CHAPITRE I
telle et due à la confusion des deux mots sanscrits nâbhi et naptri. La nature de la voyelle, qui est brève dans les deux substantifs zcnds, ou plutôt qui reste brève dans chacune des acceptions que prend ce substantif unique, me semble encore un nouvel argument en faveur de mon opinion.
Nous avons dit que le thème, quel qu’il soit, de nafcdhrâ signifie nombril; cette traduction est confirmée de la manière la plus positive par la version de Nérioscngh, qui se sert toujours du mot sanscrit nâbhi. Mais il faut s’entendre sur l’acception propre de ce mot, qui, joint à apâm. nous donne l’expression peu claire, « nombril ■ des eaux. » Nériosengh remplace ces mots, qu’il a dû adopter pour l’exactitude complète de sa traduction, par cette version plus intelligible, « lieu de l’origine des eaux, source des eaux. • Nous pouvons conclure de là qu’il faut entendre ici nafcdhrâ dans le sens du latin umbo et du grec mots qu’il n’est pas impossible d’ailleurs de
rattacher au sanscrit nâbhi. Il est en clfet très-facile de comprendre que l’on ait pu se représenter une montagne de laquelle sortent les eaux, sous la forme d’une proéminence, comme celle que désignent les mots que nous venons de citer. Cette remarque doit être prise en considération , parce que si l’on s’en tenait trop strictement aux termes de la glose de Nériosengh, on pourrait en conclure que na~ fëdhrâ doit être traduit par source. Or, cette version serait inexacte, puisque ce dernier mot, si nous ne nous trompons pas sur son étymologie, doit indiquer une hauteur, une élévation considérée comme la source des eaux.
Au reste, la glose de Ncriosengh qui est ici très-diffuse, renferme des indications curieuses dont je ne trouve pas de trace dans la traduction d’Anquetil. Après avoir donné une version très-littérale des quatre premiers mots du texte zend, le traducteur indien ajoute : « Le souverain Bordj , Ized des femmes , dont la nature est l'eau , • c’est-à-dire qu'il en est la pure source. Il est le nombril même des « eaux , parce que c’est de lui que sort la source de l’eau nommée
a48 COMMENTAIRE SUR LE YAÇNA.
* Aruamda qui produit les plus beaux chevaux.» Il y a, dans ce commentaire, quelques détails qui ne se retrouvent pas aussi expressément énoncés dans d’autres parties du Zend Avesta, quoiqu’ils rentrent dans l’esprit des doctrines qui forment le fonds de ces livres, par exemple, la dénomination de « Izcd des femmes» donnée A la montagne Bordj. Cela se rapporte à cette notion que l'on trouve exprimée à chaque page du Zend Avesta, que l’eau est le grand principe fécondant de la nature. La montagne qui la renferme, et qui est un objet de culte, peut être appelée le génie des femmes, dans une religion où chacun des êtres qui composent l’univers visible a son type et son génie dans le monde supérieur.
C’est encore un fait dont ne parle pas le Zend Avesta, que le Bordj est la source de l’eau Aruamda. Mais quelle est cette eau ou cette rivière ? La source la plus célèbre et la plus fréquemment invoquée , est celle que les Parses nomment Ardouisour, en zend Ardvi çûra. Le mot Aruaihda de la glose do Nérioscngh ne peut passer pour une altération du nom d'Ardoaisoar; il est difficile d’y voir un autre mot que Arvand, orthographe ancienne du nom que les Persans écrivent aujourd’hui Elvcnd et Ervcnd. Ce dernier fait est établi par Anquetil qui, traduisant un texte pazend emprunté à l’Afrin des sept Amschaspands, et dans lequel se trouve le mot Arvand, ajoute à la marge : > l’Alvartd près d’IIamadan m. » Dans ce texte ainsi conçu : , le nom que Nériosengh lit
Aruamda (ou mieux Arvanda), est écrit Vrvanda 130 , orthographe remarquable et qui rappelle celle que les anciens nous ont conservée pour le nom de cette montagne, Orvnles.
Mais la glose de Nériosengh indique positivement que ce mot Arvanda est le nom d’une rivière et non celui d’une montagne ; or, on ne connaît pas d’autre rivière de ce nom que le fleuve célèbre de la Cœlésyrie, que les anciens appellent Orontes. Faudra-t-il aller chercher en Syrie l’eau Arvanda de Nériosengh? Je ne le pense pas, "* Zend A testa , (om. Il , pag. 78. — Ms. Anq. n* 3 S. pag. 377.