Le péché ici défendu est l'adultère proprement dit
L’hébreu porte: «tu ne donneras pas ta couche pour semence. »
91. Moloch, divinité des Cananéens et des Phéniciens, dont le culte est encore mentionné dans d’autres passages de l’Ecriture (2 Rois 93 : 10; Jér. 32 : 35), et devant lequel il paraît que l’on brüûlait des enfants, comme une sorte de victime expiatoire. Aussi la plupart des versions ont probablement rendu l’idée en ajoutant après le verbe « passer » les mots «par le feu » qui ne se trouvent pas dans le texte. Des égarements aussi affreux nous révoltent, mais sont-ils beaucoup moins cruels et dénaturés les parents qui traitent quelquefois leurs enfants de la manière la plus dure, ou qui, leur faisant un plus grand mal encore, les poussent au vice et les livrent à Satan ! La défense de sacrifier des enfants à Moloch se trouve au milieu de ce morceau qui se rapporte à des trangressions d’un autre genre, parce que cette coutume était une perturbation des rapports qui doivent exister entre parents et enfants.
29, 23. Les abominations, auxquelles ces versets font allusion, étaient en usage chez les peuples de l’antiquité. Pour le vers. 22, on peut comparer Gen. 49 : 5: Rom. 1 : 26. — Le péché mentionné dans le vers. 23 est bien caractérisé par le mot « confusion, » traduction littérale de l’hébreu « fevel. » Les versions qui le rendent par « horreur, contamination, » sont moins exactes. Par de telles impuretés l’homme descend au rang de la brute et même plus bas encore, ne respectant plus l’ordre que Dieu à établi dans la nature.
24-30. Exhortation générale à s’abstenir de toutes ces énormités, par lesquelles les Cananéens s’attiraient les justes jugements de Dieu.
$ 8. Sainteté dans la vie journalière.
Chap. 19.
CHAP. XIX. — 1, 2. Le législateur, après les lois destinées à maintenir la pureté du culte et les bonnes mœurs, enseigne aux Israélites comment ils devaient se conduire dans différentes relations et différentes circonstances, pour se montrer le peuple du Dieu saint. Dans cette énumération des devoirs
il s'arrête aux plus saillants. La solennelle déclaration du vers. 2 est reproduite dans le Nouveau Testament et appliquée aux fidèles de la nouvelle alliance. (I Pier. 1 : 46.)
3, 4. Le législateur place en tête de ce morceau, à cause de leur importance suprême pour la vie morale, le respect filial, observation du sabbat et l'abstention de lidolâtrie. Remarquons que ia mère est mentionnée avant le père, sans doute parce que son autorité a plus particulièrement besoin d’être garantie par la loi divine. Toutes ces obligations sont appuyées sur la considération des rapports étroits qui existaient entre Dieu et Israël.
9-8. Renouvellement de la oué relative à la chair des sacrifices de paix, donnée dans 7 : 16-18, dont voy. l’explication.
9-18. La conduite des Israélites envers le prochain doit être réglée par la justice et la charité.
Les vers. 9, 10 se rapportent à un usage charitable qui a passé jusqu’à un certain point dans les mœurs des nations chrétiennes. — A remarquer la recommandation en faveur des étrangers. (Comp. Ex. 23 : 9.)
Les versets 11-18 interdisent toute espèce d’injustices, fraudes, actes d’oppression, etc. (Sur le vers. #2 comp. Ex. 20 : 7.) Différer de payer ceux qui nous ont donné leur temps, leur travail, leurs marchandises, etc., est aussi une injustice, dont les riches se rendent souvent coupables, ne considérant pas que l’ouvrier, le marchand, etc., ne sont pas en position d'attendre longtemps le payement qui leur est dû, sans en souffrir quelque dommage. — Le vers. 14 recommande plus particulièrement à notre Justice et à notre charité ceux que leurs infirmités placent dans une condition dépendante. La fin du verset rappelle que Dieu lui-même sera le vengeur de toute injustice. — Le vers. 15 montre que l’on peut s’écarter de la stricte imp artialité de différentes . manières. (Comp. Ex. 93 : 3.) — La première partie du vers. 16 se rapporte à la médisance, qui a si souvent cours dans la vie ordinaire, la seconde au faux témoignage devant les tribunaux, par lequel la vie de l’accusé peut être mise en péril. (Comp. Ex. 93 : 7.) Il y a en hébreu : «tu ne te léveras point contre le sang de ton prochain. » — Les versets
47, 18 interdisent de se venger, de rendre le mal pour le mal. Pour cela, il faut tout d’abord s'appliquer à étouffer les sentiments de haine et de rancune qui s'élèvent dans notre cœur contre celui qui nous à fait quelque mal (comp. 1 Jean 3 : 15); ensuite il faut, pour son bien spirituel et dans l’intérêt de la justice, le «reprendre, » lui représenter ses torts, et cela avec sérieux et énergie (cette idée est exprimée dans l’original par le redoublement du verbe), ce à quoi le Nouveau Testament nous invite également (Math. 148 : 15-17). Si, au lieu de s’acquitter de ce devoir de la répréhension, souvent pénible à remplir, on nourrit un secret ressentiment, on se laisse facilement aller à commettre des actes de vengeance et ainsi on tombe dans le péché à l’occasion du prochain. Tel est le sens probable du vers. 17. Notre traduction s'accorde avec celle de Sacy, de Perret-Gentil et de la nouvelle version de Lausanne. En hébreu il y a : «tu ne te chargeras pas de péché pour (litt. : sur) lui.» La traduction des versions ordinaires et de l’anglaise : «tu ne souftriras pas de péché en lui, » n’est pas exacte parce que la préposition qui précède le pronom (se rapportant au prochain) signifie : «sur, au sujet de, à cause de, » et que le verbe doit avoir le même sens que dans un passage du chapitre suivant (20 : 20), où il est question de péchés pour lesquels on est châtié. — L’invitation du vers. 18, à «aimer notre prochain comme nous-mêmes, » résume d’une manière simple et énergique tous les devoirs envers nos semblables, et Jésus qui la reproduit (Math. 22 : 39), nous donne à entendre que la charité, la bienveillance, la patience, n'étaient point, comme on de croit souvent, des vertus SHANGARES à la morale de l’Ancien Testament.
49. Ce verset interdit des actes qui, sans avoir quelque chose de criminel en eux-mêmes, devaient être évités à cause d’une certaine analogie avec les péchés contre nature, mentionnés dans 18 : 29, 23. Les distinctions que le Créateur a établies entre les règnes, les genres, les espèces, doivent être respectées. Les Hébreux, étant comme les Orientaux en gépéral, très attentifs au symbolisme naturel et habitués à voir dans le monde visible un reflet de l’invisible, il était particulièrement opportun qu'ils fussent exercés à l’obéissance dans
les choses de ce genre. (Comp. la distinction entre les animaux purs et impurs.) Cette loi subsiste pour nous dans son espri, et nous commande de rechercher la pureté, la bienséance el l’ordre en toutes choses.
20-22. Les relations. avec une femme mariée en circonstances ordinaires, constituaient l’adultère et étaient punies de mort (20 : 10), mais la position de la femme étant modifiée (rendue plus dépendante), par l’état de servitude, la peine était adoucie pour ce dernier cas. Les deux coupables étaient non pas mis à mort, mais pourtant « châtiés » (selon la tradition frappés de verges), puis il fallait « un sacrifice pour la culpabilité, » afin de réparer l’outrage fait à la morale. C'était un bélier qu’on offrait, parce que c'était un «sacrifice pour la culpabilité (hébr.: Ascham). (Voy. 5 : 14-19 ; 6 : 1-7.) — L'expression que nous rendons par «fiancée,» pourrait aussi s'appliquer à l’union déjà consommée; mais dans l’un et l’autre cas, la culpabilité était la même. — La traduction du vers. 20 dans la vers. d’Ostervald n’est pas exacte.
23-25. Cette défense de manger les fruits d’un arbre pendant les trois premières années, a au premier abord quelque chose d’étrange, mais elle s'explique par les rapports étroits que le Créateur a établis entre l’homme et le globe qu’il ha-. bite, rapports en vertu desquels les effets de la chute d’Adam se sont étendus aux autres créatures, tant inanimées qu’animées (Genèse 3 : 17: «la terre sera maudite à cause de toi; » Rom. 8 : 19, 20). Or, de même que l'enfant était soumis à la circoncision, afin de pouvoir être consacré à Dieu et incorporé à son peuple, les arbres devaient également être soumis à une opération analogue, le retranchement de leurs premiers fruits. (Voy. dans mon Com. sur la Genèse l’explie. de Gen. 17 : 11.) La privation imposée aux Israélites par rapport à ces fruits, devait proclamer à leurs yeux la nécessité d’une grande purification et du dépouillement du vieil homme. Cette loi ne nous concerne pas dans son sens littéral, puisque nous ne sommes plus dans l’économie des ombres et des figures, mais nous ne devons pas perdre de vue que la nature qui nous entoure s’accorde avec la Révélation écrite pour nous rappeler continuellement notre déchéance et l’absolue nécessité d’une nouvelle naissance.
(Comp. aussi [ Tim. #4 : 5.) — Pour la fin du vers. 24 nous avons préféré à la traduction ordinaire (« saint, à la louange de l’Eternel), celle de Perret-Gentil, parce que dans Jug. 9 : 27, seul passage où le mot hébreu, que l’on traduit par « louange, » se retronve, il paraît plutôt indiquer une fête ; il s’agit donc des offrandes de fruits qui avaient lieu dans certaines fêtes. — Les derniers mots du vers. 25 doivent être rapportés, non pas seulement à ceux qui précèdent immédiatement, mais aussi aux deux versets qui précèdent. Le législateur veut donner à entendre que l’obéissance à cette loi sera récompensée par une grande fertilité, effet de la bénédiction d’en haut.
26-31. Ce morceau se rapporte à diverses coutumes par lesquelles les Israélites pouvaient être détournés du service du vrai Dieu, soit en imitant des usages des idolâtres, soit en Se mettant en rapport avec la Puissance des ténébres par certains moyens secrets. — La défense de manger du sang déjà promulguée (17 : 10-12), est répétée ici à l’occasion des usages qui devaient séparer Israël des autres peuples de l'antiquité. — Les moyens employés pour se mettre en communication avec le monde des esprits et pour interroger l’avenir, qui sont indiqués dans la seconde partie du vers. 26 et dans vers. 31, ne sont pas sans analogie avec ceux que nous rencontrons encore de nos Jours et au sein de la chrétienté (diseurs de bonne aventure, esprits frappeurs, tables tournantes, etc.). Des pratiques sévèrement défendues aux fidèles de l’ancienne alliance (voy. aussi Ex. 22 : 18), parce qu'elles tendaient à détourner leur confiance et leurs hommages du seul vrai Dieu, devraient être à plus forte raison condamnées et abhorrées par les chrétiens qui possèdent beaucoup plus de lumières et de moyens de grâce. Sans parler des dangers pour la pureté de la foi, elles ont celui, plus grand encore, de mettre ceux qui s'y livrent en rapport avec le Prince des Ténébres et avec les malins esprits. En effet, dans les phénomènes de ce genre, tout n’est pas illusion, imagination ou jonglerie ; il y à des faits qui ne peuvent s’expliquer que par une intervention mystérieuse de certains agents invisibles qui, sans doute, exerçaient et exercent encore leur action plus librement et plus énergiquement au
sein du paganisme, mais contre l'influence desquels l’Ecriture sainte prend soin de nous mettre en garde. (Voy. Eph. 6 : 12.) — Les vers. 27, 98 interdisent des choses qui probablement étaient en usage chez les peuples d’alentour. — Le vers. 29 mentionne la prostitution, parce qu'elle était très répandue chez ces peuples, au point de faire souvent partie du culte qu’ils rendaient à leurs divinités. — L’observation du sabbat (vers. 30) est recommandée, de même qu’au vers, 3, comme l’un des moyens les plus efficaces pour être préservé de toute aberration dons la foi et dans les mœurs.
32. Le respect pour les vieillards est un hommage rendu à la sainte hiérarchie que Dieu lui-même à établie entre les hommes, et c’est une vertu qui est un des plus solides fondements de l'ordre social. C’est cependant une des plus négligées dans notre siècle où l’on parle tant de progrès, de développement, de réveil religieux! Nos jeunes gens s’affranchissent toujours plus des égards que l’on observait autrefois envers les personnes âgées, et, cela souvent, même dans leur propre famille. Combien de vieillards (même dans les classes riches) se trouvent dédaignés, délaissés et presque abandonnés ! L’historien Hérodote (IE, 80) nous apprend que les Egyptiens et les Grecs se levaient devant les vieillards. Pourrions-nous faire moins que les païens ?
33-36. Retour aux exhortations des vers. 11-18, relativement à la justice, et cela plus particulièrement envers les étrangers qui, au vers. 34, sont recommandés à l'intérêt des enfants d'Abraham par une considération touchante, déjà énoncée dans Ex. 93 : 9. — « Poids justes, » litt.: pierres justes. — « Epha, » mesure pour les solides, valant environ 10 livres. — « Hin, » mesure pour les liquides, équivalant, disent les rabbins, à la contenance de 72 œufs.
$ 4. Sanction pénale de la loi.
Chap. 20.
CHaP. XX. — Ce chapitre contient une série de dispositions pénales, formant la sanction des défenses consignées dans les deux précédents.