‹ Commentaire Sur Le YacnaChapitre 76 sur 139 · CHAPITRE I. 2oâ · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. 2oâ

substantifs, on ne trouvera en sanscrit que çav, radical fort rare, auquel les listes brahmaniques donnent le sens de « aller, changer. » Mais, outre que ce rapprochement n'explique rien, il est naturel de supposer que çav-6 et çâv-agh viennent plutôt d’un radical çu par un guna et par un vriddhi, que d'une racine çav. Or, on trouve dans le Yendidad un verbe à forme causale qui est écrit tantôt çâvay, tantôt châvay, et qu Anquetil traduit par enflammer. Les traductions d’Anquctil ne sont pas assez exactes pour qu’on doive s'arrêter sans plus ample examen à la signification qu'il propose: et comme il ne traduit ce verbe par enflammer que dans des passages où il est question du feu, on peut supposer que le sens du radical doit être plutôt faire croître. Cela posé, -cette idée se rapproche de celle d'augmenter, que semble donner Nériosengh au mot çavaghé, lorsqu'il fait de ce mot le nom d’un génie qui augmente les troupeaux de boeufs.

En partant de ces notions, on se trouve naturellement conduit à reconnaître , comme radical commun de ces deux orthographes , le sanscrit TJ chù (engendrer, produire, gr. nia ). Les manuscrits qui lisent châvayôil me paraissent conserver l’orthographe primitive, celle de la racine; ceux au contraire qui remplacent ch par ç, ont substitué à ch unc sifflante as ç qui commence bien plus fréquemment les mots zends. C’est à l’aide de cette substitution que je rattache çavô (bien) et ç dvagh-é, qui nous occupe, au même radical que celui du verbe châvay. On demandera peut-être pourquoi, si çavô, çâvaghc et châvay viennent de chù, la sifflante ch, qui devient régulièrement s en sanscrit dans les divers dérivés de ce radical, ne s’est pas changée en h zend, comme nous avons vu que le fait avait lieu dans hdvani. Cette objection, qui a certainement beaucoup de poids, serait sans réplique s'il était établi que le zend et le sanscrit sont, sur tous les points, la contre-épreuve l’un de l’autre. Mais si l’on est forcé de reconnaître que, bien que partant d’un fonds commun, ces deux langues se sont développées d'une manière

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indépendante l’une de l’autre et d’après des principes qui leur sont entièrement propres, on aura moins de peine à supposer que le radical chu (engendrer) ait pu, en zend, tantôt changer sa sifflante ch en un s capable de devenir h, tantôt conserver cette sifflante ellemême, puis la remplacer par une autre sifflante dont l’usage, au commencement d’un mot, est beaucoup plus fréquent. Ainsi, dans cette hypothèse, si at ç se trouve dans des dérivés de chu, au lieu de h . c’est que f est le substitut d'une lettre qui ne pouvait devenir h.

La signification du radical chû et celle que les Parses assignent d’un commun accord au substantif çavô, comparées entre elles, peuvent fournir une objection plus sérieuse; car les idées d'enjenr/rer et de bien paraissent, au premier coup d’œil, assez éloignées l’une de l'autre. Elles se tiennent cependant par l’idée de produit, et il semble en effet que ce soit cette idée qui s’attache principalement au zend çavà; car, quand on dit par exemple « le bien donné de Mazda, « et quand Nériosengh traduit cette expression par le mot sanscrit lâbha (gain, profit), on peut croire que les mots bien et gain désignent tous les produits qui font la richesse de l’homme, et qu’il doit à la protection de Mazda.

Quoi qu'il en soit de l'hypothèse par laquelle nous avons essayé de rattacher le zend çavd au radical sanscrit chû, nous remarquerons que ce mode d’explication s’applique plus facilement encore au mot qui nous occupe en ce moment, à çdvaghé , de çdvagh, pour sâv-as. En effet çdvagh, de chû, peut signifier « le générateur, le pro- « ducteur; » et ce nom donné à un génie coopérateur de Hivan, c’est-à-dire de la divinité qui préside à la portion du jour pendant laquelle le soleil s’élève sur l'horizon, rappelle les épithètes de savitrï ou sâvitra données au soleil par les plus anciens monuments brahmaniques. Le vriddhi de la voyelle radicale indique peut-être que çdvagh vient de la forme causale de chù, et qu’il signifie non plus le générateur, mais • celui qui fait engendrer, fécondant. • Il

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