11 : 33. — Les versets 13-15 prescrivent des actes de purification que le malade, une fois guéri, devait accomplir ; ils étaient semblables à ceux qui étaient ordonnés pour les lépreux.
16-18. Dans les versets 16, 17, il s’agit de l’effusion de sperme, qui peut avoir lieu chez l’homme soit hors du mariage, soit dans cet état. Même dans ce dernier cas, et par la raison générale indiquée plus haut (voy. chap. 12), il y avait souillure au point de vue de la loi cérémonielle. C’est pourquoi aussi l’abstinence dans les rapports entre les sexes faisait partie de la préparation à des actes religieux. (Voy. I Sam. 21 : 4, 5; Il Sam. 11: 4, et dans mon Commentaire sur l’Exode, l’explication de Ex. 19 : 15.) — La femme devait, aussi bien que l’homme (vers. 18) se soumettre à une purification par le moyen de l’eau ; mais il n'y avait pas besoin de sacrifice expiatoire, probablement à cause de la fréquence du cas ‘.
‘ Le contexte indique que ce verset se rapporte au même cas que les deux précédents. C’est pourquoi, bien que l’hébreu porte simplement «un homme »
b) Impureté des femmes. (19-33.)
19-24. Ces versets se rapportent à l’indisposition mensuelle des femmes (les menstrues), infirmité qui (à cause de ses rapports avec la génération) devait aussi être traitée comme une souillure. — Plusieurs versions (Osterv., Mart., Sacy) donnent au mot hébreu, que nous rendons par « impureté » au verset 19 et dans les suivants, le sens de « séparation ; » mais la première traduction doit être préférée à cause du contexte dans lequel le même mot hébreu se trouve au verset 24. — Au commencement du verset 24, le verbe « coucher » est redoublé ; plusieurs versions n’expriment pas cette nuance, au moyen de laquelle le législateur a certainement voulu faire ressortir l’idée de désobéissance, de transgression d’une défense positive, défense que nous voyons expressément renouvelée. (18 : 19 ; 20 : 18.)
95-30. Dans le cas où cette indisposition apparaissait hors du temps ordinaire, elle constituait une souillure plus profonde ; aussi, dans ce cas, 1l fallait un sacrifice expiatoire.
31-33. Résumé de ce chapitre et des quatre précédents. « Si Dieu inculqua déjà aux Israélites une si grande pureté, quel progrès dans la pureté et dans la sainteté n’est pas recommandé aux chrétiens, dont l’âme a été sanctifiée par le sang précieux de Jésus-Christ et consacrée pour être le temple du Saint-Esprit! » (Commentaire d’Allioli.)
SECTION I LA SAINTETÉ RÉTABLIE PAR LE JOUR DES EXPIATIONS. Chap. XVI.
CHap. XVI. — Les actes de purification et d’expiation qui avaient lieu, soit journellement par le moyen de l’holocauste quotidien, soit occasionnellement dans les divers cas spéci-
(c’est ainsi que traduisent plusieurs versions, et il en résulte un sens un peu différent), nous avons préféré le sens que donnent Sacy, Ostervald, Martin, Rév. de Lausanne.
fiés dans les chapitres précédents, ne suffisaient pas et devaient être complétés par une expiation très solennelle que Pon offrait pour les transgressions de l’année entière, et qui embrassait les péchés proprement dits, les infractions à la loi morale, aussi bien que les souillures involontaires (lèpre, etc.). En effet, le Grand-Prêtre devait confesser sur la tête du bouc « toutes les iniquités des enfants d'Israël, toutes leurs rebellions et tous leurs péchés. » (Vers. 21.)
Ainsi cette fête était (et est encore aujourd’hui), aux yeux des Israëélites, la principale solennité de l’année ; on la nommait « le grand jour, » le « jour ; » dans le texte sacré (23 : 27) elle porte le nom de.« jour des expiations » (le pluriel indique ici la plénitude des actes expiatoires); c’était le seul jour dans lequel le peuple entier fût obligé de jeûner. C’est à cette fête solennelle que tout venait aboutir dans les institutions religieuses d'Israël ; elle était, comme le dit trés bien le Dr Bähr, « la pierre angulaire du culte mosaïque » (Symbolik des Mosaïschen Cultus, IT, 698) ; c’est en vue de ce jour que le tabernacle avait été divisé en deux parties, le lieu saint et le lieu très saint; c’est en vue de l'acte expiatoire suprême qui devait s’accomplir une fois l’an dans le lieu très saint, que le Grand-Prêtre avait été distingué des autres prêtres et élevé à une dignité dont son magnifique costume était le symbole *.
Il est naturel de penser qu’une fête aussi importante pour le peuple de l’ancienne alliance devait avoir un sens typique, prophétique, et qu’elle préfigurait la grande expiation que l’on attendait, conformément aux promesses divines. Et c’est ce qui est expressément enseigné par le Nouveau Testament, surtout par Hébr. 9: 6-12. Ce passage fait remarquer à la fois les rapports entre les deux alliances et leur différence,
1 Chez quelques peuples de l'antiquité, on trouve des rites qui ont du rapport avec cette fête ; ainsi les Egyptiens qui immolaient un animal après l’avoir chargé d’imprécations, renfermant tous les maux qu’ils avaient à craindre ; néanmoins, on ne peut point en conclure, comme on l’a fait quelquefois, que c’est à ces rites, auxquels d’ailleurs se rattachaient toutes sortes d'erreurs, que Moïse a emprunté la fête des expiations. Ces ressemblances s’expliquent sans difficulté par le fonds commun d'idées religieuses qui se trouve dans les traditions primitives des peuples. Les païens peuvent aussi avoir eu connaissance de ce qui existait chez les
Israélites et l’avoir imité.
l’une étant l'ombre et l’autre la réalité. (Comp. aussi Héb. 10 : 1-4.) L’acte expiatoire qui s’accomplissait une fois l'an dans le lieu très saint, tout supérieur qu’il fût à tous les sacrifices ordinaires, n’avait cependant jamais qu’une valeur de convention, pour ainsi dire ; la victime était prise parmi les créatures d'ordre inférieur, et le prêtre qui la présentait n’était qu’un homme pécheur, souillé comme tous les enfants d'Adam. « Il est impossible que le sang des taureaux et des boucs ôte les péchés. » (Hébr. 10 : 4.) « Il convenait que nous eussions un Grand-Prêtre saint, innocent, sans tache, séparé des pécheurs, élevé au-dessus des cieux, et qui n’eüt pas besoin, comme les autres Grands Prêtres, d’offrir tous les jours des sacrifices premièrement pour ses propres péchés. » (Hébr. 7 : 26, 27.)
La pensée de l’immense supériorité et de la pleine suffisance de l’expiation accomplie en Golgotha doit nous remplir d’une vive reconnaissance, nous donner la plus ferme assurance du pardon de nos péchés et nous pousser aux bonnes œuvres; nous ne devons pas négliger, néanmoins, d'étudier avec soin l'institution typique, parce que celle-ci jette une vive lumière sur l’œuvre maintenant accomplie de notre rédemption par Jésus-Christ. Parmi nos fêtes chrétiennes, 1l en est une qui correspond particulièrement à la fête des expiations ; c’est le Vendredi-Saint, dans laquelle se fait la commémoration de la mort de notre Sauveur. Plus que tout autre jour de l’année, celui-là nous appelle à «humilier nos personnes » (vers. 29), et à rentrer sérieusement en nous-mêmes. ï
4, 2. Il paraît que cette fête fut instituée peu de temps après la mort de Nadab et d’Abihu (10 : 1), pendant que le peuple était encore sous l’impression de ce terrible jugement de Dieu. — Ici le mot « sanctuaire » (hébr. Kodesch) désigne le sanctuaire par excellence, le lieu très saint, qui était séparé du lieu saint par un grand voile (ou rideau), décrit dans Ex. 26 : 31-35 (voir l'explication dans dans mon Com. sur l’Exode).— « Au dedans du voile. » A l’ordinaire, le voile (grand rideau), qui était tendu devant le lieu très saint était toujours baissé, et personne n’osait le soulever, parce qu’il devait enseigner que le péché a établi une séparation
entre Dieu et l’homme, entre le ciel et la terre. Une seule fois dans l’année, ce voile se levait pour donner passage au Grand-Prêtre. Il fut déchiré (et il devait l’être) au moment où la grande expiation s’accomplissait (Math. 27 : 51 ; Hébr. 10 : 20. — Le « propitiatoire, » grande plaque d’or surmontée de deux chérubins en or, qui recouvrait l’arche de l’alliance, et qui portait le nom de « propitiatoire » (hébr. kaporet), parce qu’elle servait pour le grand acte d’expiation, qui est décrit dans les versets 14 et 15 de notre chapitre. ( Voy. dans mon Commentaire sur l’Exode, l'explication de Ex. 25 : 17-91). — Les derniers mots du verset 2 font allusion à la promesse que l'Eternel avait faite (Ex. 25 : 22) de manifester sa présence dans le lieu très saint, au-dessus du propitiatoire, et d’y faire entendre ses oracles ; il apparaissait alors enveloppé d’une nuée qui servait de voile à sa gloire. C’est parce que le lieu très saint était ainsi, plus que tout autre lieu sur la terre, la demeure du Dieu trois fois saint, et par là même une vivante image des lieux célestes, que l'entrée en était interdite à tous les mortels ; le Grand-Prêtre seul avait le droit d'y pénétrer, en sa qualité de médiateur, et cela même seulement une fois par année, (Hébr. 9: 6-8.) 3-). Le verset 3 et les deux suivants indiquent les conditions que le Grand-Prêtre devait remplir pour avoir le droit de pénétrer dans le lieu très saint. (« Sanctuaire » a ici le même sens qu'au verset 2.) En premier lieu, il fallait y apporter des victimes (c’est-à-dire leur sang), car « sans effusion de sang, il ne se fait point de rémission des péchés. » (Hébr. 9 : 29.) En second lieu, le Grand-Prêtre ne pouvait pénétrer dans le lieu saint par excellence, sans s’être purifié par une ablution complète ( « il lavera son corps avec de Peau ») et s'être revêtu d’un costume particulier. Ce jour-là, étant un jour de repentance et d’humiliation, il ne devait pas paraître avec les magnifiques vêtements pontificaux qui sont décrits dans Ex. 28, et qu’il portait le jour de sa consécration (8 : 6-9 ; voy. explication de ce morceau); il ne devait pas préfigurer Jésus-Christ, dans sa grandeur et sa royauté ; mais dans son état de victime d’une parfaite sainteté; c’est ce que représentaient les vêtements de lin d’une blancheur immaculée. Ce costume ressemblait beaucoup à
celui des simples prêtres (voy. Ex. 98 : 40), cependant, il en différait par une écharpe entièrement blanche, tandis que celle des premiers était probablement aux quatre couleurs symboliques ; de plus, il portait une « tiare » (mais sans le diadême décrit dans Ex. 28 : 36-38), et non une simple <mitre. » (Voy. dans mon Com. sur l’Exode l’explic. de 96 : 40.) — Nous ne pouvons nous présenter devant Dieu pour implorer le pardon de nos péchés et toutes les autres grâces, que pour autant que nous sommes appuyés sur les mérites de notre Sauveur Jésus-Christ, revêtus de sa justice par la foi, et lavés dans son sang.
6. Anrès s'être procuré les victimes requises et s'être purifié et revêtu du costume sacré, le Grand-Prêtre procédait au premier acte de cette grande solennité, qui consistait à «faire approcher » (c’est-à-dire à présenter devant Dieu dans le parvis) le taureau qui devait servir de victime expiatoire pour le Grand-Prêtre lui-même et pour l’ensemble des autres prêtres (sens du mot « maison »). — La plupart des versions traduisent par © offrir » le verbe hébreu /higeriv) que nous rendons par « faire approcher. » Il est vrai qu'il signifie fré- “quemment « offrir, » mais la signification primitive convient mieux ici (les Septante traduisent comme nous), parce que expression «offrir » pourrait faire croire que lPmmolation de la victime devait s’accomplir dans ce moment-là, tandis qu’elle n’avait réellement lieu que plus tard, comme ie prouve le verset 11. Les mots « il fera expiation » ne peuvent également se rapporter qu’à l'intention, à l'acte accompli posté-" rieurement. — Le fait que le Grand-Prêtre devait commencer par offrir une victime pour ses propres péchés et ceux de sa maison, devait faire comprendre aux Israélites que tous les actes expiatoires qui allaient s’accomplir par ses mains, demeuraient insuffisants, et les faire soupirer après le Rédempteur parfait, qui « n'aurait pas besoin, comme Îles autres pontifes, d'offrir des sacrifices premièrement pour ses propres péchés. » (Hébr. 7: 27.)
7-10. Le second acte de la fête, qui se complétait par l'immolation de l’un des boucs (vers. 15) et par l'expulsion de l’autre (20-22), a une analogie assez frappante avec l’offrande des deux oiseaux pour la purification des lépreux. (14 : 1-7.)
1} s'agissait de proclamer clairement, solennellement, que les péchés étaient pardonnés, soustraits aux regards de Dieu, et cette idée ne pouvait être exprimée par un seul animal; on en prenait donc deux (d’après la tradition, les deux boucs devaient être aussi semblables que possible pour l'âge, la couleur), dont l’un subissait la mort pour représenter le châtiment, tandis que l’autre était conduit au désert, pour représenter l'enlèvement des péchés.
Le texte n’explique pas de quelle manière le sort était jeté. L’un des boucs était destiné par le sort «pour l'Eternel, » c’est-à-dire qu’il devait servir de victime expiatoire pour satisfaire la justice divine. L’autre était « pour Hazazel. » Nous pensons, comme la plupart des commentateurs, tant juifs que chrétiens, que ce nom était l’un de ceux que l’on donnait au diable. Parmi les modernes c’est l’opinion de Hengstenberg, Gerlach, Allioli, KFürst et autres encore. Le second bouc, après avoir été en quelque sorte chargé des péchés du peuple, par le moyen de l'imposition des mains et de Ja confession (vers. 20), était censé les emporter bien loin du peuple de Dieu et du royaume de Dieu (représenté alors par le tabernacle), pour les déposer dans le royaume de Satan, les lieux déserts étant considérés comme étant d’une façon particulière la demeure des malins esprits. (Voy. Es. 13 : 21; Luc 11 : 24.) Les péchés ainsi portés à Hazazel (premier auteur du péché), étaient entièrement « couverts » (Ps. 39 : 1) devant Dieu et sa justice ne pouvait plus les atteindre. A l’appui de cette explication on peut faire remarquer que, puisque l’un des sorts était jeté « pour l'Eternel, » il est naturel de supposer que le mot hébreu qui suit la seconde préposition doit être aussi le nom d’une personne, le nom d’un être auquel le second bouc pouvait être remis de la même manière que le premier l’avait été à Jéhova, sauf cependant que l’animal livré à Satan, ne l'était pas à titre de sacrifice expiatoire. Aussi le mot « Hazazel » est traité comme nom propre dans toutes nos versions françaises (à l'exception de Sacy qui a suivi la Vulgate). Toutefois nous devons mentionner une autre explication ‘, celle qui se trouve dans la ver-
1 C’est celle de Cyrille et de Théodoret parmi les Pères, et de Tholück, Bähr, Winer, Bost, parmi les théologiens modernes.
Sion des Septante : «il jettera le sort, l’un pour l'Eternel et l’autre pour le bouc émissaire » (litt.: pour celui qui détourne le malheur) ; la Vulgate et les versions anglaise et hollandaise traduisent à peu près de même. On peut traduire ainsi, en considérant le mot « Hazazel » non plus comme un nom propre, mais comme un adjectif verbal ou comme un participe, dérivé d'un verbe qui devrait signifier : «s’en aller, emporter, détourner. » Mais un verbe pareil ne se retrouve nulle part ailleurs ; ensuite, si le mot en question doit désigner le bouc lui-même, on ne sait guère comment traduire la dernière partie du vers. 10, où il est parlé du bouc comme devant être « envoyé pour Hazazel, au désert. » On pourrait, il est vrai, donner un sens un peu différent à la préposition qui précède le mot Hazazel, et traduire : «envoyé en qualité de bouc émissaire (Hazazel) au désert. » Mais il est beaucoup plus naturel de donner à cette préposition le sens qu’elle a au vers. 8. Il est probable que les auteurs de la version des Septante se sont contentés d’exprimer l’idée d’une manière approximative. Selon d’autres encore (les rabbins Kimchi et Abenesra) Hazazel serait le nom d’une montagne, vers laquelle le bouc devait être emmené ; cette explication ne peut guère se concilier avec le contexte. On peut consulter sur cette question: Symbolik des Mos. Cultus, de Bähr IL, 665-668 ; Dictionnaire bibl. de Bost, art. Expiations. — Au vers. 9, le verbe doit se traduire: «faire approcher » et non « offrir ; » c’est le même cas qu’au vers. 6. — Les mots: il en fera une victime pour le péché, » ne veulent pas dire que le bouc dût être égorgé dans ce momentlà (comp. vers. 15), mais simplement qu'il était d’une manière solennelle voué à la mort, désigné comme victime expiatoire. — Au vers. 10 nous traduisons « afin de faire expiation sur lui, » comme Ostervald, Sacy, les Septante. C’est aussi la traduction la plus littérale; il y a allusion à l'acte symbolique du vers. 21, par lequel les péchés d'Israël étaient transportés sur le bouc. Les traductions: afin de faire expiation PAR lui (Martin, Matter, angl., holl.), ou bien : pour servir à faire propitiation (Révision de Lausanne), sont moins littérales, mais rendent la même idée. Le texte comporte une autre traduction : «afin de faire expiation POUR lui {Perret-
Gentil, nouvelle version de Lausanne), mais elle donne un sens qui à quelque chose d’un peu étrange.
11. Le troisième acte de la cérémonie était l’immolation de la victime expiatoire (le taureau) pour les péchés des préires.
12, 13. Quatrième acte. Le Grand-Prêtre entrait une première fois dans le lieu très saint pour y offrir le parfum. L’encensement était comme à l'ordinaire symbole de la prière et de l’adoration (voir dans mon Com. sur l’Exode l’explic. de Ex. 30 : 1-10), mais en même temps la nuée du parfum devait voiler le siége de la présence divine aux regards du pontife, l’homme pécheur ne pouvant pas s'approcher trop du Dieu infiniment saint sans être exposé aux coups de sa suce bBompe Ex.19:1492482 916088: 00:Luc5:18) L’autel mentionné au vers. 12 est l’autel des parfums (voy. Ex. 30 : 1-10).
14-19. Cinquième acte. Ces aspersions de sang multipliées dans le sanctuaire et surtout dans le lieu très saint formaient la partie essentielle de cette grande expiation. Après y avoir offert le parfum, le Grand-Prêtre sortait du lieu très saint pour aller chercher (dans le parvis) le sang du taureau immolé pour ses péchés et ceux de sa race (vers. 11) ; avec ce sang il faisait une aspersion sur le propitiatoire même, après quoi il en faisait sept sur le sol, devant le propitiatoire. On pense que la première de ces aspersions était l'expiation pour les personnes ; aussi le sang devait-il être mis en contact immédiat avec le propitiatoire, tandis que les sept autres étaient pour la purification du tabernacle et de tous les objets qu’il contenait, purification nécessaire, parce que tout ce qui servait au culte devenait souillé par suite des péchés de ceux qui y officiaient. (Comp. explication de 8 : 15.) La première aspersion, celle pour les personnes (les prêtres) avait lieu sur le « côté oriental du propitiatoire, » c’est-à-dire sur le côté que le Grand-Prêtre avait en face de soi en entrant dans le lieu très saint (Voy. Ex. 26 : 22 et, dans mon Commentaire sur l’Exode, l’explication de Ex. 26: 3-6) ; ce côté avait un caractère plus particulièrement sacré, l’orient étant le symbole des idées de lumière, bonheur, espérance. (Comp. explication de Ex. 26 : 3-6, et Luc 1 : 78.) Dans le texte, il y
a littéralement: « il fera aspersion sur la face du propitiatoire, vers l’orient ; » nous croyons que notre traduction « le côté oriental du propitiatoire » rend bien l’idée que le législateur a voulu exprimer. Plusieurs versions portent: « il fera aspersion SUR le propitiatoire, vers l’orient (les Septante, Angl., Hol., nouvelle vers. de Lausanne), ce qui donnerait l’idée que le sang devait être répandu sur la surface supérieure du propitiatoire ; c’est peu vraisemblable, attendu qu’elle était recouverte en grande partie par les ailes des chérubins. La traduction: « au-devant du propitiatoire, vers l’orient » (Martin, Ostervald, Matter, Perret-Gentil), manque de précision et ne distingue pas assez la première aspersion des suivantes. Ces dernières se faisaient sur le sol, « devant le propitiatoire, » sept fois de suite (encore ici le chiffre symbolique de la bénédiction, voy. explication de 4: 6); elles avaient besoin d’être multipliées, tandis que la première suffisait, parce que alors le propitiatoire lui-même était atteint par le sang. — Après cela, le Grand-Prêtre sortait du lieu très saint et immolait le bouc, victime expiatoire pour le peuple (vers. 9), et il en apportait le sang, avec lequel il faisait une première aspersion, ensuite sept autres, exactement comme il avait procédé avec le sang du taureau. Mais cette fois les aspersions avaient lieu pour les péchés du peuple, la première pour les personnes, les sept autres pour le sanctuaire et tous les objets du culte qui se trouvaient devenus impurs par suite de ces péchés. — Le contexte indique que, au verset 49, les mots « sur le propitiatoire » doivent avoir le même sens que les mots « sur le côté oriental du propitiatoire, » qui se trouvent au verset 14 ; seulement ici le législateur s’est exprimé plus brièvement. — Le verset 16 esi une explication destinée à faire comprendre pourquoi le tabernacle, d’abord le lieu très saint (appelé ici « Sanctuaire »), puis le lieu saint (appelé « la Tente d’assignation ») avec tout ce qu'il contenait, avait besoin d’une purification solennelle.— Enfin, le verset 17 établit que le Grand-Prêtre possède seul le droit d'accomplir ces actes expiatoires ; il ne pouvait être assisté par les autres prêtres, encore moins par les simples fidèles ; il devait officier « seul, » parce qu’il représentait Celui qui seul aussi pouvait se présenter comme Médiateur
entre Dieu et les hommes. (Comp. Esa. 63 : 3 ; I Tim. 2: 5.) C’est en Jésus seul, en ses mérites et son intercession, que nous devons mettre notre confiance pour être délivrés de la condamnation éternelle.
Nous devons principalement remarquer dans ce morceau que l’aspersion se faisait sur le propitiatoire, dans le lieu très saint. C’était la seule et unique fois dans l’année que le pontife hébreu pénétrait au dedans du voile et qu’il s’avançait en quelque manière jusques vers le trône de Dieu. C'était l’expiation par excellence, Pacte expiatoire le plus parfait qui pût avoir lieu sous l’ancienne alliance. Le sang des victimes qui, en temps ordinaire, était répandu sur lPautel des holocaustes, ou sur celui des parfums, était en ce jourlà porté jusques dans le lieu très saint, et arrivait jusqu’à l’objet qui, de tous les objets du culte israélite était le plus sacré, le plus vénérable, le propitiatoire. Cette plaque d’or pur, ornée de deux chérubins, qui recouvrait l'arche, était considérée comme le trône de l'Eternel (comp. Ps. 80 : 1); c'était donc là, dans ce lieu sacré entre tous, que devait s’accomplir la réparation offerte à la justice divine, ou, pour parler plus exactement, l’acte par lequel cette grande réparation se trouvait préfigurée et annoncée. C’est pourquoi aussi le propitiatoire nous est présenté dans le Nouveau Testament (Rom. 3: 25) comme un type de la céleste victime, par le sacrifice de laquelle la justice de Dieu et sa miséricorde ont été conciliées de la manière la plus admirable. (Voy. dans mon Commentaire sur l’Exode l’explication de Ex. 25 : 17-921.)
Les versets 18, 19 prescrivent une dernière aspersion, destinée à purifier l’autel des holocaustes. C’est bien de celui-là qu'il s’agit et non de celui des parfums, comme le disent à tort quelques commentateurs; car la purification pour ce dernier avait déjà eu lieu avec celle des objets contenus dans le tabernacle (vers. 16), et selon l'ordre donné dans Ex. 30 : 10. — « Le purifiera , » littéralement: « fera expiation pour lui. » — L'’autel des holocaustes avait besoin d’une purification solennelle, par la même raison que le tabernacle et tout ce qu’il contenait. Il était souillé par les transgressions des prêtres et par celles du peuple; c’est pour-
quoi il fallait à la fois le sang du taureau et celui du bouc.
On a discuté souvent la question de savoir combien de fois le Grand-Prêtre entrait dans le lieu très saint le jour de la fête. La question n’est pas tranchée par Hébr. 9 : 7, parce que dans ce passage l’expression « une fois » signifie évidemment: « une seule fois dans l’année. » Il est assez probable qu'il y entrait quatre fois, comme le disent les rabbins, la première avec l’encensoir, la seconde avec le sang du taureau, la troisième avec le sang du bouc, enfin, la quatrième, pour en rapporter l’encensoir, qui, en temps ordinaire, était déposé dans le lieu saint. (Voir dans mon Commentaire sur l’Exode l’explication de Ex. 30 : 36.)
20-92. Sixième acte. On amenait (probablement devant l'autel des holocaustes) le bouc vivant, et le Grand-Prêtre, plaçant ses mains sur sa tête, prononçait une confession solennelle de ses péchés, de ceux de sa race et de ceux du peuple. La formule de cette confession nous a été conservée par les docteurs juifs :
« Hélas, Seigneur! j'ai failli, j'ai manqué, j'ai péché devant toi, moi et ma maison. Je te prie, Seigneur, pardonnenous les péchés, les fautes et les offenses que nous avons commises devant toi, moi et ma maison... Pardonne, Seigneur! les péchés et les fautes, et les offenses commises par ton peuple, la maison d'Israël, etc., etc. »
Par le moyen de cette confession et de l'imposition des mains, les péchés des prêtres et ceux du peuple étaient transportés sur le bouc vivant (vers. 21), non pour être expiés, car ils l'avaient déjà été par l’immolation de l’autre bouc, mentionnée au verset 15, mais pour être envoyés au désert, dans la région du Prince des ténèbres. Ainsi, des deux boucs, un représentait le sacrifice de Jésus-Christ ; l’autre, labsolution, qui est pour le pécheur le fruit de ce sacrifice. Sou- : venons-nous que la confession (publique et privée) de nos péchés est indispensable pour que nous soyons mis au bénéfice des mérites de Jésus-Christ. (1 Jean 1 : 9; voy. aussi l'explication de 9: 5.) La confession achevée, le bouc était emmené (par un homme qui se trouvait prêt, c’est-à-dire, désigné d'avance pour cet office) au désert, dans un pays inhabité, où probablement il périssait bientôt faute de nour-
riture, à moins que l’on ne préfère la tradition suivant laquelle son conducteur le précipitait du haut d’un rocher.
93-25. La cérémonie se terminait par un holocauste, qui avait bien aussi un caractère expiatoire, comme l'avait toujours l’holocauste (voy. explication de chap. 1), et comme indique la fin du verset 24 (cette accumulation d'actes ex- . platoires proclamait leur insuffisance relative), mais qui exprimait principalement l’idée de la reconnaissance envers le Dieu qui avait pardonné à son peuple. Cet holocauste consistait en deux béliers, l’un pour le Grand-Prêtre, l’autre pour le peuple. (Vers. 3 et 5.) — Pour l’offrir, le Grand-Prêtre échangeait ses vêtements blancs (vers. 4) contre son costume pontifical ordinaire, parce que ce dernier acte n’était plus essentiellement expiatoire et qu'il ne s’accomplissait plus dans le lieu très saint, mais dans le parvis. Mais, auparavant, le pontife devait encore se soumettre à une ablution complète (vers. 24), peut-être parce qu’il était censé s’être souillé par l’attouchement du bouc destiné à Hazazel. Cette ablution avait lieu « dans un lieu saint, » c’est-à-dire dans le parvis, et sans doute, ainsi que celles dont il a été parlé au verset 4 et précédemment, au moyen de la grande cuve d’airain (figure du baptême) qui se trouvait placée entre l'autel des holocaustes et le tabernacle. (Voy. dans mon Commentaire-sur l’Exode l'explication de Ex. 30 : 17-21.)
26-28. Tant l’homme qui avait conduit le bouc au désert que ceux qui avaient emporté et brûlé les restes des victimes expiatoires (il n’était pas permis de les manger, comp. 6: 30), devaient naturellement se soumettre à une purification, ayant été souillés par le contact avec des animaux chargés de péchés.
29-34. Le chapitre se termine par des instructions générales sur l’époque de la fête et la manière de la célébrer. — Elle devait avoir lieu « au septième mois; » il s’agit ici du septième mois de l’année religieuse qui avait été déterminée par la sortie d'Egypte (voy. Ex. 12: 1, 2); c'était le mois que les [sraélites appelaient Tosre et qui commençait à peu près au milieu de septembre. Ce mois avait déjà, en sa qualité de seplième, un caractère sacré (voy. explication de 4: 6); le dixième jour était choisi, parce que le nombre dix étaitle sym-
bole de toute œuvre complète. (Voy. dans mon Commentaire sur la Genèse l'explication de Gen. 7 : 4.) — En ce jour-là, les [sraélites (les étrangers étaient également soumis à cette obligation, afin de rehausser la solennité et de préfigurer la vocation des Gentils ; comp. 17 : 12) devaient « humilier leurs personnes, » expression qui indiquait divers actes de mortification et de renoncement (privation de l’onction d'huile, des plaisirs du mariage, etc., etc.), mais principalement le jeûne, ainsi que le prouve le passage dans lequel le psalmiste déclare avoir « humilié sa personne par le jeûne. » (Ps. 35: 13.) La traduction ordinaire: « vous affligerez vos âmes » (Osterv., Mart., Angl., etc.), nous paraît moins exacte; le substantif hébreu (nephesch) qui suit le verbe, peut bien, dans quelques passages, se traduire par « àme ; » mais plus souvent il représente la personne entière, l’homme, corps et àme ; et c’est le cas ici, où la mortification du corps devait servir à la fois à exprimer et à faciliter l’acte intérieur de la pénitence. La fête des expiations était la seule pour laquelle le jeûne fut ordonné par la loi divine ; aussi ce jour avait reçu par l’usage le nom de «jeûne ; » qui lui est donné dans le Nouveau Testament. (Act. 27 : 9.) Mais les Israélites établirent eux-mêmes, dans la suite, un grand nombre de jeûnes publics et particuliers. Le jeûne n’est nullement supprimé pour les fidèles de la nouvelle alliance (voy. Math. 6: 16 ; 17 : 21 ; Act. 13 : 2); il doit être conservé, tant comme acte symbolique que comme moyen de sanctification; aussi le savant et pieux commentateur Gerlach dit avec raison «qu’il manque quelque chose à toute société religieuse qui n’institue pas dans son sein des jeûnes publics. » — « Repos complet. » Dans l’hébreu il y a la même expression que dans Ex. 31 : 15 (où le mot « repos » est redoublé). — « Investi du sacerdoce. » Littéralement : « dont on aura rempli les mains pour le sacerdoce. » (Comp. explication de 8 : 25.) — En comparant Ex. 40 : 17 et Nomb. 1: 1, on voit que la dernière partie du verset 34 est une anticipation; ce n’est que plus tard que la fête put être célébrée.
SECTION III