CXI1I
ALPHABET ZEND
Les remarques précédentes ont eu pour but de déterminer avec quelque précision les limites de la loi du changement de s dental suivi d’une voyelle en A, et de l'addition de la nasale g. Mais une observation que l’on ne doit pas perdre de vue dans la comparaison du rend avec le sanscrit, c’est que ce changement porte exclusivement sur la sifflante dentale. Si, comme je le. crois, ee fait est incontestable, nous en tirerons quelques conséquences utiles relati-
vement à la règle qui nous occupe ,
« djaçènti fravackayâ; » ce que je crois pouvoir traduire par • que les Ferouers des • saints , qui existent ou qui ont existé , qui ■ sont nés ou qui ne sont pas nés, viennent « ici. » Je ne m'occupe en ce moment que des deux mots kûtàm et ajhuchàm , dont le sens est suffisamment déterminé par l'analogie de notre texte avec celte autre formule qui revient souvent, et sur laquelle il ne peut rester aucun doute : yâi hénti tcha âoÿharë tcha : « ceux qui sont et ceux qui ont été. ■ Le premier de nos deux mots est un génitif pluriel d'un nom dont le llième est en /, hât , qui , d’après les remarques de notre texte , doit être en sanscrit sât. Dans celte dernière langue , sât est un des noms de Brahma, et les grammairiens indiens le rattachent a un radical sât ( causer du plaisir) , qui est peut-être inventé exprès pour expliquer ce nom de Brahma. Ne serait-il pas possible, au contraire, de dériver le mot sanscrit sât du radical as (être) , dont le participe présent est sat par un a bref? sût ne différerait de sat que par l'allongement de l’a (comme dans pât, pied, d epad, aller}. Mais que sât vienne dealf, radical extrêmement rare, ou de as, cela est eu fond de peu d’importance, quant À la valeur du rapprochement que nous croyons
et à la valeur propre des diverses
pouvoir établir entre le hât-âm tend et le sat âm sanscrit. La différence très-légère de l’allongement de l’a ne peut pas faire difficulté, quand il s'agit de mots appartenant , sous leur forme actuelle, à des dialectes différents. Le zend hâtâm doit donc signifier : • de ceux qui sont ; • et le h y représente un s dental dévanâgari. Reste ajjhuchâm dans lequel nous devons également retrouver une désinence de génitif pluriel âm. Analysé d'après les lois établies dans notre texte , ce mot tend reviendrait au sanscrit astichâm , génitif pluriel d'un nom dont le thème serait asvas , c'est-à-dire as-vas , as étant le radical du verbe abstrait, et vas, le suffixe du participe du passé. Tl est bien vrai que ce mot n'existe pas en sanscrit . et que, dut-il y exister, il y serait formé irrégulièrement, puisqu’il n’aurait pas le redoublement nécessaire dans le |>articipe du parfait. Mais l'absence du redoublement est très-fréquente en rend , de sorte que nous pouvons considérer comme fondée l'explication proposée pour ajhathâm , mot dans lequel jh nous cache un s sanscrit, qui. une fois retrouvé , nous donne la véritable étymologie et la signification de ce mot , que les lois de l’euphonie rende défigurent presque complètement.
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sifflantes. Ainsi s dental étant la seule sifflante du sanscrit qui , en zend, se change en A, il s’ensuit que toutes les fois qu’une règle d’euphonie indienne aura exigé le changement de la dentale en une autre sifflante, cette sifflante ne pourra plus devenir A précédé ou non précédé d'une nasale. Ainsi les voyelles i, u, ê, <1 n’étant jamais suivies en sanscrit de la sifflante dentale isolée, mais l’orthographe voulant dans ce cas la sifflante cérébrale ch , de cette manière ich , uck, êch, ôch, cette sifflante ne deviendra plus A en rend, parce que ce n’est plus la sifflante dentale. Aussi ne trouvons-nous jamais que les deux syllabes sanscrites u-cha et ê-chu, par exemple, dçviennent en rend «oit aha, soit bjAb, soit êha, soit éghu : au contraire, les manuscrits nous donnent usa et uchu, ésu et échu. De là résulte cette règle générale : pour que le s dental dévanâgari devienne en rend A, précédé ou non précédé d’une nasale, le s doit être nécessairement précédé d’un a bref ou d’un d long *®. Si en zend nous trouvons des
** L’affinité de l'aspiration zende h avec la voyelle a, fait qui, en sanscrit . a son analogue dans le rapport marqué de a avec s ( puisque aucune autre voyelle que l a ne peut précéder la sifflante dentale non suivie d'une consonne) , est un des traits les plus remarquables du système des sons et des articulations tendes. Si l'on y joint le changement de h sanscrit en z, changement sur lequel nous avons donné plus haut les détails nécessaires, on verra que ce fait peut jeter dû jour sur le rapport des voyelles avec les consonnes en tend, et on peut le dire, dans les autres branches de 1a famille arienne , et compléter une théorie fort ingénieuse dont Grimm a déposé le principe et les développements les plus importants dans sa grammaire.
( Dcutsch. Gramm. totn. I, pag. 187.) En déterminant le caractère du j allemand.
qu'il démontre être à i, comme w ( ou r ) est à a, Grimm remarque que des trois ordres de consonnes qui forment le fonds de toutes les articulations (excepté les liquides et les nasales ) , savoir, les gutturales , les dentales et les labiales , il y en a deux, les gutturales et les labiales, qui ont cliacun pour élément une des trois voyelles fondamentales de» dialectes germaniques, de sorte quela classe des gutturales s'ordonne ainsi parallèlement à la classe des labiales , en partant de la voyelle mère et en passant par les articulations qui en dérivent pour arriver jusqu’à la consonne la plus articulée, celle que nous nommons forte, ou dans la division indienne sourde : t y ch g k.
a t f bp.
A cette occasion Grimm se demande comment il se frit que l’ordre des dentales n'ait pas aussi pour base une voyelle, cir-
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syllabes, comme ê-hi et i-ghé, dans lesquelles gk répond à un s dental dévanâgari , ce n’est en aucune manière une exception à notre principe; dans ces cas, é et i n’existent pas en sanscrit. Si l’on rétablissait, comme nous le ferons en son lieu, la forme sanscrite corres-
constance qui doit d’autant plus étonner, que ces trois ordres se développent l’un à côté de l'autre dans un parallélisme parfait: kpt, gMt etc. Il nous semble que s’il n’est pas possible de donner d’une manière absolue une voyelle pour base aux dentales f on peut du moins, à l'aide de la langue zende, faire faire un pas de plus à la découverte de Grimm. Les faits que nous fournit le tend peuvent être d’autant plus sûrement invoqués ici. que le système des articulations de cette langue est à peu de chose près identique à celui des consonnes des dialectes germaniques , ainsi que nous le démontrerons bientôt dans une note spéciale. Les observations auxquelles l'alphabet xend donne lieu, aideront donc peut-être à compléter la théorie que Grimm a si heureusement déduite des consonnes germaniques.
Cette théorie repose sur ce fait, que dans les dialectes d’origine gothique, deux des voyelles fondamentales donnent naissance à deux classes de consonnes , t à celle des gutturales . n à celle des labiales. 11 reste à rechercher si les dentales peuvent , comme les autres consonnes , être ramenées à un élément voyelle.
En thèse générale , le souille , depuis son émission la plus faible jusqu'à la plus forte, doit être considéré comme l'élément commun de tous les sons et des articulations que produit l'organe vocal. Quand les diverses parties de cet appareil entrent en jeu, elles
modifient diversement l'émission de l'air qui reçoit improprement le nom d'aspiration; et elles donnent successivement naissance à des tour d'abord , puis ensuite à des articulations qui deviennent de plus en plus caractérisées, à mesure que l’action des organes est plus considérable , et qu'elle se complique davantage. Mais l'aspiration . à quelque degré qu’on se la figure , n’en est pas moins l'élément de toutes les voix et articulations que produit le jeu varié de l'appareil vocal. Ainsi les voix sont formées par l'air remplissant la cavité de la bouche sans s’arrêter à aucune des barrières qui peuvent plus tard s'opposer à "sa libre émission; ce sont jusqu’à un certain point des articulations, en ce que pour en produire les trois seules variétés que reconnaissent avec raison les langues ariennes (ait*) , une partie de l’organe vocal se met en mouvement et prend des positions diverses. Mais elles diffèrent radicalement des articulations proprement dites ou consonnes : leur source est plus profonde et plus rapprochée du lieu où le souffle lui-même prend naissance. En effet , l'observation nous apprend que i et u naissent plus avant dans l’organe que ketpr par exemple , et elle confirme ainsi le résultat des observations philologiques de Grimm, sur la génération des gutturales et des labiales. Pour un Allemand comme pourun Grec moderne , g et y ne sont , dans certains cas, autre chose que je: or, d’un côté y est bien plus souvent une gutturale
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pondante au mot zend, on trouverait un s dental précédé d’un a, et non d’un i ou d’un ê, lesquels sont secondaires en zend. Le changement de la sifflante en A a donc pour condition nécessaire la nature de la sifflante, laquelle doit être la dentale: hors de ces cas
proprement dite , et de l’autre y se ramène à i dont il sort. Pour les habitants des provinces méridionales de la France, b n'est pas le plus souvent distinct de v ou ta ; or, d’un rô té b est une labiale proprement dite , et de l'autre t> retourne à u, dont il dérive. Enfin, pour un Grec moderne X n’est guère autre chose que le z français : or, d’un côté X est bien la dentale douce , et de l'outre z n’est qu'une variété légère de la sifflante t. En résumé, et d’une manière générale, lorsque l’air est arrêté aux trois points principaux de l'appareil vocal, le gosier, les dents , les lèvres , il produit , depuis le fond de cet appareil jusqu'à son extrémité , les espèces d’articulations dites gat tarales, dentales, labiales, articulations que l’on voit remplacées l'une par l'autre dans certaines langue* , ou d'une langue dans une autre langue, et dont la première et la troisième ont pour origine les voyelles i et u.
Quant à la seconde classe , celle des dentales , la lettre qui , dans les langues germaniques , lui sert de base, c'est la sifflante s; car Grimm en développe ainsi la suite: s, th, d, t. Mais s est une sifflante qu'il est impossible de rattacher à une voyelle quelconque. Or, ce qui manque aux dialectes gothiques , le zend , selon moi, le possède. En effet, nous savons d'abord que z y est le résultat de la permutation du « ( ou f ) devant une douce ( zd pour td). Non- seulement z affectionne en zend la dentale d, mais nous savons par
d'autres langues de la même famille, qu’il peut contenir la dentale elle-même, et cette articulation si voisine de s ne l’est pas moins de d; on n'a besoin pour s'en convaincre que de se rappeler le X et le f des Grecs modernes , le f et le ^X des anciens.
Nous savons de plus que le z du zend est le substitut d'un h . Nous avons reconnu que ce fait était prouvé de 'même par les langues lithuaniennes comparées au sanscrit ; de sorte que la série germanique t, d, th, s, doit s'augmenter, en zend , de deux articulations z et h . L’aspiration pure que nous représentons par h , entre donc dans la série des dentale* zendes , parce que la sifflante z l’y attire. Elle y entre comme l'élément générateur de la sifflante, qui à son tour traversera la série entière des dentales en se modifiant par des changements de lettres tous historiquement constatés.
Or, avec laquelle des trois voyelles a, t, a la lettre k a-t-elle en zend le plus d’affinité?
Avec l’a, la seule voyelle qu elle puisse ,
suivre immédiatement; de sorte que s'il n’est pas possible de ramener l’aspiration à la voyelle a , il est au moins permis d'affirmer qu'a est le seul des sons vocaux zends qui se laisse suivre d'un h. Cette affinité de l’a avec h qui a sou analogue dans quelques langues de l'Asie orientale , où le caractère qui représente le son a est semblable et quelquefois même identique à celui du h, nous autorise donc à placer la voyelle a au-dessous de l'aspiration h , qui