‹ Commentaire Sur Le YacnaChapitre 11 sur 139 · CONSONNES · texte numérisé non relu

CONSONNES

Les rectifications qu’il est nécessaire de faire subir aux valeurs attribuées par Anquetil aux consonnes rendes, ne sont pas aussi nombreuses que celles dont les voyelles viennent d’être l’objet. M. Rask en a déjà proposé quelques-unes; les autres résultent de la comparaison du rend avec le sanscrit, et elles portent plutôt sur l’emploi grammatical, si je puis m’exprimer ainsi, que sur la valeur phonétique proprement dite des consonnes. Nous suivrons l’ordre de la Planche d’ Anquetil reproduite dans notre Tableau; puis nous présenterons un résumé des consonnes rendes comparées aux consonnes sanscrites.

Le n° a d' Anquetil j b a bien en réalité cette valeur; mais si on

le compare à la suite des labiales douces de l’alphabet dévanâgari, on trouve qu’il répond presque toujours au bh aspiré du sanscrit, et seulement dans des cas très-rares, au b non aspiré. Ce rapport nenous semble pas cependant de nature à autoriser un changement dans la transcription de cette lettre. Nous laissons au n° a d’An-

ALPHABET ZEND. lxix

quetil la valeur d'un b non aspire , valeur fondée sur l’usage de la langue persane, qui, dans les mots ayant cette lettre, quelle emprunte au zend, ne connaît pas le bit aspiré, et sur la comparaison de quelques idiomes de la même famille, tels que les dialectes germaniques, qui n’emploient qu’un b non aspiré là où le sanscrit, et avec lui le grec et le latin, aspirent la labiale2*. Nous ajouterons pour appuyer cette observation que le b zend doit être par le fait si peu aspiré, qu’il remplace quelquefois un v dévanâgari précédé d’une autre consonne, notamment d et h; dans les mots jbaécha (haine), pour le sanscrit dvêcha, et zbayemi (j’invoque), pour le sanscrit hvayâmi, z remplaçant très-fréquemment en zend l’aspiration sanscrite, ainsi que nous le dirons plus bas.

La labiale b, suivie de la voyelle i ou de la semi-voyelle y, est une des consonnes qui admettent l’épcnthèse d’un i ; ainsi de abi (pour le sanscrit abhi) , le zend forme aibi. Ce fait, que nous avons indiqué depuis longtemps, est un des plus caractéristiques de l’orthographe zende; nous aurons soin de noter sur chacune des consonnes qui vont suivre, les cas où l’on en voit l’application. La labiale , d’un autre côté , échappe à la loi que nous exposerons plus bas sur la liquide r, c’est-à-dire que b ne se change pas en aspirée devant la liquide, comme le font d’autres consonnes; ainsi on a brâtd (frère), pour le sanscrit bhrâtâ, tandis que le sanscrit trâld (protecteur) est en zend thrdtd. La labiale b est d’ailleurs, en zend comme en sanscrit, une lettre douce, et à ce titre elle entre dans des groupes dont la première consonne doit nécessairement être une douce. Il faut en excepter le groupe tb dont nous avons cité un exemple tout à l’heure; cet exemple permettrait de conjecturer que la lettre que nous prenons pour un f , n’est peut-être qu’une variation du d.

Le n° 3 ç* t est la première des dentales fortes, le t dévanâgari ;

** Voyez Nom). Joam. m ial. ton». IX, psg. 53 et «qq.

lxx ALPHABET ZEND.

ia valeur de cette lettre ne peut faire aucune difficulté. Il faut cependant observer qu’elle répond quelquefois à un th dévanâgari, notamment dans les dérivés du radical verbal ç Id, pour le sanscrit sthâ (se tenir debout). Nous remarquerons en outre tout à l’heure quelle a un substitut dans le n° 34 qui remplace souvent, d’après certaines lois, le n° 3. La dentale t est en effet line des lettres sur lesquelles agissent le plus fréquemment les lois euphoniques exposées sur les lettres n, m, y, r, v. Il en résulte que les groupes ty , tr, tv sont très-rares en zend ; l’orthographe véritable de ces groupes est thy , ihr. thv. Le t admet également l’épenthèse de l’i, ainsi aiti est pour ati (par-dessus). Les deux lois de l’aspiration du i et de l’épenthèse de l’i se combinent lorsque c’est un y qui suit le t, de sorte que alya sanscrit fait en zend aithya.

Le n° 4 \^dj est la première des palatales douces, le dj, et, suivant

la transcription anglaise, le j de l’alphabet dévanâgari; la comparaison des mots identiques en sanscrit et en zend, et celle de l'emploi étymologique de cette lettre dans les deux langues, confirment également la valeur assignée par Anquetil et M. Rask à ce caractère. Ainsi le dj est fréquemment, en zend comme en sanscrit, le remplaçant de la gutturale douce et aspirée, par exemple dans djaghmùchi (celle qui est allée) de gam , et dans djaghnista (celui qui détruit le plus) de ghna (modification de lian). Je serais même tenté de croire que dj est le substitut d’un g indien, non -seulement dans les redoublements, mais encore dans l’intérieur même des radicaux. Ainsi le radical djaç , très-usité en zend pour signifier aller, serait pour moi le sanscrit gatchh; au moins est-il certain que djaç est en zend employé au lieu et place du radical gatchh. Dans djaç, la sifflante ç est le substitut de l’aspirée sanscrite tchh, comme nous le ferons voir sur la lettre ç , et la palatale initiale est le son dérivé de la gutturale douce. Si ce rapprochement est fondé , le zend djaç serait une forme comparativement moderne du sanscrit gatchh. Outre ce rôle

ALPHABET ZEND. i.xxi

du dj zend substitut du g sanscrit, on trouve que dj. comparé à une autre articulation propre à la langue zende, c’est-à-dire à z, en est le remplaçant. Ainsi le radical zend zan (tuer) fait djaifUi (sanscrit hanti) il tue, et djala (sanscrit hata) tué. 11 est bon de remarquer qu’ici la permutation a lieu non pas du Sanscrit au zend, mais bien du zend au zend lui-même. Mais comme le z zend n’est déjà le plus souvent que le substitut d’une autre consonne devanâgarie, on comprend que dans certaines circonstances, le dj cache l’étymologie véritable du mot. C’est ainsi que le verbe aodjaiti ** signiliant, selon Anquetil, il nomme, nous rappelle le radical uh (penser, réfléchir), et peut-être plutôt uh, qui manque en sanscrit dans ce sens.

La consonne dj qui, par suite de ses divers rôles, est assez commune en zend, est une douce, et comme telle, elle ne peut faire partie que d’un groupe dans lequel entrent les douces, comme g, gh.j et semi-voyelles y et t>. Je crois qu’on peut établir comme un fait qui ne souffre pas d’exception, qu’elle repousse l’épenthèse de l‘i.

Le n° 5 donne deux formes Jy et yi qu' Anquetil regarde comme apnt une seule et même valeur, celle de kh. M. Hask, au contraire, remarquant que ces deux consonnes se trouvent dans des mots différents, et combinées avec des consonnes dissemblables, et que de plus elles ne se confondent jamais l’une avec l'autre , en conclut justement quelles doivent exprimer des valeurs différentes. Selon lui , le signe répond à j ou q; il le représente par cette dernière lettre barrée inférieurement. L’autre signe y> lui parait être la consonne de l’aspiration forte, le j ou x d’après l'ancienne prononciation espagnole ; c’est aussi par cette dernière lettre qu’il le remplace dans ses transcriptions. Nous devons dire que ce n’est pas tout à fait à ce résultat que nous a conduits la comparaison des mots zends où se trouve cette consonne, avec les mots sanscrits correspondants.

Le signe jy me paraît être un véritable kh aspiré, que je n’oserais

“ Voyci xvi* fargard du Vendidad, Vend. lilh. p. 45o , 456 . 45g , et p. 397 • 399.

i.xxn ALPHABET ZEND.

peut-être pas comparer absolument au kh dévanâgari ; au moins est-il certain qu’il ne se trouve que rarement dans les mêmes mots en zend et en sanscrit. Son emploi le plus fréquent est dans les groupes khr, kh, ch, khn, etc., où, selon ma théorie, il est appelé par la consonne suivante, soit sifflante, soit nasale, soit liquide. Or, dans ces cas, il ne répond pas au kh dévanâgari, mais bien au k, la première des gutturales sourdes, puisque le sanscrit ne connaît pas cette loi d'aspiration. Il résulte de là que si le <jy kh zend est le kh dévanâgari, ce qui a lieu dans un petit nombre de mots , il est beaucoup plus souvent le substitut de k. 11 y a plus; on rencontre très-fréquemment le kh aspiré zend dans des mots où le sanscrit a, et doit étymologiquement avoir, la première gutturale sourde non aspirée. Comme aucune loi euphonique ne peut alors expliquer la présence de l’aspiration en zend, je pense qu’il y a eu entre ce kh et le k non aspiré une confusion sans doute ancienne, mais qui vient peut-être autant de la prononciation que du fait des copistes.

Le Tableau des combinaisons des consonnes zendes, que nous donnerons ci-dessous, fait connaître d’une manière complète les usages de ce kh. On le voit en effet dans des groupes dont la seconde lettre en explique suffisamment, comme nous le dirons sur les consonnes n, m, y, r, v, ç, ch, s, la forme aspirée. Nous devons remarquer que la gutturale sourde aspirée repousse l’épentbèse de la voyelle i, et que les groupes dans lesquels elle entre produisent le même résultat.

La lettre que M. Rask considère comme un x espagnol ne me paraît pas moins propre à la langue zende que la précédente, et c’est une des consonnes qui prouvent le plus clairement l’originalité de cet alphabet, non pas dans les signes qu’il emploie peut-être, mais dans les valeurs qu’il exprime à l’aide de ces signes. J’ai déjà énoncé l’opinion que le y» répondait au groupe sanscrit n», et les mots zends où on le rencontre, et que j’ai pu retrouver en sanscrit, ont tous con-

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