CHAPITRE I
substantif par garde , comme on traduit màthwa par parole. Le sens de qardc , protection, me parait anterieur à celui d 'assemblée; ou du moins, comme je n’ai pas le moyen de vérifier cette dernière acception, je m’arrête à celle que fournit le radical van, et il me semble que de l’idcc de garde on a pu passer à celle de gardiens ou d’assemblée, de réunion destinée à garder et à protéger. L'adjectif viré vâthwanâm peut donc signifier « qui ont une garde d’hommes, « plutôt que «qui ont une réunion d’hommes, • comme le pense Nériosengb. Mais que faut-il précisément entendre par ces femmes • qui «ont une garde d’hommes?» Anquctil, en faisant rapporter l’idée de femmes aux Ferouers, qui sont en réalité des génies femelles, échappe à cette difficulté. Cependant nous avons vu que ghëndnâmtcha est séparé de fravachinâm par cette même particule tcha qui l’accompagne. Au reste, il est possible qu’il ne faille pas attacher une grande importance à cette épithète, et qu’elle n'ait d’autre but que d’indiquer le rapport des femmes avec les hommes. Dans cette hypothèse, l’adjectif viré vâthwanâm signifierait « qui ont les « hommes pour protection, » ou « que protègent les hommes. » On pourrait sans doute encore , en étendant un peu l’acception de ce mot, traduire: • les femmes qui sont comme une garde d'hommes. » Mais la première explication me paraît plus vraisemblable parce qu’elle est plus simple. 11 est probable d’ailleurs, quelque sens qu'on adopte, que les femmes invoquées ici sont celles dont le souvenir est consacré par leur vertu et par leur sainteté.
Le mot suivant, yâiryaydo çtchd, est séparé à tort en deux parties par le Vcndidad-sadé; les autres manuscrits lisent diversement ce mot : le n” G S, ; le n* 2 F, ; et le n° 3 S,
I,a leçon du Vcndidad-sadé, sauf la séparation de la syllabe çtchd, me parait préférable à toutes celles que nous venons de citer, car aydoçtcha est la désinence du génitif d’un thème en d (féminin) , désinence dans laquelle la sifflante finale primitive reparaît devant tcha, quoiqu’elle ait été déjà fondue en do avec fri qui
a76 COMMENTAIRE SUR LE YAÇNA.
la précède. Nous devons donc supposer au génitif yâiryayâo le thème yâirya, dans lequel la voyelle i est attirée par l’épcnthèse qu'exerce la semi-voyelle y. Ce thème est exactement celui auquel nous avons été conduits plus haut par l’analyse de yâiryanàm ; et, comme ci-dessus, Anquetil le traduit par le mot parsi Gâhanbar 1M. Il n'eu est pas de même dans la glose de Nérioscngh, car ici et dans les autres passages où yâirya se montre au singulier, le traducteur indien remplace ce mot par samvatsam (année), tandis qu’il réserve le titre de Gülianbar pour les cas où yâirya est au pluriel. J’ignore jusqu’à quel point cette distinction est fondée; mais ce que l’étymologie me paraît établir, c’est que yâirya est un mot à forme d'adjectif dérivé de ydrè (année), et signifiant primitivement • annuel, relatif à l’année,» quelles que soient les interprétations diverses auxquelles son changement de nombre et de genre a pu donner lieu.
Le mot suivant, que tous les manuscrits lisent ici de la même manière, husitôis, n’est pas traduit très-clairement par Anquetil, qui le confond avec le précédent , comme il suit : « qui veillent bien « sur les Gàhanbars. • Nérioscngh ne l’entend pas partout d’une manière uniforme, car il le considère ici comme un adjectif signifiant « bien vivants; • ou, en admettant que l’on puisse lire ,
ainsi que nous l’avons proposé dans nos variantes, il en fait un substantif qui signifie vraisemblablement • la bonne vie. • Dans un passage du second chapitre du Yaçna semblable à celui qui nous occupe, Nériosengli le rend par un substantif abstrait dont le sens est • l’état de celui qui a une bonne demeure. » Le seul moyen de sortir du vague de ces interprétations incohérentes, c’est de rechercher quels sont les éléments constitutifs de ce mot. Nous y reconnaissons d’abord le préfixe hu, que Nériosengh reproduit exactement chaque fois que se représente le zerul husiti avec ses diverses formes; ce suffixe retranché, il reste sitâis. génitif de sili. Quoique '** Voyei ci -dessus , Invocation , pag. 36.