‹ Commentaire sur le Lévitique précédé d'une traduction nouvelleChapitre 46 sur 48 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

TEMPS SAINTS Chap. XXIII-XX VIT.

$ 1. Fêtes annuelles.

Chap. 23, 24.

CHaP. XXIIT.— Les fêtes étaient déjà instituées (Ex. 23 : 10- 49 ; voyez dans mon Commentaire sur l’Exode l’explication de ce morceau) ; mais cette institution est ici complétée par divers détails sur la manière de les célébrer.

L’homme est trop faible, trop facilement absorbé par les intérêts et les jouissances de la vie présente, pour pouvoir se passer d'institutions destinées à ramener à des intervalles réguliers sa pensée sur son Créateur, sur les bienfaits qu’il en à reçus et sur l’avenir glorieux auquel il est appelé. C’est dans ce but que Dieu avait établi d’abord un repos hebdomadaire, le sabbat, puis quelques fêtes annuelles, dont la plupart tombaient sur des moments de l’année qui étaient à la fois l’époque des principales récoltes et l'anniversaire des grands événements de l’histoire. Cette coïncidence était une dispensation bien digne de la sagesse divine, et c’est ainsi encore que les peuples chrétiens sont appelés à célébrer la résurrection de leur Rédempteur à l’époque de la résurrection de la nature. (Voyez dans mon Commentaire sur l’Exode l'explication de Ex. 23: 14-17.)

Le Nouveau Testament n’a pas institué d’autres fêtes que le dimanche ; mais dès les premiers temps l'Eglise, sous la direction du Saint-Esprit, a établi des jours de commémoration publique des grands faits historiques qui sont le fondement de la foi. La plupart des églises chrétiennes ont con-

servé cette institution, si conforme aux besoins de l’homme et à l'esprit de l’Ecriture. Il en est quelques-unes, en Ecosse et sur le continent, qui ont aboli ces fêtes, afin, disent-elles, de rompre plus complètement avec la tradition et le papisme. (C’est de l’orgueil et du radicalisme, et ces églises sont châtiées par un dépérissement religieux qui va toujours croissant.

1, 2. Le mot hébreu {mohed) que nous rendons par « fête,» avec la plupart des versions, est le même que celui qui se traduit par « assignation » quand il est précédé du mot tabernacle ; il se rattache à un verbe qui signifie « fixer, convoquer, assigner. » Dans notre passage, la Nouvelle version de Lausanne le rend par « assignation, » Perret-Gentil par « solennité. »

40 Le sabbat. (3).

3. L'institution du jour de repos hebdomadaire est ici rappelée, mais avec moins de détails que dans le Décalogue. (Voir dans mon Com. sur l’Exode l’explic. de Ex. 20 : 8-11.) « Grand repos, » en hébreu l’idée d’un repos solennel, complet, est exprimé par la répétition du substantif.

29 La Päque. (4-14.)

A. Ce verset n’est pas une simple répétition du vers. 2:11 sert d'introduction au reste du chapitre qui se rapporte aux fêtes proprement dites, le sabbat ayant une place à part.

9-8. « Au premier mois.» (Voir dans mon Com. sur l’Exode l’explic. de Ex. 42 : 1, 2.) — Nous rendons par «vers le soir » l'expression hébraïque «entre les deux soirs,» qui paraît avoir désigné l’époque de la journée, qui précède de peu le coucher du soleil (voyez explic. de Ex. 12: 6.) — Le mot « Pâque » est une modification du mot hébreu (pasak) qui signifie « passage ; » il fait allusion à cette nuit mémorable dans laquelle Dieu, par le moyen de l’ange exterminateur, exerça ses jugements sur l'Egypte et épargna les maisons des Israélites, parce qu’elles se trouvaient marquées par le sang de l'agneau. On peut conclure de Ex. 12 : 11-13, que la fête tire son nom de « ce passage » de l'ange à

travers l'Egypte, et plus particulièrement de l'exception qui eut lieu en faveur des Israélites, car le verbe « passer, » employé dans ces versets, signifie aussi « passer outre, épargner. » La Pâque était la commémoration annuelle de cette délivrance, qui avait été complétée par la sortie d'Egypte ; en même temps elle préfigurait une délivrance beaucoup plus importanté encore, qui consiste en ce que quiconque est trouvé avoir reçu l’aspersion du sang de Christ, Agneau parfait et sans tache, se trouve à l'abri de toute condamnation. Comparez 1 Cor. 5 : 7. (Voyez pour plus de détails dans mon Com. sur lExode l’explic. de Ex. 19 : 1-20.) — Cette fête est appelée « la Pâque pour l'Eternel ; » c’est-à-dire destinée à le glorifier, à lui rendre grâces ; on pourrait aussi dire : «en l'honneur de l’Eternel. » (Perret-Gentil.) — Au vers. 6 la fête apparaît sous le nom de «fête des pains sans levain, » parce que la manducation de pains de cette espèce (en souvenir de ceux qui avaient été mangés avant le départ: Ex.12: 34, 29, et comme symbole de la pureté morale que Dieu demande du peuple des délivrés) constituait un des principaux caractères de cette fête. Il paraît, par Ex. 12 : 18, qu’on commençait à en faire usage déjà le quatorzième jour du (premier) mois, et c'était aussi vers la fin de ce jour, « vers le soir, » que l’on égorgeait l'agneau; mais le lendemain (quinzième du mois) était un jour plus solennel, parce que c'est au commencement de ce jour que l’on mangeait l'agneau, c'est-à-dire dans la soirée qui suivait le jour précédent, car les Hébreux comptaient les jours d’un soir à l’autre (voyez Ex. 12 : 8); c’est pourquoi c’est le quinzième jour qui est indiqué ici comme le commencement de la fête, et c’est aussi ce jour-là qui, au vers. 7, est appelé « le premier jour, » et qui devait être distingué aussi bien que le septième (ou huiième, en y comprenant le quatorze), par un repos solennel et une assemblée religieuse («sainte convocation »). Ce repos était cependant, à ce qu’il paraît, un peu moins rigoureux, moins complet que celui du sabbat, le mot «travail » (comp. Ex. 20 : 10 et l'explication de ce passage) étant ici accompagné d’un autre substantif qui le précise et le limite. Au jour du sabbat, tous les travaux de la vie ordinaire, sans exception, étaient interrompus, puisqu'il n’était pas même permis

d'allumer du feu (Ex. 35 : 8), mais dans les jours de fête on devait seulement s’abstenir des travaux qui constituaient un « service, » comme par exemple la construction d’un édifice. (Comp. 95 : 39; Ex. 35 : 24.) La plupart des versions ont traduit : « Vous ne ferez aucune œuvre servile. » Perret-Gentil a peut-être assez bien saisi le sens, en disant : « Vous ne ferez aucun travail d’affaires. » Il n’est pas exact de dire : « Toute espèce de travail. » (Rév. de Laus.)

9-14. À la Pâque, qui coïincidait avec l’époque du commencement de la moisson, en Palestine beaucoup plus hâtive que chez nous, se Joignait l'offrande faite à l’Eternel ( par intermédiaire des prêtres) d’une gerbe, comme prémices de la récolte ; c’était un acte par lequel on reconnaissait Jéhova comme le suprême Dispensateur de tous les biens. Et c’est là une obligation qui, dans son esprit, existe aussi pour les fidèles de la nouvelle alliance ; au fond du cœur, et dans l’occasion aussi par des actes extérieurs, nous devons rendre grâces à Dieu pour tous les biens qu’Il nous accorde. Il est. probable que cette gerbe des prémices avait quelque rapport typique avec le fait de la résurrection de Notre Seigneur, garantie de celle des croyants qui sont renfermés dans sa personne, comme les grains dans l’épi ; Christ est appelé « les prémices. » (1 Cor. 15 : 23.) — Sur l’acte symbolique, indiqué par « promener, » voyez explication de 7 : 34. — Par «le lendemain du repos » (ou sabbat) il faut entendrele seize du mois, lendemain du premier jour de la fête des pains sans levain qui, d’après vers. 7, devait être célébré comme un jour de repos, semblable au sabbat ordinaire, quoiqu’un peu moins solennel. — Cette offrande des prémices de la moisson devait être accompagnée d’un sacrifice (« un holocauste »), parce que tous les bienfaits de Dieu doivent être pour nous une occasion de nous humilier, de penser à nos péchés et de reconnaître notre indignitè naturelle. — L’holocauste devait être accompagné d'une offrande de fine farine (deux dixièmes d’épha, car c’est ce qu’il faut sous-entendre ; comp. explic. de 6 : 19), et d’une libation de vin (comp. explic. de 2:1). — Le «hin, » mesure pour les liquides, d’après la tradition, équivalent à 72 œufs.

30 La Pentecôte. (15-22.)

Cette fête se célébrait cinquante jours après la Pâque, plus exactement, le cinquantième jour depuis le 46 du premier mois. Elle était tout d’abord un acte d'actions de grâces pour la moisson qui se terminait à cette époque, et s’appelait à cause de cela « fête de la moisson. » (Ex. 23 : 16.) Elle s’appelait encore « fête des semaines » (Ex. 34:22), parce qu’elle se célébrait au bout d’une période de sept semaines (une semaine de semaines), et aussi la fête du «cinquantième jour, » et c’est sous ce dernier nom, celui de « Pentecôte » (dérivé du mot grec qui signifie : le cinquantième), qu’elle paraît dans le Nouveau Testament. (Act. 2 : 4.) Il paraît que, - bien qu’il n’en soit pas fait mention dans l’Ancien Testament, on s'était habitué dans la suite des temps à associer à cette fête de la moisson le souvenir de la promulgation du Décalogue, qui avait eu lieu cinquante jours après la sortie d’Egypte. (Voy. dans mon Commentaire sur l’'Exode l'explication de 19 : 1, 2.) Les docteurs juifs ne sont pas d'accord sur le rapport qui existe entre la Pentecôte et la législation. Il est certain que ce rapport n’est jamais indiqué dans le texte sacré, mais il est très probable qu'il était dans la pensée du divin législateur, pensée qui a été manifestée par le fait de la coïncidence de la fête avec l'anniversaire annuel de la promulgation de la loi. Il était donc naturel que cette association d'idées se présentàt à l’esprit des Israélites. (Voy. sur cette question la symbolique du culte mosaique par Bähr, IT, 645- 652.)

Cette fête avait, aussi bien que toutes les autres, une si- ‘gnification typique et prophétique ; elle formait la clôture de la moisson et de cette semaine de semaines, à laquelle son point de départ (la Pâque) et le chiffre « sept, » qui était mis si fort en évidence (voy. explication de 4 : 6) imprimaient un caractère éminemment religieux ; sous ce rapport elle préfigurait la Pentecôte chrétienne, l’effusion du Saint-Esprit, dans laquelle l’œuvre de la Rédemption trouva son achève- ‘ment, son couronnement, par la transformation opérée dans la personne des apôtres et la conversion des trois mille. Si

486 LÉVITIQUE XXIU.

enfin nous tenons compte de l’autre point de vue sous lequel on peut considérer la Pentecôte juive, il n’est pas difficile de découvrir un rapport assez étroit entre la commémoration de la proclamation de la loi fondamentale de l’ancienne alliance et l’avénement de l’économie évangélique.

€ Le lendemain du repos. » (Voy. explication de vers. 41.) — L’ coblation » est appelée « nouvelle » (vers. 16), parce qu’elle était prise sur la nouvelle récolte qu’on venait d’achever. — Les pains devaient être au nombre de « deux » (peutêtre comme symbole de lidée d'achèvement, conclusion de Ja moisson et de la période sacrée des sept semaines). — Ces pains devaient être cuits avec du levain, parce qu’ils étaient destinés à représenter aussi bien que possible les aliments ordinaires des Israélites, dont la. consécration à Dieu s’accomplissait par cette offrande. D'ailleurs ces pains étaient seulement « promenés, » mais non placés sur l’autel, ce qui était interdit. — Les « agneaux » devaient être au nombre de « sept » (vers. 18), en rapport avec le nombre des jours et des semaines. — Le législateur se borne à mentionner les oblations et libations « respectives, » c’est-à-dire, qui devaient accompagner l’holocauste. (Comp. vers. 18.) — L’holocauste avait par lui-même déjà une valeur expiatoire, mais l’idée d’expiation (l’humiliation devant toujours s’associer à la reconnaissance, comp. vers. 12) devait être mise encore plus en évidence par un sacrifice « pour te péché » (vers. 19). — « pour le prêtre, » c’est-à-dire : destinées à sa nourriture ; — « travail de service, » voy. explication de vers. 7. — Le vers. 22 répète (à l’occasion de la moisson et de la fête de la moisson) la loi de 19 : 9, afin de rappeler que les hommages que nous rendons à Dieu ne sauraient lui être agréables s'ils ne sont pas accompagnés d'amour pour nos frères et d'œuvres de charité.

40 La Fête des Trompettes. (23-925.)

Cette fête se célébrait au septième mois (correspondant à peu près à l’espace compris entre le 15 septembre et le 15 octobre), qui entre tous les mois de l’année (année ecclésiastique, car c’est toujours de celle-là qu'il s’agit dans ce

livre, comp. explication de Ex. 12: 1,2), était considéré comme sacré et béni, d'abord parce qu’il était le « septième,» puis parce quil renfermait deux fêtes très solennelles, celle des expiations et celle des tabernacies ; c'était donc d’une façon particulière une période de grâces, de pardon, de réconciliation avec Dieu et de renouvellement moral. La fête qui se célébrait le « premier jour » de ce mois, était en quelque sorte l’inauguration de cette période sacrée ; elle devait appeler la bénédiction divine sur le mois tout entier et préparer le peuple à le célébrer saintement; il en est de même dans l’Eglise chrétienne du premier jour de l’Avent ou des semaines de la Passion. Ce but de la fête des trompettes est indiqué au vers. 24 par les mots « un appel. » C’est ainsi que nous avons rendu un mot hébreu 2#karon, que la plupart des versions traduisent par « mémorial, monument, commémoration, » traduction littérale sans doute, mais qui a l’inconvénient de donner l’idée que cette fête était destinée à conserver le souvenir de quelque événement marquant dans l’histoire du peuple de Dieu ; mais alors cet événement aurait dû être indiqué. Nous croyons que notre verset se trouve expliqué par un passage du livre des Nombres, où il est dit que lorsque les Israélites se mettaient en campagne contre leurs ennemis, comme aussi dans leurs jours de fête et de réjouissance, ils devaient sonner de Ja trompette « afin de rappeler leur souvenir devant Dieu, » c’est-à-dire de le faire ressouvenir de ses promesses et de son alliance. (Nomb. 10 : 9, 10.) Cette explication est confirmée par le passage de l’Exode où les deux pierres précieuses qui se trouvaient sur l’éphod du Grand-Prêtre sont appelées « pierres pour faire souvenir » (hébr. avene zikaron). Ex. 98 : 12. ( Voy. l’explication de ce passage dans le Commentaire sur l’'Exode.) Ainsi la fête du premier jour du septième mois était destinée à implorer d’une façon particulière la bénédiction de Jéhova sur ce mois, en lui rappelant ses promesses, en faisant appel à sa fidélité ; c’est cette idée que nous avons essayé de rendre par «un appel. » — Cette fête était appelée la « Fête des Trompeltes, » sans doute parce que le son de la trompette qui se faisait aussi entendre lorsqu'on entrait en campagne, et dans d’autres circonstances solennelles, par exemple

inauguration d’un nouveau règne (I Rois À : 39), était ce jour-là particulièrement fort et prolongé. Cet instrument était l’instrüment sacré par excellence (le son en était grave et doux tout à la fois); aussi Dieu lui-même l’avait choisi pour manifester sa volonté et annoncer ses dispensations. (I Cor. 15 : 52; Apoc. 8 : 2.) Aussi, sous l’ancienne alliance, ceux qui sonnaient de la trompette se présentaient comme les organes de Dieu, comme ses ambassadeurs et ses ministres, et c’étail avec. une profonde émotion, avec un saint tremblement et pourtant aussi avec une joyeuse confiance, que le peuple devait entendre ces trompettes qui étaient pour lui comme la voix de Dieu lui-même. Dans la fête dont il s’agit, c'était en quelque manière Jéhova lui-même qui, par le ministère de ses prêtres, invitait et encourageait les fidèles à se rappeler à son souvenir, c’est-à-dire à linvoquer en s’appuyant sur ses promesses, — « travail de service. » (Voy. explication de vers. 7.) |

90 Fête des expiations. (26-39.)

Le législateur ne s'étend pas ici sur cette fête, dont l’institution avait déjà été exposée avec beaucoup de détails (chap. 16). Ici 1l insiste principalement sur les dispositions avec lesquelles elle devait être célébrée («vous humilierez vos personnes, » vers. 27, 29, 32), et sur le repos complet qui devait en rehausser la solennité et en faciliter la célébration. Ce repos devait être aussi complet que celui du sabbat (nous avons rendu par « grand repos, » vers. 3%, le redoublement du mot hébreu, comme dans Ex. 31 : 15), et c’est de toute espèce de travail que l’on devait s'abstenir, pas seulement du «travail de service, » comme dans les fêtes précédentes. L'importance de la fête des expiations est encore marquée par une particule qui commence le vers. 27 et que nous avons rendue par «surtout,» parce qu’en hébreu elle indique ordinairement une restriction, une opposition, mais aussi (dans quelques passages) une affirmation énergique. Nos versions la rendent trop faiblement, ou ne l’expriment même pas du tout. — « Le dixième jour, » voy. expl. de 16 : 29.

6o Fête: des Tabernacles. (33-36.)

Cette fête se célébrait le quinzième jour du septième mois, ainsi cinq jours après celle des expiations ; le chiffre 5 a aussi une valeur symbolique; étant la moitié de 10, il approche de la perfection sans l’atteindre. Elle se célébrait (au commencement de notre mois d'octobre) à une époque de l’année où en Palestine les dernières récoltes (vendanges et fruits) étaient terminées ; c'était donc une fête générale d'actions de grâces pour les bienfaits de Dieu dans l’ordre de la nature, c’est pourquoi elle s'appelait « fête de la récolte. » (Ex. 23 : 16.) Mais son nom le plus ordinaire « fête des Tabernacles » rappelle qu’elle était principalement destinée à être la commémoration d’un grand fait historique et à conserver le souvenir de la protection merveilleuse dont Jéhova avait couvert son peuple pendant son voyage à travers le désert ; cette destination est bien clairement marquée par les vers. 49, 43. Cette fête servait ainsi à fortifier la foi des [sraélites, comme aussi à les détacher de ce monde et à porter leurs pensées et leurs désirs vers les demeures plus excellentes qui leur étaient préparées. Nous aussi, nous devons vivre habituellement comme sous des tentes, reconnaissants de toutes les grâces temporelles et spirituelles que nous avons déjà reçues pendant notre pêlerinage terrestre, mais en même temps toujours prêts à déloger, et attendant une cité qui n’a point été faite de mains d'hommes. (Comp. I Pier. 2 : 11 ; II Cor. 9 :1.) — Le mot hébreu fsukka) que nous rendons par « tabernacle, » signifie proprement une habitation légère, provisoire, formée de branches d’arbres, tandis que le mot (ohel) est réservé pour les tentes en toile ou en bois. Deux versions françaises l’ont rendu ici par « feuillées » (nouvelle version de Lausanne), «cabanes » (Perret-Gentil); à ces mots qui rendent assez bien la chose, on aurait pu joindre « pavillons ; » mais nous avons préféré conserver « tabernacles » qui est usité depuis longtemps dans les versions françaises, tant catholiques que protestantes ; seulement il faut se rappeler que dans ce morceau, et partout où il est question de cette fête, le mot « tabernacle » doit signifier « tente de feuil-

lage ‘. » — Les vers. 35 et 36 nous apprennent que cette fête (aussi bien que la Pâque) se composait d’une octave, dont le premier et le dernier jour devaient être particulièrement observés, par le repos (abstention de tout « travail de service ») et par un culte en commun (sainte convocation ). Le huitième jour paraît avoir été considéré comme le plus solennel ; c'est pourquoi nous lisons dans l'Evangile que c’était « le plus grand jour de la fête. » (Jean 7:87.) Ici il est dit que ce jour devait être « une assemblée solennelle. » Cest ainsi que le mot hébreu fhatzeret) est rendu par la plupart des versions, et en effet il a généralement le sens d’« assemblée ; » cependant il pourrait aussi avoir celui de € fin, issue, conclusion » (conclusion de la fête) qui lui est donné par la version des Septante, parce que le verbe duquel il est dérivé signifie « fermer, » « renfermer, » aussi bien que « rassembler. »

79 Récapitulation des fêtes. (37-44.)

Ces versets forment le résumé de ce chapitre, résumé dans lequel le législateur relève plus particulièrement encore l’obligation relative à la fête des tabernacles ( « surtout » vers. 39, la même particule hébraïque qu’au vers. 27), sans doute parce que cette fête était la dernière du cycle et qu’il y avait encore quelques détails à ajouter sur la manière de la célébrer. — Suivant la tradition, « le bel arbre » (vers. 40) était le citronier ; il est cependant probable qu’il n’était pas employé exclusivement. — « Les arbres touffus » selon quelques commentateurs, c’étaient des myrtes. — Celte sortie des habitations ordinaires, pour demeurer pendant sept jours sous des tentes de feuillage (42), était bien propre à détacher les cœurs des choses visibles et terrestres.

80 Dispositions supplémentaires. (24:1-9.)

Cap. XXIV.— Ce chapitre semble au premier abord constituer une nouvelle division; cependant il ne forme qu'une sorte de parenthèse entre le chap. 23 qui se rapporte aux

- 4 L'idée est exprimée très bien dans la version allemande par « Laubhütte. »

fêtes annuelles et les trois derniers chapitres qui continuent le sujet des temps saints. En effet les 9 premiers versets se rattachent d’une manière très directe au sujet général (le culte), et l’histoire du blasphémateur (10-23) est placée dans cet endroit, très probablement parce qu’elle se passa dans le temps où les lois relatives aux temps saints furent promulguées. Les lois relatives au candélabre et aux pains de proposition avaient été déjà publiées (Ex. 29 : 23-30 ; 27 : 20, 21, dont voy. l’explication dans mon Commentaire sur l’'Exode). Elles sont ici renouvelées à l’occasion des fêtes annuelles, afin de faire comprendre que la célébration du culte quotidien était obligatoire aussi bien et au même titre que celle de ces grandes solennités.

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