INDÉPENDANCE DE L'AMÉRIQUE ESPAGNOLE
L'indépendance des colonies espagnoles achevée en 1824,
La guerre de l'indépendance entreprise par les colonies espagnoles éclata aux mois d'Avril et de Mai 1810, à Caracas
1 Cong. Doc., 33° Cong., 2° sess., H. R., No. 93. Voir les documents in extenso, la première édition annotée des Æements par Lawrence, appendice, p. 672, et LAWRENCE, On visitation and search, app., p. 209.
Population de l'Amérique espagnole,
Population du Brésil et population anglo-américaine.
Tendance des nouveaux Etats à se subdiviser,
326 RECONNAISSANCE DES COLONIES [Part. II,
et à Buenos-Ayres. La bataille d'Ayacucho, livrée le 10 Dcembre 1824 dans la vice-royauté du Pérou, acheva leur émancipation définitive. Le fort de San Juan d’Ulloa dans la rade de Vera-Cruz resta, il est vrai, entre les mains des Espagnols, jusqu’au 18 Novembre 1825, mais le Mexique avait déjà traversé à cette date le règne éphèmere d’Iturbide proclamé empereur le 18 Mai 1822, et son premier congrès, régulièrement convoqué, s'était réuni le 1% Janvier 1825.
En 1810, les vice-royautés et les capitaineries-générales de l'Amérique espagnole comprenaient une population de 14,350,000 âmes. En 1861, la population de ces mêres pays était de 24,600,000. !
Le Brésil, dont l'histoire est en grande partie liée à celle des républiques espagnoles, ? avait en 1864 une population de 10 millions d'habitants, dont un million trois quarts esclaves. * Les populations espagnole et portugaise comprennent done 35 millions d’âmes environ, nombre à peu près égal à celui de la population anglo-américaine. Il faut compter cependant parmi cette dernière, plus de trois millicns qui sont encore compris dans la Confédération (Dominion) du Canada.
À aucune époque il n’y a eu de confédération ou d’union générale entre les anciennes provinces de l'Espagne, comme il en avait été des provinces anglaises lors de notre révolte. L'ancienne division territoriale subsista d’abord, comme elle avait existé du temps de la possession espagnole, mais les nouveaux États, contrairement à l'esprit de nationalité qui domine en Europe, ne tardèrent pas à se subdiviser au lieu de tendre à se rapprocher. La Colombie du temps de Bolivar, dont la loi fondamentale date du 12 Juillet 1820, a été dissoute à la mort de son fondateur en 1830, ct son territoire constitue aujourd’hui trois souverainetés indépendantes. La Confédiration de l'Amérique centrale, établie en 1823, subsista à peine deux ans, et depuis 1840, chacun des États qui la composaicnt a eu son histoire à part. Ce pays, avec un million et demi
1 Cazvo, Recueil des traités de l'Amérique latine, 2° pér., tom. I, Introduction p. CxvIL.
? Ibid, tom. I, p. 65. Voir aussi $ 8 de ce chapitre infra.
$ En 1867, la population du Brésil était de 11,780,000, dont 1,400,000 esclaves, Almanach de Gotha, 1868, p. 510.
Chap.
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Chap. I.] PAR L'ESPAGNE. 397
d'habitants, comprend cinq gouvernements distincts pour les faires étrangères de même que pour l'administration intérieure. L'ancienne vice-royauté de Buenos-Ayres forme maintenant quatre États. 1
On compte aujourd’hui quinze États hispano-américains, sasoir, le Mexique, Costa-Rica, Guatémala, Honduras, Nicaragua, San Salvador, le Vénézuéla, la Nouvelle-Grenade (cet État, qui hisait partie de l’ancienne république de Colombie, a adopté depuis 1861 le nom d'États-Unis de Colombie) l'Équateur, le Pérou, la Bolivie, le Chili, la République Argentine, le Paragay, l’'Uruguay. Le roi Ferdinand VII ayant désavoué en 1824 la convention préliminaire de Juillet 1823 conclue avec le Buenos-Ayres, ce ne fut qu'en Décembre 1836 que les cwrtès d'Espagne accordèrent l'autorisation que le ministère avait demandée pour conclure des traités de paix et d'amitié avec les États de l'Amérique espagnole sur la base de leur indépendance. ? Le 28 Décembre de cette même année, un traité fut conclu avec le Mexique. ?
Le commerce entre l'Espagne et le reste de ses anciennes possessions exista, à partir de 1836, d’après des règles réciproques, et dans plusieurs cas, sans reconnaissance formelle d'indépendance, Aïnsi, le congrès de la Nouvelle-Grenade admit, par un décret du 13 Mars 1838, les sujets, navires marhands et produits de la nation espagnole, aux mêmes termes que sont admis ceux des nations amies avec lesquelles il n'existe pas de traités. De son côté, l'Espagne admit, par un décret royal du 17 Fevrier 1840, les navires de commerce de là république de l'Équateur (territoire américain du royaume et présidence de Quito) dans les ports espagnols de la pén-
1 La Bolivie ou Haut-Pérou avait appartenu jusqu’en 1778 à la vice-royauté de Pérou, et depuis cette époque à la vice-royauté de Buenos-Ayres. Elle fut constituée en État indépendant en 1825, par Bolivar. Il y a eu pendant quelque temps une confédération entre elle et le Pérou, sous le nom de Pérou-Bolivie. Le 13 Novombre 1836, cette confédération avait conclu une convention de commerce avec les États-Unis. En 183 , l'union des deux États fut dissoute, Annual Register, 1836, p. 368 Annuaire des Deux Mondes, 1860, p. 1001.
? Lesur, Annuaire, 1836, p. 482.
$ Martens, Nouveau recueil, tom. XV, p. 151.
Etats hispano-américains d'aujourd'hui.
Acte des cortès d'Espagne, en Décembre 1836, autorisant la conclusion de traités avec les Etats de l'Amérique espagnole.
Commerce de l'Espagne avec ses an: ciennes possessions,
Reconnais- , Sance des Etats hispano-américains par l'Espagne,
Guerres et révolutions dans les Etats de l'Amérique du Sud.
328 ÉTATS DE L’AMÉRIQUE DU SUD. [Part Il,
insule. ! Un décret réciproque avait été rendu par le gouvernement de la république de l'Équateur, le 27 Mars 1839.2
Le décret espagnol du 4 Décembre 1841 porte que, pour répondre par un témoignage de complète réciprocité à la loi publiée à Santiago de Chili, les bâtiments de commerce chiliens seront reçus dans les ports espagnols de la péninsule aux mêmes conditions que les navires des puissances neutres. *
Ce ne fut que le 23 Avril 1844 que l'Espagne reconnut la république de Chili comme nation libre souveraine et indépendante. + Le 30 Mars 1845, elle reconnut le Vénézuela, © ct le 26 Mars 1846, 5 elle signa un traité basé sur le décret des cortès du 4 Décembre 1836, par lequel la république orientale était également reconnue, La reconnaissance de Costa- Rica eut lieu le10 Mai1850° et celle du Nicaragua, le 25 Juil: let 1850.8 Ce fut aussi sur le même décret du 4 Décembre 1836 que fut basée la reconnaissance de la République Dominicaine, le 18 Fevrier 1855. *
Le délai que l'Espagne a mis à reconnaître ses anciennes À
colonies n’a empêché, par la crainte d’un ennemi commun, ni les guerres intestines entre celles, ni les révolutions qui ont éclaté dans le corps même des États. L'histoire des guerres et des insurrections dans l'Amérique espagnole indépendante est une histoire qui ne finit pas; elle va toujours de péripétie en péripétie. Le prétexte de ces guerres a été surtout fourni
par les questions litigicuses relatives aux limites, lesquelles À
n'avaient jamais été réglées définitivement alors que tout le pays appartenait à un seul souverain. C’est à cette source qu’il faut chercher les démêlés entre la Confédération Argentine d’une part, et le Chili, le Paraguay et la Bande Orientale de l’autre. Les difficultés que le Brésil a eues de son côté avec
Martens, Nouveau recueil général, tom. I, p. 12. Lbid., Nouveau recueil, tom. XVI, p. 620.
Ibid, Nouveau recueil général, tom. IE, p. 325. Ibid., tom. VIII, p. 506.
Annuaire des Deux Mondes, 1853— 1854, p, 800. ÿ MaRrENs, Nouveau recueil général, tom. IX, p. 92. British and Foreign State Papers, 1850 —51, p. 1340. Ibid, p. 1331.
® Manrens et DE Cussy, Aecueil manuel et pratique de truite, tom. VII, p. 365.
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Chap. I.] GUERRES INTESTINES. INTERVENTIONS ÉTANGÈRES. 329
la République Argentine ont été aggravées encore par l’antagonisme existant entre l'élément portugais et l'élément espagnol. La navigation fluviale, question qui intéresse toutes les nations maritimes du monde et qui a donné lieu à l'application la plus étendue des principes de droit international, a été une autre use de discussions entre les États de l'Amérique du Sud, et le Brésil y a pris une part des plus actives.
Les voies de communication offertes par la position géograrhique des États de l'Amérique Centrale ont fourni également à ceux-ci des motifs de querelle et de désunion. Nous avons parlé ailleurs de la part qu'ont prise les États-Unis ct la Grande-Bretagne dans les différends de cette partie de l’Amcrique, et nous avons fait mention des traités conclus entre ces deux puissances, et entre chacune d'elles ct les États de Costa- Rica ct de Nicaragua, y compris le royaume des Mosquitos, !
Les gouvernements des républiques hispano-américaines ont éprouvé, à quelques exceptions près, ? les mêmes vicissitudes que les gouvernements établis au Mexique depuis la chute de la domination espagnole. Partout l’on a vu les différents partis se disputer le pouvoir, et les chefs du gouvernement remplacés à chaque nouveau pronunciamiento, sans égard au terme constitutionnel. En plus d’une occasion, plusieurs gouvernements ont fonctionné à la fois dans le même État. C’est aux spoliations exercées par des chefs éphémères contre les étrangers qu’il faut attribuer en grande partie les guerres dirigées du dehors contre les États espagnols, et qui se terminent d'ordinaire par des traités d’indemnité, Les gouvernements étrangers ont en effet toujours pris fait et cause pour leurs nationaux, ct ils ont toujours rendu l'État responsable des dommages infligés à ces derniers, quel qu’ait été le chef de parti qui ait commis les spoliations.
En apportant ainsi leur intervention, les puissances étran-
1 Voir part, I, chap. 11, $ 14; part. II, chap. 1v.
? Ces exceptions peuvent pour ainsi dire se borner à Bolivar, qui administra le gouvernement de la Colombie, de 1820 à 1830; à Carreras, président à vie du Guatémala: à Rosas, gouverneur de Buenos-Ayres, qui & conservé la dictature pendant dix sept-ans sans interruption, et aux deux Lopez, père ct fils, au Paraguay, pays qui a une constitution exceptionnelle,
États de l'Amérique Centrale,
Instabilité des gouvernements hispanoaméricains,
Intervention des puissances étrangères en faveur deleurs nationaux.
La France à Buenos- Ayres.
Guerre entre l'Uruguay ct la Confédération Argentine,
La France et l'Angleterre puissances médiatrices,
Négociations avec Rosas,
330 ÉTATS DE LA PLATA. LA FRANCE ETL'ANGLETERRE. [Part, Il, Chap.
gères ont semblé souvent avoir perdu de vue la règle qui est décide reconnue par toutes les nations de l'Europe, et d’après la- 1h troisiè
quelle les étrangers domiciliés dans un pays y sont, comme Alors 1 sujets temporaires, soumis aux mêmes lois que les citoyens la Conf nés du pays. Ainsi, en établissant le blocus de Buenos-Ayres, vention en Mars 1838, la France avait pris pour prétexte une loi de iun p Rosas qui assujétissait au service militaire tous les étrangers savoir,
qui résidaient dans la province de la Plata depuis trois ans et verains qui y exerçaient une industrie et y possédaient des immeubles, @ portait Ils étaient regardés par Rosas comme étant naturalisés. 1 que Ar
Cette affaire fut réglée par une transaction conclue avec la assuré ( France, le 29 Octobre 1840, ct par laquelle la remise des bà- partena timents de guerre argentins capturés pendant le blocus paci- ls nég
fique fut stipulée. D'autres différends s’élevèrent néanmoins l'amiral dans la suite dans la Plata. L'État Oriental de l'Uruguay, A contre | intervenant dans les discussions intérieures de la Confédéra- fut pas 1
tion Argentine, déclara la guerre à Rosas en Février 1839. Le avec la général Oribe, soutenu par des troupes argentines, s’empara À Oribe.
de la plus grande partie du territoire Oriental et mit le siége L'état devant Montévideo. La coali
En 1845, la France et l'Angleterre déclarèrent vouloir in- Rosas er terposer leurs bons offices entre le général Rosas et Monté- À mença s video. Cependant les deux puissanses ouvrirent leur média- 1851, à tion par la prise de l’escadre argentine sans déclaration de À tions Le. guerre préalable. Dès lors les puissances médiatrices entrè- À Buenos-: rent elles-mêmes en état d’hostilités contre l’une des parties En18. principales. Ayres, 1
En 1846, un ministre anglais fut chargé, au nom de l’Angle- À au Mexic terre et de la France, de porter au gouvernement de Buenos- À actes ave Ayres des propositions d’accommodement (Bases-Hood). Ces À des citoy négociations échouèrent devant la demande du général Rosas À du territ suivant laquelle on devait traiter, quant aux affaires de l'État À déclarait Oriental, avec le général Oribe, comme étant le principal in- Æ sait pas téressé. C’est ce général que Rosas avait reconnu comme À ressortir
chef de ce dernier État. pacifique Une deuxième tentative d'en venir à un accommodement,
tentative faite en 1847 par le comte Walewski et Lord Howden, 1 Marr
échoua également; cet insuccès eut cependant pour effet de * L Ibid.
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1 Lesur, Annuaire, 1838, p. 556. tom. XIV,
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Chap. I.] LA FRANCE ET LE MEXIQUE. 331 décider l'Angleterre à déclarer sa médiation terminée. Une
troisième tentative, faite en commun, ne réussit pas davantage. Alors l'Angleterre, en se retirant définitivement, conclut avec la Confédération Argentine, le 24 Novembre 1849, une consention définitive. Ce traité contenait une clause relativement i un point dont Rosas s'était plaint à différentes reprises, savoir, le déni, par les puissances de l’Europe, de droits souverains égaux aux États de Amérique du Sud. Cette clause portait «qu’il était librement reconnu et admis que la République Argentine se trouvait en jouissance et dans l'exercice assuré de tous les droits, soit de paix ou de guerre, qui appartenaient à une nation indépendante.» 1 La France reprit ls négociations. Un premier traité, conclu en 1849 par l'amiral Le Prédour sur les bases du traité anglais, échoua contre l'opposition de l’assemblée nationale française; il ne fut pas ratifié. L’amiral Le Prédour négocia un second traité avec la Confédération Argentine et un autre avec le général Oribe. Ces traités ne furent pas ratifiés non plus.
L'état des choses allait changer aux bords du Rio de la Plata. La coalition qui, en Mai 1851, s'était formée contre le général Rosas entre le Brésil, le Paraguay et le général Urquiza, commença ses opérations en Juillet et réussit même, en Octobre 1851, à pacifier l'État Oriental dans le sens même des conventions Le Prédour. L'armée des coalisés se dirigea ensuite contre Buenos-Ayres et en chassa en Janvier 1852 le général Rosas. ?
En1838, et presque à l’époque du premier blocus de Buenos- Ayres, la France bloquait également le port de la Vera-Cruz au Mexique et s’emparait du fort de St. Jean de Ulloa. Ces actes avaient été provoqués par les réclamations élevées par des citoyens français résidant à Mexico et sur d’autres points du territoire mexicain. En instituant ce blocus, la France déclarait, comme elle l'avait fait à Buenos-Ayres, qu'il ne s’agissait pas d’un acte de guerre. Nous aurons occasion de faire ressortir, dans notre quatrième partie, l'anomalie d’un blocus pacifique, dont la première mention remonte au traité de 1827
1 Marrens, Nouveau recueil général, tom. XV, p. 48.
? Ibid, tom. XV, p. 44 Voir pour les négociations avec Rosas ; lbid., tom. VII, p. 158, 492, 653; tom. IX, p. 168; tom. XEII, p. 635; tom. XIV, p. 203.
Traités Le Prédour,
Ligue contre Rosas,
Chute de Rosas,
Blocus pacifique du Mexique.
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Traité du 9 Mars 1839 entre la
France et le Mexique.
Mission américaine au Mexique.
Luttes intestines au Mexique.
302 LES ÉTATS-UNIS, [Part. II,
pour la pacification de la Grèce. Tous les publicistes, et snrtout Hautefeuille, s'élèvent contre la légalité d’un blocus de cette nature. !
Le congrès mexicain déclara la guerre à la France après la prise du fort de Saint Jean d'Ulloa. La paix fut rétablie par le traité du 9 Mars 1839. Ce traité soumettait à l'arbitrage d’une tierce puissance la question de l'indemnité à allouer aux Français à cause de la loi d'expulsion, de même que la question de la restitution des navires de guerre mexicains capturés postéricurement à la reddition de la forteresse d'Ulloa. Par une convention conclue à la même date, les réclamations des nationaux français antérieurement au 26 Novembre 1838 furent portées à 600 mille piastres. L'article IT de cette convention est ainsi conçu: «La question de savoir si les navires mexicains et leurs cargaisons, séquestrés pendant le cours du blocus ct postérieurement capturés par les Français, à la suite de la déclaration de guerre, doivent Ôtre considérés comme légalement acquis aux capteurs, sera soumise à l'arbitrage d’une ticree puissance, ainsi qu'il est dit en l’article IT du traité de ce jour. » ? Cet article laissait en litige la question relative à un blocus pacifique.