CHAPITRE I. a
à l'orthographe zende, aibiçrûrlliama. Le mot du texte original est lu comme dans le Vendidad-sadé par le n" 3 S; le n° 6 S allonge le troisième f, mais cet i est le résultat d’une correc-
tion moderne, et le manuscrit avait primitivement tuiÇjli Miyjîu comme le n° a F. Le thème de ce mot, ici au datif, est aiwiçrûlhrima, ou bien aiwiçrûlhrama, orthographe qui me parait préférable à la précédente. Le retranchement de ma, suffixe qui fait de ce mot un adjectif comme zahlnma, dûi/yuma, examinés plus haut, nous donne aiwiçrûlhra , qui est sans doute un substantif formé de aiwi , de çrû et de thra. Mais le sens qui doit ressortir de ces éléments n’est pas facile à déterminer. Si ihra est le suffixe de ce mot aiwiçrûlhra , on se demandera pourquoi ce suffixe n'a pas affecté d’un guna le radical çrû, qui sans doute est le sanscrit fro. Cette déviation de la règle est ici d’autant plus remarquable qu’on trouve çraolhra, qu’Anquetil traduit par ■ l’action de prononcer, ■ mais qui signifie plutôt « l’action ■ d’entendre. •
On peut encore hésiter sur la nature propre du mot aiwi, qui se prête à deux explications : l’une qui consiste à le regarder comme la réunion de l’a privatif et du préfixe vi, avec l’insertion de l’i épenthétique ; l’autre qui considère aiwi comme- la modification du préfixe sanscrit ahhi, le bh dévanâgari devenant quelquefois u> en zend. Dans le premier cas, aiwiçrûlhra signifiera peut-être» l’absence « d’audition , » et désignera le temps pendant lequel on n’entend pas la lecture des écritures sacrées, par opposition au Gâh Oschen, qui suit immédiatement celui dont nous nous occupons en ce moment; mais j’avoue que cette explication me paraît tirée d’un peu trop loin. Dans la seconde hypothèse, l’addition du préfixe aiwi, pour le sanscrit abhi, donnera peut-être au radical çru, « entendre, » et par suite « obéir, » l’idée de veiller, littéralement « entendre au-dessus, » notion qui s'accorde bieu avec le rôle du génie Evesroutrcn, et dont nous retrouvons l’analogue dans le mot suivant, aibigaydi , tel que l’interprète Anquelil. 11 restera toutefois à expliquer pourquoi abhi a été I. 33
a58 COMMENTAIRE SUR LE YAÇNA.
écrit aiwi dans aimç.rùlhrama et aibi dans le mot suivant. Cependant quoique le sanscrit abhi s’écrive ordinairement aibi en zend, je trouve que aiwi peut, dans certains mots, s’expliquer d’une manière satisfaisante comme le substitut de abhi. Je m’arrête donc à la dernière explication, qui consiste à supposer que aiwiçrùlhra exprime une idée analogue à celle de vigilance, quoique l'absence de guna dans ç ni laisse encore subsister de l’obscurité dans l’interprétation d’un mot que sa rareté rend d’ailleurs difficile.
Le ternie suivant est lu dans le seul n° 6 S; c’est évi-
demment une erreur de copiste. Le n° a F lit asuujjjigjijja» , en faisant suivre le mot aibigayâi (lequel est ici bien orthographié) de la voyelle a» a; il semble que le copiste ait voulu écrire la copule tcha, qui cependant ne se trouve dans aucun manuscrit. 11 faut lire, comme dans les trois autres Yaçnas, aibigayâi, datif de aibigaya , mot dont la signification me paraît donnée dans la traduction un peu diffuse d’Anquetil, « qui veille sur la vie des êtres animés. » L’idée de vigilance se trouve dans aibi, et celle de vie dans guya, que nous verrons avec ce sens, et que nous regardons comme un substantif dérivé de gi pour tljiv , ainsi que nous l’exposons plus bas dans une note 1!t. Nous pourrons donc traduire aibigayâi par « celui qui veille ■ sur la vie. »
Quant aux autres mots de ce paragraphe, le n° 3 S lit, comme notre Vendidad-sadé, achaoni; le n°a F a fautivement et
len° 6 S Tous les manuscrits ont asabé; il est plus exact
de lire Le seul n'Ca pour rathwé. De l’analyse
précédente résultera la traduction qui suit :
« J’invoque, je célèbre Evcsroutrcn (Aiwiçrûtlirama) , celui qui « veille sur la vie, pur, maître de pureté. »
Voyez ci-dessous , Notes et éclaircissements , note Q, pag. lxxxvij , note 8-