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VIII, p. 340.
Chap. I.] ET LE PORTUGAL. 395
teraient en rien les engagements concius entre l'Angleterre et le Portugal, et que la Grande-Bretagne se considérerait comme tenue de défendre le Portugal avec sa nouvelle constitution, tout autant qu'elle l'aurait fait sous l’ancienne monarchie avec laquelle l'alliance avait été conclue. » !
Cette constitution fut néanmoins renversée le 27 Mars 1823, avant même le succès final des Français en Espagne, non par des forces extérieures, mais par une révolution intérieure, suscitée par le prince Dom Miguel aidé de l’armée.
Dom Miguel ayant quitté le Portugal du vivant de son père, après s'être compromis avec la reine sa mère dans une nouvelle conspiration pour se saisir de la couronne, le gouvernement portugais s’adressa, après les événements du 30 Avril 1824, à l'Angleterre, pour en obtenir des troupes, vu l’état de démoralisation de l’armée.
Le gouverns" nt britannique n'étant pas en état d'accéder à cette demande, le roi autorisa M. Canning à signifier à M. Villa Real «la graçieuse intention de S. M. d'engager ses sujets hanovriens à considérer favorablement la demande du gouvernement portugais.» Cette suggestion n'avait cependant été faite que par suite de l’appréhension qu'éprouvait le gouvernement anglais de voir la France fournir les secours que le gouvernement britannique refusait. L’assurance donnée par le gouvernement français, qu'en aucun cas les troupes françaises ne franchiraient la frontière portugaise, suffit donc pour que la suggestion royale n’eût pas de suite.
Il fut déclaré en même temps qu’en cas que l’on s’opposit, ainsi qu’on avait menacé de le faire, à la convocation des anciens cortès et à la séparation du royaume d'avec le Brésil, transaction dsns laquelle l'Angleterre avait le rôle de médiatrice, toute intervention étrangère pour entraver le libre exercice de l'autorité royale donnerait droit, au roi de Portugal, d'invoquer des secours militaires que le roi de la Grande-Bretagne n’hésiterait pas à accorder.
Dans une occasion précédente, le gouvernement portugais avait intimé que puisque l'Angleterre ne voulait point différer la reconnaissance de l'indépendance du Brésil, jusqu'à ce que
1 SrapLeroN, Political life of Mr. Canning, vol. I, p. 435.
La constitution renversée en 1823.
Le gouvernement portugais s'adresse le 30 Avril 1824 à l'Angleterre,
Autorisation aux Hanovriens de servir le gouverne-
ment portu-
gais,
Aide de l'Angleterre en cas d'intervention
étrangère,
Meaace du Portugal de s'adresser aux autres puissances,
La Grande- Bretagne n'admet pas le droit des puissances alliées de se mêler des affaires des colonies,
Le Brésil
érigé en
empire en 1822,
Traité du 29 Août 1825.
Transfert des droit:
sur le Bresil à Dom Pedro.
396 INDÉPENDANCE DU BRÉSIL. [Part. IT,
les négociations pour une médiation eussent été terminées, il serait peut-être de son avantage «de s'adresser aux grandes puissances continenta'es, lesquelles étaient liées pour s'opposer aux principes révolutionnaires et pour affermir les souverains légitimes. »
M. Canning avait répondu alors que la Grande-Bretagne n’admettrait jamais le droit des puissances alliées, de se môler des affaires des colonies; que le gouvernement britannique avait déclaré quelques mois auparavant au cabinet de Madrid, que si la France ou les alliés intervenaient dans les affaires des colonies espagnoles, la Grande-Bretagne prendrait immédiatement les mesures qui lui paraîtraient devoir s’accorder avec ses intérêts, et que si l'intervention des puissances alliées était invoquée entre le Portugal et le Brésil, l’Angleterre agirait de la même manière.
Le Brésil, qui en 1815 avait été élevé au rang et à Ja dignité de royaume et placé sur le même pied d'égalité que le Portugal, fut érigé en empire en 1822, après le départ du roi, Dom Pedro, proclamé empereur. Ce prince ayant épousé une archiduchesse autrichienne, cette alliance de famille avec le Brésil affaiblit le poids de la Sainte-Alliance quant à cette question. Un traité fut donc conclu le 29 Août 1825 à Rio de Janeiro, par l’action de l'Angleterre, et sir Charies Stuart (depuis Lord Stuart de Rothsay), quoique occupant un rang des plus éminents au service diplomatique de son propre pays, y prit part comme plénipotentiaire du roi de Portugal. Ce traité fixa l'indépendance de fait du Brésil et sa séparation d'avec le Portugal. 1
Un édit du roi de Portugal, du 15 Novembre 1825, dit: «Nous avons résolu de céder .et de transporter au plus cher de nos enfants, Dom Pedro d’Alcantara, héritier des couronnes du Portugal, du Brésil et des Algarves etc. nos droits sur l'État du Brésil, que nous élevons au rang d’empire, en réservant cependant à notre personne auguste le titre viager d’empereur. » ?
Le 7 Décembre 1825, le marquis de Palmella adressa
1 Mantes, Nouveau recueil, tom. VI, p. 796.
2 Jbid., tom. VII, p. 515.
[Part. IT,
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Chap. I.] CHARTE CONSTITUTIONNELLE PORTUGAISE. 397
à M. Canning une note officielle, qui concluait en déclarant que l’objet de Ja note était de demander formellement au nom de S. M. Très-Fidèle, que S. M. Britannique garantit la succession de la couronne de Portugal dans la personne de son fils et légitime héritier, l’empereur Dom Pedro.
L'empereur du Brésil étant également devenu roi de Portu- L'empereur gal par la mort de son père, résolut d'accepter la couronne dot ral de ce dernier royaume, uniquement dans le but de doter ce ""#*" pays d’une charte constitutionnelle. Il se proposait, dans le cas où cette charte serait accueillie favorablement, et après avoir donné sa fille ainée en mariage à l’infant Dom Miguel, d’abdiquer en faveur de Donna Maria. !
Ces actes furent remis à Lisbonne par Sir Charles Stuart, Charte conen son caractère de ministre plénipotentiaire portugais. La nelle du 29 charte constitutionnelle, datée du 29 Avril 1826, ordonnait à re la régence de la faire jurer immédiatement par tous les ordres de l'État. ?
La princesse régente, l’infante Isabelle, troisième fille de Jean VI (les deux filles aînées avaient été exclues, l’une comme épouse et l’autre comme mère de princes étrangers) put annoncer, lors de l’ouverture des Cortès, le 30 Octobre 1826, «que son frère (Dom Miguel) avait prêté serment à la charte prestation constitutionnelle, sans condition ni restriction aucunes», et {sen elle ajouta: «Aussitôt après cet acte, il s'est adressé à Sa NT Sainteté pour en obtenir les dispenses nécessaires à l'effet d’accomplir son mariage avec mon auguste nièce, la reine Donna Maria Il.» Ce fut le 4 Octobre que fut prêté à Vienne le serment à la constitution, et le 29 Octobre que fut célébré le contrat des fianczilles. 5
Dans son discours du 12 Décembre 1826, M. Canning ten- uss jœde-
ris obligeant
dait à démontrer que l’embarquement de troupes anglaises l'Angleterre pour le Portugal, occasionné par l’entrée dans ce pays de déser- "por. teurs portugais, «armés, vêtus et enrégimentés» par l'Espagne, ‘usal-
et qui marchaient alors sur Lisbonne, rentrait dans le casus
1 STAPLETON, Political life of Mr. Canning, vol. ILE, p. 132. ? LESUR, Annuaire, 1826, p. 484.
3 Jbid., p. 501, app., p. 128.
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Dom Miguel nommé lieutenant-général et régent du Portugal,
Rentrée de Dom Miguel en Portugal,
Dom Miguel passe par Paris et Londres.
Serment prêté par Dom Miguel, le 26 Février Mouvements séditieux ronuc la constitution,
398 DOM MIGUEL [Part. I,
fœderis qui obligeait l'Angleterre à venir en aide au Portugal. 1
Par un décret rendu le 5 Juillet 1827, Dom Pedro norme Dom Miguel son lieutenant et régent du Portugal et des Algarves, en lui accordant tous les pouvoirs qui se trouvaient désignés dars la charte constitutionnelle, et celui-ci accepte la régence, en annonçant sa ferme résolution d'observer fidèle. ment les obligations qui lui étaient imposées et les institutions données par son frère. ?
La rentrée de Dom Miguel en Portugal fut arrêtée, après des conférences à Vienne, entre les plénipotentiaires de l’Angle. terre et de l'Autriche, dont les souverains avaient été priés par Dom Pedro de prendre les mesures qui paraîtaient les plus propres à rendre la charte constitutionnelle la loi fondamentale du Portugal. En facilitant à Dom Miguel les moyens d'exercer la régence du Portugal, ces souverains, était-il dit dans le parlement anglais, avaient encouru l'obligation de soutenir les droits de Donna Maria contre l’usurpation du prince,
Il avait été arrangé qu’en quittant Vienne pour se rendre à Lisbonne, Dom Miguel passerait par Paris et par Londres.
Une dépêche de la légation des États-Unis, en date du 14 Janvier 1828, mentionne l’arrivée de Dom Miguel à Londres, le 30 Décembre, et le lever tenu par lui, auquei assistaient tous les chefs de missions du corps diplomatique, à l'exception des représentants du Mexique et de l'Amérique du Sud. Il est dit dans cette dépêche: «Je n’ai pas appris que le prince ait fait aucune déclaration favorable au système constitutionnel, ni qu’on ait obtenu de lui des indications sur le choix d’un ministère libéral, ni tout autre indice de la politique qu'il se propose de suivre. » %
Le 26 Février 1828, Dom Miguel prèta, ou fit semblant de prêter son serment, conformément à la charte, en présence des deux chambres réunies en séance extraordinaire. +
Des mouvements séditieux se manifestèrent déjà le 1° Mars
1 SrapLeron, The political life of Mr. Canning, vol, IX, p. 222, ABpy's-KENr's Commentaries on international luw, p. 33. ? LEsUR, Annuaire, 1827, p. 479.
5 M. W.B. Lawrence à Mr. Clay, secrétaire d'Etat, Dépêches, MS. * LEsUuR, Annuaire, 1828, p. 524.
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Chap. I.] ROI ABSOLU DE PORTUGAL. 399
contre la constitution, et Dom Miguel fut acclamé comme roi absolu. Le 14 Mars, la chambre des députés fut dissoute par lui.
L'ambassadeur anglais avait arrêté le départ des troupes britanniques (qui avaient été expédiées vers la fin de 1826), sous prétexte de protéger les propriétés anglaises, jusqu'à ce qu'il eût reçu de nouveaux ordres. Le cabinet anglais décida toutefois que, comme ces troupes avaient été envoyées pour protéger le Portugal contre des forces extérieures, et non contre une insurrection à l'intérieur, et atterdu que toute crainte d’invasion avait disparu, elles seraient retirées du pays. Elles n'avaient pas quitté l'Angleterre pour aller soutenir une.forme de gouvernement plutôt qu'une autre. !
Les Anglais quittèrent les forts du Tage, dont les Portugais reprirent possession le 30 Avril. Le 25 Juin suivant, les trois États du royaume: le clergé, la noblesse, et le tiers État, lesquels avaient été convoqués par un décret du 3 Mai, jugeant que Dom Pedro, par son option en faveur de la souveraineté du Brésil, était, d’après le traité de 1825, devenu étranger au royaume ct inhabile à succéder à la couronne de Portugal, déclarèrent Dom Miguel roi légitime depuis la mort de Jean VI. Ils ajoutèrent que tous les actes émanés de l'autorité illégitime de l’empereur du Brésil étaient nuls et non avenus, et que le roi serait supplié de choisir une épouse qui pût bientôt donner un héritier à la couronne. Dom Miguel accepta le titre et la dignité de roi, et le 7 Juillet il prêta serment d’après la formule adoptée en 1641. Le lendemain, tous les ministres étrangers, à l’exception du nonce du pape et du représentant des États-Unis, demandèrent leurs passeports. L'ambassadeur de Portugal à Londres, le marquis de Palmella, s’appuyant sur l’acte de Dom Miguel du 3 Mai concernant les trois États, s'était démis de ses fonctions. Le 23 Mai 1828, il écrivit au comte Dudley que la forme de ce décret ne lui permettait pas de se faire illusion sur la nature des événements qui se passaient en Portugal, ni d'y prendre part, à moins de transgresser le serment qu’il avait prêté au roi Dom
! Voir Discours de M. Peel, $S Juin 1828. HaxsarD's Parliamentary Debates, 2€ série, vol. XIX, p. 1202.
Dom Miguel proclame roi absolu du Portugal,
Départ des troupes anglaises ar-
rêté par
l'ambassadeur anglais,
Le cabinet
anglais dé-
cide de les retirer,
Les Anglais quittent les forts du Tage, le 30 Avril 1828,
Les États du royaume «éclarent Dom Miguel roi légitime,
Les ministres étrangers demandent leurs passeports,
L'ambassadeur de Portugal à Londres se démet de ses fonctions.
SE CSS
Protestations des ministres du Brésil en Europe.
Départ de Douua Mariàa pour l'Europe.
Sa reception en Angleterre,
400 LA REINE DONNA MARIA EN ANGLETERRE, [Part II,
Pedro IV, à ses légitimes successeurs et à la charte constitutionnelle octroyée par ce monarque à la nation portugaise.
Le 25 Mai 1828, les plénipotentiaires en Europe de l’empereur du Brésil, le marquis de Rezenda et le vicomte Itabayana, adressèrent une protestation contre le décret du 3 Mai, «non pas», disaient-ils, «au gouvernement qui existe maintenant à Lisbonne, et qui, par ses actes illégitimes, est devenu un gouvernement de fait, mais * la brave nation portugaise qui, portant avec orgueil le titre de fidèle, ne saura jamais se parjurer ». 1
La jeune reine avait quitté Rio de Janeiro pour se rendre en Europe le jour même que Dom Miguel prêtait serment comme roi absolu de Portugal, et répudiait son contrat de fiançailles.
Donna Maria fut gracieusement reçue en Angleterre par le roi, qui lui accorda les honneurs royaux, mais quoique l'emprunt stipulé par le protocole de Londres du 12 Janvier pour établir Dom Miguel sur le trône eût été retiré à celui-ci, elle ne reçut point de secours pour soutenir ses droits contre l’usurpateur de son trône, ainsi qu'était désigné Dom Miguel. On pourrait, au contraire, se demander si le gouvernement britannique n’a pas violé le droit des gens au préjudice de la
1 Dans leur protestation du 8 Août 1828 contre l’usurpation de Dom Miguel, les ministres de l’empereur du Brésil à Vienne et à Londres, citaient néanmoins deux lois sur lesquelles les Cortès avaient basé les droits de Dom Miguel, savoir, une ancienne loi faite aux États-généraux de Lamego excluant du trône la fille aïnee du roi qui s'était mariée avec un prince étranger, et celle faite par le roi Jean IV, le 12 Septembre 1642, à la demande des trois États et portant ratification de la loi de Lamego. Il est dit, dans cette seconde loi, «que la succession du trône devait appartenir à un prince né en Portugal, et qu'aucun prince étranger de naissance, quelque proche parent qu'il fût du roi, ne pourrait jamais lui succéder. »
Les États-généraux de Lamego s’assemblèrent pour la première fois en 1139, et conférerent au prince Alphonse de Bourgogne le titre de roi. En 1580, Philippe II réunit les Espagnes, mais en 1640 le duc de Bragance, tige de la famille régnante actuelle, fut proclamé roi. Ce ne fut cependant qu'en 1668, que le roi d’'Espagne reconnut le Portugal comme nation indépendante, VERTOT, Revolutions de Portugal, p. 21, 39, 42, 235. Voir pour la loi de Lamego, p. 22 —24.
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