IV. MONTÉNÉGRO
Le Monténégro, que la Turquie réclame également, est considéré comme État mi-souverain: il a été traité presque en État indépendant, en droit et en fait, par la Russie de même Gourme-
ni »Mït du
que par l'Autriche. Son gouvernement, politique et ecclésias- Monténégro.
1 Expos? de l'Empire français, Janrier 1863, p. 10ô.
a Le Nord, 20 Décembre 1866. — Exposé etc., Février 1867, p. 300.
* Almanach de Gotha, 1867, p. 849.
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tique, avait été administré, pendant un siècle et demi, antérieurement à 1852, par l'évêque, qui désignait son successeur par testament. Mais le prince Daniel I er , qui parvint au pouvoir en vertu du testament de son oncle, ayant refusé de prendre les ordres, le sénat convoqua une assemblée générale du peuple, qui, le 21 Mars 1852, se prononça en faveur d'une réforme basée sur la séparation du spirituel et du temporel. 1
Le plénipotentiaire autrichien au Congrès de Paris, comte de Buol, intima à la conférence du 25 Mars 1856, qu'il serait utile d'obtenir des plénipotentiaires russes les assurances, que la Russie n'entendait pas exercer dans le Monténégro une action ayant une certaine analogie avec celle qui lui avait été dévolue dans les provinces danubiennes, et que les plénipotentiaires pourraient, au moyen d'une déclaration qui resterait consignée au protocole, lever tous les doutes à cet égard. La Russie L es plénipotentiaires russes répondirent qu'ils n'hésitaient
désavoue * *
ttoM "î* P as ' déclarer, puisqu'ils étaient interpellés, que leur gouvernetiques ex- ment n'entretenait avec le Monténégro d'autres rapports que
clusives t ' , . r
avec le ceux qui naissent des sympathies des Monténégrins pour la
Monténégro.
Russie et des dispositions bienveillantes de la Russie pour ces montagnards. Dans la conférence du 25 Mars 1856, les plénipotentiaires de l'Autriche, de la Grande-Bretagne et de la Turquie déclarèrent considérer les explications fournies par les plénipotentiaires de la Russie au sujet du Monténégro comme impliquant l'assurance que la Russie n'entretenait pas avec cette province des relations d'un caractère politique exclusif. JJJËgJÎJJ Ali -Pacha ajouta que la Turquie regardait le Monténégro comme partie intégrante de l'empire ottoman, et déclara que la Porte n'avait pas l'intention de changer l'état actuel des choses. 2
Protestation Cette déclaration du plénipotentiaire turc motiva, le 19/31 Mai d ï>atiîe" ce 1856, une protestation de la part du prince Daniel, adressée aux ministres des puissances qui avaient signé le traité de Paris. «Ali-Pacha», disait-il, «avance que la Porte considère le Monténégro comme une de ses provinces. Cette assertion est insoutenable. Les Monténégrins auraient plutôt le droit
1 Annuaire des Deux Afondes, 1852 — 53, p. 632.
? Martens, Nouveau recueil général, tom. XV, p. 736, 738.
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de prétendre à la moitié de l'Albanie et à toute l'Herzégovine, puisque mes prédécesseurs, princes indépendants de Monténégro, ducs de Zêta, ont possédé autrefois ces territoires, tandis que les Turcs n'ont jamais possédé le Monténégro. » 1
L'agression de la Turquie contre le Monténégro, en 1858, Agression d« eut pour résultat l'intervention collective des cinq grandes 'îontr? ïl 6 puissances. A la suite de la défaite essuyée par l'ar- ^ onténégro mée turque à Grahovo dans la môme année, une commission composée des délégués de la France, de la Russie, de commission l'Autriche, de la Prusse, de la Turquie et d'un délégué monté- des limit * a négrin (la Turquie et l'Autriche n'acceptant ce dernier qu'avec beaucoup de difficultés) fut nommée pour vérifier l'état de possession respective en B 1856, alors que le grand visir déclarait au Congrès de Paris que la Porte ne voulait rien changer à cet état, et pour en faire ensuite un rapport aux représentants des grandes puissances à Constantinople. 2
En 1862, la guerre éclata entre la Turquie et le Monténégro, Guerre d0 le prince de ce dernier pays demandant l'indépendance absolue 1862 du Monténégro, le pouvoir héréditaire pour ses descendants, Demande du et une nouvelle fixation de limites, de manière à lui procurer MoDténegro * un port sur l'Adriatique.
La campagne de 1862 fut malheureuse pour les Monténé- Ré8U i ut de grins. Par la convention du 8 Septembre, ils furent forcés lm B J£j£ de de se soumettre à la construction d'une route militaire à tra- ^^1^ vers le pays, et à l'érection, sur toute la ligne de cette route, tJ&Jl&ii, de blockhaus qui devaient être occupés par des troupes turques. Il n'est pas question dans le document de la reconnaissance de la souveraineté de la Porte. Fuad-Pacha déclara qu'il n'y avait pas lieu de reconnaître ce que la Porte avait toujours possédé de droit, et ce qu'elle possédait maintenant de fait.
Les termes imposés par la Porte au Monténégro ayant ap- R em0 npelé une remontrance de la part de la Russie , une correspon- tro Huâsie! '* dance s'ensuivit entre cette puissance et l'Angleterre. Dans cette correspondance se trouve exposée la politique anglaise d'alors, qui était si peu favorable aux provinces chrétiennes que l'on prétend être sous la suzeraineté de la Turquie.
1 Le Nord, 2 Septembre 1862.
» Annuaire des Deux Mondes, 1857-58, p. 704. Ibid., 1858—59, p. 731.
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Note de Lord Lord Russell dit, dans une note adressée en Septembre 1862 R mini!!r" u au représentant diplomatique de l'Angleterre à St. Pétersbourg, p*" 8 péters- °» uc (< ^ gouvernement de Sa Majesté a toujours entendu que, timbre 1862 du momcilt ou la Turquie a été admise à faire partie du système européen, elle devrait aussi participer à tous les avantages et à tous les devoirs qui reviennent à un État indépendant. »
«Il n'est pas juste», eontinue-t-il, «lorsque les traités se taisent, d'intervenir sans nécessité ni provocation, dans le cas d'une insurrection en Turquie, et lorsque cette insurrection a été soutenue par un prince voisin. C'est ce qui est arrivé en Herzégovine , où une insurrection avait éclaté , et dans le Monténégro, par qui cette révolte avait été fomentée et soutenue. Si le prince de Monténégro était un vassal, le Sultan avait le droit de le réduire à l'obéissance et de lui imposer telles conditions qui pussent assurer cette obéissance dans l'avenir. » Les Monte- Lord Russell assimile les conditions de la Porte à celles im- D mUé"*S posées aux Ecossais par les Anglais, après la suppression de ior»°dTi6nr la rébellion qui avait pour but de renverser la dynastie harontVeïdy- novrienne. Après avoir défait les rebelles à deux reprises, les noTrïnnV. Anglais avaient établi de bonnes routes à travers les montagnes de l'Ecosse et avaient érigé des forts pour tenir les révoltés eu respect.
«Si d'un autre côté», ajoute Lord Russell, «le prince de Monténégro était un prince indépendant, le Sultan avait le droit de lui imposer telles conditions de paix qui pussent prévenir le renouvellement d'une aggression de sa part. » v.usdugou. Partant de la question plus générale, il dit: «Je ne veux britanniqna pas terminer sans exposer en peu de mots le point de vue du 6e passe' en gouvernement de Sa Majesté sur ce qui se passe en Turquie. Turquie, g. ^ gu j ets s i aves et grccs fa Sultan se révoltent, et que l'insurrection soit réprimée , le poids de l'autorité deviendra plus lourd ; des privilèges seront retirés , et les sommes destinées à la construction de routes et de ponts, et à l'introduction d'améliorations, seront distraites par le payement et le maintien d'une force imposante. Si, au contraire, la chimère casuites Pô*- resséc dans certaines provinces de renverser le pouvoir otto- Tnsu'rection man se réalisait , les Grecs et les Slaves entreraient en lutte ; •fdes oVers. chaque province réclamerait la suprématie; la guerre civile
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ravagerait les pays où l'autorité du Sultan aurait été renversée, et un appel serait fait aux grandes puissances de l'Europe pour mettre une fin à l'anarchie, en partageant entre elles les provinces turques. Mais les puissances européennes seraient difficilement en état d'accomplir cette tâche sans donner lieu à de nouveaux conflits, et probablement à une guerre générale.
«Telles sont les vues qui engagent le gouvernement de Sa Majesté Britannique, désireux d'ailleurs d'améliorer la situation des sujets chrétiens de la Porte, à refuser toute coopération à la réalisation des projets connus en Grèce sous le nom de la grande idée, projets qui, tant chez les Grecs que chez les La Slaves , tendent à la dissolution des liens d'obéissance dans l'empire ottoman , et sont plus ou moins en relation avec les intrigues criminelles dont la Turquie éprouve les effets en Servie et qui visent autant au renversement de toute monarchie en Europe qu'à la destruction de l'intégrité de l'empire ottoman. »
Dans une dépêche du 28 Septembre 1862, adressée au baron Dépêche du
prince Oor
Brunow, à Londres, le prince Gortschakoff dit entre autres: tschakoff au «Je ferai observer incidemment, que l'Angleterre a tou- ïï!,î' jours professé des doctrines tendant a la reconnaissance des be Ï96? br * gouvernements de fait, c'est-à-dire de ceux dont l'existence se manifeste par des faits assez notoires et assez durables, pour constater leur vitalité.
« D'après cette doctrine, il nous semble que le cabinet anglais j^jjjjjjjj ne devrait pas contester au Monténégro un droit à l'indépen- ■JJ^JJJ dance que ce pays a maintenue depuis plus d'un siècle avec une ««g <»• indomptable énergie, à moins d'admettre que le principe en CVsse . t elle question cesse d'être applicable, du moment où il s'agit de ^ti" JïJid réduire un État chrétien sous la domination turque.» n £ftSC
Le prince Gortschakoff ne semble-t-il pas combattre le droit de tleoT conquête mis en avant par la Russie elle-même en tant d'autres occasions pour se délier des obligations contractées avec ses cosignataires dans les traités? Il ajoute: « Dans la question présente, à côté de la Porte et du Monténégro comme belligérants, il v a un troisième élément: les grandes puissances de l'Eu-
rope, sans parler des antécédents qui ont amené leur partici- Pitances appe-
pation solennelle à des actes concernant les rapports entre la i*e sur i«
débat par la
Turquie et le Monténégro. Ces puissances ont vu leur solli- Pon«.