‹ Commentaire Sur Le YacnaChapitre 5 sur 139 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Anquctil, ne faut-il pas admettre de deux choses l’une, ou que, si l’interprétation pelilvie est fidèle, lesParses ne l’entendent plus, ou que, s’ils l’entendent, elle n’est pas fidèle? J'avoue que j’aime mieux croire, quoique je n’aie pas fait une étude spéciale du pclilvi, qu’en général la version pelilvie est exacte, et qu’en supposant qu’il y ait erreur dans la traduction qu’en a reçue Anquetil , l’erreur vient des Parscs qui n’en ont plus l’intelligence parfaite. J’ai des raisons nombreuses de penser que la connaissance qu’ils ont du peldvi est très-superficielle, quelle se borne à l’intelligence des mots et ne s’étend pas jusqu’à la grammaire, dont le système, tout différent de celui du zend, sc distingue par le manque presque absolu de désinences 8.

Heureusement pour la critique, les moyens de contrôler et de rectifier l’interprétation donnée à Anquetil par les Parscs ne manquent pas plus que les raisons d’en suspecter la parfaite exactitude. Ces moyens sont de deux sortes : la tradition des Parscs eux-mêmes, puisée à une source plus ancienne que l’explication des maîtres d’ Anquetil, et l’analyse approfondie du texte eu zend, appuyée sur la comparaison de cet ancien idiome avec les langues auxquelles il est le plus intimement uni. Le

* Je rassemble ici quelques aveux remarquables cl Anquetil Du perron, relativement à l'ignorance des Parses. En premier lieu :

• Les Parscs n’osent expliquer ce qui du « zend n'a pas été traduit en pehlvi. » ( Mém.

de TAcad. des huer. t. XXXI, p. 346) Depuis l'etablissement des Parses dans l'Inde,

• on fut obligé de traduire en indien { /i-

■ sez guzarati) quelques ouvrages de Zo-

• roaslre, parce que le* Mobeds n’enten-

■ daient ni le zend ni le pehlvi.» f Ibid. pag. 347-) ■ Malgré le nombre des ouvrages » propres à |>erpéluer cette langue (le pehlvi)

• et la nécessité dont elle est pour iintelli-

• gence du zend, l'usage s'en perd insensi-

• blemenl . et il est rare de rencontrer des « prêtres parses qui la sachent même nu - « diocrement. • ( Ibid pag. 399. ) ■ A pré-

• sent même, le Destour chargé de l'instruc-

• lion des jeunes Mobeds, ne fait qu'inter- ■ prêter de vive voix les livres de la loi et

• les sept premiers chapitres duVendidad, « sans permettre d écrire sous la dictée , ni « donneraucune explication tendante à fixer

• le tend et à bien débrouiller le peldvi- » {Ibid. pag. 347 )

AVANT-PROPOS. xm

premier moyen ne s’applique pas, il est vrai, à tous les morceaux zends que l’on conserve à la Bibliothèque du Roi , et , des trois portions dont nous avons dit que se composait le recueil appelé Vendidad-sadc , il n’embrasse que la collection connue sous le nom d'Izeschné. Mais les lumières qu’il répand sur cet ouvrage éclairent en même temps les autres livres, et permettent d’y découvrir les inexactitudes de la traduction des Parses. Comme c’est sur l’emploi simultané des deux moyens dont je viens de parler que repose tout mon travail , je dois entrer à ce sujet dans quelques éclaircissements, et indiquer d’abord ceux des manuscrits d’Anquetil qui m’ont mis en état d’opposer à l’interprétation très-moderne des Parses une traduction qui, sans remonter très-haut, l’est cependant beaucoup moins.

11 existe parmi les manuscrits zends rapportés par Anquetil, deux exemplaires du livre de la liturgie ou de l’Izeschné en zend et en sanscrit. Ces manuscrits portent l’un le n” 2 du Fonds, et l’autre le n°3 du Supplément. Le premier est incontestablement plus ancien que l’autre, et même je crois pouvoir avancer que le n” 3 n’est que la copie du n” 2. 11 est facile en effet de reconnaître que les fautes évidentes qui abondent dans la partie sanscrite du n° 2 , sont reproduites dans la même portion du n° 3 avec une fidélité scrupuleuse. Quoi qu'il en soit de la question de leur antériorité relative, on comprend sans peine tout l’intérêt que peut offrir un pareil ouvrage. C’est déjà un fait très-remarquable que la réunion dans un même manuscrit de deux langues certainement anciennes, qui, par les rapports qui les unissent l’une à l’autre d’abord, puis ensuite aux idiomes savants de l’Europe, doivent ouvrir à l’étude de la philologie comparée un vaste champ de re-

AVANT-PROPOS, cherches. Mais, dans la question qui nous occupe, celle des moyens à l’aide desquels on peut interpréter de nouveau les textes zends, la traduction d’une partie considérable de ces textes dans une langue dont la grammaire est aussi rigoureusement fixée que celle du sanscrit, est un monument de la plus haute importance. Ce qu’Anquetil nous, apprend sur cette traduction sanscrite de l’izescbné zend , se réduit à peu de chose : elle a été faite sur le pehlvi, et, ainsi que les autres traductions sanscrites des livres zends, il y a environ trois cents ans, par les Mobcds Nériosengh, fils de Daval , et Ormuzdiar, fils de Ramiar 9. Celte indication, qui n’a pas toute la précision désirable, nous permet cependant de reporter la date de cet ouvrage vers la fin du xv' siècle, et on peut y voir un effet du redoublement de zèle qui suivit l’arrivée de Djamasp dans l’Inde au commencement de ce même siècle. Cette indication est d’ailleurs d’autant plus intéressante que l’on ne trouve dans les manuscrits mêmes rien qui permette d’en fixer la date. Les deux manuscrits s’ouvrent par une courte invocation que nous croyons devoir donner en entier, quoique, à l’exception de quatre lignes, elle soit assez peu instructive. Les deux originaux sont fort mal écrits; mais j’ai trouvé dans un autre manuscrit qui porte le titre de Minokhered l0, et dont le texte, qu’Anquetil assure être en pazend, est traduit en sanscrit, une invocation à peu près semblable, qui m’a permis de déterminer la lecture et le sens de quelques mots difficiles. Voici cette invocation, que j’ai traduite aussi littéralement qu'il m’a été possible de le faire.

* Zend A testa, 1. 1, a* partie, pag. 5 et 74.

,fl Manuscrit d Amjuetil, n° io, Supp. Cet

ouvrage a etc traduit en sanscrit par Nériosengh ; le sanscrit est suivi d une version en dialecte guzarati

AVANT-PROPOS. xv

RTHT PT^TJinW ^ ^ PTTFnrt îf^PTs^T

q^TîTTPFT: fàft: SpTT ^TFT CpSfffT: ÎT%f%¥ ïfFTifî- ^HI^iJFîn: ^ TT7TT sflfarf ^ FRTT 3tT-

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MolH^rR q^R^ldSTH HffïïHPTniR^IRri II gisTO^T- «tïïT SfFrFTt feWÏrfïït HH^rRTl tTÏÏTFT: 3fFPïï: gWRT: fT^fg%«T: Flr’IÏÏ'Mp’T: Il "

«Au nom et par la toute-puissance, et avec la faveur du « Seigneur Ahnramadjda (Ornnizd),dont la science est grande.

“ J'indique dan» cette note les change* ments que j'ai du faire à la lecture des deux manuscrits» en inc servant, pour deux ou trois mots, de l'invocation du Minokhered, qui n‘est ni complète dans le manuscrit que nous possédons, ni exactement semblable à celle de l’Izeschni\ Je lis sarvânggaçaktyâ avec le n° a, au lieu de sarvdmsaÂrfyâ du n®3; je corrige dans les deux manuscrits saktyâ en ç aklyà. Je lis nui fui au lieu de mâhd que donnent les deux manuscrits, çabha au lieu de subhd du n®a,et siihiui du n®3. J'ajoute à pravrUti un visarga que ne donnent pas les manuscrits. Je lis avec le n° a, dîner, au lieu de dîner du n® 3, et avec le même manuscrit dîrgham , et non dirgham du n® 3. Le même n® 3 donne idjitnidjada , au lieu de idjLsntdjamda du u° a , leçon continuée par celle du Minokhered, où dans un passage analogue on lit djamda. 11 est certain que la leçon djada rappelle le nom de tadè qu on donne À l'Izeschné, lorsqu’il n’est pas accompagné d'une traduction pelilvie; tou-

tefois je préfère l'autorité des deux manuscrits à celle du n® 3 , qui est si fautif, et le mot djamda (pour djanda ) me paraît être la transcription du mot zend dont j’indique le sens dans la note suivante. Le n° 3 lit ninosarnghena avec un i bref: on peut choisir entre celte orthographe et celle du nu a; la différence de la brève à la longue n’a pas d'importance. Le n® 3 lit à tort sûtena pour suîena. Le même manuscrit donne pahalavi avec un < bref, changement peu important. U lit aussi avec un virâma samskril , au lieu de tamskrUa. Le n® 3 lit fautivement actchaprahodhydya ; au reste, les deux manuscrits se servent du ch pour le kh, suivant un usage orthographique général dans l’ouest de l'Inde. Le n" 3 oublie l anusvara d'u/tottuiimm. Le n® a écrit le mot suivant sichydçrokcha ném , et le n® 3 iiryd...., La leçon que j’ai adoptée est fondée sur celle du Minokhered telle du moins que je crois pouvoir la lire. Aucun des deux manuscrits ne met de virâma sous la consonne finale de

xvi AVANT-PROPOS.

« prospérité , bonheur, succès et propagation de l’excellente « loi des Mâzdalasnas, santé pour le corps et vie longue pour » tous les hommes vertueux dont l’âme est excellente! Ce vo- » lume (nommé) le livre Idjisni (Izeschné), a été traduit par » moi Ntrlosamglia, fils Ae.Dhavala,du livre pahalavî (pehlvi) en « langue sanscrite pour l’heureux enseignement des hommes « excellents qui écoutent l’instruction , dont le cœur est ver- « tueux. Honneur aux hommes excellents dont les pensées sont « pures, la langue juste et la conduite conforme à la vérité 15 ! » Je ne m’arrêterai pas à relever les incorrections grammaticales que l’on peut remarquer dans ce morceau, telles que la violation fréquente des règles de l’orthographe sanscrite; j’ai indiqué dans une note les fautes bien plus graves qu’on trouve dans les manuscrits.

Je passe à d’autres remarques plus importantes. La première porte sur la manière dont le sanscrit représente le nom zend d’Ormuzd, le premier des Amscliaspands, qu’Anquetil lit Ehorè mezdâo. La transcription de la traduction sanscrite

signe pour représenter Je z persan que le dj. Mais je clonie que djamda ou zend désigne ici la langue qu'Anquclil appelle spécialement zend. Ce mol ne peut avoir dans notre passage cl autre sens que celui de livre, acception dans laquelle nous savons que le mot zend est employé par plusieurs écrivains orientaux. \æz preuves de cette assertion m'entraîneraient trop loin. Je compte pouvoir les donner prochainement dans une dissertation spéciale, oii je comparerai ce que les auteurs orientaux nous apprennent du mot zend , avec plusieurs passages des livres de Zoroastre, ou l’on n'a pas jusqu’ici songé à chercher l’origine de cette dénomination.

«af.Tous deux écrivent prandmmuh, avec l’addition d’un anusvâra surabondant, comme cela est d usage dans les dialectes vulgaires de l’Inde. Le n° a écrit sudva , et le n° 3 tûdhya , leçons évidemment faillis es. Tous les deux donnent satadjahvebhyah, qu’il faudrait lire. suivant les lois de l’euphonie sanscrite, sadjdjihvcbhyah. ï ai de même rétabli Yâ après 1c* ich de samàtchdrebkyah.

" Les mots de cette invocation que je traduis par livre Idjisni et livre pehlvi, sont écrits dans le texte même idjisni djamda et pahalavî djamda. Dans ces deux composés, djamda (qu’il faudrait peut-être lire djanda) est. selon moi, b transcription exacte du mot zend; car le dévauâgari n’a pas d’autre

AVANT-PROPOS, est entièrement conforme à celle que M. Rask a rapportée de l’Inde, et c’est une confirmation inattendue de l’une des rectifications que ce savant a faites, sur l’autorité des Parses euxmêmes, à la lecture d’Anquetil l5. Ainsi, il y a trois cents ans, les Parses donnaient aux caractères zends, et notamment aux voyelles, des valeurs différentes de celles que leur assignait Anquetil à la fin du dernier siècle; et, chose remarquable, ces valeurs s’accordent mieux avec les résultats des comparaisons étymologiques, et elles rendent aux mots zends leur forme véritable, que leur avait enlevée la lecture irrégulière d’Anquetil. Je ne pense pas qu’on objecte que le traducteur indien a pu altérer la valeur des lettres zendes pour en rendre plus facile la transcription en dévanàgari. L’alphabet dévanàgari possède, en eflêt, tous les sons nécessaires pour représenter exactement l’alphabet zend; et si, il y a trois siècles, le a zend s’était prononcé è comme le veut Anquetil , le traducteur eût employé pour le transcrire la voyelle ^ ê, et non , comme il l'a fait, la voyelle U a. Nous pouvons donc accorder toute confiance aux transcriptions de Ncriosengh; et, sans entrer ici, sur le mérite de ces transcriptions, dans tous les détails que fournira successivement notre Commentaire, nous pouvons établir comme un fait définitivement prouvé, que la comparaison de la lecture du traducteur indien avec celle «les Parses modernes introduit dans les valeurs de l'alphabet zend des changements et des corrections du plus haut intérêt.

Je crois pouvoir hc pas insister en ce moment sur un mot de celte invocation, dîner (géu. de dîni), qui n’est pas un terme sanscrit, mais le mot persan dîn (en zend daêna), décliné à la

L'eber dus Aller und die Ecktheit der Zend-Sprache , p. 46 ( Irad. ail.). I. C

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