CHAPITRE I
les désinences, qui s'altèrent et qui sont apocopées quand elles ne sont plus immédiatement suivies de cette particule. Or, l’altération que subit la désinence ayaé est son retour à èé, que nous donne àrmaitèc. Ce fait, qui est resté longtemps obscur pour moi, est mis hors de doute par l’existence dans le Ycndidad de mots qui ont à la fois et ayaé et èé, selon qu’ils sont suivis ou non de la copulative tcha. C’est, entre autres, le substantif paitisldtéé, qui se trouve ainsi seul plus de trente fois, et qui s’écrit dans deux passages pailistâtayaêtcha il. Nous devons donc admettre l’identité de ces deux désinences ayaé et èé, et il ne nous reste plus qu’à rechercher laquelle est antérieure k l’autre.
On comprend bien d’abord comment l’a pénultième de ayaé a dû disparaître quand la désinence est devenue finale, car aê n’est jamais employé à la fin d’un mot. La suppression de l'a laisse ayé , comme en sanscrit, de sorte que le signe ^ è de èé doit représenter ay de ay-é. Mais ay n’est qu’un guna résolu; de sorte que ^ est ici le substitut d’un é guna non résolu, et que la désinence èé se présente sous une forme plus primitive que ay-é. Je ne me dissimule pas que l’on est obligé d’admettre ici un nouvel emploi de la voyelle ^ è, que nous savons déjà remplacer un a sanscrit dans les désinences des génitifs en èus; mais, d’un autre côté, je1' ne vois pas comment on pourrait se refuser à la conséquence qui résulte du rapprochement de ay-é et de èé employés dans les mômes mots. 11 est même indispensable de supposer l’existence de l’élément f dans la voyelle car, sans cela, l't de armaitèé serait inexplicable. Il y a plus, le rapprochement de èé et de èus, et par-dessus tout, l’analyse de ce qui se passe dans la désinence dis, suggèrent pour la terminaison èus une nouvelle explication , qui rentre dans celle que nous donnons de èé.
Nous avons dit plus haut, sur mainyèas, que cette désinence èas représentait un 6s sanscrit, et qu’en conséquence le é devait y jouer le
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ao.
même rôle que l’a dans âs; et nous avons pu croire que, dans ce cas, ^ è n’était qu’une variété de l’autre £ é rend, que nous reconnaissons pour le substitut naturel de l’a dévanâgari passant au son de J’e bref. C’est là une explication qui a pour elle i° la très-grande ressemblance des formes £ et a” le fait beaucoup plus important que les éléments qui composent les désinences grammaticales en rend restent souvent désunis. Mais si, au lieu d'être une dégradation de l’a de la désinence âs (aus), la voyelle é en était une sorte de développement, ne faudrait-il pas reconnaître à cet è une valeur plus rapprochée de celle de jy é? Admettons pour un instant la supposition que, dans èus, le signe ^ è soit le développement d’un a. Pour qu’un a devienne è, il faut nécessairement que 1 clément i s’y attache et fasse corps avec lui , tout de même qu’un a ne peut devenir ô qu’en se joignant à l’élément u. Aussi observe-t-on, suivant cette hypothèse, un parallélisme bien remarquable entre les modifications des génitifs zends des noms en a et celles des noms en i. Les premiers ont êas pour le sanscrit âs, les seconds dis pour le sanscrit es; en d’autres termes, les voyelles i et a finales du thème restant intactes, l’a, qui devait se fondre avec elles, s’augmente devant a en é, devant i en ô, de sorte que mainyèus revient en quelque façon À mainyai-us, et patôis (du maître j à patau-is. On remarquera que l’augmentation de l'a se fait à l’aide de la voyelle la plus dissemblable à celle qui suit et qui reste entière. Dans ârmaitèé, il est vrai, ^ è ne s’oppose pas d’une manière aussi tranchée à la finale yj é. Toutefois, je ne vois pas là une objection contre le rapprochement que je viens de faire , puisque l’é de ârmaitèé n’est pas dû à la combinaison d’un a avec un i appelé en quelque sorte du dehors, mais bien à la contraction d’un a et d’un i qui existe dans la désinence développée ay-ê. Ce que nous voulons montrer en ce moment, c’est qu’il est possible de concilier les deux emplois de i° dans èas, 2° dans èê, en supposant que dans la première désinence è peut être l’augmentation d’un a au moyen d’un i, comme dans la seconde il est dû à la fusion des élé-
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ments ay de la terminaison ay-ê, ou à la modification de Pi du thème.
Au reste, quelle que soit l'analyse que l’on donne de la désinence èè comparée à ayê, et quelque opinion que l’on adopte sur le rapport du signe ^ i, qui y joue un rôle, avec le môme signe dans èus, le fait qui nous importe le plus, savoir la valeur grammaticale de la terminaison , n’en est pas moins constaté. Nous savons que c’est un datif, comme nous avons reconnu que èus est un génitif; la diversité des explications auxquelles ces formes peuvent donner lieu ne change rien au sens que nous leur avons assigné.
Le thème qui subsiste après qu'on a retranché la désinence èê, est ârmaiti, mot ayant la forme d'un féminin d’un thème en al, participe ou adjectif. Le premier i est attiré par le second, et, en les supprimant tous les deux, nous avons ârmal, et pour radical ârm. Si, au contraire, on admet que le suffixe soit mat, on aura le radical âr-mat. Anquetil et Ncrioscngh s’accordent pour traduire ce mot par soumis, même dans le cas où il ne figure pas comme seconde partie du nom de l’Amschaspand Sapandomad. C’est une interprétation que nous devons accepter, telle que la tradition nous l’a transmise, avec le regret toutefois de ne pouvoir la vérifier. Le mot est en effet seul de son espèce dans le Vendidad-sadé : on ne rencontre dans cet ouvrage ni substantif, ni verbe qui en dérive ou qui s’y rattache. La langue sanscrite ne m’offre pas plus de secours, et ce n’est que dans les dialectes germaniques que je trouve arm (pauvre), qui n’a, selon toute apparence, qu’un rapport accidentel avec notre mot zend, et qui, d’ailleurs, n’a pas le même sens. En résumé, il faudra traduire, avec les Parscs, le nom de Sapandomad , par « celle qui est sainte et soumise. »
Sapndomad, ou, comme l’appellent encore lesParses, Espendarmad, en respectant davantage l’orthographe primitive des deux mots zends, est, d’après d'autres textes, l’Ized ou le génie de la terre. Nériosengh l’appelle de même « la maîtresse de la terre. ■ Anquetil pense que c’est de cet Amschaspand que Plutarque voulait prier
quand il nommait le quatrième des êtres créés parOrmuzd, le génie de la sagesse M. On doit convenir que cette désignation est un peu vague. Les idées de soumission et de libéralité sont celles qui dominent dans le caractère de Sapandomad , à ne le considérer toutefois que sous le point de vue exclusivement moral.
5. Ce paragraphe nous donne les noms du cinquième et du sixième Amschaspand, Khordad et Atner<|ad, comme les écrivent les Parses, et d'après eux Anquetil, sans jamais séparer l’un de l’autre ces deux Amschaspands. Le premier, qui. est écrit dans notre manuscrit lithographié haurvadhbya , l’est dans le n° 6 S en deux mots , dans le n° a F Mujfuty$\nny , et dans le n” 3 S
Le second, lu dans le Vendidad lithographié amérëtatbya , est écrit de la même manière dans les deux Yaçna zendsanscrits, et en deux mots jmj) .çvpçltfM dans le n° 6 S. Les désinences de ces deux mots sont identiques, et, comme nous venons de le remarquer tout à l'hcui*, les êtres qu’ils désignent ne sont presque jamais séparés l'un de l’autre dans les textes. Leur union est exprimée dans Anquetil par la copulativc et, de même aussi le plus souvent dans Nériosengh. Mais la conjonction et ne se trouve pas dans notre texte, de sorte que l'alliance intime qui paraît exister entre ces deux génies est indiquée parlajuxta-position de leurs noms, et par l'identité de la désinence que ces noms portent. Je n’hésite pas à regarder cette désinence comme celle d’un datif duel, pour le sanscrit bhydm, et je me fonde i° sur l’extrême analogie des autres terminaisons du duel zend avec le duel sanscrit, le zend possédant les désinences ê, âo, â, t, û, â, comme le sanscrit; a' sur cette circonstance, que le plus grand nombre des mots auxquels se joint la terminaison hya désignent des objets doubles, comme certaines parties du corps humain, telles que les pieds, les mains, les yeux, etc.; or, on sait que
“ Mim. «fe tAcait des inter t. XXXIV, pag. 3g3