CHAPITRE I
tion des participes parfaits du passif fussent exactement les mêmes en zend qu'en sanscrit. Or, c’est ce qu’on ne peut affirmer. En zend (comme en grec), l’action du suffixe ta s’exerce sans partage sur la consonne finale du radical , tandis qu’en sanscrit cette consonne ellemême réagit dans un grand nombre de cas sur le suffixe ta. Pour comprendre la différence du zend et du sanscrit en ce point, il suffit de comparer le participe parfait passif rapta dans la première de ces deux langues avec rabdha dans la seconde. Ces deux formes viennent également du radical rabh (en zend raf)\ mais il y a cette différence importante, qu’en zend l'action euphonique des consonnes dans leur rencontre mutuelle part exclusivement de la dernière pour remonter sur la première , suivant le principe général et primitif des modifications des lettres. Je crois pouvoir conclure de ces observations, que le zend khraoj-da n’est pas formé du radical khrudh avec le suffixe ta. Je ne vois pas, dans les faits qui me sont connus, de raison du changement de ta en da ; et je suis fondé i penser que si khrudh existait en zend avec un participe parfait passif, ce participe serait khrus-ta. Ajoutons que le guna de khrudh en khraoj, guna dont j’avoue que j'ignore la cause, est tout à fait inexplicable dans l’hypothèse que khraojda serait un participe parfait passif.
Nous traduirons donc l’adjectif khraoj-da par violent, emporté; mais il sera vraisemblablement nécessaire d’admettre une légère modification dans le sens de cet adjectif, car on ne concevrait pas aisément que les Parses eussent regardé la colère comme un des attributs d’Ormuzd. Le mot khraoj, dont je propose d’écrire la forme primitive khrudh, comme en sanscrit, doit signifier ce mouvement passionné et violent que développe la force dan? celui qui veut agir, mouvement qui peut très-bien être attribué au Dieu suprême d’une religion où domine l'idée de la lutte de deux principes opposés. C’est, selon toute apparence, dans son opposition avec Ahriman qu’Ormuzd est appelé violent, en même temps qu’on le nomme parfait lorsqu’on l’envisage en lui-même et dans la plénitude de
ses attributs divins, ceux de créateur, de lumineux et d'intelligent.
4- Le mot suivant, qui est lu dans le manuscrit lithographié khrathwiçtahétcha , l’est dans le n°.6 S, pag. a, et
beaucoup mieux dans les deux Yaçna zend- sanscrits,
ce qui est la véritable orthographe. Nériosengh et Anquetil s'accordent pour traduire cet adjectif par « très-intelligent. » Nous y trouvons en effet, après le retranchement de la formative ista, le mot khrathw, dont la semi-voyelle finale doit retourner à son clément voyelle, ce qui nous donne khratha. Ce n’est pas encore là la forme primitive du mot; car ih doit être ramené à t, l’aspiration de la dentale résultant de sa rencontre avec le w, et devant cesser aussitôt que’ cette semi-voyelle perd l’aspiration qui la rendait consonne pour redevenir voyelle. Nous arrivons ainsi au thème khratu, et nous savons en effet que, dans les textes zends, khratu a le sens d’intclligence: c’est, moins les voyelles, le persan Nous n’en cite-
rons qu’un exemple emprunté au Vispered, dans lequel on voit clairement que le t non aspiré est radical dans ce mot : .j0q.Mi6^*r0 khratâm vif pâ vidhvdoghëm ya-
-zamaidhê , « nous adorons l’intelligence qui sait tout •
Le sanscrit nous donne pour correspondant de ce mot, kratu sans kh, parce que, chez les Brahmanes, le r n’aspire pas la consonne qui le précède; mais ce mot ne signifie que sacrifice, ou bien il sert de nom propre à l’un des sept Richis. L'étymologie que les grammairiens indiens en donnent, kri (faire), avec le suffixe ta, va très-bien au sens de sacrifice, mais elle rend peut-être moins complètement compte de celui d 'intelligence. On n’en doit pas moins regarder les deux mots khratu et kratu comme identiques, et on peut supposer qu'à une époque ancienne le radical kri avait la double signification de faire et de comprendre. C’est sans doute de ce même radical que partent w Vendidad-sadè , pag. 3g5*