CHAPITRE I
conclure que tâl est ou un suffixe, ou peut-être même un radical verbal signifiant qui cfficit, idée qu’indique assez clairement Nériosengh par le terme action. Ce mot que nous pouvons écrire tdt, ou tdt , le y t n’étant ici que le substitut de p t. ne se retrouve, il est vrai, au moins A ma connaissance, dans aucune des langues alliées au zend, et nous serions ainsi dans l’impossibilité de soumettre l’interprétation que nous en donnons à cette épreuve dernière et presque infaillible de la comparaison des idiomes de la même famille, si Pânini ne nous avait conservé, dans ses axiomes, le souvenir d’un suffixe usité dans le langage des Védas, suffixe qui offre avec le zend tdt une ressemblance frappante.
Ce suffixe, que j’ai d’abord trouvé dans le mot sanscrit, donné par Wilson, (îiqnifft çivatdti , « qui procure le bonheur, . est le dissyllabe tdti qui paraît avoir été anciennement d'un plus fréquent usage que dans le sanscrit moderne. PAnini rapporte en effet, comme applicables au langage védique, trois règles relatives aux divers emplois de ce suffixe, qui porte le nom de Hlfdèj tâtil a. Ce suffixe est pris d'abord pléonastiquement avec Pté sarva et TR déva, ainsi que le veut cette règle H=ti=dci filfrlcj et que l’expriment les exemples fHrilfd: : sarvatâtih, dèratdtih, mots que le commentaire de
cette règle présente comme devant être pris svârthc, c’est-àdire, sans que l’addition du suffixe ajoute rien au sens du primitif. Avec les mots fîT3 çiva , 5HJ çam et üfj'é arickta, lesquels expriment l’idée de bonheur, sans doute avec quelques nuances légères, le suffixe tâtil ( tdti ) se prend dans le sens de êfi^karé, c'est-à-dire , » qui produit, qui fait; * de sorte que, selon les propres paroles du commentateur, fïWrtlfd ; est synonyme de fVTW&t « qui produit le « bonheur. » Enfin, avec les mêmes mots, ce suffixe s’emploie dans le sens de bhdvé, c’est-à-dire qu’il forme un mot exprimant l’état on la notion abstraite de la chose indiquée par le primitif au-
•* Pânini, IV, iv, rr. i4a. i43, lit».
quel il est joint. Ainsi, selon le commentateur, fiiqn i Tu : çivatütih
est le synonyme de ftiqUi : > étal de bonheur ou félicité. •
Or, il suffit de rapprocher le tâti des Védas du tdt 7.cnd , pour se convaincre de l’identité fondamentale de ces deux suffixes. La dernière des significations que Pânini reconnaît à tâti permet même d’y rapporter le suffixe grec et latin m (nom. ™r) et tat (nom. tas). En latin et en grec, le suffixe est, comme en zend, terminé par une consonne; en sanscrit au contraire, il porte une voyelle de plus, et comme un second suffixe qui nous le présente sous une forme plus développée. En admettant que tôt ait en zend la signification que la règle 1 43 de Pânini attribue au sanscrit tâti, et en faisant l'application de cette signification à ce suffixe joint à haurva, nous lui donnerons le sens de produire ; et haurvatdt, qui est le nom de Khordad, se traduira par « qui produit tout. »
Cette traduction s’accorde bien avec ce que nous apprennent et la glose de Ncrioscngh , et plusieurs autres textes du Zend Avcsta. Nériosengh après avoir transcrit, en omettant toute aspiration, haurvatdt en avirdâda, orthographe également admise par les Parses, ajoute cette explication : « l’immortel, le maître des eaux. * Or, le Zend Avesta nous apprend que Khordad fait couler l’eau sur la terre, et même ce génie est, dans un passage, identifié à l’eau L’expression • celui qui produit tout, • est une dénomination convenable pour le génie sous la garde duquel est placé l’élément qui joue un si grand rôle dans toutes les philosophies orientales, comme principe fécondant de la nature. Quant au nom que Plutarque donne à cet Amschaspand, il ne s’accorde que d’une manière peu directe avec la signification que nous avons déduite de l’analyse précédente. Le cinquième génie, créé par Ormuzd, est, selon lui, le dieu de la richesse, im»'»/ **. Anquetil ne s’arrête pas à relever la différence qui se trouve entre cette indication de Plutarque et l'interprétation qu’il pro-
" Zend Avesta, t. Il, p. 69 (dans un et écrit en pazend) ; 1. 1, 3e part. pag. io3. morceau consacré à l'invocation de R api tan “ De ls. et Osir. c. 47.