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Chap. L.] VUES DES ÉTATS-UNIS SUR L’ÉTAT DU MEXIQUE. 307
tagne n’ont point l'intention d'intervenir pour amener un changment dans la forme constitutionnelle du gouvernement actellement existant au Mexique ou un changement politique qui serait en opposition avec la volonté du peuple mexicain. En effet, on entend dire que les alliés sort unanimes à déclarer que la révolution proposée au Mexique n’a pour moteurs que des citoyens mexicains qui sont maintenant en Europe.
«Néanmoins, le Président croit de son devoir d'exprimer aux alliés, en toute bienveillance et franchise, l'opinion qu’un gouvernement monarchique établi au Mexique, en présence des flottes et des armées étrangères occupant le sol et les eaux du Mexique, n'a aucune perspective de sécurité ou de permanence; en second heu, que l'instabilité d’une pareille monarchie serait augmentée si le trône était assigné à une personne étrangère au Mexique; que, dans ces circonstances, le gouvernement tomberait promptement, à moins qu’il ne fût soutenu par des alliances européennes qui, si l’on se reporte à la première invasion, serait de fait le commencement d’une politique permanente d'intervention armée de l'Europe monarchique, aussi dommageable qu'hostile au système de gouvernement généralement admis sur le continent américain. Cet état de choses serait plutôt le commencement que la fin de la révolution au Mexique.
«Il suffit de dire que, dans l'opinion du Président, l’émandpation du continent américain du contrôle de l'Europe a été le trait principal de ce dernier demi-siècle. Il n’est pas probable qu'une révolution dans un sens contraire ait du succès dans le siècle qui suit immédiatement cette période. Sans doute, le sénat des États-Unis n’a pas donné sa sanction officielle aux mesures précises proposées par le Président, pour accorder notre aide au gouvernement mexicain actuel, afin que celui-ci pût, avec l'approbation des alliés, se tirer de ses embarras actuels. Cen'est là, d’ailleurs, qu'une question d’administration intérieure. Ce serait une erreur que de voir dans ce désaccord l'indication d’une divergence sérieuse d'opinion dans notre gouvernement ou dans le peuple américain, quant àleurs vœux cordiaux pour le salut, la prospérité et Ja stabilité du système de gouvernement républicain dans ce pays.» !
l Le Nord, 18 Avril 1862. — Archives diplomatiques, 1862, tom. IT,
Ce que pense le Président d'un gouvernement monarchique au Mexique.
Emancipation du continent americain du contrôle de l'Europe.
Lie | {l fi
M. Seward à M. Dayton, 23A vril 1862.
Le gouvernement américain ne voit pas lieu d'intervenir,
Lettre de
l'empereur Napoléon au général Forey, du 5
Juillet 1862,
But de l'expédition.
Importance de l'Amérique comme débouché des fabriques de l'Europe,
503 MOTIFS DE L'INTERVENTION [Part. IT
Méme après que la conduite de la guerre fut échue à la France seule, et que son but véritable eut été manifesté, M, Seward écrivit le 23 Avril 1862 à M. Dayton, à Paris: «Les États-Unis se sont placés, en ce qui regarde la guerre entre la France et le Mexique, dans une position qu’ils sauront maintenir. Ce gouvernement, se confiant aux explications qui lui ont été données, considère le conflit comme une gucrre résultant des réclamations que la France avait à faire et auxquelles le Mexique n’a pas donné la satisfaction qui était demandée Il n'y a donc pas lieu d'intervenir entre les belligérants. »
Les vucs de l'Empereur sont exprimées dans la lettre suivante, adressée par lui, le 3 Juillet 1862, au général Forey, nommé commandant de l'expédition française: «Le but à atteindre n’est pas d'imposer aux Mexicains une forme de gouvernement qui leur serait antipathique, mais de les aider dans leurs efforts pour établir, selon leur volonté, un gouvernement qui ait des chances de stabilité et puisse assurer à la France le redressement des gricfs dont elle a à se plaindre. Il va sans dire que s'ils préfèrent une monarchie, il est de l'intérêt de la France de les appuyer dans cette voie. Il ne manquera pas de gens qui vous demanderont pourquoi nous allons dipenser des hommes et de l’argeiit pour fonder un gouverncment régulier au Mexique.
« Dans l’état actuel de la civilisation du monde, la prosptrité de l'Amérique n’est pas indifférente à l'Europe, car c'es elle qui alimente nos fabriques et fait vivre notre comuerce. Nous avons intérêt à ce que la république des États-Unis soit puissante et prospère, mais nous n’en avons aucun à ce qu'elle
empure de tout le golfe du Mexique, domine de là les Antilles ainsi que l'Amérique du Sud, et soit la seule dispensatrice des produits du Nouveau-Monde. Nous voyons aujourd'hui par une triste expérience, combien est précaire le sort d’une industrie qui est réduite à chercher sa matière première sur un marché unique dont celle subit toutes les vicissitudes. Si, au contraire, le Mexique conserve son indépendance et maintient l'intégrité de son territoire, si un gouvernement stable s’y con-
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FRANÇAISE AU MEXIQUE. 359 iles et à celles de l'Espagne: nous aurons établi notre infuence bienfaisante au centre de l'Amérique, et cette influence, ex créant des débouchés immenses à notre commerce, nous procurera les matières indispensables à notre industrie.
«Le Mexique ainsi régénéré nous sera toujours favorable aon-seulement par reconnaissance, mais aussi parce que ses intérêts seront d'accord avec les nôtres, et qu’il trouvera un point d'appui dans ses bons rapports avec les puissances européennes.
«Aujourd'hui donc notre honneur militaire engagé, l'exignce de notre politique, l'intérêt de notre industrie et de notre commerce, tout nous fait un devoir de marcher sur Mexico, d'y planter hardiment notre drapeau, d’y établir, soit ue monarchie, si elle n’est pas incompatible avec le sentiment national du pays, soit, tout au moins, un gouvernement qui pronette quelque stabilité.» !
Dans une note du 23 Octobre 1862, M. Dayton faisait parveur à M. Seward la copie d’une lettre adressée par l’empereur Yapoléon au général de Lorencez, et publiée par lui dans un dre du jour avant l’arrivée du général Forey. Cette lettre disait: «Vous avez bien fait de protéger le général Almonte, puisqu'il est en guerre avec le gouvernement actuel du Mexique. Tous ceux qui cherchent un abri sous votre drapeau ont le mème droit à votre protection. Il est contre mon intérêt, mon origine et mes principes, d'imposer un gouvernement quelconque au peuple mexicain: il peut choisir en toute liberté celui qui lui convient le mieux.»
Le secrétaire d'État écrivit le 10 Novembre à M. Dayton, ce qui suit: «Il est à peine nécessaire de vous dire que ce gouvernement-ci n’a attaché aucune importance aux suppositions de la presse européenne qui va jusqu'à penser que le gouvernement français combine avec ses opérations militaires an Mexique des desseins secrets contre les États-Unis. » 2
Le gouvernement de Washington fit reproduire une lettre interceptée par lui, et qui était adressée, à la date du 7 Octobre 1862, par M. Benjamin, secrétaire d'État des États-
Documents dipl matiqu s, 1962, p. 190. — Moniteur unirersel, du 16 Janvier 18063.
2 Py ss relat 1 to 11 HTurs 1862. D. 400, 404.
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