CHAPITRE I
La traduction de Nérioscngh , telle qu’elle se trouve dans les manuscrits, ne comprend pas la totalité de celle d’Anquetil, parce que le Vendidad-sadé, dont nous suivons le texte, insère ici la mention du Gâh Oschen qui ne se trouve pas à cette place dans le Yaçna proprement dit. Un commentaire consacré spécialement à cet ouvrage aurait certainement pu omettre les passages qui n’en font pas, à proprement parler, partie intégrante. Mais comme ces passages sont en petit nombre, et que d’ailleurs ils se retrouvent dans le Yaçna même à d’autres places, nous avons cru devoir les comprendre dans notre analyse. Nous avons donc interverti l’ordre des Yaçnas zend-sanscrits, et au lieu d’attendre, pour donner la traduction de Nériosengli, que la mention du Gâh Oschen se présentât dans les Yaçnas zend-sanscrits, nous l’avons placée ici, saufà indiquer plus tard l’endroit où elle se trouve dans les Yaçnas non mêlés avec le Vendidad.
Nous avons expliqué déjà le premier mot de ce texte, et nous avons fait voir en quoi différaient l’une de l’autre les interprétations de Nériosengh et d’Anquetil". Ce mot, que le n" 6 S seul lit , est ici au datif pluriel, caractérisé par la désinence byô devant laquelle i s’ajoute parce qu’il est appelé par le y de la désinence. L'a du thème açnya s’augmente en ê comme en sanscrit, avec cette différence qu’en zend on l’écrit aê, soit que, comme le pense M. Bopp, quand la voyelle ê est médiale, elle prenne un a prosthétique, soit que, comme j’inclinerais à le croire, l'é médial ait été de bonne heure confondu dans l’orthographe avec IV véritablement guna, qui d’ordinaire n’est que médial et initial. Quant à l’origine de cet ê , écrit en zend aê, M. Bopp l’attribue à l'influence rétroactive , si je puis m’exprimer ainsi , de la semi-voyelle contenue dans la désinence byô. Mais cette influence s’est déjà manifestée en zend par l'insertion de la voyelle i, et il semble difficile de s’expliquer comment elle a pu agir encore sur l’a final de la forme absolue " Voyei ci-dessus , Invocation, $ IN, pag 33
açnya. Pour comprendre ce double effet de l’action du y, il faut admettre que le changement de la voyelle a en é (zend aé) est antérieur à l’insertion de la voyelle i devant byâ. En effet, il est permis de supposer que l’épenthèse de l’i, dont on ne trouve en sanscrit que de faibles traces, est postérieure en zend à la séparation des idiomes ariens, ou que du moins elle n’a été appliquée aussi uniformément à la langue zende que depuis celte séparation. 11 est bon de remarquer que cette augmentation de l’a du thème en é devant la désinence byô, ne porte pas indifféremment sur tous les a, car nous verrons des mots formés avec le suffixe van perdre leur nasale finale, et se trouver ainsi terminés en a, sans que pour cela cet a devienne aé; c’est ainsi que nous avons achavabyô au lieu de achavaéibyô. On serait tenté d'en conclure qu’il faut attribuer une autre origine à la présence de é (zend aé) dans les noms dont le thème se termine en a. Cette voyelle appartient peut-être à la désinence êbyas (zend aêibyd) propre aux noms en a, et cette désinence n'est vraisemblablement que le datif êbyas, de ayam. Je ne voudrais pas cependant affirmer, d'après ce seul fait, que le pronom tout entier est venu se joindre au thème pour lui servir de désinence. Car tout en reconnaissant que les pronoms ont une part considérable dans la formation des désinences des noms substantifs , on doit remarquer que ces mots subissent, pour être réduits à l’état de simples terminaisons, des changements qui les altèrent quelquefois d’une manière très-forte.
Quelque opinion que l’on admette sur \'é (zend aé) du datif, le sens de ce mot me paraît être celui que donne Anquetil, mais qu’il exprime d’une manière peu claire par Gdh, sans doute avec le sens de temps. Nériosengh se sert du mot jour; ce serait plutôt parties du jour qu’il faudrait dire. Mais sa traduction hésite entre le sens de jour et celui de saihdhyd, qu'il faut regarder ici comme la désignation des périodes dans lesquelles est divisé le jour. Nériosengh accompagne sa traduction d’une glose peu correcte sous le rapport