CHAPITRE I
de retrouver la pensée première dans le sens même des mots qui l’expriment.
Une autre remarque que nous devons faire sur la traduction d’Anquetil , c’est que ce savant réunit en une seule expression les deux mots de notre texte « qui rend les lieux grands. » Si je fais cette observation, c’est surtout pour mettre le lecteur à même d'apprécier le genre de secours que l’on peut trouver dans la version que les Parses ont communiquée à Anquctil. Les mots grand et lieu se retrouvent plus ou moins implicitement dans le texte zend; mais ils ne sont pas présentés , dans la traduction française , exactement sous le même point de vue que dans l’original , lequel n’est en conséquence reproduit qu’imparfaitement par la version d’Anquetil.
Le premier mot, bërëzyâi, que le n* a F lit seul , par
suite de la confusion fréquente des voyelles j i et mj ê, est le datif d’un thème bërëzya. Ce thème, qui se présente comme un adjectif formé au moyen du suffixe ya, dérive de bërëz, un des radicaux les plus riches de la langue zende. Ce radical signifie primitivement croître, s’augmenter, et je n’hésite pas à le regarder comme identique, pour le sens comme pour la forme, au radical sanscrit vrth (croître). J’ai montré autre part que c’est de cette racine que dérive l’adjectif bérëzat, qui est devenu le nom de la montagne Bordj, et qui n'est autre chose que le sanscrit vrihat M. 11 faut remarquer qu’Anquetil avait le sentiment de la valeur primitive du radical auquel se rattache bërëzya, quand il traduisait « qui rend grand, • et que cette valeur était connue avec non moins de précision par Nériosengh, qui,
M Joum. des Sav. octobre i833t p. 599 sqq. Je rappelle ici les observations que j'ai faites dans ce journal, parce qu'un étymologiste ingénieux , M. Poil. [Etym. Forsch introd. pag. lxxvi ) admet comme un fait établi l'identité du xend béréz avec le radical pajTScril brâdj, telle que la propose M. Bopp
( Vergleich . Gramm . pag, 127), et parce qu’il cherche même i l'appuyer de preuves nouvelles empruntées à U langue pouchtou.
Les mob breshnu et brekhna (éclair) peuvent se rattacher au radical sanscrit brâdj. sans que pour cela le xend béréz soit ce radical lui-méme.
après avoir transcrit comme un nom propre bérézyâi, qu’il transforme en Birédja . ajoute , pour faire connaître ses attributs : « celle ■ qui est coopératrice de la partie du jour nommée usahina (Osohen),
• et qui augmente les provisions de grains , qui fait le bien au < milieu des hommes qui dirigent le gouvernement des villes. » Il faut convenir que le sens propre de bërëzya peut paraître perdu dans cette glose diffuse; toutefois on y observe le mot pravardhayati (il fait croître), qui répond à la notion que nous donne Anquetil. Je ne suis cependant pas convaincu que l’adjectif bërëzya ait le sens causal que lui attribuent les Parses; ce mot me paraît plutôt devoir être rangé au nombre de ces adjectifs d’un caractère très-varié qui sont formés au moyen du suffixe si productif ya. J’aimerais mieux lui donner le sens de • croissant, qui augmente, » ou même de
* grand, élevé, » comme à l’adjectif bérézai ; car j’ai peine à croire que la notion du causatif puisse être contenue dans la racine pure avec la simple addition du suffixe ya. Il me semble que, pour que celte idée fût exprimée, il faudrait que le radical fût affecté de guna ou de vriddhi. Au reste, il y a tout lieu de supposer que les détails de la glose de Nériosengh ont été ajoutés au texte zend à une époque où la simplicité de l'original ne suffisait déjà plus aux interprètes charges de l’expliquer.
Le second mot, nmânyditcha, est lu ai(uAuuaja>i(a)) par le seul n° 6 S, p. 4; l’accord des autres manuscrits, et le retour fréquent du mol nmdna, d’où dérive nmànyâi, me persuadent que c’est de cette manière qu'il faut lire cet adjectif. Au même 'cas que le précédent, ce mot est également un adjectif formé avec le suffixe ya, de nmdna, signifiant selon Anquetil, lieu, et selon Nériosengh, maison. Je dis selon Nériosengh, en m’appuyant sur d’autres passages que nous verrons plus tard; car, ici comme plus haut, le traducteur indien voit dans le mot nmdnya un nom propre. La glose dont "il fait suivre ce mot n’en détermine pas l’acception d’une manière très-précise; elle signifie seulement : • celle qui fait du bien au