VIII AVANT-PROPOS
entendu dans la totalité des pays soumis à la loi de Zoroastre à l’époque où la version pehlvie fut composée. Car on ne peut expliquer un travail de ce genre que par deux motifs, ou le besoin de communiquer à un peuple qui parle une autre langue que celle des livres originaux, la connaissance de ces livres mêmes, ou l’intention d’en sauver le sens de l’oubli , en les traduisant dans un dialecte plus populaire. Quelle que soit l’explication que l’on adopte, on doit reconnaître que lesParses accordent à la traduction pehlvie une valeur égale à celle du texte; et, comme il est aussi facile de démontrer la longue durée de la connaissance du pehlvi en Perse 5, que difficile de prouver la même chose du zend, il est très-vraisemblable que la traduction pehlvie n’a succédé au texte zend que parce que le langage de l’une avait succédé à celui de l’autre. On doit supposer, mais on ne peut affirmer, que la traduction pehlvie a été faite dans un temps où le zend était encore parfaitement compris, au moins par les prêtres; quelle a été rédigée avec tout le soin qu’exigeait une entreprise de cette importance; enfin qu elle a pu sans inconvénient être substituée au texte dont elle était une image fidèle. On doit remarquer toutefois que cette version est accompagnée d’une glose plus développée que le texte même; d’où il résulte, ou que le pehlvi était trop imparfait pour reproduire littéralement la concision de l’original, et qu’il était forcé de recourir à des circonlocutions, ou, ce qui est plus probable, que les traducteurs ont trouvé qu’une version toute nue, quoique exacte, ne suffisait pas pour faire
' Anquclil pense que le pehlvi n'était déjà plus d’un usage général en Perse au ni* siecle de notre ère. (A Um. de T Acad, des inscr. t. XXXI, p. 407.) Mais il est certain
que le pehlvi s’est conservé comme langue savante jusque dans des temps très-rappro chés de nous. C’est ce que prouvent plusieurs faits que nous rapporterons plus bas.
AVANT-PROPOS, comprendre le sens du texte devenu obscur, et qu’ils ont cru devoir l’accompagner d'un court commentaire. Quoi qu’il en soit, si cette traduction conserva l’interprétation traditionnelle de l’original , elle dut être peu favorable à la culture de la langue dans laquelle il était écrit; et le texte zend, qui n’était sans doute plus communément intelligible, puisqu’on avait été obligé de le traduire, dut cesser tout à fait de l’être une fois qu’il fut traduit.
Ce fut donc sur la connaissance du pelilvi que reposa désor- t mais l’interprétation des livres de Zoroastrc; et dès lors la valeur de cette interprétation ne dépend plus aux yeux de la critique, que du plus ou du moins d’habileté dans la langue pelilvie qu’on devra supposer à son auteur. Le pelilvi, qui florissait encore sous la dynastie des Sassanides, a survécu longtemps en Perse à l’anéantissement de la monarchie persane, et le sens de la traduction faite dans cet idiome a pu continuer d’y être compris par le petit nombre de Parses qui parvinrent à se soustraire aux persécutions des Musulmans. Mais il n’en fut pas de même de ceux qui abandonnèrent leur patrie pour se réfugier dans le Guzarate; et ce qu’Anquetil Dupcrron nous apprend des vicissitudes de leur retraite, de la difficulté qu’ils éprouvèrent «à conserver intacte l’interprétation traditionnelle, des divisions qui s’introduisirent parmi eux, suffit pour autoriser tous les doutes et justifier tous les soupçons de la critique sur la science des Parses et sur la parfaite conformité de la traduction qu’ils donnent du texte pelilvi avec ce texte luimême4. Après être restés cent ans dans le Kouhestan, quinze ans à Ormuz sur le golfe Persique, dix-neuf à Diu , ils s’étaient établis dans le Guzarate. Au bout de trois cents ans environ,
* Zerul Avtila , Discours préliminaire , pag. ccciviij cl sqq.