III. MISSION EN PRUSSE
avec une véritable effusion de cœur, que le Roi permettra à la Reine d'agir pour elle seule. J'espère, cependant, que nous pourrons donner deux portraits au lieu d'un seul , sauf à ce que l'image du tyran sera rendue invisible, lorsque l'aimable M me Wheaton se trouvera dans une réunion d'exaltation civique. Le Roi sait que je vous adresse ces lignes , et il me charge de vous exprimer de nouveau, en sou nom, combien dans toutes les occasions, il a eu à se louer des sentiments de bienveillance et de modération que vous avez constamment déployés pour cimenter les liens qui unissent la Prusse à votre noble patrie. Je ne saurais vous exprimer assez vivement, Monsieur et excellent ami, combien je regrette de ne pas pouvoir quitter le Roi dans les deux seules journées très-occupées qu'il passe encore à Sans-Souci. Je ne l'ai pas accompagné l'autre jour à Charlottenbourg, ayant été forcé de tenir compagnie au prince Frédéric des Pays-Bas , resté tout isolé ici. Quant à vendredi, je ne conçois rien à ma mauvaise étoile. Je n'ai été absent de mon logement actuel au Château de Potsdam qu'une ou deux heures. M'auriez-vous peut-être cherché à Sans- Souci, où j'ai un logement aussi, mais que je n'occupe pas. Sa Majesté la Reine enverra le souvenir qu'elle veut offrir à Madame Wheaton, à Paris, en l'adressant à notre ministre, le baron d'Arnim; je désirerais cependant que vous me donnassiez, à moi, votre adresse à Paris. Daignez m'écrire un dernier mot, avant votre triste départ. Mille affectueux hommages — Votre ennemi politique, A. de Humboidt, citoyen du Mexique. — P. S. Je ne puis croire encore qu'on vous laisse quitter l'Europe, qu'on se prive d'un homme d'État comme vous. A Potsdam, le
10 Juillet.»
En quittant Berlin, M. Wheaton ne retourna pas de suite séjour à p*
* ris , en route
aux États-Unis, mais resta à Paris jusqu'à l'année suivante, .pour w»
Ètats-Uuia.
11 ne se présentait pas en étranger dans cette grande capitale. Il y avait passé, pendant plusieurs années, le temps que lui laissaient libre ses fonctions diplomatiques en Prusse, considérant que le meilleur moyen de se rendre capable de s'acquitter avec honneur de ses devoirs, était do comparer les vues entretenues par les hommes d'État des divers pays. Son séjour à Paris n'avait pas été sans produire d'heureux résultats pour son pays. Sa réputation européenne lui assurait auprès
NOTICE SUR M. WHEATON.
des hommes publics de France, qui à Paris, plus que partout ailleurs , brillent dans les lettres et dans les sciences , une position qu'aucun rang officiel n'aurait pu lui obtenir. Une lettre écrite par un diplomate, longtemps èmployé par les États-Unis, attribue aux communications que M. Wheaton fit parvenir de Paris à Washington , le ton conciliant du message du Président Jackson, en 1835, qui amena l'arrangement du différend soulevé par la non-exécution du traité d'indemnité de 1831, différend qui était allé déjà assez loin, pour rendre à propos l'offre de la médiation de la Grande Bretagne. Le général Bernard était alors membre du cabinet du roi , et nous avons la preuve des efforts qu'il fit, dans ses rapports avec M. Wheaton, fondés sur d'anciennes associations, pour mettre fin aux dissensions qui existaient entre son propre pays et celui auquel il avait dû longtemps l'hospitalité.
Nous avons sous les yeux une lettre non-officielle de M. Wheaton à V Attorney General Butler , datée du 30 Août 1835, dans laquelle il donne des détails sur une conversation qu'il venait d'avoir avec le général Bernard et dans laquelle ce dernier indiqua la ligne de conduite qui fut observée de part et ^ParMu^ d'autre, dans le but de mettre fin au différend qui menaçait les dans l arrau- deux pays de conséquences funestes. « Dans le cours de cette g t e iSfférènu u conversation, disait M. Wheaton, le général (avec lequel j'ai la nù»-exé- été longtemps intimement lié), exprima ses regrets de l'interc \?ftJxcI ruption des relations d'amitié entre nos gouvernements. Il d indemnité, répondit à la demande que je lui fis pour savoir comment elles pourraient être rétablies , que l'on n'attendait rien du Président, qui ne fût parfaitement honorable pour nous — que (selon lui), les explications que l'on attendait, ne devraient point faire le fond de notes diplomatiques formelles et que le mieux serait de laisser toute l'affaire à l'action spontanée du Président, qui serait guidé par le bon sens et par les sentiments magnanimes qui le caractérisaient, au su de tout le monde — qu'en récapitulant les circonstances qui ont donné lieu au différend , le Président pourrait dans sa communication au Congrès, profiter de l'occasion, pour réitérer (dans les termes que ses conseillers officiels lui suggéreraient) la déclaration faite autrefois en public par lui, que l'on n'avait eu aucune intention, dans le Message précédent, de donner de justes sujets