CHAPITRE I
Quant au sens de notre verbe nivaédhayémi, dont les autres particularités, comme le préfixe ni et la désinence mi, n’ont pas besoin de plus ample explication, à cause de leur ressemblance avec le verbe sanscrit correspondant, nous le traduirons, avec Nériosengb-, par j’invoque ou j'appelle; traduction qui ne s’éloigne pas beaucoup de celle d’Anquetil , je prie, mais qui est vraisemblablement plus près du sens du radical vid, & la forme causale, et précédé du préfixe ni.
Le second verbe, hahkdiryémi , est lu, dans le n“ 6 S et le n“ 2 F, et dans le n° 3 S, De ces deux leçons,
la véritable est celle des deux premiers manuscrits. Ce verbe est en effet à la dixième classe; nous devons donc y trouver, comme dans le mot analysé tout à l’heure, ayémi. La caractéristique de cette classe est, pour le verbe An (zend kërë), un vriddhi , ainsi que nous pourrons le reconnaître plus tard; nous aurons donc Adr plutôt que kar. Ainsi kdrayémi zend reviendra au sanscrit kdrayâmi (je fais faire). Avec la préposition hah qui représente sam en sanscrit, h remplaçant s, et n le son nasal tombant sur une consonne, ce verbe prend en zend, selon Anquetil, l’acception de j’invoque, selon Nériosengb , j’accomplis. Mais la glose sanscrite précise un peu plus le sens de ce dernier verbe , et donne à entendre qu’il s’agit de l’accomplissement du sacrifice, ou de la célébration du Yaçna en l'honneur d’Ormuzd. C’est du moins là le sens que je crois pouvoir donner à ces mots, dont l’interprétation littérale est : « Idjisni absolutam fa- « cio. » L’acception dans laquelle je crois pouvoir les prendre, me paraît résulter du rapprochement du mot nimanlraydmi (j’invoque). Il semble en effet qu’après l’idée d’invocation, celle qui se présente le plus naturellement, c’est celle de célébration des ceremonies destinées à honorer le dieu qu’on invoque.
Le mot suivant, dathusô, est écrit de même dans nos trois autres manuscrits. Je n'hésite cependant pas à penser que la véritable orthographe doit être dathuchô, la voyelle a agissant sur la sifflante de la même manière en zend qu’en sanscrit. Ce mot qui est le gé- I. 1 6
las COMMENTAIRE SUR LE YAÇNA.
nitif singulier d’un adjectif dont nous croyons que le thème est ddtar. présente plusieurs particularités remarquables ls. Si, dans cette supposition, nous le comparons au sanscrit datas, nous trouvons que, comme ce dernier, c’est un changement anomal du thème ddtar. C'est là un trait de ressemblance qui prouve l’intime rapport des langues zende et sanscrite. Mais la différence se montre dans l’abrégement de la voyelle a, voyelle qui reste longue en sanscrit, dans l’aspiration du th, et dans l’addition d’un 6, qui donne à ce génitif une voyelle de plus qu’au mot sanscrit ddtas.
Je crois d’abord qu'on peut expliquer l’aspiration du th en la regardant comme le résultat de l'action d’un r qui a disparu, ainsi que M. Bopp conjecture que le fait a eu lieu dans le sanscrit pitah pour pitruh. La forme tende dathachô, pour le sanscrit ddtas, me semble conGrmer d’une manière très-heureuse la conjecture de cet habile philologue ; car le sanscrit Ira ne peut être en tend autre chose que tkra. En écrivant dathachô, le tend a, d’un côté, obéi à la loi qui, en sanscrit, a supprimé le r, et il a, de l’autre, conservé plus fidèlement que le sanscrit la trace de cette liquide , élément intégrant du suffixe tri ( en zend térë). Ajoutons que cette analyse peut, jusqu’à un certain point, justifier l’abrégement de l’d du radical dd; car dans le mot suivi du suffixe entier dd-thruchô, la voyelle du radical, déjà longue naturellement, le devenait encore par position. On a donc pu cesser d’écrire la voyelle longue , puisque les consonnes qui la suivaient devaient lui donner cette quantité; et cette habitude une fois prise s’est perpétuée, lors même que la cause qui l’avait introduite eut disparu. Enfin , pour expliquer la voyelle finale
" Nous verrons qu'il existe en zend ira radical dath, qui a exactement le même sens que le sanscrit et le zend dà { donner, créer). On pourrait donc supposer que dathachô vient de ce radical , au moyen d’un suffixe as ( uch), ici au génitif. Mais ce qui m'empê-
che d'admettre cette étymologie, c’est qu'on ne trouve pas dans le Y endidad d'autre cas de ce mot dathas , tandis que ddtar se montre sous un grand nombre de formes , et qu’il se complète avec dathachô t exactement comme le sanscrit dàtrl avec dâtuk