‹ Commentaire Sur Le YacnaChapitre 12 sur 139 · LX XIII · texte numérisé non relu

LX XIII

ALPHABET ZEND

lirmé cette observation. On pourrait en conclure que le juzend est un groupe oublié, Âd, par exemple, et qu’un de scs cléments aura disparu sous la double influence de la prononciation et de l’écriture, l’une absorbant le v, comme cela se voit dans le mot persan où le j ne se prononce pas, quoiqu’il s’écrive, l’autre fondant le signe destiné à l’indication du v dans la figure du k. Cette conclusion serait certainement appuyée par la comparaison des mots zends où se trouve cette lettre, et des mots persans qui ont avec eux un rapport incontestable, puisque en persan on ne fait entendre que le son de la gutturale, et que le vaw ne sert en quelque façon qu’à prolonger celui de la voyelle a. Mais que pi soit un groupe dont la seconde partie aura été méconnue , ou que ce soit une gutturale unique et d’une nature propre à la langue zende, inventée exprès pour représenter la prononciation particulière du persan , on doit toujours y reconnaître une consonne de l’ordre des gutturales. Quant au fait que sv devienne en zend k ou kv , cela ne doit pas surprendre; car nous savons déjà qu’une sifflante, celle qui correspond à l'ordre des palatales et que nous représentons par f, est dans les langues anciennes de l’Europe un * ou c, c’est-à-dire un véritable k. Pour distinguer le pi zend du <jy qui, selon nous, est en dévanâgari kha, nous avons adopté q, ce qui n'est sans doute pas un mode satisfaisant de transcription; mais ce qui est au fond sans inconvénient, quand on peut , comme nous le faisons , se référer à tout instant au caractère original. Cette gutturale n’entre que dans un très-petit nombre de combinaisons, sans doute parce qu’elle est déjà composée par elle-même. On la voit jointe aux liquides y et r, et à l’aspirée dh. Elle n’a pas d’aspirée qui lui corresponde , et elle échappe ainsi aux lois dont nous parlerons sur r et y. Comme la gutturale kh, elle empêche l’épenthèse de l’i.

Le n° 6 d’Anquetil donne quatre signes pour une seule valeur, celle de la dentale douce. M. Rask fait justement remarquer qu’il y a

lyxîv ALPHABET ZEND.

ici erreur Nous pensons, avec ce savant, que le premier signe est la dentale douce: c'est exactement le d de l’alphabet dévanàgari, ce qui n’empêche pas que le rend ne le confonde parfois avec le ilh. Le second signe est bien encore, comme le croit M. Raslt, un dh aspiré: c’est le dh du dévanàgari; mais les manuscrits zends sont si peu conséquents dans leur orthographe, que ce dh remplace le plus souvent un d non aspiré. La valeur véritable de la seconde forme du n" 6 d’Anquetil peut être cependant prouvée par deux voies différentes. En premier lieu nous trouvons, ainsi qu’on le verra dans notre Tableau des combinaisons des consonnes , la dentale (pour nous dh) combinée avec les lettres n, y, r, v, w, c’est-à-dire avec la nasale et les semi-voyelles qui , en zend , jouissent de la propriété d'aspirer quelques-unes des consonnes qui les précèdent. Il résulte de là , qu’à moins d’admettre en faveur de d une exception à cette règle générale pour les dentales, ou doit reconnaître que la seconde forme du n° 6 d’Anquetil est un dh aspiré. En second lieu, sa valeur ressort clairement de la comparaison de quelques radicaux zends où il se trouve, avec les mots sanscrits qui leur correspondent, et qui ont la dentale douce aspirée, comme budh (connaître), et maidhya pour le sanscrit madhya *’ . Enfin, on peut citer encore en preuve de l’aspiration de cette consonne le radical verbal rudh (pousser, croître), qui n’est autre que le sanscrit ni A, qui a le même sens 3®. Si l'identité du zend rudh et du sanscrit rvh est évidente pour tout le monde, et que même le zend rudh

** Ueberdas Aller, eic. p. £7- *’ Le madhya sanscrit parait tore un reste du maidhya zend , car on ne voit pas en sanscrit la raison de l’aspiration du dh. Elle est au contraire très-reconnaissable en zend, où le radical mal (avec) change sa dure en d devant y, et l’aspire en dh. On verra que mat s'ajoute quelquefois aux substantifs , et leur donne le sens d’un instrumen-

tal ou d’un ablatif. Cet usage remarquable explique comment mat peut servir de suffixe pour former des adjectifs possessiis. Au reste , ce mol zend doit avoir du rapport avec le sanscrit mithas (mutuo), et mithnna (couple); M. Lassen a déjà rapproché mithas de l’ancien haut-allemand mit (avec). Voyez Ind. BAI. tom. III, p. 65.

M Nous différons, comme on voit, de

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doive passer pour anterieur au sauscrit ruh, qui n'en est qu’un adoucissement, il faut- bien admettre pour expliquer la présence du A sanscrit que le (wend est une dentale douce aspirée *. Au reste, il

est parfois difficile de reconnaître les circonstances dans lesquelles il faut employer l’une de ces dentales plutôt que l’autre; la confusion de ces signes jette même souvent une grande obscurité sur le sens des mots, et elle a, dans quelques cas, fait commettre i Anquetil des erreurs très-graves. Ainsi , dans un passage du vu" fargard du Vendidad, Anquetil a pris pour (laénu (loi) le mot tlhaêna qui entre en composition avec les mots açpâ (cheval), gaô (bœuf), aslrt) (chameau), kathwô (âne), et il traduit * un cheval, un tau-

* reau , un âne , un chameau selon la loi , » tandis que le sens doit être * une cavale, une vache, un chameau femelle, une ânesse, qui

• donnent du lait; » car j’ai peine à croire que dans le composé uçpô-dhaêna , le dernier mot ne se rattache pas à la même racine que le sanscrit dhénu, • vache qui vient de mettre bas. •

La simple inspection de notre Tableau des combinaisons des consonnes zendes achève de faire connaître la véritable nature de ces deux dentales d et dh. Elles appartiennent à l’ordre des douces ou sonnantes, et, comme telles elles se combinent avec les douces gh,j, z, b, r, v, u-, n, n. Toutefois on rencontre dans notre Tableau des groupes qui font exception â la loi de l’attraction mutuelle des lettres les unes à l’égard des autres. C’est d’une part khdh, dans lequel on s’attendrait à voir le kh changé en g ou gh , et d’autre part dk et dlch qui sont complètement étrangers au système des combinaisons du dévanâgari. Ces faits, qui sont prouvés par tous les manuscrits, sont importants à constater comme des anomalies à un système qui exerce en zend une influence considérable, quoique moins étendue qu'en sanscrit. Mais comme ces groupes ne présentent pas des difficultés insurmontables à l’organe qui essaie de les

M- Bopp, quant au sens que nous donnons ** Le passage du dh à Yh a été déjà déà ce radical. Voyei Grumm. sanscr. p. 33 1 . montré par M. Bopp. Gramm. ta ruer. r. 10/4

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prononcer, on s’explique assez aisément comment ils ont pu subsister nonolistant la loi d’euphonie qui veut qu’une sourde tombant sur une sonnante se change en la sonnante de sa classe.

Ainsi que nous l’avons dit au commencement , d est soumis aux règles d’aspiration que nous exposerons sur n, y, r, v, tv, et il en résulte les groupes de notre Tableau, où dh figure. Cependant on trouve que d échappe plus fréquemment à ces lois que la sourde t, et nous avons dû en conséquence mentionner des combinaisons, comme dy, dr, dv, que nous voyons soutenues par tous les manuscrits. Peutêtre des copies plus anciennes diminueraient-elles le nombre de ces exemples. Quant à l’épenthèsc de l’t, la douce de l’ordre des dentales, simple ou aspirée, l'admet aussi fréquemment que la sourde I.

Il ne nous reste plus à examiner que les deux signes g^ et çjk

M. Rask les regarde comme des aspirées de p, parce qu’il y reconnaît le trait qui, dans hm (n° 16), marque l’aspiration. Il est bien vrai que ces signes g^et ^dérivent de ça t; mais il n’est peut-être

pas également permis d’en conclure que la queue qui les distingue soit une marque d’aspiration. Pour moi , le premier de ces deux signes ne me paraît être autre chose que le p dont le dernier trait se sera prolongé parce que cette lctfre était employée à la fin des mots. Je ne fais donc aucune différence du g^au p , si ce n’est que

l’un est final et l’autre initial et médial. Cependant, comme il peut avoir existé quelque nuance dans la prononciation, suivant que la dentale sourde était médiale dans un mot, ou finale dans une désinence grammaticale, je crois pouvoir sans inconvénient distinguer par un point ce signe, du t (n“ 3); ce qui ne veut nullement dire que ce soit un autre t, mais ce que je propose comme un moyen purement matériel de transcription. J’y trouve du moins l’avantage que la question de l’identité ou de la diversité de ces deux lettres n’est pas ainsi préjugée aux yeux des lecteurs pour lesquels elle pourrait paraître encore douteuse.

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Cette forme du t n’est, ainsi que nous l’avons dit, employée le plus souvent qu’à la fin des mots , dans quelques désinences grammaticales. Lorsqu’une formative dans la composition de laquelle entre un I . comme al, par exemple, devient finale, c’est de ce g^que

l’on se sert; mais quand le t du suffixe est suivi d'une voyelle, notamment dans les féminins en i, le y# / (n° 3) reparaît. Ce rapprochement donne, ce semble, une grande force à l'opinion que nous avons avancée sur l’identité de fa et de ja. Cette lettre n’est

souvent médiale , que par suite d’une erreur des copistes qui l'emploient pour d ou dh. On la trouve cependant aussi devant h, tek, b, c’est-à-dire à la fois devant des sourdes et une sonnante. Dans la dernière de ces combinaisons (tè), ce n’est peut-être plus le meme / que nous regardons comme identique à la dentale sourde à la fin d’un mot. Quelques manuscrits semblent même préférer

Ce signe |g^ laisse encore mieux voir, s’il est possible, la forme

première du p t, et à ce titre je n’hésite pas à le regarder comme le t dental final ; ce n’est qu’une autre forme du t que nous venons d’examiner tout à l’heure. On pourrait croire cependant que ce n'est pas sans dessein que ces deux figures ig^et g^sont ainsi différenciées

dans les textes. Quant à moi, je n’ai pas encore pu découvrir fa raison de cette différence, si ce n’est que devant k et b, les manuscrits semblent en général préférer la forme ig^à y. Comme M. Rask ne les distingue pas l’une de l’autre, nous ferons de même, nous éloignant toutefois de son sentiment, en ce que nous ne regardons pas cette consonne comme une aspirée. Nous ajouterons que, des quatre classifications des lettres zendes que nous avons empruntées aux manuscrits d’Anquetil, il y en a trois dans lesquelles ce signe ^n’est pas reproduit, ce qui prouve que, pour quelques copistes, il n’avait pas une existence distincte de celle du ç t

Lxxviii ALPHABET ZEND.

Le n” 7 1 r ne fait aucune difficulté; c’est, de l'aveu de M. Rask , le r européen. Nous ferons remarquer en outre que ce signe remplace non-seulement le r dévan&gari, mais même le /, liquide que ne possède pas le zend. Précédé et suivi de la voyelle ë, r représente, ainsi que nous l’avons dit ci-dessus dans notre analyse des voyelles, le sanscrit ri, sous cette forme érë. Suivie des voyelles i et u et des semi-voyelles y et v ou te. la liquide r admet l’épenthèse de l’i et de l’a, par exemple dans ndiri (femme), pour le sanscrit nâri, et dans laaruna (jeune homme), pour laruna. L’épenthèse de l’i et de l’o n’a pas lieu lorsque la liquide fait partie d’un groupe où entre une gutturale, une dentale, une labiale, une siffiantc ou l’aspiration, soit que ces lettres précèdent ou qu’elles suivent la liquide.

Pcrtir ce qui est de r, dans scs rapports avec les consonnes, on doit faire les observations suivantes. Le r zend peut suivre toutes les consonnes gutturales, dentales, labiales, douces et fortes, à l'exclusion peut-être des palatales. Je ne me rappelle pas du moins d’avoir rencontré tchr ni djr. 11 suit encore les nasales g (ng), n, m, les semivoyelles e et w, les sifflantes z, ç et h. Le groupe sr est impossible en /.end, puisque nous verrons sur le n° 1 9 d’Anquetil, que la sifflante dentale devant r se change en h procédé de g. A l’cgard des gutturales, des dentales et des labiales, il y a une remarque importante à faire; c’est que la liquide force la consonne douce ou forte à se changer en son aspirée correspondante, k en kh, g en gh, t en th, d en dh, p en f; il faut seulement en excepter 6, qui, en zend, n’a pas d’aspirée, et de plus, les cas où t, par exemple, est précédé des sifflantes ch et s. On doit conclure de là que r porte avec soi une aspiration qui lui est inhérente , et qui , lorsqu’une consonne vient à tomber sur la liquide, remonte sur cette consonne30. Car l’action des lettres

** Je n’ai pas besoin d'insister sur l'analogie que présentent en ce point le grec et le zend. En grec, le p est virtuellement accompagné d une aspiration , qui me parait

dans certains cas , et particulièrement dans le suffixe , remonter sur le t et le changer eu 9. ( Conf. sanscr. tra , tend t hra .} J*ai déjà donné quelques détails sur ce fait dans

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