CHAPITRE I. a
ployéc comme verbe. Il me suffit pour le moment de constater l’existence de ce radical vakhch ou vach, avec le sens de croître , et d’y rattacher le substantif fravachi (Ferouer). Or, si Nérioscngh a, de lui-même ou à l'exemple des Parses ses devanciers, interprété ce mot d’après une analyse conforme A celle que nous venons de donner, on s’étonnera moins qu’il n’ait trouvé d’équivalent à fravachi que dans le sanscrit vriddhi. Mais nous devons toujours supposer qu'il attachait à ce mot une valeur un peu différente de celle que lui assigne le sanscrit classique , et qu’ainsi vriddhi devait comprendre les idées de supériorité, de gloire, dans le sens religieux, de manière qu’un terme dont la valeur propre est succès, pût désigner le type idéal de chaque être, ou, dans la mythologie des Parses, cette classe de génies bienfaisants qui dispensent le bonheur aux hommes vertueux, dont ils sont eux-mèmes la glorieuse apothéose. Remarquons d'ailleurs qu’il faut qu’un sens analogue se soit attaché à la réunion des éléments fra et vahlts, et qu’il est nécessaire d'étendre un peu leur signification propre pour trouver dans les mots « croître en avant » une expression aussi relevée que celle de Ferouer. Il semble même que les anciens monuments de l’art persan, et en |iarticulier ceux de Persépolis, nous offrent l’image sensible de cette idée et la justification de notre analyse, dans la figure même du Ferouer qui se lient toujours au-dessus de celle du roi, s’élève et croit (vakhs) pour ainsi dire au-dessus de lui, et le représente dans la région supérieure {fra), tel qu’il existe dans la région inférieure.
Le mot suivant, ghénânâmtcha , est lu diversement dans les quatre manuscrits du Yaçna. Le n° 6 a leçon très-fautive,
mais dont l’incorrection n’appartient peut-être pas tout entière à l’ancien copiste, car une main moderne a évidemment surchargé ce mot. Le n" a F lit et le n” 3 S *»p> .f ^.ujj^JLa compa-
raison des autres passages où se rencontre ce substantif, m’autorise à penser que sa véritable orthographe est (jhcnânâm (en détachant
a 7a COMMENTAIRE SUR LE YAÇNA.
la particule enclitique Icha). Le mot ghcnànâm est écrit sans é, ghndnâm, par le n” a , sans doute à cause du peu de valeur de la voyelle è. Il ne me parait pas facile de retrouver en sanscrit, sinon la forme, au moins le sens de ce mot. Pour la forme, le zend ghéndnâm , dont le thème absolu est ghcnâ (ou ghcna ), peut répondre ou à ghana, « solide, » et aussi • heureux, * ou à V ghna (qui tue). Dans la première supposition , la voyelle zende ( è est le substitut de l’a bref dévanâgari; dans la seconde, c'est un simple scheva introduit entre gh et n pour faciliter la prononciation de ce groupe qui , au commencement d’un mot, ne se laisse pas aisément articuler. L’orthographe ghënd présuppose donc ghnâ, que nous trouvons d’ailleurs ici même dans d’autres manuscrits, et dont ghcnâ n’est sans doute qu'une forme adoucie, et conséquemment moderne.
Mais je ne vois pas bien quel rapport peut exister entre l’idée de Jemme qu’Anquetil et Nériosengh trouvent dans le zend ghcnâ, et celles qu’expriment les deux mots sanscrits que nous venons de citer, et qui tous deux dérivent du radical han (frapper). Peutêtre faut-il recourir à la racine sanscrite ^pq ghan (briller); ce qu’il y a de certain, c’est que nous voyons en persan le mot yj (femme), dans lequel le j est exactement le substitut zend du h dévanâgari. On doit remarquer encore que le slave jena, et peut-être aussi le grec y/nl doivent être identiques au zend ghcnâ. Le sens de ce mot ne peut d’ailleurs être douteux , il doit se traduire : • et des « femmes. * C’est un génitif pluriel dont la formation est remarquable, en ce que nous y trouvons la trace de la voyelle longue d, qui distingue le thème des substantifs féminins en a. Ainsi, de ghcnâ. forme absolue régulière, qui au nominatif s’abrége souvent en a (ghcna), on a au génitif pluriel ghvnânim, exactement comme en sanscrit dans les mots correspondants. Cette formation est d'autant plus digne d’attention que la règle générale des génitils pluriels des noms en a (que cette voyelle soit brève ou longue), est que l’a final du thème doit être bref. Mais je soupçonne qu'il n’en est