INSURRECTION DE CANDIE
Dans le ecurant de l’année 1886, une insurrection éclata dans l'île de Candie contre l'autorité de la Turquie, et ne tarda pas à prendre un caractère de gravité réclamant la plus sérieuse attention. Le 20 Août, le prince Gortschakoff adressa aux ambassadeurs de Russie, à Londres et à Paris, une dépêche qui devait être communiquée aux cours auprès desquelles ils étaient accrédités. «Les agitations de Candie», disait le prince, «ont une importance qui dépasse de beaucoup les limites d’une insurrection locale déjà très-pénible pour l'humanité, à cause des excès, des violences et de l'effusion de sang qu'elle menace de provoquer. Ces troubles réagissent directement sur la tranquillité du royaume de Grèce, que la l Le Nord, 20 Mars 1867.
2 Voir part. I, chap. 1, $ 10, tom. I. p. 122
Les chrétiens en Bosnie, en Herzégovine et en Bulgarie,
Un fonctionnaire ture subatitué à l’enquête,
Convention relative à la Syrie.
Insurrection candiote de
Le prince Gortschakoff aux ambassadeurs de Russie à Londres et à Paris,
nl 452 INSURRECTION [Part. II, Cha Î p. proximité et les affinités de race ne peuvent laisser indifférent équit IAE ES à ce qui se passe dans son voisinage. Le roi des Hellènes a le m il cru devoir signaler aux cours garantes les difficultés créées à | à la
À LL son gouvernement par ces désordres. Sa Majesté a réclamé 4 La HR l'intervention collective des grandes puissances, afin d'amener l’am il { Les agit. Ja Porte à prendre en considération les griefs légitimes des il dis d he cs . Candiotes et à concourir à une œuvre d'apaisement que les avan | | l sanglantes répressions de la force ne feraient que rendre plus SN Jamd 1 il difficile et plus précaire. » cord.
| 1 | Le prince Gortschakoff proposait done aux cabinets de Russ \ Londres et de Paris, de concentrer leurs efforts dans un but de nions
| pacification. Se reportant aux événements de 1830, époane À le ré
{| à laquelle l'Angleterre avait absolument voulu que cette ile quelc restât à la Turquie, quoiqu'elle eût déjà revendiqué son in- indiff dépendance, le prince ajoutait: «Si les deux cabinets en ap- flots
précient, comme nous, l’urgence et l'opportunité, leur inter- Le Engages vention pourrait prendre pour point de départ les engagements pas (
tractés en- COMmmuns qu'ils ont contractés en 1830. En effet, lorsque, à cabin Candiotes en cette époque, l’île de Candie a été rendue à la Turquie, cette les co 180 restitution n’a pas eu lieu d’une manière irconditionnelle. Par toniqt
une note identique, remise à la Porte le 30 Avril 1860, les repos
trois cours alliées ont déclaré: rait Ô il « Qu'en vertu des engagements qu'elles avaient contractés À ons : | d'un commun accord, elles se croyaient tenues d'assurer aux augm
( habitants de Candie et de Samos une sécurité contre toute ré- rons 1 action, à la suite de la part qu'ils auraient prise aux événe- SE forme ments antérieurs, en demandant à la Porte de baser cette sé- qu'un curité sur des réglements précis, assurant à ces populations sont 1 une protection efficace contre des actes arbitraires et oppres- «L sifs. Ce point de départ pourrait être complété par le hatti- et où schériff du 3 Février 1856, qui, bien qu'émané de la volonté À joindr spontanée de $. M. le Sultan, n’en a pas moins acquis une va- des pc leur internationale par la mention qui en a été faite au traité Æ même du 18/30 Mars 1856.» mie ét La France et l'Angleterre étaient invitées à munir leurs ré- 1 popul: couere Présentants À Constantinople d'instructions nécessaires à l’eftet tique | entre les de concerter les démarches à faire en commun, afin d'appeler
Comtant ” l'attention de la Porte sur la nécessité d'apaiser les populations 1 We
posé, de la Crète, en donnant a leurs griefs légitimes une satisfaction
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Chap. I.| DE CANDIE. 453 équitable. Le prince Gortschakoff annonçait qu’il avait autorisé le ministre russe à Athènes à envoyer un vaisseau de guerre à la Canée. !
Le 12 Septembre 1866, le prince Gortschakoff adressa à l'ambassadeur de Russie à Londres une dépêche dans laquelle il disait: «Dans cette nouvelle crise politique, nous désirons avant tout pouvoir marcher d'accord avec le cabinet de Saint- James. Nous ne prévoyons pas d'obstacles sérieux à cet accord. Les ministres anglais connaissent les traditions de la Russie, Nous n’en avons jamais fait mystère, ni ne les renions aujourd'hui. Nous n'y attachons aucune convoitise, je le répète, ni le désir d’un accroissement d'influence exclusive quelconque; mais nous n’avons jamais été, ni ne saurions rester indifférents aux souffrances de nos coréligionnaires, si des flots de sang chrétie, étaient versés. »
Le 23 Novembre, le prince écrit encore: «Nous ne pensons pas que le simple désir d’'ajourner et d'apaiser, — désir du cabinet anglais que nous partageons, — suffise pour écarter les complications actuelles. En se bornant à l'expression platonique et stérile d’un vœu, les cabinets qui s'intéressent au repos général n'écartent point les périls dont ce repos pourrait être menacé. A l'instar des ministres anglais, nous désirons aussi que les complications au dehors ne viennent pas augmenter les difficultés au dedans. (Comme eux, nous désirons chez nous le développement paisible des grandes réformes mises en œuvre par l'Empereur, mais nous croyons qu'une abstention absolue, un indifférentisme philosophique sont loin de répondre aux exigences du moment.
« Le terrain sur lequel nous nous sommes toujours placés, et où le cabinet de Vienne paraît aujourd'hui vouloir nous rejoindre, c’est-à-dire le développement du bien-être intérieur des populations chrétiennes sous la domination du sultan, et même leur autonomie avec un lien de vasselage, cette autonomie étant la seule garantie qui inspirerait de la confiance à ces populations, nous a toujours semblé la meilleure voie pratique pour résoudre le problème oriental sans conflit hostile,
1 Memorial diplomatique, 1867, p. 255.
Le prince
Gortschakoff à l’ambassadeur de Russie à Londres, le 12Septembre
Dépêche du 23 Novembre Désir d’ajourner et d'apaiser.
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sans conflagration générale et en même temps sur une base sang d'humanité et d'équité.» 1 les so
pie de Les dépêches des cabinets de France et d'Angleterre, ainsi assur 4. et de la qu'on le verra, étaient conçues dans un sens tout autre que aujou (AU US Fran celles de la Russie. saurid (fl! M. de Mous M. de Moustier, ambassadeur de France à Constantinople, gouve ! 4 “mire des ayant été appelé au ministère des affaires étrangères, s'était arriv | EU EN étrangères arrêté à Athènes, en se rendant à son poste. Dans une dé- ment | EU ‘f CP PP PT pêche du 12 Octobre 1866, il fit part au ministre de France sions HAE ( en Grèce, de ce qui s'était passé entre lui et le gouvernement Da 1h | | royal. Le 7 Décembre, M. de Moustier dit dans une dépêche iéon f au chargé d’affaires de France à Constantinople: «Il semble « En ( 1LLÉE f: résulter des informations que le gouvernement ottoman vous sances À 3 donne sur les affaires de Crète, que les habitants rentrent daus aux vd Dir | leurs villages et que beaucoup font leur soumission. Mais Æ droits | im nous devons malheureusement constater que les principaux #8 Dai QT Le Les ebefs, chefs n’ont nullement déposé les armes, et que l'ile est occu- pos du Fil | | PR pée en grande partie par les auxiliaires étrangers. Il est donc obteni 1 are très-probable que l'agitation actuelle se prolongera jusqu'au à Can Ni étrangers Lrintemps, et qu’alors l'insurrection recommencera plus dan- rain, 1 || il | gereuse que jamais. La Porte doit certainement regretter de Ù pasré É: 11 fe n'avoir pas su prévenir, par des résolutions plus promptes, le NN Les H + ! ! soulèvement du mois de Septembre; mais ce qui est inouï, c’est dance: Hi qu'elle n'ait point réussi à empêcher les débarquements replac IN | 1 d'hommes et de munitions qui ont lieu chaque jour, sans au- d’une f 1} h di cune difficulté, sur le littoral de la Crète. » 2 qu'ils 4 il l Dénêche de Dans sa dépêche du 14 Décembre, M. de Moustier dit: en 183 au denses « L'opinion publique commence à s'émouvoir en Europe, et les | l'ébran 1h insurgés candiotes y trouvent des encouragements de plus en sympa Sentiment plus marqués. Il importe donc, au plus haut degré, aux mi- jugées A 4 nistres du Sultan, de se rendre bien compte de cet état de Æ elles e: choses et d’en prévoir les conséquences. Si elle manque de La | prévoyance, la Porte peut se voir dans quelques mois en pré- actuell sence de nécessités beaucoup plus impérieuses et beaucoup Russel plus graves encore. » M.] Dépêche du Le 28 Décembre, le ministre des affaires étrangères dit en- Rene Gore: « La résistance s’est prolongée: il y a eu beaucoup de | Mé 2 Jbi l Mémorial diplomatique, 1867, p. 256. , 3 Vo
Part. II, | Chap. I.] DE CANDIE. 455 LA | une base sang versé, et des faits de guerre dont l'opinion s'est émue; | | les solutions qui, au début de la crise, auraient peut-être pu | re, ainsi assurer la pacification de la Crète, risquent d’être trouvées utre que aujourd’hui bien incomplètes et bien insuffisantes. Nous ne saurions cacher à la Porte les sérieuses préoccupations du ntinople, gouvernement de l'Empereur à cet égard, et les choses en sont s'était arrivées à un point où la franchise la plus entière est certaineune dé- ment la plus grande marque de bienveillance que nous puis- > France sions donner à la Turquie. » 1 +rnement Dans son discours d'ouverture de 1867, l'empereur Napo- ri dépêche iéon mentionne l'insurrection des Candiotes en ces termes: de Napo- , ' r ; : À léon III en 1 semble «En Orient, des troubles ont éclaté, mais les grandes puis- 1867. lan vous sances se concertent pour amener une situation qui satisfasse ‘ent dans aux vœux légitimes des populations chrétiennes, réserve les un. Mais # droits du Sultan et prévienne des complications dangereuses.» incipaux Dans l'Exposé de la situation de l'Empire, il est dit à pro- us est occu- pos du même sujet: «Une agitation qui ne tendait d’abord qu'à est donc obtenir certaines concessions administratives, s’est manifestée jusqu’au à Candie au commencement de l’année dernière. Sur ce terlus dan- rain, les questions les plus simples pouvaient, si elles n'étaient retter de D pas résolues en temps utile, prendre de graves proportions. mptes, le M Les Hellènes de la Crète ont concouïu à la lutte de l’indépen- 1e Crétois oui, c'est dance: ils conservent le souvenir des résolutions qui les ont Ana quements replacés sous la souveraineté de la Porte, et ont montré plus Pt sans au- d’une fois, en prenant les armes contre l'administration turque, qu'ils n'avaient pas renoncé à réaliser les espérances déçues itier dit: en 1830. La question de la Crète subsiste tout entière. Après pe, et Les l'ébranlement qu'elle a causé en Orient et en présence des e plus en sympathies qu'elle a éveillées en l'Europe, les combinaisons aux mi- jugées d'abord suffisantes pour la résoudre, le serajentétat de Æ elles encore aujourd'hui? » ?
anque de à La politique du cabinet anglais dans la question d'Orient portique du s en pré- actuelle, paraîtrait se rapporter à celle que prociamait Lord “ane Jeaucoup Russell, en 1862, à propos du Monténégro. 3 M. Erskine M. Erskine, ministre anglais à Athènes, écrivant le 30 Jan- ro s dit en- mis
ucoup de 1 Mémorial diplomatique, 1867, p. 188. 2 Jbid., p. 161.
3 Voir part. E, chap. 11, $ 15, LIT, tom. I, p. 254 supra.