CHAPITRE I. t3g
« est contraire). » Mais cette notion, non plus que celle de différence et d’éloignement, ne rend pas suffisamment compte de notre mot au superlatif, et j’aime mieux supposer qu'à la particule apa s’est attachée l'idée de sur, au-dessus, idée qui est contraire à celle qu’exprime le plus souvent cette préposition. On sait que les mots de cette espèce se prêtent quelquefois à l'indication simultanée de deux rapports exactement opposés l’un à l’autre.
6. Le premier mot de cette phrase, hudhâomanô, est lu dans tous les manuscrits de la même manière, avec cette seule exception que le n° 3 S , pag. a , sépare kudhâo de manô par un point. Anquctil traduit ce mot par « qui ne pense que le bien , » et Nériosengh par « qui con- « naît ce qu’il y a de meilleur, ou le bien. • Ces deux interprétations s’accordent très-bien avec ce que nous savons des éléments dont se compose ce mot. Nous y voyons manô, génitif d’un suffixe man, et hudliâo, mot dans lequel le d radical a été changé en dh par suite de l’habitude où sont les copistes de préférer le dh au d, quand il s’agit d’écrire au milieu d’un mot la dentale douce. Le mot hudhâo est un adjectif que nous reverrons plus tard avec le sens de « qui a une « bonne science. • Comme mazdâo que nous avons précédemment analysé, il peut être ou au nominatif ou au génitif. Mais il semble que le suffixe manô se soit ajouté au mot revêtu de la désinence de l’un de ces deux cas, pour indiquer avec précision qu’il est pris dans le sens du génitif. Cette précaution, inutile avec mazdâo quand il accompagne ahurahé, devient nécessaire ici pour hadhaô , qui est trèséloigné de son substantif. On pourrait encore supposer que manô représente le manas sanscrit , et traduire notre mot comme un composé : * dont l’esprit possède la bonne science; • mais il faudrait managhô au génitif, et non manô au nominatif s*. J’aime mieux admettre
** Le rapprochement de manô gàn. d’un suffixe et de manô {esprit), donne à pen-
ser que le suffixe et le substantif peuvent avoir, dans certains cas . la même origine.
>4o COMMENTAIRE SUR LE YAÇNA.
ici l'addition d’un suffixe à un mot déjà infléchi (procédé dont la formation des composés zcnds nous offre l’analogue), que d’introduire un mot au nominatif au milieu de cette série dont les termes sont à un autre cas.
Le mot suivant , vâurarafnaghâ, est lu exactement de même dans tous les manuscrits. Le n” 3 S seul met un point après vâara , et le n" 6 S, pag. 2 , suit peut-être aussi cette méthode de diviser le mot , mais la page du manuscrit est trop fatiguée pour qu’on puisse rien affirmer à çet égard. Anquetil traduit ce mot par « source de • plaisirs, » ou par « comblé de plaisirs. • Nériosengh le rend par un composé signifiant «qui a le bonheur à souhait,» ce qui revient à la seconde traduction d’Anquetil, » comblé de plaisirs, » et il ajoute une glose barbare dont le sens est « qu’il comble les autres du bon- « heur qu’ils désirent, » ce qui revient à la première inteqirétation d’Anquelil. Notre adjectif est évidemment un composé possessif, formé de vûaru (beaucoup), sens qu'a ce mot dans un grand nombre de passages, et de rafnaghâ (gén. de rafnâ).
Le mot vôuru a une telle ressemblance avec l’adjectif zend pùaru, que je soupçonne que c’est le même terme , modifié seulement par l’adoucissement du p en v. Il est bien vrai que Nériosengh ne favorise pas ce rapprochement, et qu’il joint à l’idée de plaisir exprimée par le mot suivant (rafnaghâ), celle de désir. Or, en partant de cette donnée, on peut détacher de ixiura le suffixe u, qui entraîne avec lui lu épenthétique , ce qui laisse vâr, monosyllabe dans lequel û peut n’être que le substitut d’un a sanscrit. Ramené à var, ce radical peut prendre les significations de choix et de désir. Toutefois, je préfère la première explication, qui s'accorde mieux avec les diverses situations de ce mot, lequel ne se rencontre guère que comme première partie d’un composé possessif. Remarquons que cet adjectif ne porte pas de caractéristique de cas, et qu'en conséquence il se joint immédiatement au substantif qu’il modifie, au lieu d’en être séparé par un point.