‹ Commentaire Sur Le YacnaChapitre 10 sur 139 · VOYELLES · texte numérisé non relu

VOYELLES

Anquetil donne, dans son alphabet, treize voyelles: a, i, f-t, e, o, 6, è, an, ân, oa, d, ou, do, quoique, dans son explication, il avance que l’alphabet zend n’en a que douze; c'est que la dernière do, est considérée par Anquetil comme un groupe qu’il ne fait pas entrer dans sa liste. Ces voyelles ont chacune plusieurs signes; ainsi e est représenté parle n“ 1 ou le n° 2 5 ; t , par les deux formes du n” ao; f, par les deux formes du n" ai;o, par les deux formes du n" a6; é, par les deux formes du n* 28. Cette multiplicité de formes est déjà quelque chose d’assez difficile à admettre. De plus , les analogies que l'on remarque entre les nombreux signes destinés à représenter les douze voyelles, révèlent, dans le système de l’alphabet zend, une régularité que l’on ne retrouve pas dans celui d’Anquetil. Ainsi il ne faut pas un long examen pour remarquer

ALPHABET ZEND. xliii

qu’entre le caractère a i (première forme du n° a i) et j e (n° a 5), il y a le même rapport qu’entre » oâ (n° 35) et >o (première forme du a' a 6); et le résultat auquel conduit cette comparaison, c'est que oi i est le double de o, comme i l’est de e. Mais sur le caractère oâ il s'élève un doute ; car au Kirman , où les Parses ont sans doute eu plus de moyens de conserver la tradition de la vraie prononciation , on le lit w. Or, il arrive que dans les textes ce signe est toujours suivi d’une voyelle , qu’il soit ou non précédé d’une consonne , par exemple dans le mot urvara (arbre) qu’Anquetil écrit oroûere *. On peut donc transcrire, si l’on veut, ce signe avec nos caractères oû, mais il faut nécessairement lui donner le son d’un v. Ainsi la prononciation du Kirman , beaucoup plus logique que celle du Guzarate, doit servir à rectifier l'orthographe d'Anquetil. Tels sont sans doute les motifs qui ont décidé M. Rask à adopter cette lecture, qu’il a depuis longtemps proposée 7.

Ce point une fois admis, il" est facile d’en tirer quelques conséquences, que justifient également les textes zends. Si » où, le double de > o, est v et non oâ, M (, le double dese, doit être y (y a sanscrit) et non i; d’ailleurs Anquetil lui-même avouerait cette correction , puisqu’il représente souvent ce caractère par un î, qui joue en français exactement le même rôle que y. Ici encore nous nous appuyons de la lecture deM. Rask qui est déjà arrivé au même résultat*. Ainsi, des dix-huit signes dont Anquetil se sert pour écrire douze sons vocaux, deux ne doivent plus être considérés comme tels, mais seulement comme des semi-voyelles, ce qu’explique et leur place dans les mots , et la forme même des caractères employés pour les représenter.

* Ce mot est le latin arbor. En sanscrit Bréard signifiant terre fertile, n' est sans doute pas sans analogie avec le mot xend. On remarque le même rapport entre le sanscrit hhûmt (terre) et l'allemand baum (arbre).

’ Voyez Journ. asiat. t. II, p. 1 46 , et L'eber dai Aller, and die Echtheit der Zend- Sprache, p. 5 1, by, et la planche.

' Voyez Joam atiat. t. Il, p. i46, et Ueter dut Alter, etc. p. 5a.

xliv ALPHABET ZEND.

Passons maintenant aux autres signes. ^ i et y ou sont dans le même rapport que i e et > o. Ce qui distingue les deux premiers caractères des deux autres, c’est l'addition de la ligne souscrite, qui dans Pou est un peu plus longue que dans IV. 11 semble devoir en résulter que le n“ a5 i est le simple de ^ t, c’est-à-dire i bref, comme la première forme du n" 26 est le correspondant de ou. 11 y a plus; si la ligne souscrite est, dans la deuxième forme du n° a 1 , ce qui marque la longue, comme l’a constaté M. Bask, il en doit être de même pour le caractère n° 3a, qui se trouve être la longue de la première forme du n“ a6. Ajoutons que l’oû long de l’alpbabet d’Anquctil a été reconnu être un v, de sorte qu’il n’y a plus de signe pour cette voyelle, si nous n’admettons pas que cette lettre qui, selon Anquetil, est un ou bref, et qui, d’ailleurs, a tant d’analogie avec >, doive passer pour le véritable où long. Or, on ne révoquera pas en doute la nécessité d’introduire dans l'alpbabet un où long, puisque chaque voyelle y est accompagnée de sa longue, comme il suit: a à. ii.06, etc. De plus, l’analyse que nous venons de faire tout à l’heure desn” a 1 et 35 d’Anquetil, appuie encore notre explication; car, si la première forme du n" 2 1 vaut y, l’élément qui compose cette lettre doit être plutôt un i qu’un e ; et de même, le n” 35 » étant v. l’élément qui le constitue doit être un ou plutôt qu'un o. En résumé, après ces changements qui, au fond, ne portent que sur deux caractères, mais dont les conséquences peuvent avoir quelque intérêt , nous dresserons la liste suivante des voyelles critiquées, en représentant le son ou par a , prononcé à l’italienne :

i «, 4 t, > u, !j d, Uy , » v (y et v médiales).

, Notre analyse a enlevé à la voyelle c un caractère, mais il lui en reste encore trois dans l’alphabet d’Anquetil ; ce sont les trois signes des n“ 1 et a8. Le premier ne peut pas répondre à cette voyelle, au moins daus nos transcriptions, qui doivent, autant qu’il est possible, reproduire fidèlement toutes les nuances orthographiques des origi-

ALPHABET ZEND. xlv

naux. Puisque Anquetil lui a donné le son de l’a dans sa Planche, il est peu conséquent en lui attribuant celui de IV dans scs transcriptions; c’est multiplier à dessein dans la langue la voyelle i, qui prête aux mots zends une apparence d’uniformité qu'ils n’ont plus quand on les examine de près. Les formes du n° 28 restent donc les seules qui puissent s’appliquer à IV; elles doivent représenter deux prononciations un peu différentes, l’une longue et forte, l’autre brève et muette. Nous verrons bientôt que la seconde {ë, remplace, dans un grand nombre de mots et de terminaisons zendes identiques au sanscrit, l’a bref usité dans cette langue; l’autre «y é répond exactement à IV de l’alphabet dévanâgari.

Outre les deux formes que nous venons d'examiner, on doit à M. Rask d’avoir constaté l’existence d’une troisième, qu’Anquetil a oubliée, quoiqu’elle se rencontre fréquemment dans les textes, et notamment, ainsi que nous le remarquions tout à l’heure, dans la liste des caractères du volume des Ieschts et dans celles du Grand Ravaët. On lui donne, dit M. Rask, soit en bas, soit à gauche, une fois autant de longueur que de hauteur 9. La valeur de ce caractère parait double; quelquefois il ne doit offrir qu’une légère nuance de la première forme du n” 2 8 , et paraît surtout employé dans les désinences grammaticales composées de deux voyelles. D’autres fois il répond au sanscrit tF âi, notamment dans l’instrumental du pluriel des noms en a, et dans d'autres désinences. M. Rask qui transcrit, je crois à tort, la première forme du n“ 28 par w , ajoute le signe de la longue à cette lettre pour représenter l’é ^ qu’il a retrouvé. Nous nous servirons d’un è avec un accent grave, sans attacher une grande importance à cette transcription. 11 y a donc dans l’alphabet zend trois e : ë, ë , è. M. Rask croit remarquer quelque analogie entre cet ordre et celui des idiomes populaires de l'Inde méridionale, qui ont de plus que le sanscrit un c qui leur est propre 10. La ressem-

' Vojex Joarn. aiial. t. H, p. i46; et Ueber dm Aller , etc. p. 53 , 54 — '* Ueter dm Aller, etc. p. 54.

xlvi ALPHABET ZEND.

blancc serait complète si le dernier é (n° a 8, seconde forme) avait la valeur de la diphtlionguc indienne ai; la série des sons e se développerait comme celle des sons o: o, 6, do, disposition tout à fait identique à celle des langues du sud de l’Inde. Mais ce rapport, auquel M. Rask semble tenir beaucoup, ne me paraît qu’accidentel. Le premier ë n’est que le représentant ou d’un a bref dévanâgari déjà usé, ou du son très-bref appelé scheva, que l'on fait inévitablement entendre lorsque deux consonnes, comme /et r. par exemple, viennent à se rencontrer. Dans le premier cas, il remplace un a dévanâgari précédant un m soit médial soit final, non-seulement dans plusieurs désinences et flexions, mais même dans l'intérieur de divers radicaux. Il se prête encore, comme nous le verrons tout à l’heure, k l'expression de la voyelle sanscrite ri, lorsqu’il précède et suit la liquide r. Enfin, en tant que scheva, il n’est guère qu’un signe orthographique sans valeur pour l’étymologie.

Nous venons de déterminer la valeur de tous les signes consacrés aux voyelles, excepté la deuxième forme du n° 36, le n" 27 et le n* (36). Ici il n’y a rien à changer à la lecture d’Anquetil. Le n* 26 est l’o, le n“ 27 l’d long, et le n* (36) une double qui se trouve dans l’alphabet extrait des diverses classifications du Grand Ravaët. L’examen de ces caractères prouve l’exactitude des observations qui portent sur les précédents. En effet, la petite barre inférieure est dans le n* 27 le signe de la longue , comme M. Rask avait remarqué qu’elle devait l’être dans la deuxième forme du n* 2 1 et dans le n” 32 de la Planche d’Anquetil.

Nous remarquerons de plus de nombreuses analogies entre ces signes et ceux qui leur correspondent dans l’alphabet dévan&gari. La deuxième forme du n” 26 paraît évidemment composée, surtout dans les manuscrits les plus anciens, de la première forme de ce même numéro > a, avec une barre supérieure. Or, dans l'alphabet très-logique du sanscrit , 0 est un composé de u et de a. Quelques langues indiennes montrent même aux yeux les éléments de la

ALPHABET ZEND. xtvti

voyelle o; tel est le pâli qui, pour figurer ce son, prend le signe de l’a qu’il surmonte d’une barre comme le zend u. Le caractère du n' 36 paraît matériellement formé de IV long et de IV. Or, le 6 (et le do) sanscrits sont aussi composés de l’d long et du signe de ïé; seulement l’espèce de IV est autre, et le signe en est répété deux fois. Cette formation a quelque chose de trop singulier pour avoir été inventée dans des contrées différentes par deux peuples différents; et quand les langues où on la trouve ont entre elles autant d’analogie que le zend et le sanscrit , il est encore moins permis d’attribuer ce rapprochement au hasard. Quant à la question de savoir quelle langue l’a empruntée à l’autre, je suis hors d’état de la décider. 11 est très-vraisemblable que cette formation appartient à une époque où les deux idiomes ne s’étaient pas encore séparés l’un de l’autre ; et cette conjecture, si elle était admise, permettrait d’assigner, sinon aux caractères memes de l’alphabet zend, du moins au système de valeurs qu’ils représentent, et jusqu’à un certain point à leurs combinaisons, une très-haute antiquité. Quelques observations suffiront pour faire comprendre en quoi le système de formation du zend p*> do , ressemble à celui de l’d et de l’do sanscrits.

En dévanâgari, l’d et l’do sont représentés, surtout au milieu des mots, par les signes de l’d et de IV réunis. Ce système est peut-être même plus moderne que celui qu’on remarque dans quelques inscriptions et dans un petit nombre de manuscrits du nord de l’Inde; il en paraît du moins dérivé. Toute consonne sanscrite est surmontée d’une petite barre qu’on appelle mâtrd (mesure), qui répond à un a très-bref; c’est un point mis hors de doute par la découverte des inscriptions du huitième et du neuvième siècle de notre ère ,a. Quand on veut écrire un â long, on accompagne la consonne d’une barre que l’on place après elle , et perpendiculairement à la première. Ainsi la barre perpendiculaire devient le signe de l’d long , comme daus ^ïT Ad. Veut-on écrire un é, on place cette barre avant la lettre,

" Voyez Euauur lepàh, pl. n. — “ Voyez Aiial. Reuarrh. t.XV,p.5o6.

xlviii ALPHABET ZEND.

ké; si c’est und, on place deux barres, l’une avant la lettre, l’autre après, l=til kô. Il en est de même de do, avec cette différence que la barre placée après la consonne est surmontée d’une petite ligne diagonale, afin d’éviter la confusion de do avec d, T^T kdo. C'est donc la barre perpendiculaire qui , dans ses diverses positions , sert à représenter d et d, et, quand elle est répétée , d et do.

Maintenant pourquoi dire que l’d en dévanàgari est représenté par â et é? C’est qu’outre la méthode que nous venons d’expliquer, il en est une autre qui en dérive {c’est la plus commune aujourd’hui), et par laquelle d long, surmonté du signe de l’d, égale d (t). Au lieu de représenter d par la perpendiculaire précédant la consonne (ce qui pouvait laisser le lecteur dans l’incertitude de savoir si la perpendiculaire ne devait pas suivre la consonne précédente, et jouer à son égard le rôle d’d long), on l’a placée, sous la forme d’une diagonale, au-dessus de la consonne qu’on voulait prononcer avec é; la perpendiculaire seule est restée affectée à la représentation de l’d. Or, pour écrire d, il y avait deux perpendiculaires, une avant, l’autre après; celle d’après, signifiant d long, est restée; celle d’avant, signifiante, a été ôtée de sa place, figurée par la diagonale, et fixée sur d long kô, ou auprès de l’d long sfü. Par là d s’est trouvé représenté par d et par ê , et do de la même façon , si ce n’est que le signe de l’d est redoublé. Or, comme les éléments constitutifs de la diphthongue zende do sont évidemment d et ê, il y a lieu de croire que ce caractère a été composé en même temps que l'd sanscrit. Mais il y a ici une observation qu'il ne faut pas perdre de vue, c’est que cette discussion porte uniquement sur la composition extérieure en quelque sorte de ces deux caractères. Il n’en faut rien conclure quant à leur valeur, et nous verrons par la suite que le zend pu do ne répond pas exclusivement au sanscrit do.

Nous joignons ici aux voyelles le n° 29 qu’Anquetil lit an. M. Rask appelle ce caractère un a nasal, ce qui ne s’éloigne pas beaucoup de l’opinion d’Anquetil. Ce caractère joue quelquefois en zend le

même rôle qu’en sanscrit, le signe représentatif du son nasal, nommé anusvâra. Il y a cependant cette différence qu’il est formé d’un a bref, dont on peut reconnaître la figure dans la partie supérieure du signe, et selon toute apparence, d’un n. Nous nous servirons dans nos transcriptions du à , d’après le système de M. Rask.

Quant au caractère du n" 3o, qu’Anquetil lit an, parce qu’en réalité il paraît formé d’un d long et d’une modification de la nasale n, comme le à l’est d’un a bref et de cette même nasale, c'est à dessein que nous l’omettons ici. Nous en parlerons plus bas au paragraphe des consonnes, et on se convaincra, comme nous, que ce signe ne peut être rangé au nombre des voyelles.

Restent les deux caractères du n” 20 qu’Anquetil appelle i. Ces lettres ne se trouvent jamais qu’au commencement des mots, et suivies d’une voyelle; il s’ensuit que ce sont des formes initiales de l'y ou de 1T tréma d'Anquetil, comme l’a fait remarquer M. Rask. Les mots zends qui se rencontrent avec cette lettre ont l’y en sanscrit; ainsi, zend yd, sanscrit yas (qui); zend yat, sanscrit yat (que); zendyafêd, sanscrit yathd (comme), et d’autres.

Si maintenant nous résumons les voyelles zendes, d’après les corrections de M. Rask et les observations précédentes, nous en présenterons la liste dans l'ordre suivant ;

à tu

Dans ce tableau , l'analogie des voyelles zendes avec celles du dévanâgari est frappante; on y voit l’application des mêmes principes quant à la classification des sons , et presque le même nombre

y 'Cita

! i 6 \ âo gui

ALPHABET ZEND

de signes. Les voyelles simples a, i, u sont les mêmes en zend qu'en sanscrit. Mais le rend n’a pas la voyelle sanscrite ri, ou pour mieux dire , il n’a pas de signe pour cette voyelle , et il l'envisage un peu autrement que ne le fait l’alphabet sanscrit, puisque nous verrons qu’en zend ërc représente exactement le sanscrit ri. Nous avons lieu de soupçonner que cette manière d’écrire la liquide accompagnée du son très-bref é , qui en est en quelque façon la vocalisation indispensable, est antérieure à la systématisation de l'alphabet sanscrit, qui envisage ce son, à cause de son caractère douteux, comme une voyelle. Quoi qu’U en soit, le nombre des mots dans lesquels la voyelle xend è , précédant et suivant la liquide r, répond au ri dévanâgari, est assez considérable pour que nous soyons dispensés d'en citer ici des exemples; on en rencontrera un très-grand nombre dans la suite de notre Commentaire. Nous connaissons bien peu de mots ayant en sanscrit un ri, qui ne portent pas irë en zend. Ce principe une fois posé, il devient même d’un grand secours pour remonter à la forme primitive de plusieurs mots zends ou sanscrits, dont une modification de la voyelle ri ( ou ri ) en zend irë, telle que arra, ir ri , urdr, nous cache quelquefois la véritable étymologie. Nous en proposerons plus bas un exemple en parlant de la consonne zende z, comparée au dj et au A dévanâgari. Mais nous ne pouvons nous interdire de parler en ce moment d’une racine verbale d’un très-fréquent usage en zend, et à laquelle des formes très-variées, et en apparence très-différentes les unes des autres, donnent dans les textes des rôles divers.

La racine sanscrite rich (tuer, détruire) existe également en zend, et, comme en sanscrit, elle est conjugéc suivant le thème de la première classe (ou de la dixième). On trouve plusieurs temps de ce verbe dans le Vcndidad-sadé, et notamment au xv* fargard du Vcndidad proprement dit : yd haine maskyânàm parô feharimât qaià garéwém raêchayà /*’; « la jeune fille qui, devant la demeure des hommes,

" Vendit], Ulh. psg. 43o , et plusieurs Ibis psg. 4oG et 407.

ALPHABET ZEND. u

« vient à détruire elle-même son fruit. » Ici raéchayâf est un optatif ou une espèce de temps secondaire du conjonctif dont notls parlerons plus tard; ce serait dans le dialecte ancien des Védas réchaydt, comme pôchaydt (depuch, nourrir)1*. Cette forme et celles qui lui ressemblent se laissent si facilement ramener au radical rich, que l’on n’est pas tenté, pour les expliquer, de s’adresser à une autre racine. Il n’en est pas tout à fait de même , lorsque l’on rapproche raéchayâf de irichyéili (il meurt), verbe très-fréquemment usité dans ce sens, et de irichydt, dans oatte phrase, ahrnât hatcha irichydt u, « s’il vient à en mourir. » Les formes irichyéiti et irichydt nous montrent le radical irich, avec la lettre formative y, qui donne aux racines auxquelles elle est jointe , ainsi que l’ont très-bien fait voir MM. Haughton et Lassen ”, une signification neutre.

Mais si nous comparons ensemble les deux racines irich et rich , nous les trouverons aussi semblables pour la forme qu’elles le sont pour le sens; de sorte que nous pouvons regarder ces deux radicaux comme une seule et même racine très-légèrement diversiüée par l'addition ou le retranchement d’un i. L’addition de cet i peut s’expliquer de deux manières : ou il est épenthétique , c’est-à-dire attiré par l’i de rich, ou bien il représente un i zend, tant avant qu’après le r, de sorte que iri revient & ëré, par un changement très-naturel, et alors la racine peut être ëréch (qui serait en sanscrit rich); et rich par la liquide r n’en est plus qu’une forme secondaire. J’inclinerais pour cette dernière explication , non pas qu’il y ait en sanscrit un radical rich, tuer (cette racine n’y a pas ce sens) , mais parce qu’entre plusieurs formes d’une racine où se trouve la liquide r, celle qui la présente accompagnée d’un son très-bref ri (ou ënë) est incontestablement la forme primitive. Dans le radical irich, les syllabes iri ne me paraissent donc pas autre chose que la modification très-légère

11 Rosen . Rigvtdt tpteimen, p. 13. et IiuL BMolh. tôt». III , pag. g5. Les re-

“ Vendiit. lilh. p. A3o. Coït/, p. a4 1 . marques de M. Haughton forment un ex-

" Mmasamhild . tom. 1, pag. 329 et sqq., collent traité sur cette matière.

lu ALPHABET ZEND.

d’un crc tend; le ri (de rich) en est une altération plus forte et semblable à celle tjui change le ri de krt en kri (par un r) dans le mot krijâ (action). Et ce qui me confirme dans cette opinion, c’est que toutes les formes où je trouve iri me paraissent contenir en ellesmêmes la cause de la conservation d’un tri (ou iri) non affecté de (jtina. Cette cause, c'est le y caractéristique de la quatrième classe des verbes sanscrits, devant lequel une voyelle radicale susceptible de yuna ne reçoit pas cette modification. On peut donc avoir irichydt (pour èréchydt), comme on aurait en sanscrit richydt si ce radical y existait. Au reste, le radical irich donne encore naissance k d’autres mots qu’on ne retrouve pas aisément au premier coup d’œil en sanscrit. C’est d’abord le participe parfait passif irisla , qui signifie mort, et auquel répond le sanscrit richta; puis le verbe irithyêiti (il meurt), dans lequel je ne puis voir autre chose que le radical rich (irich ou éréch) dont la sifflante a été remplacée par le lit qui, dans le système des articulations zendes, n’est pas moins sifflant que ch ou J ,7. En résumé , nous sommes toujours autorisés, par la discussion précédente, à regarder tous ces mots comme appartenant à la même racine, et les modifications très-peu importantes que subit ce radical unique, quel qu’il soit, pour former trois verbes distincts, sont déjà un exemple d’un fait que nous verrons se reproduire plus d’une fois; savoir, que le nombre des éléments primitifs desquels

” Le changement de ch ( sch allemand) en th ( 9 grec), quoique rare , s’explique cependant en ce que ccs deux consonnes ont pour élément commun la silllantc dont elles sont des modifications diverses. Si le passage du th en s et celui de t en ch sont . de toutes les permutations de lettres, les plus évidemment démontrées , on doit admettre aussi le retour possible de ch à th en passant par s dental pour arriver à th qui est plus dental encore. D’après cette explication , le changement aurait lieu à partir de

ch jusqu'à th , c'est-à-dire à partir d'une sifflante d'origine presque gutturale pour arriver à une sifllante d’origine dentale ♦ c'est-àdire qu’il aurait lieu pour ainsi dire en ligne droite dans la série des sifflantes. Mois il peut se faire aussi transversalement en quelque sorte, de la ligne des gutturales à celle des dentales , puisque ce qui , dans la série des dentales, répond à kh et à son adoucissement ch, c’est le th sifflant, tout de même que ce qui répond à A est f , et ainsi des autres.

ALPHABET ZEND

sort cette grande variété de mots qui fait la richesse des langues sanscritiques, est relativement peu considérable.

Reprenons maintenant la comparaison de l’alphabet zend avec l'alphabet dévanâgari : autant la ressemblance en est frappante dans les voyelles simples, autant la différence en est marquée lorsqu'on arrive aux voyelles composées c , 6, etc. Le premier ë est un signe qui n’existe pas dans l'alphabet dévanâgari : nous disons signe et non pas son , car il n’est nullement prouvé que l’a bref dévanâgari n'ait eu, déjà anciennement et au moins dans certains cas, le son d’un ë bref, à la représentation duquel est destiné le f zend 18. Cette voyelle n’est donc qu’une transformation de la lettre a, c’est un a affaibli en quelque sorte par l'usage et devenant ë , comme a dévanâgari l’est devenu dans quelques dialectes populaires du nord de l'Inde. Il est seulement très-remarquable qu'il soit écrit en zend; et comme ce son ne parait pouvoir prendre la place d’un a que quand une langue a été longtemps parlée, il semblerait naturel de conclure de la présence dans l’alphabet zend d’un signe destiné à le figurer, que l’alphabet n’a été appliqué à la langue que plusieurs siècles après l'époque où elle commença d’être en usage. Le son a s'était déjà altéré dans quelques désinences grammaticales, et meme dans l’intérieur de plusieurs mots, et était devenu ë, et l’alphabet, trouvant ce son dans la langue, fut naturellement appelé à le représenter.

La seconde voyelle é est bien l’é sanscrit, notamment dans les désinences grammaticales. C’est aussi le guna d’i, avec cette différence toutefois que quand é répond à un ê guna sanscrit, il est en zend précédé d’un a bref; ainsi daéva est en zend pour le sanscrit déva. C’est, selon moi, une sorte de guna surabondant : l’a et

“ Cette opinion est très-solidement établie par M. Bopp, dans son Mémoire sur la comparaison du sanscrit , du grec et du latin, etc. , inséré dans les Annals of oriental literature, pag. 7. Nous devons toutefois

ajouter qu elle n'a pas reçq l'approbation du célèbre philologue J. Grimm , qui , dans sa grammaire allemande, la contredit formellement. ( Deutsch. Gramm. loin I , pag. 594.)

liv ALPHABET ZEND.

l’t se sont déjà fondus ensemble pour former ê suivant le système indien ; mais l'a se répète comme pour marquer que IV est un son composé , le résultat d’un travail étymologique ; en un mot , il subsiste pour indiquer que é n'est pas là un son premier comme i et a.

Si telle est bien la cause de la présence de l'a bref devant la voyelle é, résultat du gana de i, cette orthographe doit selon toute apparence être ancienne , et elle nous reporte à un moment dans la formation étymologique de la langue rende , où les éléments constitutifs du gana n'étaient pas encore fondus ensemble, et assimilés d’une manière tellement parfaite qu'on ne pût les reconnaître en partie. Quel que soit, au reste, l'âge relatif de cette particularité orthographique , elle ne m’en paraît pas moins tenir au phénomène du gana si important dans les langues sanscritiques. il y a plus ; comme on ne remarque pas qu’elle ee reproduise lorsque IV est employé comme désinence grammaticale, par exemple dans les verbes à la forme moyenne, et, sauf quelques exceptions, dans les locatifs des noms en a, j’en tirerais une nouvelle preuve que l'insertion de l’a devant é est destinée exclusivement à marquer le gana d'un i. 11 est bien vrai que dans les langues de la famille arienne, comme M. Lassen les a si heureusement nommées, IV n’est pas une voyelle première ; c’est ou la réunion d’un a et d’un i , ou une modification qui tient aux lois les plus intimes du développement étymologique de ces langues. Mais, une fois le son é entré dans le langage, on comprend sans peine que son origine puisse être oubliée, et que la facilité de le prononcer puisse le faire regarder comme une voyelle aussi primitive que i et a (prononce! ou). Or, cela doit très-facilement avoir lieu dans les désinences grammaticales, où é ne paraît pas toujours être le gana de i. Dans ce cas, IV, quelle que soit son origine (a-+-i), se suffit à lui -même, et représente directement un son très-naturel à l’organe vocal. C’est en quelque sorte un second é, distinct de IV, gana de i; et l’intérêt même qu'on a de reconnaître IV guna pour les besoins de l’étymologie et de la dérivation , doit

ALPHABET ZEND. tv

donner naissance à cette distinction lt. En résumé, j’inclinerais k penser que la langue rende nous laisse apercevoir un double usage du son ê qui ne paraît plus, au moins extérieurement, dans la langue sanscrite : i* le son ê est la réunion d’un a et d’un i; cela du moins est reconnaissable dans certains cas dont nous parlerons ailleurs; quelquefois même il peut être directement employé comme désinence grammaticale, sans qu’on pense à ses éléments composants, et alors il est représenté par ê; a* le son i est le guna de i, et alors il est représenté par aê. On doit d’ailleurs toujours conclure de l’état actuel de l’alphabet rend , quelle que soit la valeur des observations précédentes, qu’il n’y a pas dans l’ancienne langue persane de signe spécial pour le gu na de l’i, puisque, au moins dans le plus grand nombre de cas , cette modification de la voyelle i est représentée par la réunion des deux signes a et é.

Enfin, nous devons ajouter qu'il est 'encore une circonstance dans laquelle é est employé et précédé d’un a bref, quoiqu’il puisse quelquefois ne pas répondre au guna de l’i ; c’est lorsqu’une contraction ou une règle de formation a changé aya en é par le moyen du déplacement du dernier a et du rappel de y à son élément premier i, lequel se fond avec a (~{-ai—é). Nous avons déjà cité autre part des exemples de ce fait sur lequel nous reviendrons plus bas , en analysant le mot paém (lait). Nous indiquerons seulement ici la possibilité d’une autre explication qui consisterait à considérer quelquefois aé, répondant au sanscrit aya, comme un guna non résolu.

'* Nous verrons tout à l'heure que -la même observation s’applique , jusqu’à un certain point, à la voyelle o, qui même a deux signes que l'on peut regarder comme affectés chacun à l’un de ces deux emplois. Il ne serait peut-être pas impossible de reconnaître une autre forme de 1*4 rend , dont la queue est beaucoup plus prolongée et retourne adroite. Cette forme, qui est, dans

la seconde classification du Grand Ravaét , rapprochée de la forme n° a 8 d’Anquetil, serait, dans l'hypothèse de son existence, usitée pour 1*4 non résultat de guna. Mais cette figure n'est peut-être qu’une variation de Yê, et je n’ai pas osé la faire graver , n'ayant à ma disposition que des manuscrits modernes, et qui ne paraissent pas réguliers quanta l'emploi de ces deux lettres.

lvi ALPHABET ZEND.

Quoiqu’il en soit, on doit ajouter aux usages de IV zend indiques ci-dessus celui que nous venons de mentionner; savoir, que dans un grand nombre de flexions zendes, aé correspond à un aya sanscrit.

Ce que nous avons dit tout à l’heure de la voyelle ê , considérée comme guna ou modification de i, s’applique de même à la seconde modification de cette voyelle, ou au vruldhi sanscrit. Il n’y a pas non plus de signe dans l'alphabet zend pour la voyelle sanscrite XJ ai, considérée comme vrïddhi de l’i; le vriddhi est représenté, comme nous le verrons plus tard, par âi. Le signe è en remplit, il est vrai, le rôle dans le cas, assez rare d’ailleurs, d'un instrumental pluriel d’un nom en a. Mais cet emploi de ce signe est évidemment le moins commun, et nous le rencontrons dans des désinences grammaticales où il ne remplace certainement pas un di sanscrit. Nous voulons parler des génitifs de quelques noms en a, dans lesquels il équivaut à l'a dévanàgari. Nous nous expliquerons plus tard sur cette formation particulière, mais nous pouvons déjà affirmer que la valeur fondamentale du signe ê est, dans ce cas, celle d’un e, et qu'il ne doit pas différer essentiellement de Pc bref; la ressemblance des deux signes semble d’ailleurs indiquer une analogie de valeur. Enfin, ce caractère se retrouve encore dans une désinence grammaticale, le datif de quelques noms féminins en i. Nous analyserons également cette forme, et nous y reconnaîtrons un e qui a peut-être plus d’ar nalogie avec wj <?. que dans le cas où il fait partie des désinences des noms en a. Nous représentons ce caractère par à, non pas que nous prétendions que ce soit là le son véritable de cette lettre, et que nous tenions en aucune manière à cette transcription ; nous voulons seulement distinguer le signe ^ du signe que les Parses prononcent è ou ê. Ce serait peut-être, à vrai dire, ce dernier jy ê qu’il serait plus convenable de surmonter d’un accent grave.

La série des sons o en zend, comparée aux sons correspondants de l’alphabet dévanàgari, donne lieu à des observations analogues. Les deux alphabets ne se correspondent pas ici plus exactement que

ALPHABET ZEND. lvh

dans la série des sons c; on peut même remarquer en zend une confusion dans l’emploi des voyelles o et 6 , qu'il est difficile d’ex-

La valeur de l’o zend est celle d’un o véritable , c’est-à-dire d’une voyelle résultant de la combinaison de a-t-u; comme en sanscrit, o zend est le guna de la voyelle a. Lorsqu’un a est soumis par une loi étymologique à la modification du gana, et qu’il devient en sanscrit <5, c’est le signe i» qui représente cette voyelle en zend , non pas directement et exclusivement, mais avec l’addition d’un a. Ainsi le guna de u , qui est en sanscrit o, est remplace en zend par ao , comme nous avons vu que le guna de i, en sanscrit ê . était en zend a£; d'où il suit que dans i’ao zend, le second signe est autant un o que, dans l’aé de la môme langue, la seconde lettre est un é. Tel est l’usage le plus général de cet o, tellement que je ne crois pas qu'il soit régulier de l’employer isolément, et sans qu'il soit précédé de a. Sous ce rapport, il se distingue nettement de l’o long dont nous allons parler tout à l’heure, et qui seul s’emploie isolément. Enfin, il est encore une circonstance dans laquelle l’o, que nous appelons bref, par opposition à l’d, se trouve employé et précédé d’un a, quoiqu’il puisse quelquefois ne pas répondre au guna de u; c’est lorsqu’une contraction ou une règle de formation a changé ava en ao, au moyen du déplacement du dernier a, et du retour du v à son élément constitutif u. Nous disons quelquefois , car il se peut faire que, dans certains cas où ao répond à ava sanscrit, le ao zend soit un véritable guna, qui n’a pu se changer en ava parce qu’il n’a jamais été suivi d’un a. Au reste, nous nous expliquerons dans la suite sur ce fait, et nous aurons soin de distinguer cet emploi du signe o de l’autre usage que nous venons de lui reconnaître. En résumé, ce signe est un o sanscrit dans deux cas : 1 * quand il est le guna de u , et alors on le fait précéder de a; 3° quand il est la réduction de ava en a -+■ u , et alors encore il est précédé de a.

Le signe suivant 6 est, dans l’opinion de M. Rask, un 6 long, et I. h

lvui ALPHABET ZEND.

dans le fait il porte la petite marque à laquelle nous reconnaissons les longues dans l'alphabet zend. Mais il semble qu'au fond tout o doive être long, si ce n’est peut-être dans le cas où cette voyelle est une dégradation du son de l’a bref. La différence qu’on remarque entre ce signe et le précédent , n’exprime vraisemblablement pas une différence de quantité, mais une différence d’emploi. Ainsi 6 est employé seul et non précédé de l’a bref dans les désinences grammaticales où le visarga sanscrit suit un a. On le trouve encore seul dans le corps des mots. Mais là il parait quelquefois être une modification semblable à celle du guna , et son emploi se confond alors avec celui de l’o précédé d’un a. Cette confusion va même très-loin; dans le même manuscrit, on rencontre aussi fréquemment l'ci précédé d’un a que l’o bref. On serait cependant porté à distinguer ces deux signes de la manière suivante : o gana serait en zend ao ; o résultat d’un 3 supprimé, ou représentant le son o obtenu par une autre voie que celle du guna, serait^ ai on faisait précéder cet ô long d’un a, ce serait, comme nous le proposerons dans notre Commentaire, pour distinguer, du cas de gana, le cas de la contraction d'ara en aà, contraction indiquée tout à l’heure, sur o bref. Mais je n’oserais pas dire que les manuscrits appuyassent également toutes ces propositions. La première et la seconde sont toutefois d'une exactitude incontestable, et c’en est assez pour distinguer l’un de l’autre les deux signes 1» o et\ 6. Or, cette distinction du son o, résultat du gana , et du même son, lorsqu’il est désinence grammaticale, et obtenu d’une autre manière, atteste la présence en zend d’un second o qui correspond bien au second ê que nous avons reconnu plus haut. Il y a toutefois cette différence importante, que le second o est distingué du premier par sa forme, comme il l’est par son emploi, tandis que nous n’avons pas vu qu’on pût être autorisé , si ce n’est par une conjecture que l'état de nos manuscrits ne nous permet pas de vérifier, à reconnaître dans les textes une seconde forme pour le second é, c’est-à-dire pour ïé non guna.

ALPHABET ZEND. lix

Mais toutes les idées d’une classification systématique sont confondues , lorsque l'on voit cette voyelle 6 , qui se distingue , sinon par la quantité, au moins pr son emploi, de la voyelle o, servir dans quelques désinences grammaticales à remplacer l’a du sanscrit , quand , dans cette dernière langue , cet a se joint et se fond avec un i qui vient à le suivre. Il se passe ici ce que nous avons remarqué tout à l’heure sur le signe è, qui, dans des désinences grammaticales composées de deux voyelles dont la première est un a en sanscrit , est l’équivalent de cet a. Nous donnerons par la suite plus de détails sur ces faits, que nous n'indiquons en ce moment que d'une manière sommaire, et seulement pour faire connaître en général les valeurs des signes de l’alphabet rend. Mais nous pouvons déjà remarquer que le son a sanscrit , en tant qu'élément constitutif de certaines désinences grammaticales , a subi en rend une double modification, et qu'il est devenu ou è ou à, en restant, chose remarquable , séparé de la voyelle avec laquelle il fait corps en sanscrit. Ce changement devra peu étonner sans doute, si l’on pense qhe, dans l’Inde même , l’a bref dévanâgari vaut o suivant la pronon- ' ciation bengalie , et e bref comme nous l’avons déjà remarqué plus haut. Dans ce cas l’d zend n’est pas en réalité l’d dévanâgari; c’est plutôt l'omicron grec, en tant qu'il répond à l’a sanscrit et à l’e latin dans les mots que ces trois langues possèdent en commun. Toutefois il est permis d’être surpris que ce rôle ait été plutôt assigné à l’d, que l’on peut regarder comme long, au moins d’après le témoignage des Parses, qu’à celui que, par opposition , on serait tenté d’appeler bref. Il y a, vraisemblablement, dans les signes destinés à la représentation des modifications diverses du son o, une confusion qui doit être ancienne. Mais ces modifications p’en existent pas moins, et elles nous donnent, outre un o véritable, identique à IV de l’alphabet dévanâgari , une seconde voyelle d’une valeur un peu différente , qui répond à l’a bref sanscrit , et qui est à l’égard du véritable o, dans le même rapport que IV à l’égard de IV.

IX ALPHABET ZEND

Jusqu'ici nous n’avons pas trouvé «le signe zend pour représenter le vrtddhi de l’u sanscrit, et dans le fait il n’en existe pas plus que pour celui de la voyelle i. On serait tenté de regarder le signe pu comme ayant cette destination, mais ce serait, je crois, une erreur. Il n’y a, dans le plus grand nombre de cas, entre l’tio zend et l’do (ou bien du) sanscrit , qu’une analogie de son. Cette diphthongue représente le plus souvent une particularité orthographique de l’ancien persan qui est digne de remarque ; elle répond à un j sanscrit précédé d’un a , notamment dans les désinences di. Ce changement de âs en âo confirme pleinement la conjecture si ingénieuse avancée par M. Bopp ”, sur la cause de la suppression de j précédé d’d long. Au reste, nous reviendrons plus tard sur ce fait; il nous suffira pour le moment d’avoir constaté que âo zend n’était pas alors un vnddhi sanscrit. Cette assertion, qui sera plus complètement démontrée lorsque nous aurons reconnu que ce qui représente en zend cette modification étymologique est du, ne paraît susceptible que de «leux objections. La première est suggérée par la désinence donli des troisièmes personnes plurielles des verbes; désinence qui, comme nous le verrons plus tard, peut passer pour un vriddhi, semblable jusqu’à un certain point au vriddlii des duels moyens cpie M. Lasscn a extraits de la grammaire de Pdnini **. La seconde est l’augmentation de la voyelle d en do, lorsque cet d long tombe sur un s dévanâgari, qu’une loi euphonique zende, qui sera expliquée tout à l’heure, change en h précédé de g (ng).

La comparaison que nous venons de faire des voyelles zendes et des voyelles sanscrites, peut se résumer dans les deux lignes suivantes , dont la première donne ce qui est commun au zend et au sanscrit, et la seconde, ce qui est propre au zend :

Zend et sanscrit a • d i i u û è • • ô ».

Zend seul » é » » » »» • é o » do.

“ Gramm. w lucr. r 78 et 76 b. — ” Ind. Biblioth. tom. 111 , pag. 84

ALPHABET ZEND. uu

Ce que le zend a en commun avec le sanscrit, l’emporte de beaucoup sur ce qu’il possède en propre. Les trois sons primitifs, éléments fondamentaux des autres voyelles, se trouvent dans l'alphabet zend comme dans l’alphabet sanscrit, et cette coïncidence suffit pour démontrer l’identité complète du système des sons vocaux dans les deux langues. Ils jouent, comme en sanscrit, un rôle très-important, par exemple, dans la formation des pronoms, des prépositions et des suffixes. Au contraire, ce qui distingue le zend de l’idiome brahmanique n’est ps primitif; ce sont (à l’exception peutêtre de è , mais dans des cas très-rares) des sons développés d’autres sons, et conséquemment postérieurs à leur égard. Ainsi ë et d ne sont d’ordinaire que les substituts de l’a dévanâgari; âo est, au moins lorsqu’il est final, une modification de âs. Le zend a donc développé quelques sons qu’il possédait ainsi que le sanscrit , et en a tiré d’autres sons dont on doit reconnaître la postériorité à l’égard des premiers. C’est là un fait très-important que nous verrons se répéter tout à l’heure , lorsque nous analyserons les consonnes. Nous exposerons alors , en résumant nos remarques sur l'ensemble de l'alphabet zend , ce qu’il nous semble indispensable d’en conclure quant à l'antiquité du système des sons vocaux de la langue zende en général.

Un fait non moins curieux, c’est l’absence en zend d’un signe spécial pour le gu nu et le vriddhi. En le constatant plus haut , nous avons annoncé que les modifications du gana et du vriddhi ellesmêmes n’étaient pas pour cela ignorées de la langue , mais qu'elles y étaient exprimées de la manière suivante :

Voyelles susceptibles de guna et de vriddhi i u (êrè).

Gana aê ao (ad) ar.

Vriddhi ai âu âr.

C’est là, suivant la théorie de M. Bopp, qui a déjà ainsi rendu compte de la dernière de ces modifications, l’état primitif de ces

lxh ALPHABET ZEND.

changements de voyelles, lesquels jouent un si grand rôle dans les langues zende et sanscrite. Mais, sans examiner ici jusqu’à quel point aé et do sont bien un gana primitif, ce qu'il nous importe de constater en ce moment, c’est que le zend suit, dans la représentation de ces modifications étymologiques des voyelles, un principe presque opposé à celui du sanscrit. Ainsi , non-seulement il affecte de guna la voyelle simple et la change en é et en 6 , mais encore il ajoute à la voyelle gounifiée le signe même de la dérivation, l'a bref; et il laisse ces deux éléments désunis, méconnaissant en cela, jusqu’à un certain point, la loi de combinaison des voyelles qu’on pourrait appeler, en grammaire indienne, le sandhi intérieur.

C’est à l’ignorance de cette loi, qui exerce sur le système grammatical du sanscrit une très-grande influence, que sont dues les alliances de voyelles zendes ou les diphthongues, dont nous donnons ici les principales; alliances qui appartiennent en propre à la langue ancienne de l’Arie, et qui démontrent de la manière la plus évidente l’originalité des principes d'après lesquels est réglé l’emploi de ses voyelles. Ainsi on trouve très-fréquemment dans l’intérieur des mots les combinaisons suivantes des sons vocaux :

ai au aé ao aâ aéi aêu aéù aoi aoa adi aôu. âa di da.

ui di.

éi èu èé éi.

di du”.

Ce qu’il y a de plus remarquable dans cette liste, c’est que les

n De ces vingt-deux combinaisons de voyelles , il y en a six , savoir : aé , ao, a6 , âa, èu , èé, qui sont déjà dans le texte, ou expliquées , ou au moins indiquées comme devant l’être plus complètement par la suite. Les autres ont besoin de quelques éclaircissements que nous donnerons dans cette note. L’i de la diphthongue ai est

épenthétique , c’est-à-dire attiré par un autre i, lequel vocalise la consonne du radical , par exemple dans paiti pour pati ( maître). De même dans ait,l‘u est épenthétique; comparez le zend fauraruz (jeune) au sanscrit tartina. Cette épeutbése est beaucoup plus rare que celle de l*i.

Dans aéi , aé est un gana de i, et la

ALPHABET ZEND. lxik

voyelles semblables et dissemblables s y heurtent Tune contre l'autre, au lieu de s’assimiler euphoniquement comme en sanscrit; d’où il suit que le zend ne connaît pas la fusion d’une voyelle tombant sur une voyelle semblable ou dissemblable, et s’unissant à elle pour

dernière voyelle i est introduite par épenthèse. Mais i pourrait être aussi le retour d’un y à son élément primitif, comine l’est la voyelle a dans acu.

La diphthongue aéa répond à un sanscrit êva, dans les accusatifs des noms en va, par exemple dans le rend daêam , pour le sanscrit dévam. C’est un retour du v suivi de a tombant sur m , à son élément primitif a , retour analogue au changement de arya-ni en aot-rn.

Le groupe aoi a deux emplois en zend ; ou bien i est épenthétique , ou il n’est que le* retour d’un y à son élément primitif. Dans son premier emploi, aoi, avec un o bref ou un 6 long , se trouve dans le mot yaoiti qui, avec gao, forme le composé gaoyaoiti , un des titres de Mithra, qu’Anquetil traduit • qui rend fertiles les terres • incultes, • mais qui revient au boum abaclor des anciens, ainsi que nous le verrons plus tard. Ce groupe aoi forme à lui seul la préposition sur, vers, qui s’écrit fréquemment adai ou août ; mais je suis disposé à regarder l'insertion do Tu comme relativement récente, et comme introduite dans l'orthographe par la prononciation. L’addition de cette voyelle semble indiquer te passage de aoi en ati, qni se rencontre fréquemment dans les textes tends . quoiqu'on n'en trouve pas de trace en sanscrit. J’explique de la manière suivante cette préposition , dont le sens le plus généra) est sur , L *i final, dans un grand nombre de prépositions sanscrites et rendes , doit être

regardé (Lassen , Ind. BiU. tom. III, p. 65) comme la désinence d’un locatif, les prépositions n’étant que les débris de noms ou de pronoms dont la déclinaison est oubliée. Si nous retranchons cet i du tend aoi (on «Ji), il reste ao (guna de a) , qui , en sanscrit , serait 6 , et qui devrait se résoudre en av devant i ( ati ) , ainsi qu'il semble que le bût ait lieu dans le zend avi. Il eu résulte que dans aoi, les éléments de la préposition restent reconnaissables , la formative i s’opposant à ao. Quant à cet ao même , c'est , selon moi , le radical dn pronom zend ava , dans lequel av est pour ao résolu devant a , suivant la réglé commune au zend et au sanscrit. Mais cet ao lui-méme . radical pronominal , n’est que secondaire : il se laisse ramener h a , comme le radical pronominal ê revient à i , la voyelle u subissant , pour devenir pronom , la modification qui change , comme l’a démontré M. Bopp, i en ê. Nous sommes donc conduits jusqu'à U voyelle u, élément primitif d’un pronom et d’un préfixé : de sorte qu’il faut ajouter aux lettres formatives des pronoms zends a, t, la voyelle u. La voyelle u , qui forme le sans crit u-pa , u-ta , et le zend B-ifi , se retrouve fréquemment dans les Védas à l’état isolé , et avec la valeur d'une conjonction d’un sens indicatif très-vague. Peut-être même dans cet emploi aurait-elle quelque analogie avec le ou sémitique. Quoi qu'il en soit , il résulte de ce que nous venons de dire, que les trois voyelles fondamentales a, t, u, produisent dans les langues de la fa-

lxiv ALPHABET ZEND.

former un nouveau son vocal composé. Cependant, quoique ce fait ressorte de la manière la plus claire de notre liste, il faudrait bien se garder d'en tirer une conclusion trop générale , par exemple que le sandhi, dans l’intérieur des mots, est absolument étranger au zend.

mille arienne autant de pronoms indicatifs et par suite de préfixes ; et l'origine de ces mots , si importants dans la formation de ces idiomes, se trouve ainsi rattachée aux trois sons élémentaires sur lesquels repose toute la théorie de l'étymologie et de la dérivation. C’est , pour le dire en passant, un résultat curieux, et qui montre combien sont réguliers et simples les principes qui ont présidé au développement de ces langues. Quant nu second emploi de aoi, que nous avons indiqué en commençant, on en trouve un exemple frappant dans le mot haoim , que les manuscrits modernes écrivent peu correctement selon moi hôim. Ce mot, qui est l'accusatif masculin de l'adjectif haoya, répond au sanscrit savya (gauche). La nasale m, comme désinence d'un accusatif singulier, repousse, ainsi que nous l'avons remarqué sur aéu, et que nous le verrons sur (lu, l’a final de la formative ya. La semi-voyelle y, abandonnée de l'a qui la rendait consonne , retourne à son élément voyelle i; on a donc im en zend là où le sanscrit voulait yam. Cela étant, i n'est pas au même titre dans haoi-m que dans le yaoit i, cité tout à l'heure dans cette note. Quant au commencement du mot, il se passe ce que nous avons remarqué ci-dessus dans l'analyse de la voyelle o, hao zend est pour le sanscrit sav ; et nous nous trouvons ainsi en état de pouvoir constater sur le même mot un double exemple de ces retours des semi-voyelles à leurs éléments générateurs, ou plutôt de ces formations

primitives dans lesquelles il ne parait pas que les lettres se soient développées encore conformément aux lois régulières de l’organisme de la langue sanscrite.

Dans aouj que l’o soit bref ou long, ao est un guna de u , et la dernière voyelle a est introduite par épenthèse. Les roots paouru et paourva peuvent servir d'exemple |iour ce groupe. Le premier est le sanscrit paru ; l’a radical reçoit la modification du guna , ce qui change pu en pao, et avec l’addition de l'a appelé par f épenthèse qu’exerce l’u du suffixe. on obtient paouru. Il en est de même de paourva pour le sanscrit purva. L’a étant une fois devenu ao, il est suivi de l’a appelé par faction de la semi-voyelle r, de sorte qu'au lieu de paorva, qui serait en sanscrit pôrva , on a le mot presque bizarre a cause de l'accumulation des voyelles paourva. Quand le suffixe ya vient à s'ajouter à cette forme absolue du root, v seul continue d’exercer son action , et l’on a paoarvya sans épenthèse de fi. Enfin a peut être aussi le retour d’un v à son élément primitif, comme l’est la voyelle i dans le groupe aoi , ainsi qu'il est dit ci-dessus.

La diphlhonguc âi est vriddhi de i, dans les datifs singuliers des noms en a; dans l'instrumental pluriel des mêmes noms; à la première personne de f impératif moyen , comme dans daidhyâi (que je donne ) ; à la forme dhyâi qui répond à l’ancien dhydi des Védas, par exem-

ple dans fraçru-idhydi , littéralement pour l’audition ( pour entendre), et dans d'autres

ALPHABET ZEND. lxv

Car, quoiqu’il y soit assez rare , on l'y remarque déjà dans quelques cas évidents. Ainsi , pour commencer par le sandlii des voyelles semblables, â long rie se fond pas, il est vrai, avec sa semblable a bref, dans âat («lors, à-fors j , qui est formé de â, ou de la préposition ad

cas que nous noterons par la suite. Mais quelque nombreux que soient ces laits, il n'en faut pas conclure que âi n’est jamais en senti qu'un vriddhi ; ce serait une grave erreur. Dans 1a diphthongue âi, la dernière voyelle est souvent épenthëtique , par exemple dans la troisième personne du présent, que j'appellerais avec M. Lassen conjonctif, parce qu’il répond au temps des Védas nommé Ut. Comparez le rend yazâiti (qu’il sacrifie) et le védique vapâti (qu’il sème).

La diphthongue âu est vriddhi de u , no.lamment dans gâus (beruf) au nominatif; dans le nominatif hâu du pronom qui , en sanscrit, est a-sdo. On peut ajouter aussi péréçâam, pour le sanscrit pârçvam (le côté). Analyse d’après les lois de permutations de lettres que nous exposerons dans la suite, péreçâum serait en sanscrit priçâvam. Supposons ( et en zend cette supposition est un fait) que le m, marque de l’accusatif, repousse la voyelle a précédée d’un y ou d’un v, le v de va retournera à son élément u . et nous aurons âu pour âva, comme nous avons ao pour ava , dans yaom , pour le sanscrit yumm ( orge ). En ce sens , âu est un vriddhi comme ao est un guna , puisque Au répond au sanscrit dra { âo-\-a=zâm ) , comme ao répond au sanscrit atxz (d-+-a= ava ). Remarquons en passant que le zend , comparé au sanscrit, est peut-être plus primitif. En effet , dans pârçva dérivé de parçu ( que l'on tire de sprïç, loucher) , pârç est un vriddhi de priç, qui serait en zend péréç. Enfin , dans du , la dernière voyelle

peut aussi être épenthëtique, mais il y en a moins d’exemples que pourdi.

Dans les diphthongues ai et âi, u est radical , et i est épenthëtique. Ce fait incontestable peut servir à expliquer la conjonction tende uiti qui répond au sanscrit iti (voilà). En admettant que dans uiti le premier i soit épenthëtique, le mot zend revient exactement au latin uti, où ti est un suffixe indiquant le mode, la manière. Le radical de celte conjonction est la voyelle u , qui forme déjà en zend comme en sanscrit, uta (le latin aat). D’un autre côté, on peut regarder uiti comme la réunion des mots u (et) , et iti (voilà) , qui, selon Pânini (L i. 17) seraient en sanscrit uiti, ou viti, mais qui ne se trouvent pas séparés en zend. Quant au sanscrit iti lui-même, nous verrons plus bas qu’en le comparant à d’autres prépositions, on pourrait le regarder comme un mot à forme de locatif.

Le groupe et est fort rare , et usité seulement lorsque le son éré est suivi d'une consonne ( une dentale ) vocalisée par i.

La diphthongue èi est assez rare , et elle n’est souvent que le reste de aêi , qui alors en est l’orthographe véritable et primitive. Cependant ê , dans un assez grand nombre de verbes, ne devant pas être précédé d’un a , le groupe Si est alors régulier, cl l’i est épenthëtique.

La diphthongue âi répond souvent à IV dévanâgari , comme nous le verrons par la suite. L’i peut être encore épenthëtique comme Tu dans la diphthongue âu.

lxvi ALPHABET ZEND.

(vers), et <le al, un- des radicaux de l’adjectif indicatif ce, cela. Mais d'un autre côté, la voyelle a dans ha (bien), se confond avec l’a initial d'ukhta (dit), et fait liùkhla (bien dit). De même on peut, dans l’intérieur des mots, trouver des traces de la fusion de deux a brefs en un â long. Quant au sandhi des voyelles dissemblables, on en voit aussi des exemples, rares cependant; du moins peuton quelquefois rapporter l’origine de la voyelle i à la réunion d’un a et d’un i. De meme, les diphtliongues aê et ai remplacent fréquemment le sanscrit aya et ava, ainsi que nous l’avons montré ci-dessus dans l’analyse des voyelles zendes. Or, comme aya et ava sont en sanscrit ê-t-a et <J-*-a, on peut expliquer le zend aê et ai, par le déplacement du dernier a, par le retour de y et de v à leur élément primitif i et u , et par la fusion de l’a déplacé avec i et u, en é et à. Ce serait encore là un exemple du sandhi en zend. Mais cette manière de rendre compte du aé zend pour le sanscrit aya n’est peut-être pas la seule véritable, et il ne serait pas impossible, au moins dans quelques circonstances, que aé et ai fussent un guna non résolu , parce que ce guna n’aurait pas été suivi de a (é-*-a=aya, aya — a = é);par exemple dans paêm (lait), que l’on tirerait de pi (boire), devenant par le guna formatif d’un nom substantif pué (boisson), auquel se joindrait m, marque d’un cas neutre ou masculin. Cette formation serait très-primitive et conséquemment fort curieuse; et il faudrait en conclure que les diphthonges zendes aê pour aya et ai pour ara, ne sont pas obtenues par le sandhi. Mais, quand même ces faits ne devraient pas être mis sur le compte de cette loi euphonique , il resterait encore en zend assez de traces de son action pour qu’il ne fût pas permis d’avancer qu’elle y est complètement inconnue; seulement ce qu’on peut dire sans crainte de se tromper, c’est qu'elle y. est très-rare.

I) n'en est pas tout à fait de même de la loi en vertu de laquelle les voyelles i et u, tombant sur une voyelle dissemblable, se changent dans le corps des mots en leur semi-voyelle correspondante y et v;

ALPHABET ZEND. lxvh

cette loi est commune au zend et au sanscrit ”, On trouve de même en zend (ce qui en est la conséquence) la résolution de ao et du suivi de a en at a et àva; de même aé et âi suivis de a deviennent aya et âya. Ce qu'il faut seulement remarquer, c’est que les signes mêmes qui , dans ce cas, représentent y et v, conservent des traces plus reconnaissables de l’origine de la semi-voyelle en zend qu’en sanscrit, puisque y n’est que le redoublement du caractère i, et v du caractère u. II semble que la semi-voyelle reste encore en partie une voyelle.

En résumé, l’originalité des voyelles zendes paraît moins dans les valeurs isolées de ces voyelles, qui sont les mêmes qu’en sanscrit, que dans l’emploi que le zend en fait. Sous ce dernier point de vue, le zend se distingue très-nettement du sanscrit. Il n’applique qu’imparfaitement la loi euphonique de la fusion des voyelles dans l’intérieur des mots; nous verrons plus bas qu’il la méconnaît complètement d’un mot isolé à un autre mot. Est-ce ignorance et oubli d'un système ancien et plus parfait? Est-ce, au contraire, incertitude dans l'emploi d’une règle qui ne fait que de naître? En d’autres termes, la différence du zend à l’égard du sanscrit doit-elle être attribuée à la barbarie qui aurait altéré l’ordonnance savante des voyelles brahmaniques, ou bien les faibles traces qu’on remarque de cette ordonnance en seraient-elles les premiers essais? Les sons vocaux zends seraient-ils les débris des sons vocaux indiens, ou en seraient-ils les éléments antiques, fixés avant d’avoir pu se développer complètement? Ce sont là les deux seules questions auxquelles puissent don-

** C'est ainsi que dans le tableau des coin* binaisons des voyelles, que nous avons donné ci-dessus , on ne trouve pas de diphthongues. comme ia. ii, iâ, etc. Les manuscrits en offrent, il est vrai, quelques exemples ; mais j’ai lieu de soupçonner que ce sont des fautes de copistes. La voyelle i (ou f) doit , dans mon opinion . se changer toujours en y, lorsqu'elle tombe sur une

voyelle dissemblable. Il en est de même de a, qui devient r, quoique l’on voie dans notre tableau ai et ûi , qui ne sont pas de venus vi. C’est que dans ce cas l’i est épen thétique, et l’o, au contraire, radical II semble alors que pour que le rôle de ces deux voyelles puisse être reconnu, elles restent dans leur état d’isolement , et s’opposent l’une à l'autre sans se réunir.

lxviii ALPHABET ZEND.

ner lieu les remarques dont les combinaisons des voyelles rendes ont été l'objet. C’est par ces deux hypothèses seulement qu’on peut rendre compte des différences de ces combinaisons dans l’ancienne langue des Parses et dans celle des Brahmanes. Nous les discuterons plus bas d’une manière détaillée, après avoir traité des consonnes, dont le système diffère peut-être encore plus que celui des voyelles, du système dévanâgari. Les remarques précédentes avaient uniquement pour but de mettre les faits dans tout leur jour, et de poser les termes d’un problème que fait naître également, comme on va le voir tout à l’heure, l’analyse des consonnes rendes.

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