CHAPITRE I. a
un certain point l'orthographe primitive et véritable. Une autre particularité de cette racine, c’est qu’elle se prête à deux significations très-distinctes l'une de l’autre, celle de petit-fils et celle de nombril. Ces deux sens ne se partagent pas régulièrement les formes diverses que l’on rencontre dans les textes, de sorte que nap avec tel suffixe veuille dire petit-fils, et nombril avec tel autre. Loin de là, les mêmes formes se prêtent à peu près également à ces deux significations : et par exemple, en même temps que napta et napld signifient petit-fils, ils désignent à l’accusatif ( naptârëm ) le nombril; et d’une autre part, le locatif nafsu, que nous rencontrons dans le Yaçna avec le sens de nombril, semble ne pouvoir se rattacher à un autre thème qu’à celui de nap, ou au moins napô, qui a certainement l’acception de petitfils. Pour dire comment ces deux sens peuvent sortir de la même racine, il faudrait savoir précisément quelle est la valeur propre du monosyllabe nap. On en trouverait peut-être la raison dans le rapport qu’on aura cru apercevoir entre l’idée de descendance, et le rôle que joue le nombril, ou plutôt le conduit qui y vient aboutir, dans l’acte de la nutrition du fœtus
Quoi qu’il en soit de celte hypothèse, le même fait paraît .exister également en sanscrit où le substantif nâbki ( nombril ) signifie aussi , selon Wilson , race , famille. Les idées de race, de famille, sont assez rapprochées de celle de pctit-Jils pour qu’on puisse dire qu’en sanscrit, comme en zend, les notions de descendance et de nombril s’expriment par la même racine. En poursuivant cette analogie, et en remarquant que la forme primitive du radical zend qui signifie à la
,w On peut supposer que le nom propre NiÇ*7nç conservé par Arrien ( Expcd. Alex. 1. I, c. ia). peut se rattacher à ce radical . et qu’il n'est autre chose que le mot zend qui fait a l'accusatif napàt-êm. Le changement de la voyelle a en i ne me parait pas devoir faire dillkulté; car on le trouve déjà dans plusieurs mots zends mêmes comparés
au sanscrit. On autre nom propre. Nabdatcs, conservé par Ammien Marcellin , et rapproché par M. Pott ( Elynu Fonchung. introd pag. xi.iv) du nom de la déesse babylonienne N abo, Neho t doit plutôt se traduire: • ex umbilico natus,* ou peut-être par «donné du ciel (Aeria), • en rattachant nab au sanscrit nabhas.
a46 COMMENTAIRE SUR LE YAÇNA.
fois petit-fils et nombril, est nap , nous sera-t-il permis de ramener à une même origine nap-tri et ndbh-i sanscrits? L’étymologie que donnent les grammairiens indiens de ces deux mots est certainement obscure; et la comparaison du zend, qui jette quelquefois sur d'anciennes formes indiennes de si grandes lumières, autorise la philologie à penser qu’un radical unique est caché sous ces deux mots, nap-tri et nâbh-i. Le nombre des mots sanscrits qui partent du monosyllabe nabh est assez considérable, et on peut admettre ce monosyllabe comme la forme première de nap-tri dont la labiale a perdu son aspiration, et s’est changée en p devant le suffixe tri, changement qui est, je l’avoue, contraire aux règles de l’euphonie indienne, mais qui est tout à fait régulier en zend. Le zend, qui n’a pas de bh aspiré, aura conservé la forme nap, au lieu de nabh, et le /ou labiale aspirée n’aura paru, pour représenter le bh primitif, que dans les circonstances qui, selon les règles de l’euphonie zende, exigent l’aspiration de la labiale.
C’est l’identité des mots zends nap-â, nap-td , naf-édhriS, qui m’a suggéré cette analyse des termes sanscrits ndbhi et naplri. Mais le plus ou le moins de valeur des observations que nous avons faites à l’occasion de ces formes zendes, ne dépend que d’une manière indirecte de cette analyse. Si l'on continue, comme on peut le faire, à regarder les mots sanscrits naplri et nàblii comme appartenant à des racines tout à fait distinctes, on pourra, sans doute, dire des formes zendes où se trouve / quelles partent du sanscrit nâbhi, et de celles qui ont p qu’elles correspondent à naplri. Mais comme l’aspiration ou la non-aspiration de la labiale ne sert pas en zend à différencier les significations de ce mot, il faudra reconnaître que nap signifie aussi bien nombril que petit-fils, et la conséquence de ce l’ait sera que ces deux idées sont exprimées en zend par le même radical. C’est lin résultat auquel je crois pouvoir m’arrêter avec confiance; il me paraîtrait trop difficile d’admettre que l’unité du radical qui désigne ces deux idées à la fois, est purement acciden-