‹ Commentaire sur les Éléments du droit international, et sur l'Histoire des progrès du droit des gens de Henry Wheaton. Précéde d'une notice sur la carrière diplomatique de M. Wheaton (volume 4)Chapitre 62 sur 138 · I. AVEC LA CHINE · texte numérisé non relu

I. AVEC LA CHINE

Les rapports conventionnels entre la Russie et la Chine remontent à une date très-antérieure à celle des négociations de la dernière avec les autres pays de l'Europe. On trouve dans Martens 4 un traité conclu le 21 Octobre 1727, et aussi une convention supplémentaire du 21 Octobre 1768. 8

Le premier traité avait eu pour but de fixer les limites territoriales, d'établir des relations commerciales entre les deux pays, et de régler les rapports entre les empires. L'article X imposait les pénalités les plus sévères contre les fugitifs. Il débutait ainsi: «Les sujets des deux empires qui dorénavant, se cacheront devant leur gouvernement seront punis de mort, à l'endroit même où on les saisira. » C'est cet article qui

1 Annual Register , 1861, p. 282.

7 Annuaire des Deux-Mondes, 1861, p. 538.

3 Treaties of tke United States, 1862, p. 177. — Annual Résister, loc. cit. — Voir pour la juridiction diplomatique et consulaire en Turquie, part. II, chap. il, §11. Part. III, cliap. i, § 22.

* Nouveau Supplément, tom. I, p. 711. 1 Uid., p. 75.

Chap. L]

AVEC LA CHINE

donna lieu au traité supplémentaire. Ce dernier traité porte que «les dispositions de l'article X ont paru trop équivoques et trop peu précises: c'est pourquoi l'article X est rayé. On y en a substitué un autre pour faire loi. »

Des changements matériels eurent lieu dans les rapports ctunacment entre la Grande-Bretagne et la Chine, lorsque le commerce SStêtUS* avec ce dernier pays fut retiré à la Compagnie des Indes Orien- Bmag*e d tt taies, par l'acte du Parlement de 1833, pour être placé sous ,!t c, " ut 'le contrôle de surintendants, nommés par la couronne.

11 paraîtrait que le commerce des Anglais avec la Chine fut inauguré, il y a deux cents ans, par les mêmes moyens par lesquels il est maintenu aujourd'hui. Lord Napier, pour appuyer sa demande d'être reçu comme Premier Surintendant surimenet Plénipotentiaire anglais par les hautes autorités provin- Tés pour ciales cite, dans une dépêche du 8 Septembre 1834, l'eut reVUe Compagnie accordée en 1637 par le vice- roi de Canton d'alors au Capi- oSenuiw. taine Waddel : « Cela eut lieu », dit Lord Napier , « après qu'il eut détruit les forts de la Bogue. »

Jusqu'à l'arrivée des surintendants anglais, les rapports des nations européennes avec les Chinois avaient été limités au trafic. Les transactions étaient confiées aux employés de la Compagnie qui s'entendaient avec une corporation commerciale, appelée Co-Hang. C'était par l'entremise de cette corporation que les intérêts des étrangers vis-à-vis des autorités chinoises étaient réglés. Les négociants faisant partie du Co-Hang, étaient tous nommés par l'Emperaur, et tout étranger était obligé de s'adresser à l'un d'eux et de mettre ses propriétés entre les mains de celui-ci. C'est cette condition qui servit de prétexte à la demande d'indemnité, accordée par le traité de 1842, aux Anglais, pour les pertes provenant de l'insolvabilité de quelques uns des Hanistes.

Le refus de Lord Napier d'attendre à Macao que l'on ré- interruption

, . . t ■» ii a ■ • temporaire

pondit de Pékin même à sa demande d être reçu par le vice- du com-

. - . . . j, . i meree. Les

roi , fut suivi d une interruption temporaire de tout commerce, chinois font D'après les ordres du Surintendant, deux frégates passèrent la vaisseaux de Bogue, et se rendirent à Whampoa. Les Chinois firent feu S^SS. sur ces vaisseaux, mais sans pouvoir arrêter leur marche.

Il paraîtrait , d'après les papiers déposés au Parlement, que de 1834 jusqu'en 1838, les négociations anglaises se borné-

128 RAPPORTS DES NATIONS CHRÉTIENNES [Part. I,

rent simplement à obtenir pour le Surintendant le privilège de s'adresser directement aux autorités chinoises, sans avoir recours à l'entremise des négociants du Co-ïlang.

Dans cette dernière année, il s'éleva un différend dont l'origine mettrait en doute la haute morale des nations européennes dans leurs rapports avec les nations de FEst. L eutréf de Les Chinois s'étaient élevés depuis quelques années contre le hSfipwkï commerce de l'opium, fait en contrebande par les étrangers, et Chinois. sur tout. par les Anglais. L'entrée de cette drogue était prohibée par les lois chinoises. L'usage en était en outre considéré comme nuisible, sous tous les rapports, à la santé et aux mœurs du peuple. Le 20 Novembre 1837, le gouvernement adressa un édit au chef du Co-Hang, dans lequel il déclarait que le Surintendant et les négociants anglais seraient renvoyés du pays , et que tout leur commerce, même celui qui était légitime, serait arrêté, à moins que les navires employés au commerce de l'opium , ne quittassent les eaux chinoises , dans le délai d'un mois.

Le Surititeit- Vers la fin de 1838, le différend prit un caractère assez sé- JntrU rieux. Le Surintendant et tous les autres Anglais qui se c*uiôo «i- trouvaient dans le port de Canton furent retenus prisonniers, ,,'lïra jï^Fà et on ne leur rendit la liberté qu'après que le Surintendant eût rofhw'sux consenti à faire remettre aux Chinois tout l'opium qui, dans le chinois p a y S ^ S e trouvait sous le contrôle des Anglais. Cette remise eut lieu d'après un ordre du Capitaine Elliot, du 27 Mars 1839. L'opium appartenant aux Américains, aux Français, et aux Hollandais fut également mis en séquestre et détruit. Le Siirinten- Le Surintendant feignit d'abord de ne pas éprouver trop de d'ëtw Mtïî- mécontentement du procédé des Chinois. Ainsi, il écrivit "eodfdïr le 8 Avril 1839 au Commissaire impérial, qu'il était très- Chinois. sat i s f a i t <iue i' on empêchât les négociants de sa nation, de même que les autres négociants étrangers, de se livrer à un commerce que l'Empereur avait strictement prohibé. Il ne doutait guère, disait. -il, qu'ils ne fussent fidèles à leurs promesses solennelles. Leur réputation serait perdue à jamais, s'ils les violaient. Écrivant le 18 Juillet de la même année au Vicomte Palmerston, le Surintendant disait aussi: <iLes embarras ne se bornent pas ici à l'affaire de l'opium. Ce qu'il est important de décider, c'est s'il existera avec cet empire un

Chap. I.]

AVEC LA CHINE

honnête commerce , capable de s'étendre , ou si les côtes seront de nouveau livrées aux flibustiers. »

Le commerce des Anglais fut repris au mois d'Octobre, mais Arrangement avec des restrictions. Le surintendant ne voulait pas que les P prie*da e négociants de sa nation fassent obligés à observer les précautions prescrites par le gouvernement pour empêcher l'entrée de l'opium, conclut le 20 Octobre 1839, un arrangement avec le Haut- Commissaire chinois, d'après lequel le commerce britannique serait fait en dehors du Bocca-Tigris , et sans égard à la législation spéciale qui avait soulevé les embarras en question. Cet arrangement fut bientôt interrompu, malgré les efforts du capitaine Elliot; et le refus des Anglais de livrer un homme accusé du meurtre d'un Chinois donna lieu, le 3 Novembre, à une attaque par des vaisseaux de guerre anglais contre une flotte chinoise qui était venue à l'ancrage anglais pour appuyer cette demande. 1

L'Angleterre ne se montra pas disposée à se contenter des mesures palliatives du surintendant. Elle envoya en 1840 ""imo! une expédition dans les mers chinoises, «pour faire reconnaître », dit un annaliste contemporain, «à la grande et pure dynastie les principes de droit international qui ont été adoptés par les nations civilisées du monde, et qui les régissent. » 2

Après avoir fait lo blocus de Canton, cette expédition s'em- p ri8e de para, le 5 Juillet 1840, de l'île Chusan, qui fut le premier ter- Chusan ritoire conquis par les Anglais sur les Chinois. Un traité signé au mois de Janvier 1841 ne fut pas ratifié par l'empereur et les hostilités furent reprises. Dans la suite, les forts situés dans le voisinage de Canton furent pris et la ville ellemême bombardée. Un autre traité fut conclu alors le 26 Mai Traités d« 1841 par le capitaine Elliot, comme plénipotentiaire anglais, mais Mal'iMi * quoiqu'une partie de l'indemnité eût été reçue, la transaction de8avoues fut désavouée par son successeur qui arriva au mois d'Août.

D'après les ordres du nouveau surintendant et plénipoten- La guerre tiaire la guerre fut renouvelée et conduite avec vigueur. Ning- Po, de même que d'autres villes importantes, avait été

1 Parliamentary Papers, China 1840, p. 7,121,243, 386. — Annual Reyister, 1840, p. 249.

■ lbid., 1840, p. 249, 250.

Lavrkmce-Wueatuk. I. 9

130 RAPPORTS DES NATIONS CHRÉTIENNES [Part. I,

pris, et Nankin allait tomber entre les mains des Anglais, lorsque l'on 3- conclut le traité du 29 Août 1842. Traité de Les principales clauses de ce traité étaient: 1° le paiement

su* princi- comme indemnité , de 2 1 millions de dollars ; 2° l'ouverture au paies clauses. comm erce anglais, de cinq ports, y compris Canton ; 3° la cession de l'île de Hong-Kong; 4° la remise des prisonniers; 5° la publication d'une amnistie; 6° le traitement sur le pied d'égalité; 7° l'occupation, comme garantie, des îles de Chusan et de Kolong Son , jusqu'au paiement intégral de l'indemnité. Répartition II est curieux de noter la répartition, de cette indemnité: de j jj>dem- gix m jjij ons étaient alloués pour la valeur de l'opium livré à Canton, en 1839, comme rançon du surintendant et des sujets de S. M. Britannique; trois millions pour les dettes contractées par quelques uns des négociants du Co-Hong qui étaient devenus insolvables ; et enfin douze millions pour payer les frais de l'expédition. 1

Traité de Conformément aux stipulations du traité de 1842 , un traité

du 8 Octobre

de commerce fut conclu entre les deux puissances, le 8 Octobre 1843. 1843 2 L » article ym de ce dernier traité porte « que l'empereur de Chine a accordé à tous les pays étrangers dont les sujets ou les citoyens ont jusqu'à ce jour trafiqué à Canton , le privilège de fréquenter, dans un but de commerce, les quatre autres ports de Fou-tcheou, d'Emony, de Ning-Po et de Chang-Haï, sous les mêmes conditions que les Anglais. 8 Relations de Ce sont ces actes de la part de la Grande-Bretagne qui ont av c e 0 c m d™ut«s amené des relations de commerce définies avec d'autres États P mon3e da de l'occident. En 1842, le Président Tyler recommanda au Congrès des États-Unis d'accorder les subventions nécessaires Mission de pour une mission en Chine. M. Webster, Secrétaire d'État, ^tats^ïïnîs? envoya le 8 Mai 1843 deux commissions à M. Caleb Cushing.

L'une l'autorisait à traiter avec les gouverneurs de provinces ou de cités, ou avec d'autres autorités locales, tandis que l'autre l'accréditait en qualité d'Envoyé -Extraordinaire et de Ministre-Plénipotentiaire. Il devait présenter cette seconde

1 LssCR, Annuaire , 1842, p. 409. — MaRtens, Nouveau recueil général y tom. III, p. 484.

2 Ibid., tom. V, p. 593.

8 Ibid., p. 594.

Chap. I.] AVEC LA CHINE. 131

commission à Pékin , s'il arrivait à la cour de l'Empereur. Il était enjoint au ministre américain de veiller à ce qu'il ne fût pas accordé aux autres nations de plus grands privilèges qu'aux États-Unis. 1 Le traité américain fut signé le 3 Juillet 1844. 2 ïï*$* JS? Un consul français avait été admis au mois de Septembre ,844 -

Traité frau-

1843, 3 mais ce ne fut que le 24 Octobre 1844 que fut signé çais, 24 oc-

tobre 1844

à Whampoa le traité entre la France et la Chine.

Dès la conclusion des traités de 1842 et 1843, on avait discuté l'entrée des Anglais dans la ville de Canton. Au mois de Mars 1848, le consul anglais à Chang-Haï mit de sa propre autorité un embargo sur les navires chinois dans ce port, et en- Embargo

mis par l'au-

voya un vaisseau de guerre à Nankin pour réclamer du gou- ton* du verneur de la province des indemnités pour les dommages àCh°ang U -Haï subis par un missionnaire protestant, lequel s'était rendu dans en 1848 ' l'intérieur du pays, malgré la défense qui existait dans le traité. Le procédé du consul fut approuvé par le vicomte Palmerston dans une dépêche du 5 Juillet 1848, adressée au surintendant Bonham, quoiqu'il admît que toute la difficulté provînt de la non-observation des règlements du traité par le missionnaire.

En 1852, d'après le rapport du surintendant Bowring, un JJJ^JJ^Jg missionnaire français avait été mis à mort par le mandarin d'une tna^ta. ville dans la juridiction du commissaire impérial de Canton. Nous faisons ici mention de cette affaire parce que ce fut celle qui décida les Français à se joindre à l'expédition anglaise de 1858.

C'est à l'arrestation opérée au mois d'Octobre 1856, à bord *™\ e J\ d'un lorcha (Arrow) de construction chinoise et dans les . Uo 1 nl *"

> * torcha* Ar*

eaux chinoises, par les officiers du pays, de douze hommes ">*•■ accusés du crime de piraterie, que l'on doit attribuer la guerre qui éclata cette même année et qui a eu des suites si importantes. Le chef-surintendant écrivit lui-même le 11 Octobre 1856, qu'«après avoir pris des informations sur cette affaire, ^jj^'JJjJ" il semblait résulter que V Arrow n'avait pas le droit de hisser <J ue « l ' Ar ".

■ r<»w » u avait

le pavillon anglais. La licence qui l'autorisait à le faire, avait pas le droit

r ° 1 1 de hiaser le

expiré le 27 Septembre. Depuis cette époque, le navire n'é- paviiiwu

anglais.

tait pas en droit de réclamer cette protection.» Malgré cette

1 Websteu's Works, vol. VI, p. 472.

2 U. S. Statotc* at large, vol. V1IT, p. 592.

3 Martbns, ut sitpra, p. 53*6.

RAPPORTS DES NATIONS CHRÉTIENNES

[Part. I,

admission , Sir John Bowring écrivit au mois de Novembre au commissaire chinois : « Quelles que soient les représentations que l'on ait faites à Votre Excellence, il est certain que le lorcha Arrow portait légitimement le pavillon anglais, d'après un register accordé par moi.» Le 10 Décembre 1856, Lord Clarendon s'exprimait ainsi : « Il paraîtrait qu'on n'aurait pas fait part aux autorités chinoises de l'expiration de la licence le 27 Septembre, et avant qu'elles eussent opéré la saisie.» Il ajoutait : « C'est un règlement anglais qui ne justifierait pas la saisie faite par les Chinois. »

offre de Le commissaire chinois, tout en niant qu'il y eût un pavil-

matelots. Ion anglais déployé à bord de V Arrow, renvoya le 22 Octobre ^"'dïîeï* 1856 les douze matelots avec une dépêche adressée au consul

recevoir. an gx a £ s Celui-ci ne voulut cependant recevoir ni les matelots ni la dépêche. «Toute la faute», disait le commissaire Yeh, «consiste dans la saisie de criminels chinois à bord d'un navire chinois qui ne portait même pas un pavillon étranger. »

i/amirai Sous le prétexte de venger sa patrie de l'insulte attribuée î«è a d"f^ aux Chinois, l'amiral anglais s'empara, le lendemain du jour bVrrière/dc où les Chinois avaient offert de rendre les personnes impliquées,

Canton * des forteresses des barrières et en détruisit quelques unes. Cet acte fut suivi du bombardement de la ville de Canton, qui détruisit plusieurs maisons et tua beaucoup de monde. Les Anglais déclarèrent alors que leurs demandes ne se bornaient plus aux réclamations au sujet de V Arrow, mais qu'ils exigeaient que les autorités chinoises leur accordassent la libre

Privilège entrée de la ville de Canton. Ce privilège leur avait déjà été caotoïdia accordé par le traité, mais on avait différé jusque-là de le

Anglais. me tt re à exécution, à cause du danger qu'il y avait de soulever toute la population chinoise.

Lord Palmerston avait en effet refusé le 7 Octobre 1848 au Surintendant d'alors l'autorisation d'employer la force pour faire reconnaître ce droit. Il ne croyait pas que le droit d'entrer dans la ville offrît le moindre avantage aux résidents anglais, tandis qu'il pourrait amener des disputes et des collisions entre les Anglais et les Chinois.

Déclaration La reine Victoria annonça cependant à l'ouverture du Parled ,e av*ir e rë- e ment, le 3 Février 1857, que les insultes faites au pavillon

"""ce 4 . U britannique, l'infraction par les 'autorités locales chinoises

Chap. I.]

AVEC LA CHINE

des droits assurés par les traités , et le refus persistant d'accorder des réparations, avaient rendu nécessaire aux officiers de Sa Majesté, le recours à la force pour obtenir satisfaction.

Lord Elgin fut envoyé en Chine pour remplir les intentions Lord eidéclarées du gouvernement anglais, et il fut associé comme n£gmm«£ plénipotentiaire au baron Gros, ministre français, qui s'était v cUL! a rendu en Chine avec une flotte française. Les Français faisaient valoir le différend entre les Chinois et les Anglais, pour venger le meurtre imputé aux premiers d'un missionnaire catholique de leur nation , dont Sir John Bowring avait parlé. A propos de ce crime reproché aux Chinois, le gouverneur général adressa le 21 Mars 1858 une note au baron Gros, dans laquelle il disait que «le juge criminel avait fait toutes les perquisitions possibles et qu'il demeurait constaté que le prisonnier qui avait été exécuté à l'époque indiquée était un rebelle de Canton. »

Les plénipotentiaires des Alliés annoncèrent au commissaire Demandes Yeh, au mois de Décembre 1857, qu'ils ne retireraient pas S5U «i2 leurs forces de Canton, à moins que les Chinois ne consen- F cîîSÏ. 4 tissent à exécuter complètement toutes les obligations contenues dans le traité, et notamment la libre entrée des sujets britanniques dans la ville de Canton, et le paiement d'une indemnité pour les pertes subies dans les dernières difficultés.

Les Français faisaient aussi des réclamations fondées sur la mort du missionnaire.

Les plénipotentaires des puissances alliées ne furent pas dft * satisfaits de la réponse faite le 24 Novembre 1857 par le commissaire Yeh à Lord Elgin, dans laquelle il disait: «Nos deux nations se regardent comme amies; cela étant, nous n'avons donc , d'après les paroles de Votre Excellence , qu'à nous consulter et à arranger les moyens de rétablir le commerce. »

Les hostilités ne cessèrent qu'avec la prise de Canton le 5 Janvier 1858. 1

Ce ne fut que vers la fin du terme du Président Pierce, que l'on reçut à Washington des nouvelles des procédés de la flotte

1 Annuul Reyùster, 1858, p. 273.*

134 RAPPORTS DES NATIONS CHRÉTIENNES [Part. I,

américaine et de la part prise par elle lors de l'attaque contre vernement Canton et en d'autres occasions, comme il paraîtra dans la da toTd?ï?" suite. M. Marcy, Secrétaire d'État, écrivit le 2 Février 1857 au plénipotentiaire américain en Chine que, d'après l'avis du Président, le commandant américain ne s'était pas conduit d'une manière prudente, et que le chef du gouvernement regrettait qu'il n'eût pas montré plus de précaution au commencement et moins d'empressement dans la suite. « Le gouverne- La politique ment anglais», dit le secrétaire, «a des vues au-delà de celles dîïèrc de que se propose le gouvernement des États-Unis , et nous ne puSsJcL devrions pas être entraînés par lui, quel que soit son désir européennes. Savoir notre coopération. » Il commande en outre au ministre, M. Parker, de retirer au consul à Hong-Kong sa commission, s'il a pris part à l'attaque contre Canton. 1

Le traité américain de 1844 avait pourvu à une révision des articles après douze années. Celles-ci étaient écoulées avant même que le Président Buchanan n'entrât en fonctions, Mission ex- le 4 Mars 1857. C'est ce qui nécessita une mission extra-

traordinaire ,

des Etats- ordinaire de la part des Etats-Lnis. Les objets proposes par

Unis.

une telle mission sont ainsi rapportés dans les instructions instruc- du 30 Mai 1857 de M. Cass à M. Reed nommé à cette place:

tions de M.

Cass à m. 1° la reconnaissance par le gouvernement chinois du droit des

Reed. . »

autres puissances d'entretenir des ministres accrédités à la cour de Pékin; 2° une plus grande extension à donner au commerce avec la Chine, limité aujourd'hui aux cinq ports nommés dans le traité; 3° réduction du tarif; 4° stipulation pour la liberté religieuse de tous les étrangers en Chine; 5° des mesures pour la suppression de la piraterie ; 6° stipulation pour étendre les bienfaits du traité proposé à toutes les autres puissances civilisées du monde. 2 m. Reed et II parait qu'il n'y avait alors, outre la Grande-Bretagne et

le plenipo- " .

tentiaire la France , que les Etats-Unis et la Russie qui eussent des

russe ont

ordre d'agir traités avec la Chine. Tandis qu'il était enjoint à M. Reed

de concert -, . ,, ,

avec les mi- a agir d accord avec les autres puissances pour atteindre par aïgîau'et des moyens pacifiques le but désiré en commun, il lui était prendre part défendu de prendre part aux mesures hostiles que pourraient

M» mesures rAngletepre ^ la France .

1 Cong. Doc, 36 e Cony., l re Sémite, No. o, p. 4.

2 Jbid., p. 7.

Chap. L]

AVEC LA CHINE

Les instructions du plénipotentiaire russe semblent avoir été de la même nature.

M. Marcy, en disant en Février 1857 au ministre américain que les Anglais avaient des vues autres que celles des États-Unis, voulait parler des acquisitions territoriales, mais il y avait aussi un autre sujet qui intéressait les Anglais de même que les Français: il s'agissait de la traite des coolies condamnée par l'opinion publique. Une grande partie de la correspondance de M. Reed en Chine a rapport à la suppression de cette traite sur des vaisseaux américains, alors que les Anglais et les Français aussi bien que les Espagnols l'encourageaient hautement. 1

M. Reed et le plénipotentiaire russe, le comte Poutiatine, se joignirent cependant aux plénipotentiaires anglais et français, 1 en s'adressant à la cour impériale pour ouvrir des négociations pacifiques. M. Reed annonça le 10 Février 1858 au gouvernement chinois , qu'il se proposait de se rendre au port de Chang-Haï pour y attendre l'arrivée d'un plénipotentiaire d'un rang égal au sien et pourvu d'un pouvoir pareil. Si un tel ministre n'arrivait pas , disait-il, dans le temps indiqué il se rapprocherait de la vHle impériale, à moins qu'il ne reçut d'autres ordres du Président des États-Unis. 2 Lcs

En arrivant à Peïho, les ministres russe et américain Bijgjj n'étaient pas tout à fait d'accord avec ceux de France et russe en-

• « » trent en ne-

d'Angleterre sur les préliminaires qui devaient précéder une gociations.

1 Le procureur général (attorney gênerai), ayant émis, le 11 Mars 1859, l'avis que le «coolie trade, tel qu'il est fait par des navires américains dans les ports de la Chine, n'était pas compris dans les actes du Congrès défendant la traite des nègres, les États-Unis firent une loi le 19 Février 1862, par laquelle le coolie trade est prohibé aux citoyens américains et a tout individu venant aux États-Unis ou y résidant, sous peine de confiscation du navire, d'emprisonnement des parties qui ont pris part a l'équipement du navire et du paiement d'une amende. Sont également soumis a une amende et a l'emprisonnement, les patrons et propriétaires de navires qui recevront à leur bord des coolies sans un certificat du consul américain constatant qu'ils émigrent volontairement.» (Opinion* of Attorneys General, vol. IX, p. 282. — U. S. Statutea ai large, 1861—1862, p. 340.) — Cong. Doc., cit. supra, p. 55, 58.

2 lbid., p. 171.

136 RAPPORTS DES NATI0N8 CHRÉTIENNES [Part. I,

conférence avec les Chinois. Les plénipotentiaires alliés demandaient tet pleins pouvoirs, rédigés d'après les formes de la diplomatie européenne. Le comte Poutiatine et M. Reed se contentaient, au contraire, pour traiter avec les plénipotentiaires chinois de l'autorisation que ceux-ci avaient présentée. Le ministre russe dit même à son collègue d'Amérique, que « l'on ne pouvait espérer que le gouvernement chinois donnât des pouvoirs plus étendus pour traiter avec les étrangers dans l'état actuel des affaires du pays. »

Le première entrevue de M. Reed avec les commissaires chinois eut lieu le 3 Mai. Les négociations du Comte Poutiatine avaient précédé celles du ministre américain.

Action des Avant que ces négociations ne fussent conclues , les plénianguis et* potentiaires français et anglais décidèrent de se rapprocher français, d aYan tggc de la capitale et, sous prétexte que les amiraux ne trouvaient pas prudent en remontant le fleuve de laisser les forts à l'embouchure du Peïho au pouvoir des Chinois, les flottes en prirent possession , renouvelant par là les hostilités , le 20 Mai. Après l'arrivée des plénipotentiaires des quatre puissances à Tsien-tsien , la question des pleins pouvoirs fut finalement décidée , et des négociations eurent lieu entre les Chinois et chacune des missions étrangères. Elles aboutirent à la signature, par la Chine, de traités avec les quatre puissances. 1

Traite ru«e, Par le traité, conclu le 13 Juin 1858 entre la Russie et la

13 •Juin ISôS

' Chine , le droit qu'avait la Russie autrefois (et qui n'existait que pour elle) d'envoyer des ambassadeurs à Pékin est confirmé, et il est convenu que les rapports existant entre les chefs des empires russe et chinois ne seront plus maintenus désormais, comme auparavant, par l'entremise du Sénat, d'une part, et par le U-san-iouan , de l'autre, mais par celle du ministre des Affaires Étrangères de Russie et du doyen du Conseil Suprême de l'Empire (tsziaun-tszistdhou) , ou du premier ministre chinois, sur le pied d'une parfaite égalité. Ce traité pourvoit aussi à ce qu'il n'existe désormais aucune restriction relative au nombre des personnes qui participeront au commerce par terre. Quant au commerce par mer, les bâtiments marchands russes seront tenus de se conformer aux disposi-

par terre.

Chap. L]

AVKC LA CHINE.

tions générales qui régissent le commerce étranger dans les ports de la Chine.

Il y a aussi une clause qui a rapport à la religion chrétienne, La religion dont l'enseignement, le gouvernement chinois le reconnaît, « aide à l'établissement de l'ordre et de la concorde parmi les hommes. » Des stipulations sont faites également pour l'admission d'un nombre déterminé de missionnaires qui seront munis de certificats, délivrés par les consuls russes, ou par les autorités des provinces des frontières.

La clause de ratification diffère des clauses des autres traités conclus en même temps, surtout de celles des traités français et anglais. Elle porte que a ce traité est actuellement confirmé par Sa Majesté le Bogdykban de Daïtsine, et qu'après sa confirmation par Sa Majesté l'Empereur de toutes les Russies, l'échange des ratifications aura lieu à Pékin, etc. » 1

Un traité de limites entre ces deux puissances avait été Traité <t« signé à Aighouan, le 16/28 Mai 1858. D'après le premier article de ce traité , la navigation de l'Amour , du Soungari et de TOussuri, ne sera permise qu'aux bâtiments des Empires Ta- Tsing et de la Russie ; la navigation de ces rivières sera interdite aux bâtiments de tout autre État. 2

M. Reed signa le traité américain le 18 Juin 1868. Outre Traité améles articles qui seront exposés sous d'autres rubriques, surtout j«u a mm. sous celle de la juridiction consulaire et, en dehors de l'article qui nous concède tous les privilèges qui sont ou qui seront accordés à toute autre nation , le traité porte que « le ministre ou le représentant diplomatique des États-Unis le plus élevé en Chine aura le droit en tout temps de s'entretenir d'affaires, soit personnellement soit par écrit, sur le pied d'une parfaite égalité, avec les officiers du conseil privé dans la capitale , de môme qu'avec les gouverneurs généraux des provinces de Fuhkien et Chehkiang, ou des deux Kiangs.»

Il reconnaît de plus au ministre des États-Unis le droit de Droit de vivisiter la capitale et d'y séjourner toutes les fois que ses 81 er u*e! pt affaires l'exigeront. Un membre du Conseil Privé, ou tout autre officier du même rang, serait alors député pour conférer

1 Annuaire des Deux-Mondes, 1858 -—1859, p. 1018.

2 Martews, Nouveau recueil général, tom. XVII, part. I, p. t.

RAPPORTS DES NATIONS CHRÉTIENNES

avec lui. Il serait pourvu aux moyens de lui faciliter son voyage et de lui procurer, à ses propres frais, une résidence dans la capitale. 11 lui serait également permis d'y résider à poste fixe, si le même droit était accordé au représentant de toute autre nation. Il y a aussi un article par lequel les chrétiens sont tolérés, qu'ils soient des Chinois convertis ou des citoyens des États-Unis.

La clause de ratification déclare que ce traité sera immédiatement ratifié par le souverain de l'Empire Ta-Tsing. 1 convention, Une autre convention pour le règlement du commerce, en

Novembre .

is58. conformité avec les arrangements faits par la Chine avec l'Angleterre et la France de même qu'avec les États-Unis, fut conclue en Novembre 1858. 2 M. Reed fit aussi une convention avec les commissaires chinois, d'après laquelle 500 mille taëls lurent accordés comme indemnité à des négociants américains. Traites Le traité anglais fut signé le 26 Juin, et le traité français, fraiM,ai*. l 2o le 27 Juin 1858. Tous les deux avaient pourvu à ce que les 1858. stipulations relatives aux indemnités fussent insérées dans un article à part. Quoique les Chinois se refusassent à recon- Siipulations naître le meurtre du missionnaire, le premier article séparé du mdïrànué* 1 ^ traité français est conçu ainsi: «Le magistrat de Lien-Hicn, Z ibSÎÏZ coupable du meurtre du missionnaire français Chapdelainc, na, çàis! sera dégradé et déclaré incapable d'exercer désormais aucun emploi. »

De la part des Anglais, le traité de Nankin fut confirmé: les deux traités pourvoient à l'ouverture d'autres ports, privilège qui devint commun à tous les pouvoirs ayant des traités avec la Chine.

Artu ic au \\ y avait en outre, dans chacun des quatre traités, un article

■Ujet rte Te- J ' '

. nan 8 * des portant que les ratifications en seraient échangées à Pékin. Cette

ratification* . . „ . , . .

h Pékin, stipulation donna heu a de nouveaux embarras. Les plénipotentiaires américain, français et anglais se réunirent àChang-lIa ï vers le 1 er Mai 1859; mais il n'y eut que le ministre américain lutiurations M. Ward , lequel avait succédé à M. Reed, qui arriva à Pékin.

du traite J i » ^

américain L'échange des ratifications de son traité n'eut cependant pas

échangées a

Peh-tang. lieu dans cette ville, mais au port de Pen-tang, le 16 Août.

Lorsque les ministres anglais et français arrivèrent à l'cm-

1 Treaties of the United States, 1860, p. 72, 78.

2 Jbid. t p. 185.

Chap. I.]

AVEC LA CHINE

bouchurc du Peïho, l'amiral Hope trouva la rivière barrée par Le pacage de solides estacades. Il annonça aux Chinois que les plénipo- d t*nHa e irês 0 tentiaires de France et d'Angleterre venaient pour échanger français arles traités. Il reçut pour réponse que les mesures de pré- releai,IVlho ' caution dont on se plaignait avaient été prises contre les rebelles, et nullement contre les étrangers. Cette réponse ne parut pas satisfaisante au plénipotentiaire anglais , M. Bruce, et il requit l'amiral de détruire les estacades et de frayer le Attaque des

m- m • -r * , -, i • Allies contre

passage vers Tien-Tsien. L'attaque échoua cependant, et les io, forts, flottes alliées furent repoussées. Tout ce qui avait rapport aux traités fut différé jusqu'à l'année suivante et à la suite d'une nouvelle expédition des alliés. 1

Les affaires anglaises et françaises en Chine furent confiées Lord Eigin de nouveau en 1860 à lord Elgin et au baron Gros, les mêmes baron S»», ministres qui avaient signé les traités de 1858. Les instruc- nouveau mitions du 21 Avril 1860, de M. Thouvcnel au baron Gros, por- "effile!" taient sur trois points, que le gouvernement de l'empereur, de même que celui de Sa Majesté Britannique, considéraient comme essentiels, et qui étaient: 1° des excuses formelles pour l'outrage fait aux pavillons alliés dans le Peïho; 2° l'échange des ratifications des traités de Tien-Tsin, et la mise à exécution de ces traités; 3° le paiement à chacun des deux gouvernements d'une indemnité de soixante millions de francs. 2

Cette fois, les plénipotentiaires des alliés étaient accompagnés non-seulement par des vaisseaux de guerre, mais aussi par des Armées dearmées assez considérables qui furent débarquées en Chine, "chiné.*" Après avoir pris les forts à l'embouchure du Peh-tang, et ensuite Marche sur ceux à l'embouchure du Peïho, les alliés marchèrent sur la capi- la capi,ale taie. Tout était arrangé, à ce que l'on croyait, pour l'échange à Pékin des ratifications , quand les alliés se virent subitement Attaque par attaqués le 18 Septembre, par une armée de 40 mille hommes. e t traitement L'armée tartare fut bientôt mise en déroute, et le 21 Septembre lier» «Sîun camp de 25 mille Tartares fut dispersé. Les ambassadeurs pccn!i ' reçurent alors une dépêche du frère de l'empereur annonçant qu'il avait été nommé commissaire avec les pouvoirs les plus

1 Annuaire des Deux-Mondes, 1858—1851», p. 960. — Affaires étrangères, Documents diplomatiques, 18G0, p. 224. M. Bolrboulon au Ministre des Affaires-Étrangères, le 30 Juin 1858.

3 Affaires étrangères, 1860, p. 240.

140 RAPPORTS DES NATIONS CHRÉTIENNES [Part. I,

étendus, mais les alliés se refusèrent à tout accommodement, si l'on ne rendait préalablement les Européens détenus à Pékin.

Les traitements éprouvés par ceux qui tombèrent dans le guctapens du 18 Septembre, fut mis en avant comme excuse de incendie du l'incendie du palais d'été de l'Empereur, le 7 Octobre, d'après

palais d'été

de l'Empe- les ordres de Lord Elgin et malgré les protestations du baron Gros. Il est même dit que le plénipotentiaire anglais considérait la destruction de ce monument des arts chinois , moins comme un acte de stérile vengeance, que comme une mesure d'intimidation.

A propos de cet acte, le dernier commentateur de Vattel dit: aL'histoire contemporaine n'offre cependant encore que trop d'exemples de violations des principes humanitaires, entrevus par Vattel , et proclamés définitivement par les théoriciens modernes. Dans ces dernières années, les armées combinées des deux nations les plus civilisées du monde, la France et l'Angleterre, livrèrent au pillage et à la dévastation, le palais d'été de l'Empereur de Chine, pour laisser (dit M. Zeller dans l'Annuaire Historique, année 1860, p. 481), à ces barbares, un souvenir durable de nos victoires. » 1

Un homme d'État français parla ainsi de cette barbarie: « Je ne voudrais pas que le lecteur supposât qu'en parlant de la profonde impression qu'ont reçue les imaginations chinoises pendant la dernière campagne , j'attribue un effet salutaire à l'acte d'intimidation qui a consisté à incendier les palais enfermés, dans le parc impérial de Yuen-mien-yuen. Le sentiment de l'Europe éclairée a condamné cette violence calculée. Une déplorable circonstance a aggravé cet acte barbare, le pillage a accompagné l'incendie. Celui des deux gouvernements dont le plénipotentiaire a insisté pour l'accomplissement de ce méfait s'est donné le tort de paraître l'approuver, par cela même qu'il s'est abstenu d'en faire l'objet d'un blâme public. Plus les États européens affectent la supériorité envers les autres parties du monde, plus ils devraient être attentifs à se conduire honorablement envers elles. Dominer l'Asie par la force des armes, si l'on n'y joignait le respect des droits de l'humanité, serait se placer sur la même ligne qu'Attila et que Gengis-Khan. » *

1 Vattbl, Droit des gens, éd. de Pradier-Fodbré , tom. III, p. 40.

2 Michel Chevalier, Le Mexique ancien et moderne, p. 244, note.

Chap. I.] AVEC LA CHINE. 141

Après ces événements qui frappaient si cruellement les Chi- Négociations nois, les négociations furent engagées, ou pour mieux dire, les coraSto» conventions additionnelles aux traités de Tien-Tsin furent n e1i d es U aux rédigées comme Lord Elgin et le baron Gros les dictèrent. Le Tiîn-Tsin! 24 Octobre eut lieu à Pékin même, dans le palais du tribunal des rites , la signature de la convention anglaise , et le lendemain , le 25 , celle de la convention française. En même temps, furent échangées les ratifications des traités conclus à Tien- Tsin, en 1858. Le traité français qui y avait été conclu avait stipulé le paiement de deux millions de taëls. Le montant fut indemnité, élevé à la somme de huit millions, allouée, dit la convention, « pour indemniser le gouvernement français des dépenses que ses armements contre la Chine l'ont obligé de faire , comme aussi pour dédommager les Français et les protégés de la France qui ont été spoliés lors de l'incendie des factoreries de Canton , et pour indemniser les missionnaires catholiques qui ont souffert dans leurs personnes ou dans leurs propriétés. »

La convention de Pékin ajouta Tien-Tsin aux ports ouverts PorU ou . dont le nombre avait déjà été augmenté par les traités de 1858, verts> d'après lesquels il a été convenu que les ports de Kiung-Tchau et de Chaou-Chaou, dans la province de Kouang-Tong, deTaï- Ouan et de Taashwi, dans l'île de Formose, province de Fo- Kien, de Tan-Tchau, dans la province de Chan-Tong, et de Nankin, dans la province de Kiang-nan, jouiront des mêmes privilèges que Canton, Chang-Haï, Ning-Po, Amov et Fou- Tcheou. 1

L'article séparé du traité anglais de 1858 était annulé et, au lieu de l'indemnité qui y était stipulée, les Chinois avaient à payer huit millions de taëls. L'article III, qui avait été changé du consentement de Lord Elgin, fut rétabli. D'après Les repré-

. . . t n -«r • a i j 3 £ sentante de

cet article : « Le représentant de Sa Majesté devra dorena- tous les pouvant résider permanement ou temporairement à Pékin , selon d«« tnES ce que Sa Majesté pourra décider. » Ce droit est devenu com- ïïèTdorémun à toutes les puissances ayant des traités, c'est-à-dire, n * v ^| t „* w ' outre la Russie, aux États-Unis et à la France. 2

Une distinction qu'il faut noter , entre les suites des hosti-

1 Affaires étrangères, Doc. </«>/., 1860, p. 259.

2 Anomal Register, 1860, p. 263. — Annuaire des Deux-Mondes, 1860, p. 724, 788. — Affaires étrangères, Doc. dipt., 1860, p. 27:5.

RAPPORTS DES NATIONS CHRETIENNES

[Part. I,

Pourquoi lités , telles qu'elles sont conduites par les nations européennes iîpKrmé contre les États orientaux, et la manière que les premières no^pVndint agissent ordinairement dans les guerres entre elles-mêmes, c'est ia guerre. q Ue ^ ( j uran t la dernière guerre de la France et de l'Angleterre contre la Chine, ces deux puissances publièrent des proclamations qui autorisaient une continuation de commerce avec l'Empire chinois. 1 On ne peut attribuer dans ce cas, le relâchement des droits des belligérants au désir d'adoucir pour les Chinois, les calamités de la guerre. ïl faut plutôt en chercher la cause dans le caractère unilatéral du trafic des Européens avec la Chine. Ce serait perdre le fruit de tous les efforts faits auparavant que de voir un des ports ouverts au commerce refermé à la suite d'une guerre. C'est pour cette raison que les Anglais repoussèrent en 1860 les rebelles de Chang-Haï, en même temps qu'ils marchaient contre les Impériaux à Pékin.

Une résolution ayant été proposée le 8 Juillet 1862 à la Chambre des Communes «qu'il fût enjoint aux autorités anglaises et aux commandants des forces navales et militaires de Sa Majesté, en Chine, de s'abstenir de toute intervention , excepté en cas de nécessité absolue et pour la défense des citoyens anglais qui ne prennent aucune part à la guerre civile qui sévit Déclaration aujourd'hui dans le pays », LordPalmerston déclara que la polid £oJv B ern£ u tique suivie était la meilleure, et pour les intérêts de l'Angle- „.entangiaj s . terre et pQur ceux de la Chine a Le8 Taépings » , dit-il, « sont

les ennemis de l'ordre, du commerce et de la propriété, et en défendant simplement les ports compris dans les traités ainsi que leur voisinage immédiat contre les attaques des rebelles, nous ne faisons absolument que ce que nos intérêts nous obligent à faire. » 2

Discussion Dans les débats qui eurent lieu lo 28 Juillet 1862, à la ilïesTrThi- Chambre des Lords, le comte Grey, en demandant la corre- •n e fav?ur Su spondance qui expliquait à quelles conditions l'emploi d'offimcuVhnpX ciers anglais par le gouvernement chinois était autorisé, fit i«MtcteiiM. observer que la neutralité entre le gouvernement chinois et les rebelles avait été violée par la protection des ports nouvellement ouverts , et il mit en avant le désir manifesté par les Taé-

1 Moniteur, 28 Juin 1860.

2 Annual Register, 18G2, p. 128. — Hansard, Parliamentary Defjdtes, :V série, vol. 1G8, p. :10 — 81.

Chap. I.]

AVEC LA CHINE

pings de maintenir des relations amicales avec les Européens jusqu'au jour où les alliés (les Anglais et les Français) avaient pris tout à coup sur eux la défense de Ning-Po et les en avaient chassés.

Le comte Russell admit que la politique du gouvernement semblait violer la neutralité maintenue auparavant, mais il dit qu'il avait fallu reprendre Ning-Po pour garantir les intérêts anglais qui se trouvaient en danger, et que les Taépings, quoique assez puissants pour détruire un gouvernement, étaient incapables d'en créer un eux-mêmes. Il déclara en outre, que le gouvernement anglais avait décidé de ne pas aider le gouvernement chinois à réprimer les Taépings, mais seulement de défendre les ports compris dans le traité, de manière à permettre aux Chinois de concentrer leurs efforts contre les rebelles.

Le comte Grey persista à condamner la politique du gouvernement anglais , comme étant de nature à engager l'Angleterre dans des difficultés avec une grande partie de la nation chinoise. 1

Un écrivain anglais, citant des Parliamentary Paper 8 % .deux Ordcrs in Council rendus en 1862 et 18G3, qui sanctionnent l'entrée de deux Anglais au service chinois, dont l'un au département des finances, et l'autre dans celui de l'amirauté , et autorisent en outre l'équipement de vaisseaux et l'enrôlement d'hommes pour le gouvernement chinois, n'hésite pas à déclarer que l'Angleterre n'accomplit que sa destinée, et qu'elle deviendra maîtresse de la Chine comme elle Test des Indes Orientales.

Le même écrivain dit: «Nous ne sommes pas bien convaincus que les strictes règles de la morale justifient notre entrée au Japon » ; mais il en attend des résultats pareils à ceux qui doivent résulter du commerce forcé avec la Chine.

Si nous jetons un coup-d'œil sur les relations des nations système i.. de l'occident avec celles de l'orient qui ont su préserver leur ^ avec indépendance intérieure, et avec lesquelles des traités en règle feront de ee-

.... . . . lui entre les

ont été conclus, nous pourrons aisément nous convaincre que nations eurol'on a été guidé par un système international bien différent de p * ie " ne9 -

1 HaNsard, Parliamentary Délaies, 3 e série, vol. 168, p. 82 — 90.

144 RAPPORTS DES NATION8 CHRÉTIENNES [Part. I,

celui qui est observé dans les rapports réciproques des nations de l'Europe.

Affaire de Nous avons vu la mise en vigueur d'une mesure sanitaire et

l'Opium.

d'une loi morale donner lieu aux actes hostiles les plus rigoureux de la part de l'Angleterre. C'est ce qui est arrivé à l'occasion de la saisie de l'opium par les Chinois. Il semblerait appartenir en outre aux agents diplomatiques , aux agents consulaires, et même quelquefois aux officiers des forces navales et militaires, de prendre contre les États orientaux des mesures initiatives équivalant à une déclaration de guerre, principal attribut de la souveraineté nationale.

La guerre de La guerre entreprise en 1856 contre la Chine n'a eu d'autre cMm: origine, comme nous l'avons déjà expliqué , que l'enlèvement du bord d'un navire de construction chinoise par les officiers de police de la Chine , dans leurs propres eaux , de quelques matelots chinois accusés de se livrer à la piraterie.

baprès m. L'envoyé américain, M. Reed, qui était à même de se proguerres de curer les meilleurs moyens d'information sur ce qui se passait

1856 étaient en Chine, écrivait le 4 Septembre 1858 au Secrétaire d'État MnTprë 0 . 1 M. Cass: «Les deux guerres qui ont désolé la Chine en 1839 et en 1856 étaient, de l'aveu de tout le monde, injustes et sans aucun prétexte légitime; ou en d'autres mots, elles ont présenté le cas de l'application peu scrupuleuse du pouvoir, sous l'influence d'un mouvement sordide. » Il ajoute que tandis qu'on fait une affaire d'État de la moindre offense commise par un Chinois envers un étranger, les crimes commis par un étranger passent impunément. Il n'y a pas d'exemple qu'un étranger ait jamais été exécuté pour le meurtre d'un Chinois, à moins que ce ne soit à Macao ou à Hong Kong. 1

Défaut de Quoique notre politique n'ait pas en vue les mêmes objets

chezV^offi- que la politique anglaise , dans les rapports avec les nations de

«;iers amen- . m , • ■ . . » en ' j f i

tain-* dan» la 1 Est } nos ministres et les officiers de nos forces navales se sont laissés quelquefois entraîner à épouser les intérêts britanniques, au préjudice des nôtres.

Dans l'attaque faite en 1856 sur Canton, Sir M. Seymour se loua de la coopération d'un détachement de soldats et de marins envoyés du bord d'un vaisseau de guerre américain. Et

1 Cnng. /W. , rit. supra, p. 4M k 2.

Chap. I.]

AVEC LA CHINE

Sir John Bowring écrivit le 21 Novembre de la môme année à son gouvernement, que le commissaire américain et le commandant des forces navales des États-Unis étaient venus le trouver et lui avaient annoncé qu'ils avaient également une insulte nationale à venger ; que les Chinois avaient fait feu sur leur pavillon, et qu'ils étaient décidés à attaquer les forteresses qui avaient tiré, et à les détruire.

D'après la dépêche du consul anglais, en date du 16, qui Attaque des fait part de cette affaire à Sir John Bowring, le commodore noises par les Armstrong s'était décidé tout d'abord à punir cet affront na- Amer "' a, " s tional, sans demander préalablement des explications. Le commodore considérait, disait-il, toutes réclamations comme inutiles , et voulait avoir d'abord recours à la force , et ultérieurement, aux négociations. Le consul ajoutait qu'il entendait dans le moment même tirer le canon. 1

Il ressort aussi d'une dépêche du ministre américain au Secrétaire d'État, du 22 Novembre 1856, que le commodore Armstrong n'avait même pas attendu le temps accordé par lui au commissaire chinois pour faire réponse à sa dépêche, demandant satisfaction de l'insulte en question, mais qu'ayant appris que les Chinois construisaient de nouvelles batteries , il avait renouvelé l'attaque contre les forts dont quatre avaient été pris. M. Parker , ministre américain , admet que la réponse du commissaire chinois arriva à Canton dans le temps assigné. 2

La conduite du Commodore américain fut désapprouvée par V?. Présid r nt

* r * Pierce des-

le Président Pierce, ainsi que nous l'avons dit. (Voir p. 134.) prouve

La politique des États-Unis, pendant la présidence de M. Politique de Lincoln, à l'égard de la Chine, est expliquée dans une instruc- ti^uHuït tion du 6 Mars 1862, de M. Seward, en réponse à une dépêche de M. Burlingame, ministre en Chine, annonçant la prise de la ville de Ning-Po par les rebelles: «Je crois qu'il est de notre devoir, d'agir d'après la façon qui nous gouverne dans nos relations avec toutes les nations amies, et surtout, de ne prêter ni secours, ni encouragement, ni appui à la sédition ou à la rébellion contre l'autorité impériale. Cette instruction ne doit point cependant être suivie au point de mettre en danger la vie et les propriétés des citoyens américains en

1 Britush Parliamentary Papers, China 1857, p. 97, 122.

2 Cony. Doc, 35 e Cony., 2 d ses$., Senate, No. 22, p. 102.

LAWRK Vf E-\Vn BATOV . I. 10

146 ^ RAPPORT DES NATIONS CHRÉTIENNES [Part. I,

Traite prusso-chinois.

Chine. » Contrairement à l'avis de ses prédécesseurs le Secrétaire d'État ajouta : « Quant à moi les intérêts de ce pays-ci *ont identiques à ceux de l'Angleterre et de la France.» 1

L'échange des ratifications du traité prusso-chinois eut lieu le 14 Janvier 1863. La Prusse se charge de la représentation des États allemands en Chine, à l'exception de celles des villes de la Hanse qui se réservent la nomination de leurs propres consuls. D'après la constitution de 1867 tout ce qui concerne les consulats de l'Allemagne du Nord est placé sous la surveillance de la présidence fédérale qui nomme les consuls. Article 56.

Traité avec Un traité fut conclu le 13 Juillet 1863 entre le Danemarck

le Dane-

"••rck. et la Chine. Par ce traité , le commerce du cabotage est accordé aux Danois, — privilège qui devint commun à tous les États ayant des traités avec la Chine. C'est le premier traité où l'on ait inséré cette stipulation.

TnUté avec Le 10 Octobre 1864, la Chine et l'Espagne conclurent un $pagne ' traité de commerce à Tien-tsin. L'Espagne a acquis le droit d'accréditer un agent diplomatique près la cour de Pékin; les ports des îles Philippines sont ouverts aux navires chinois. * Kepmen- La Grande-Bretagne, la France, la Russie, les États-Unis, la Prusse, l'Espagne et le Portugal sont représentés en Chine par des Envoyés-Extraordinaires, et Ministres plénipotentiaires.

Le ministre portugais est aussi gouverneur de Macao , et le ministre anglais, surintendant du commerce. 3

Nous avons déjà annoncé que la Chine a adopté le code international européen. Les «Éléments» viennent d'être traduits pour l'usage du gouvernement Céleste ; ainsi, l'ouvrage de M. Wheaton sert aujourd'hui de manuel diplomatique à Pékin de même qu'à Yeddo. 4

tants étrangers eu Chine.

des'ÊtotV H. SIAM, MUSCATE, BORNÉO, PER8E, JAPON.

Siam, Mus- Le traité des États-Unis, de 1844, avec la Chine avait C eVTa Perse 0 été précédé, en 1833, par des traités avec Siam et Mus-

1 Diplomatie correspondence , 1862, p. 839.

2 Almanach de Gotha, 1866, p. 1053.

3 Almanach de Gotha, 1867, p. 473. — Foreign Office List, 1867, p. 21. — Annuaire diplomatique, 1867, p. 127.

4 Lettre de Pékin, le H Septembre 1863. — Voir Notice etc., p. 74.

Cbap. T.]

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