‹ Commentaire Sur Le YacnaChapitre 53 sur 139 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

La lettre /, qui subsiste après le retranchement de haurva, peut passer au premier coup d’œil pour la formative at; mais l'addition de ce suffixe à l’adjectif haurva (tout) ne donne ni un mot régulier, ni un sens satisfaisant. Ici encore la comparaison des autres cas de ce mot doit nous aider à découvrir la forme primitive. Or nous’ trouvons haurvatdtém et haurvatàlô, mots dans lesquels le retranchement de ëm et de à laisse voir haarvatât, c’est-à-dire haurva, plus le même monosyllabe que nous reconnaissons, sauf l’allongement de la voyelle, dans amëretatbya. Si ce rapprochement est fondé, le datif duel que nous examinons en ce moment est une forme altérée , puisque la syllabe df en a disparu , et qu'ainsi le mot a subi une modification très-forte. Cette modification vient-elle du fait des copistes, ou du long usage de ce terme comme nom propre? Cela est assez difficile à décider; cependant l'accord des manuscrits donne plus de vraisemblance à la seconde hypothèse. Si la comparaison des mots amérèlalbya , haurvaldlû et haurvalbya nous permet d’affirmer que ce dernier n’est qu’une altération de celui qui le précède, elle donne lieu, d’un autre côté, à la question de savoir quelle est l’orthographe régulière de ce monosyllabe la t ou tdf, que nous trouvons écrit tantôt avec une brève, tantôt avec une longue, et cela non-seulement dans les mots précités, où la différence de amëré et de haurva pourrait suggérer l’idée que les suffixes diffèrent, mais encore dans les divers cas du même mot, notamment dans amërëtdt-ém et dans amërëtat-bya. Je n’hésite pas pour ma part à regarder l'allongement de la voyelle comme régulier, et l’abrégement de cette même voyelle comme une altération qui, faisant passer tût par tat, rend plus facile à comprendre la substitution de haarval au primitif hatirvatàt. Nous verrons tout à l’heure que l’explication que nous proposerons de ce monosyllabe, confirme d’une manière satisfaisante l’opinion que nous suggère la comparaison des cas divers des mots dans la formation desquels entre tût.

Ce monosyllabe se retrouve encore en composition avec l’adjectif

.6a COMMENTAIRE SUR LE YAÇNA.

paourva , avec upara et avec asla. Nériosengh alors le traduit par pravritti (action), ce qui n’est pas fort éloigné du sens de pratchara, dans sarvapratchâra (celui qui fait arriver tout, ou qui produit tout). La traduction d’Anquetil, quelque diffuse qu’elle soit, renferme aussi les éléments de cette interprétation. Anquetil traduit kaurvaf (pour haurvatât) y par « ce qui fait aller (c’est-à-dire qui conserve) « l’âme (la vie) en bon état u. ■ Pour trouver tous ces mots dans le zend haurvaJ, le traducteur a dû vraisemblablement être guidé par l’analyse suivante : hau , hua, hu, selon les diverses orthographes des manuscrits, lui aura paru être la particule ha (bien); de là les mots : « en bon état; •» et le reste du mot aura offert à ses yeux quelque analogie avec urun (acc. urvdncm), âme. 11 est vrai qu'on ne voit pas dans sa traduction d’où viennent les mots « qui fait « aller. * Mais cette interprétation, qu’Anquetil tenait certainement des Parses, n’en offre pas moins une coïncidence digne d’être remarquée avec celle de Nériosengh. Nous nous croyons autorisés à en

** Zend dvesta, loin. I, 1* part. pag. 8i, note 10. M. (le Bolilen . dans sa dissertation souvent citée [De oritj. hng. zend . |>. £$) , a justement critique celte explication comme obscure: cependant elle peut paraître, en partie du moins, fondée sur la valeur propre des éléments dont se compose le mot primitif dont Khordad est une altération. Maintenant que fou commit ce primitif, il faut abandonner les deux autres explications proposées par M. de Boltlâu, l'une qui cou* siste à tirer Kliortlttd du persan T

et l’autre à en faire la transcription du sanscrit sùrfubUnh . • ex sole natu». > Cette dernière interprétation a déjà été critiquée par M. Poil, dans l’introduction de sou ouvrage intitulé Etymologische Fortchungen , etc. introd. pag. xliv. L'élément principal du nom de Khordad ne pouvait échapper ù M. Bopp ,

qui au lieu de s’arrêter aux transcriptions persanes, a examiné la forme zende primitive pour l’expliquer. Selon ce savant, le nom de Khordad , en tend haurvatât , signifie, à ce qu'il parait , la tota Uiè (gantheit ). Mais il semble ne fonder cette explication que sur la première partie du mot haurva (tout), et il ne s'explique ni sur la nature ni sur la signification du suflixe qui entre dans la composition de ce mot ( / trgieich. Gramm. pag. *j3y à la note, et pag.

à la note). 11 est certain qu'en admettant, comme nous le proposerons tout à l’heure, l’identité du suffixe tend idl avec le sanscrit tàti, et avec le latin et le grec tut et wr, oi» pourrait faire de haurvatât un substantif abstrait signifiant le tout. Je crois néanmoins pouvoir persister dans l'interprétation que je développe ici.

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