CHAPITRE I. ai
quentc que leur réunion. Nériosengb et Anquetil s’accordent pour rattacher cette épithète au mot suivant, yazatahê, que tous les manuscrits lisent de la même manière; et ils traduisent, l’un « appelé « faed, » l’autre (à ce qu’il me semble) • dont le nom est dit Iadj- « da, ■ avec cette glose : * c’est-à-dire que son nom est dit (ainsi?) par ■ cette loi (la loi d’Ormuzd). » Je crois que cette interprétation peut être conservée, et je me fonde sur les observations suivantes. Les deux mots aokhlô nâmanô semblent si exactement répondre à uktanâmânam de la glose de Nériosengh, qu’on est aisément conduit à les rogarder comme un mot composé de nâman (nom) et de aokhtu (dit), et signifiant • celui dont le nom est dit. > Quant à la forme grammaticale, il faut remarquer le génitif nâmanô, qui devrait être en sanscrit nâmnô. C’est un des faits auxquels nous faisions allusion tout à l'heure, quand nous indiquions que la suppression de l’a du suffixe n'a pas aussi régulièrement lieu en zend qu'en sanscrit, et qu’elle ne s'opère jas chaque fois quelle est possible. Rien en effet n’empêcherait de dire ici ndmnâ , comme' on le voit même dans quelques passages rares 51 . Si donc la langue zende a gardé intact le suffixe dans ce substantif, ainsi que dans quelques autres, c’est que la conservation complète de cet élément si important du nom est dans le génie de la langue, qui , sous ce rapport, me paraît plus analogique et partant plus ancienne que le sanscrit.
L’adjectif auquel s’unit ce substantif nâman donne lieu à une difficulté grave. On se demande pourquoi ce mot s’écrit aokhtô et non ukhlô, comme nous le voyons dans d’autres passages où le participe ukhta (dit) est employé isolément. M. Bopp, qui a eu occasion de citer ce mot pour prouver que nâmanô, en composition, ne contractait pas la voyelle du suffixe, comme cela se voit en sanscrit, tranche la difficulté en admettant que, dans aokhtô (nomin. en composition), le premier o, qui est bref, est pour le sanscrit a, et que
* On le trouve entre autre* dans un pas- tement semblable à celui que nous examisage du Vendidad-*adé , p. 9 1 , qui est exac- nons en ce moment.
■x 1 6 COMMENTAIRE SUR LE YAÇNA.
l’a qui précède cet o, est l’a connu sous le nom d’a privatif; et il conclut de cette analyse que le mot aokhlô nâmanô signifie «qui « a des noms sans nombre • Mais pour que cette explication fût valable, il faudrait prouver, ce qui, du moins pour moi, est assez douteux, que l’a privatif est réellement a et non an. En admettant mémo que l’a dit privatif fût originellement a et non an, nous croyons pouvoir avancer que cet exemple de son emploi sans n devant une voyelle serait unique en zend. Il faudrait ensuite établir par des exemples plus concluants que ne l’a fait, selon moi, M. Bopp, que l’o bref zend représente l’a sanscrit dans a — okhta, pour a — akla. Ces diverses considérations rendent à mes yeux l’explication précédente peu admissible, et la difficulté que fait naître l’orthographe de aokhtô me paraît subsister tout entière. La solution que je vais proposer ne satisfera peut-être pas davantage le lecteur; je dois cependant l’exposer, ne fût-ce que pour épuiser les explications possibles auxquelles ce mot donne lieu, et pour ouvrir la voie à des recherches plus heureuses.
Si, comme je continue à le penser, le ao zend représente I'd sanscrit initial et médial, et primitivement l'd guna, nous pourrons chercher ici une modification de la voyelle u, ou au moins une imitation de cette modification. Dans cette hypothèse, aokhta répondrait à ôkla sanscrit; mais quelle sera la cause de ce changement de u en 6? En sanscrit, ôkla pourrait tout aussi bien résulter de a -+- ukta que de à ukta , c’est-à-dire soit d’un guna, soit de la fusion du préfixe d avec le participe ukta; mais nous devons dire qu’on n’aurait pas d’exemple de ce dernier fait, car il ne paraît pas que le radical vatch se joigne à d (vers). Et quant au zend aokhta , il serait toujours douteux que ao vienne de d- t-u; car dans cette dernière langue, le système des combinaisons des voyelles est assez simple pour que les deux voyelles & et u restent juxtaposées sans se confondre. Nous sommes donc ramenés à comparer le zend aokhta au sanscrit a-*-ukta, ou à ukta frappé " t ergleich. Gramm. pag. 208 el 209, note 3.