CHAPITRE
dentale sanscrite en zend, me permettent de ramener vahista à sa forme première, celle d’un superlatif, vasista, ou en sanscrit vasichtha. Je parlerai tout à l’heure, sur le texte, de ce rapprochement remarquable à tant d'égards; je me contente pour le moment de chercher à déterminer le radical, et, par suite, la signification commune de ces divers mots, vaijhâ, vagha, vôhu, vahyd, vahista. Or, le rapprochement de ces cinq termes, interprétés par les lois euphoniques exposées au commencement de ce travail, nous donne (après la suppression des désinences ou suffixes u, à, ya, ista) -les radicaux vagh et v ah, qui reviennent également à vas. monosyllabe auquel il faut reconnaître le sens de bon ou de bonté , ce qui résulte de la signification d’excellent donnée uniformément au superlatif vahista, et de celle de très-bon, attribuée par Nérioscngh à vagha. Le radical vas doit donc signifier bon ou bonté, sens qu’il n’a plus en sanscrit, mais qui se retrouve encore dans le persan *j où le b remplace le v zend, et où le h est le reste de l’ancien gh. Si, comme je le crois, cette analyse est exacte, nous devrons regarder le vmghô de notre texte comme un substantif signifiant'» ce qui est bien, le bien. » En le rapprochant du verbe paiti vaeda, et en supposant à ce verbe la signification d 'annoncer, faire connaître, que, avec la préposition prati, le sanscrit vid prend au causatif, nous traduirons : « Ahura-mazda deciaravit bonum , » c’est-à-dire, « Ormuzd. a enseigné le bien. »
Quant h yênghé, c’est une forme du pronom relatif au nominatif pluriel, remarquable en ce qu’elle contient un pronom indicatif qui en constitue la seconde partie. En d’autres termes, yênghé zend paraît répondre au sanscrit yé-sé, en prenant sé pour la syllabe pronominale sa au nominatif pluriel. M. Bopp est le premier qui ait fait connaître cette analyse du zend yênghé, dans les savantes additions qu’il a jointes à la seconde partie de sa grammaire sanscrite1. Je dois dire,
? Gramm. jarwer. pag. 337. M. Bopp y changé en jjhê. On verra pour <juel motif considère yênjhê comme formé de yi, pro- nous croyons pouvoir nous éloigner en parnom relatif déjà au nominatif, et de sè lie de son sentiment
ni COMMENTAIRE SUR LE YAÇNA.
toutefois, que j’étais déjà arrivé de mon côté à une interprétation analogue, fondé, t" sur la connaissance des permutations euphoniques de la sifflante dentale en zend (permutations dont j’ai indiqué, il y a déjà longtemps, le principe); a" sur l’existence d’un nombre très-considérable de formes de la syllabe pronominale sa, notamment hé, hôi, hâ, him, his; 3* enfin, sur cette considération que le même mot qui, étant initial, s’écrit hé, doit, lorsqu’il devient médial et est précédé d’une voyelle, s'écrire ghé. Je diffère seulement de M. Bopp en ce que je trouve cette orthographe de yé-ghé pour yé-sé en contradiction avec le principe que j’ai posé; savoir, que â n’est jamais suivi d’un s dental , conséquemment que s ne peut pas devenir gh après la voyelle è. On pourrait sans doute lever cette contradiction en supposant que notre principe ne reçoit pas son application dans les circonstances, d’ailleurs fort rares, où deux mots sont réunis en un. Mais j’aime mieux croire que la forme primitive de yénghé , comme nominatif pluriel de ya, est yasé , et que le premier é zend est le substitut et le développement de la voyelle a, ainsi qu’on le remarque dans plusieurs mots dont il a déjà été parlé ci-dessus. Le relatif (comme dans les formes attiques m» et o*w<) est resté au radical, et le pronom indicatif seul a pris la désinence, ou pour mieux dire, il a tout entier servi de désinence au pronom relatif. Ajoutons que ces deux mots sont réunis par un procédé de composition dont nous avons déjà vu un exemple dans hyat, où se trouvent les mêmes éléments, mais renversés. Quoi qu’il en soit de cette dernière conjecture, je dois remarquer, parce qu’il ne semble pas que ce fait ait frappé M. Bopp, que yénghé n’est pas toujours le nominatif pluriel masculin du relatif, mais qu’on le rencontre quelquefois, quoique moins fréquemment, comme génitif singulier masculin répondant au sanscrit yasya, de la même manière que le pronom indicatif asya est devenu en zend aghé. Nous nous contenterons d’en citer un exemple emprunté à la lin du IX* chapitre du Yaçna, où ce pronom est joint, par une irrégularité commune en