‹ Commentaire sur les Epîtres catholiques de S. Jacques, S. Pierre, S. Jean et S. JudeChapitre 27 sur 119 · PREMIERE EPITRE DE SAINT PIERRE · texte numérisé non relu

PREMIERE EPITRE DE SAINT PIERRE

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PREFACE

1. Saint Pierre adresse cette Epître aux Israélites convertis qui étaient dispersés dans plusieurs provinces de l'Asie Mineure. Mais comme ils formaient une seule Eglise avec les Gentils «pii avaient aussi embrassé la religion chrétienne, on doit reconnaître que les paroles de saint Pierre regardent tous les fidèles de ces contrées, ou plutôt les chrétiens de tous les siècles.

Il les exhorte à pratiquer la vertu à cause des grâces qu'ils ont reçues de Dieu, et en vue des biens admirables qui leur sont préparés dans le ciel.

Il leur recommande, en particulier, l'union des sentiments, la patience dans les tribulations, la vigilance sur eux-mêmes et la soumission aux puissances temporelles.

Puis, entrantdans Le détail des diverses conditions, il ordonne aux esclaves d'obéir à leurs maîtres, et il prescrit aux femmes d'être Boumises à leurs maris. De même, les maris doivent vivre emmes selon La sagesse, et les traiter avec honneur. Ensuite il -"adresse aux pasteurs, c'est-à-dire aux évêques et aux prêtres, et il Les exhorte à prendre soin du troupeau que 1 Heu Leur a confié.

Par ci résumé, l'on voit que saint Pierre se propose moins d'en aux fidèles Les dogmes de La religion, que de les

soutenir au milieu des persécutions qu'ils souffraient de La part des Juifs incrédules <'t des Gentils idolâtres, il les encourage à demeurer fermes dans La foi, à régler leur conduite sur la foi, e< il montre que Leur foi est appuyée sur un fondement inébranlable.

2. Cette Epitre est écrite de Babylone; mais saint Pierre veut par là faire entendre la ville de Rome, qui est aussi désignée cinq ou six fois dans l'Apocalypse par le nom de Babylone, comme le remarque Tertullien : Sic et Babylon etiam apud Joannem nostrum Romance urbis figura est, (Contra Marcion., lib. III, c. xni.)

3. On discute sur l'époque où cette lettre a été composée. Les uns pensent qu'elle a pu être écrite dès l'an 43 ou 44, pendant le premier séjour de saint Pierre à Rome : les autres la reportent à vingt ans plus tard, quand Néron commençait à persécuter les chrétiens. Ils s'appuient sur ce mot de l'Apôtre : « Sachez que vos frères qui sont dans le monde souffrent les mêmes afflictions que vous (v, 19). » Mais les chrétiens ont, dès l'origine, subi en tous lieux des vexations de la part des Juifs et des païens.

Une autre raison qu'ils font valoir, c'est qu'on note dans cette Epître des pensées, des maximes et même des expressions qui se retrouvent dans l'Epître de saint Paul aux Romains (c. xn et xiii), et dans celle aux Ephésiens. De là, ils concluent que saint Pierre avait sous les yeux ces deux dernières Epîtres, lorsqu'il écrivait la sienne. Elle serait donc postérieure à l'an 62. Mais outre que le Saint-Esprit suggérait la même doctrine aux deux Apôtres et que l'expression suit facilement la pensée, on peut dire que les ressemblances remarquées dans leurs écrits s'expliquent naturellement par les relations que saint Pierre et saint Paul ont eues ensemble à Jérusalem et à Antioche. On explique de même les passages analogues des Epîtres de saint Jacques et de saint Jean. Ces phrases similaires, dont chacune conserve son trait propre, ne doivent pas surprendre dans les disciples du même maître et chez les prédicateurs de la même doctrine.

L'avant-dernier verset de cette Epître nous semble fournir une indication meilleure. On y voit que saint Marc était alors à Rome auprès de saint Pierre : Salutat vos Marcus, filius meus. Or, saint Marc quitta saint Pierre pour aller fonder l'Eglise d'Alexandrie vers l'an 45. Cela paraît trancher la question ; car il n'est pas vraisemblable que le Marc dont parle saint Pierre soit différent de l'Evangéliste. Il en faut conclure que cette Epître est antérieure à l'an 45.

\. On sent en la lisant une autorité digne du Prince des Apôtres. Le style est noble, précis, plein de force. Il dit beaucoup de choses en peu de mots. Epistolam profecto dignam apostolorum principe, dit Erasme, plénum auctoritatis ac majestatis apostolicce, verbis parcam, sententiis differtam. En examinant et en pesant chaque terme, on retrouve, pour ainsi dire, toute la substance de l'Evangile condensée dans ce petit nombre de pages.

La période de saint Pierre se prolonge de temps en temps, comme celle de saint Paul. 11 y insère des parenthèses ; surtout, il aime à enchaîner plusieurs membres de suite an moyen de participes et de pronoms conjonctifs. Gela rend sa phrase parfois dificile à entendre lorsqu'on n'y est pas habitué.

5. On n'a jamais douté que cette Epître ne fût l'œuvre de saint Pierre. On en remarque jusqu'à huit passages insérés dans la lettre de saint Polycarpe aux Philippiens. Eusèbe déclare qu'elle a pour elle le témoignage unanime des anciens auteurs ecclésiastiques, qui la citent souvent dans leurs écrits. Pétri quidem una Epistola quœ prior ejus dici solet, tumquam germana ab omnibus sine conlroversia admittitur. Cujus etiam testimonio veleres religionis nostrœ antistites, a (pote extra omnem dubitationem positœ, in script is sais frequentissime nsi sunt, (Hist. Eccl., lib. III, c. in.)

Elle est citée par saint Irénée (adv. Haer., lib. IV, c. ix) : Petrus ail in Episfola saa : Quem non videntes diligitis. (I Petr., i. «s.) Clément d'Alexandrie en insère dans ses Stromates la maxime suivante : Sed si quid patimini propter justitiam,beati,dicit Petrus. il Petr., ni, 14. — Strom.,1. IV.) Elle <'>t enfin citée dans Tertullien, Origène, saint Cyprien et t< "i- Les Pères qui viennent après ceux-là.

f'. L'on convient aussi que le t.xte grée n'est pas un,' traduction, mais l'original même. Quant à savoir si saint Pierre en seul L'auteur, ou bien -"il en a fait corriger !<• style par saint Marc «-H par un autre secrétaire, cela n'importe guère, puisqu'il a tout dicté ou tout approuvé >'»us L'inspiration du Saint-Esprit, Nous croyons cependant que saint Pierre, qui avait reçu 1'' 'Ion des langues au jourde la Pentecôte, <'t qui prêchait L'Evangile • •il grec aux hommes Les plus illustres de L'Empire, -avait assez

de grec pour rédiger lui-même cette Epître, telle que nous l'avons. Saint Jacques et son frère saint Jude, qui n'avaient pas plus fréquenté les écoles que saint Pierre, ont écrit leurs Epîtres dans un fort bon style.

On remarque que, parmi les écrivains du Nouveau Testament, saint Pierre est celui qui cite le plus fréquemment l'Ancien ; et il le fait avec une aisance qui surprend dans un pêcheur de Galilée, quand on se rappelle combien il était peu familiarisé avec les Livres, saints, avant sa transformation miraculeuse au jour de la Pentecôte.

7. Puissions-nous, en lisant cette Ecriture divine, concevoir une haute estime de notre vocation au christianisme, et comprendre combien sont précieuses les souffrances qu'on endure avec patience et résignation, surtout quand on est innocent, et plus encore quand on souffre pour la cause de Jésus-Christ, Saint Pierre ne cesse d'inculquer cette leçon, et peut-être ne nous est- elle pas aujourd'hui moins nécessaire qu'elle l'était aux premiers chrétiens.

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