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anciens étaient d’ordinaire étrangers aux langues grecque et latine, car autrement je les eusse reconnus plus vite; quelquesuns seulement se trouvaient dans les dialectes germaniques: de sorte que les radicaux zendset sanscrits, envisagés par rapport à leur emploi, se sont distingués naturellement pour moi en classes dont je n'indique en ce moment que les plus tranchées :
i° Radicaux zends qui appartiennent à peu prés exclusivement au langage des Védas ou au plus ancien sanScrit , trèsrares dans les langues grecque et latine, plus communs dans les langues germaniques.
a0 Radicaux zends qui ne se trouvent pas dans le sanscrit classique, mais qui, étant mentionnés dans les listes de racines, ont certainement appartenu à la langue, et vraisemblablement à son état le plus ancien; cette classe nombreuse est rare dans les idiomes savants de l’Europe.
3° Radicaux zends qui appartiennent à tous les âges de la langue sanscrite, communs aux langues grecque, latine, germanique, slave et celtique; cette classe est la plus nombreuse de toutes, on peut dire quelle forme le fonds commun de toutes ces langues.
4° Enfin, radicaux zends que je n’ai pu ramener à aucun radical connu de ces diverses langues, mais que j’ai presque toujours retrouvés, plus ou moins altérés, dans le dictionnaire persan.
Si, comme j’ose l’espérer, ces résultats, au moins dans ce qu’ils ont de plus général, ne sont pas sujets à contestation, ils jettent sur la statistique d’une des familles les plus riches des langues humaines des lumières nouvelles. En premier lieu, ils établissent la haute antiquité de la langue zendc, dont une
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Cette communauté d’origine,' dont je rencontrais à chaque pas des preuves si convaincantes, m’a enhardi jusqu’à essayer de rendre compte d’un certain nombre de mots zends que je voyais résister aux moyens d’analyse dont je viens d’indiquer sommairement la marche et les résultats. La comparaison des mots identiques, ou à peu près identiques, en zend et en sanscrit, par exemple, m’avait donné un certain nombre de lois de permutation de lettres, lois dont la certitude est d’autant plus grande quelle repose sur un plus grand nombre d’observations, et quelle a sa raison dernière dans la constitution propre de l’organe •vocal. Les mots zends qui ne diffé-
AVANT-PROPOS, raient des mots sanscrits que par le changement d’une lettre, et auxquels l'application d’une de ces lois pouvait se faire avec certitude , devinrent la base de laquelle je m’élevai à d’autres mots dans lesquels l’application simultanée de plusieurs lois était nécessaire; de telle sorte que je parvins à expliquer des termes zends très-différents, par le son, des termes sanscrits correspondants, et à les ramener par l’analyse comparée de leurs éléments à la forme sous laquelle ils se montrent dans d’autres idiomes. Je suis loin de me dissimuler les inconvénients attachés à l’emploi exclusif d’une pareille méthode, et je n’ignore pas quels dangers il y aurait à l’appliquer sans discernement. Car la valeur des règles de permutation n’est pas tout à fait la même pour les mots qui diffèrent complètement les uns des autres, que pour ceux qui sont à peu près semblables, et la certitude de ces lois décroît en quelque sorte en proportion du besoin «pi on a de les appliquer. Mais l’appréciation des diverses circonstances qui peuvent en permettre ou en limiter l’usage appartient à la critique, et j’ai l’espoir qu’on ne trouvera pas que j’aie, dans ce travail, refusé au lecteur aucun des moyens de vérification qu’il était de mon devoir de lui fournir.
De ces recherches philologiques, et de la nécessité de me rendre compte de tout, parce que rien n'était suffisamment clair, est résultée la forme particulière de cet ouvrage. Nul n’en connaît mieux que moi les imperfections, et la critique ne m’adressera pas un reproche que je ne me sois fait d’avance à moi-même. Mais j’avoue que je n’ai pu trouver une forme qui satisfit plus complètement aux diverses conditions imposées à celui qui veut expliquer un texte aussi obscur, et faire connaître la langue dans laquelle il est écrit. Des personnes
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AVANT-PROPOS, aussi respectables par leur caractère que par leur science profonde ont exprimé le regret que je n’aie pas rédigé une grammaire et un dictionnaire de la langue zende, au lieu de suivre pas à pas le texte, et de disséminer les observations auxquelles chaque mot donne lieu dans un commentaire aussi développé. Mais l’index qui terminera cet ouvrage sera un véritable dictionnaire, au moins des textes que j’aurai interprétés. J’ajouterai qu’il ne m'eût pas été difficile de disposer par ordre alphabétique les remarques que j’ai faites sur chaque mot, et de commencer ainsi cette publication par le dictionnaire ; mais on comprendra sans peine que l'adoption d’un tel plan eût entraîné des répétitions sans nombre, puisque le sens des mots n’étant d’ordinaire déterminé que par celui des autres termes avec lesquels ils sont en rapport , une phrase de trois mots, par exemple, eût dû être répétée trois fois, c’est-à-dire une fois pour chacun des mots dont elle se compose. La méthode que j’ai suivie me dispense de répétitions de ce genre. Le texte zend est divisé en paragraphes, dont l’étendue est fixée par le sens que j’ai cru pouvoir attribuer aux diverses portions de l’original ; les mots de chaque paragraphe sont transcrits en caractères latins, pour que ce Commentaire puisse être parcouru par les personnes qui s’occupent de recherches sur les analogies des langues, et qui n’ont pas l’intention ou le loisir d’apprendre à fond toutes celles qu’ils ont besoin de comparer. La traduction de Nériosengh, pour les ouvrages auxquels on la trouve jointe, suit immédiatement chaque paragraphe; et si elle est un peu étendue, je la divise en petites phrases, avec des chiffres de renvoi à la partie correspondante du texte, disposition qui m’a paru d’autant plus nécessaire que la traduction de Nériosengh est beaucoup plus développée
AVANT-PROPOS, que l’original zend , et qu’on pourrait quelquefois éprouver de la difficulté à y retrouver le texte. Je fais suivre la version de Nériosengh de celle d’Anquetil, parce que c’est une autre expression du sens traditionnel; et, après avoir mis sous les yeux du lecteur ce double moyen d'interprétation , je me livre à la discussion de chacun des mots du paragraphe, comparant entre elles les variantes des manuscrits, et terminant par un résumé qui confirme ou rectifie la traduction de Nériosengh , ou celle d’Anquetil , ou l’une et l’autre à la fois.
L’original se trouve ainsi découpé en petits chapitres formés d’un texte, d’une discussion et d’une traduction, et rien n’est plus facile que de trouver, sur chaque passage donné, la conclusion à laquelle je suis parvenu. Car, de trois choses l’une , ou je pense que la traduction de Nériosengh ou celle d’Anquelil, ou l’une cl l’autre à la fois, sont exactes, et alors la discussion a pour but de prouver cette opinion ; ou , ce qui est beaucoup plus fréquent, je rectifie la traduction d’Anquetil à l’aide de celle de Nériosengh ou de l'analyse du texte; ou enfin je trouve que la traduction d’Anquetil et celle de Nériosengh sont inexactes, mais ni l’une ni l’autre ne me donnent les moyens d’en proposer une nouvelle. Dans ces trois cas, la vérification est également facile, et le lecteur a tous les moyens de compléter ou de corriger mon explication. Cette méthode entraîne sans doute des longueurs. Mais elle est sûre; et elle m’était d’ailleurs imposée oar le manque d’un dictionnaire et d’une grammaire zends. Le commentateur qui se propose d’expliquer un texte écrit dans une langue dont on possède la grammaire et le dictionnaire, n’a sans doute pas besoin d’entrer dans le détail des motifs qui lui font assigner à chaque mot tel ou tel sens; il suppose ce sens connu, et son au-
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autorité est le dictionnaire de la langue, instrument qui se trouve entre les mains du lecteur comme entre les siennes. 11 en est tout autrement, lorsqu’il s'agit d’interpréter un texte pour l’explication duquel on n’a que des indications incomplètes. Pour retrouver dans l’original le sens donné par ces indications, ou pour démontrer l’inexactitude de ces indications mêmes et y substituer quelque chose de plus certain , il est besoin d’une discussion d’autant plus approfondie que le texte offre plus de difficultés. Il faut tout prouver alors, parce que tout est en question , la valeur des formes comme le sens des mots; et la discussion ne peut s’arrêter que quand elle a découvert l’une et l’autre, ou prouvé quelle manquait des moyens de le faire. Cette méthode est sans contredit celle qui laisse le moins de place à l’arbitraire et au charlatanisme, et qui met le plus nettement au grand jour ce que l’auteur ignore comme ce qu’il peut savoir.
Je me suis fait un devoir de l’appliquer dans toute sa rigueur à celle des trois parties du Vcndidad-sadé dont la traduction sanscrite se trouve à la Bibliothèque du Roi. Comme je l’ai dit en commençant, le Vcndidad-sadé est la réunion de trois ouvrages, l’izeschné, le Vispered et le Vcndidad proprement dit. Ces trois ouvrages sont d’ordinaire copiés à part, et celui qu’Anquetil nomme, d’après les Parscs, Izeschné, est reproduit de cette manière dans trois manuscrits de la Bibliothèque. Le premier et le plus ancien de ces manuscrits porte le n°6 du Supplément; il ne contient que le texte zend. C’est un volume in-4°, d’une main lourde, mais lisible, qui m’a fourni d’excellentes leçons, et qui jette beaucoup de jour sur plusieurs particularités de l’orthographe zende , notamment sur les valeurs que j’attribue aux lettres a» ç, ÇQ-ch et -KJ s. Son
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ancienneté, qui n’est pas déterminée exactement, mais qui est facilement reconnaissable , lui donne en outre une grande valeur paléographique , et on y aperçoit clairement que la voyelle est la réunion du trait \ et de la voyelle > on > ce qui établit un rapport frappant entre la formation du signe de l’o en zend , et celle du même signe dans quelques alphabets dérivés du dévanâgari.
Le second manuscrit porte le n° a du Fonds d’Anquetil; il contient la glose sanscrite de Nériosengh. C'est encore un manuscrit d’une grande valeur pour la critique du texte zend. Il est peut-être plus moderne que le précédent; cependant il est assez ancien , et certainement bien antérieur au troisième manuscrit. Le format en est petit in-4°, et l’écriture annonce une main exercée. Le dernier manuscrit de l’Izcschné porte le n° 3 du Supplément d’Anquetil ; le texte est accompagné de la glose de Nériosengh , et suivi d’un autre ouvrage, les Ieschls et les Nèaesclis, qu’Anquetil a traduits dans le tome second de son Zend Avesta. C’est un manuscrit in-folio d’une bonne main, mais en général peu correct, et bien inférieur au précédent, dont il est, je crois, la copie, à moins que le n° 3 et le n° 2 ne soient tous deux copiés sur un même exemplaire plus ancien. Il m’a été cependant d’une grande utilité pour le déchiffrement de Ja glose de Nériosengh , qui est souvent moins lisible dans le n° 2 du Fonds. Je n’insiste pas en ce moment sur les autres particularités de ces trois manuscrits; on peut voir à ce sujet les Notices qu’en a données Anquetil au commencement de la II* partie de son premier volume. Je n’ai pas davantage à m’occuper ici de relever les passages de l’Izcschné qui peuvent manquer dans l’un et se trouver dans l’autre ; ces détails seront exposés dans la suite
AVANT-PROPOS, de mon Commentaire. La comparaison que je donnerai des diverses leçons entre elles, permettra d’apprécier l’autorité relative des trois manuscrits qui nous offrent l’Izeschné séparé des autres ouvrages zends.
Le texte qui sert de base à mon travail est celui du Vendidad-sadé, où l’Izeschné est joint au Vispered et au Vcndidad. J’ai choisi ce texte, non qu’il fût le meilleur, mais parce qu’il est déjà dans les mains des personnes qui prennent intérêt à ces études. J’ai détaché l’Izeschné des deux autres ouvrages auxquels il est mêlé; et quoique j’aie analysé de la même manière la plus grande partie du Vispered, lequel n’est pas accompagné d’une traduction sanscrite, j’ai cru ne pas devoir joindre le Vispered à l’Izeschné pour donner ce dernier ouvrage seul , comme le présentent les Parses. Accompagné de la glose de Nérioscngh, que nous ne possédons pas pour les autres livres, il forme en effet un ouvrage tout à fait distinct. J’ai dû rendre à cet ouvrage son véritable nom zend, celui de Yaçna, que les Parses ont remplacé par. la transcription pchlvie Izeschné, mot duquel je me suis servi dans cette préface , pour que les personnes qui connaissent la traduction d’Anquetil ne fussent pas déroutées par une appellation nouvelle. Mais dans le cours du Commentaire, je fais exclusivement usage de celle de Yaçna, qui est le véritable titre de l’ouvrage.
Lorsque ce Commentaire sera achevé, mon intention est de le faire suivre du texte du Yaçna, tel que la discussion des variantes m’aura permis de le fixer. J’y joindrai la traduction française avec les corrections que j’aurai pu faire à celle d'Anquetil. Je passerai alors au Vispered, dont la traduction est déjà très-avancée. Quant au Vcndidad, comme M. Olshausen a donné une édition très-soignée des quatre premiers chapitres de cet
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ouvrage, et qu’il a promis sur cette partie des livres zends un travail d’explication analogue à celui que j’ai fait pour le Yaçna, je ne publierai pas de commentaire sur un livre qui est en de si savantes mains. Cette détermination ne pourrait changer que si d’autres travaux empêchaient M. Olshausen de continuer sa publication.
Il est temps de terminer cette préface : je crains bien que le lecteur ne l’ait trouvée beaucoup trop longue; mais je lui devais ces détails, moins pour intéresser son indulgence en ma faveur, que pour lui faire connaître l’état actuel de cette étude, et le mettre à même d'apprécier la valeur des moyens nouveaux que j’ai essayé d’y appliquer. Si, dans la discussion du texte, on remarque que je suis souvent en désaccord avec Anquetil , j’espère qu’on ne m’accusera pas d’avoir dissimulé ce que je devais au fondateur de linterprétation des livres zends en Europe. Nul ne sait mieux que moi ce qu’il a fallu de science à Anquetil pour composer son Zend Avcsta; nul n’admire plus franchement celte alliance de l’érudition et de l’enthousiasme dont sa vie tout entière a offert un si parfait modèle; et si le soin que j’ai apporté à lui faire hommage de ce qui lui appartient ne répondait pas suffisamment de ma vénération profonde, je dirais qu’Anquetil a fait plus pour lintelligence des livres de Zoroastre que d’en donner le texte et l’explication: il a été, au péril de sa vie, les chercher dans l’Inde, les a traduits le premier, et n’a pas craint d’en déposer le texte dans la plus célèbre bibliothèque de l’Europe , pour appeler sur son travail l’examen de la critique.
Paru, i5 février i833.