‹ Commentaire sur les Epîtres catholiques de S. Jacques, S. Pierre, S. Jean et S. JudeChapitre 36 sur 119 · In hoc enim vocati estis · texte numérisé non relu

In hoc enim vocati estis

quia et Christus passus est pro nobis, vobis relinquens exemplum ut sequamini vestigia ejus.

22. Qui peccatum non fecit, nec inventus est dolus in ore ejus.

— 157 — lPetr.yu.

23. Qui quum malediceretur, 23. Quand on le chargeait d'in non nailedicebat ; quum pâte- jures, il ne répondait point par des retur, non comminabatur ; Ira- injures; quand on le maltraitait, il débat autem judicanti se in- ne faisait point de menaces ; mais il juste. se livrait entre les mains de celui

qui le jugeait injustement.

24. Qui peccata nostra ipse 24. Il a porté lui-même nos péchés pertulit in corpore suo super dans son corps sur la croix, afin lignum , ut peccutis mortui, qu'étant morts au péché nous vivions justifia' vivamus ; eu jus livore pour la justice; et c'est par ses meursanati estis. trissures que vous avez été guéris.

25. Eratis enim sicut oves 25. Car vous étiez comme des breerrantes, sed conversi estis nnne bis égarées; mais maintenant vous ad pastorem et episcopv.m ani- êtes retournés au Pasteur et à l'Emarum vestrarum. vêque de vos âmes.

1. Déponentes iqitur omnem malitiam, « déposant donc toute malice. » Ce verset se lie au 23e du précédent chapitre : Renati ex semine incorruptibili per Verbum Dei. Vous avez reçu une vie nouvelle dans les eaux du baptême fécondées par la parole de Dieu ; vous y avez été engendrés d'un principe incorruptible ; et par cette nouvelle génération vous êtes devenus frères. Déposez donc toute malice, toute tromperie, toute dissimulation, toute envie et toute médisance. Car ce sont là des choses contraires à la charité fraternelle.

« Toute malice » {omnem malitiam, Trïsav xaxt'av) est un terme général qui désigne la volonté de nuire au prochain : nocendi amor, (Aug. Hom. xx inter 50.) Les mots suivants indiquent les différentes espèces de malice auxquelles il faut renoncer. L'Apôtre énumère des vices qui ne sont pas rares parmi les chrétiens et que certaines personnes pieuses se pardonnent trop facilement.

Et omnem dolum. Renoncez à toute sorte de tromperie. Un frère ne doit pas tromper un frère ; qu'il n'y ait point de fraudes parmi vous.

Et simulationes, &icoxpfoetç. Ce terme désigne l'art de

feindre, soit dans ses discours, soit par ses manières, des senti monts de bienveillance que l'on n'a pas dans le fond du cœur. Une équité simulée, dit saint Augustin, est une double iniquité. Simulata œquitas non est œquitas, sed duplex iniquitas. (S. Aug. in Ps. lxiii.) L'Esprit-Saint nous apprend que les hommes doubles attirent sur eux la colère de Dieu. Simulator es et callidi provocant iram Dei. (Job, xxxvi, 13.)

Et invidias. Que l'envie est donc funeste t C'est par l'envie du diable que la mort est entrée dans le monde. Invidiadiabolimors introivit in orbem terrarum. (Sap., n, 25.) C'est l'envie qui vendit Joseph. C'est l'envie qui dirigea la lance de Saùl contre le jeune David. C'est l'envie des prêtres d'Israël qui livra le Christ à la mort. Sciebat enim Pilatus quod per invidiam tradidissent eum . (S. Matth., xxvn, 18.)

L'envie est une passion extrêmement subtile : peu d'âmes en sont exemptes et peu s'en accusent.

Comme l'envie distille souvent un poison qui noircit la réputation du prochain, l'Apôtre ajoute aussitôt : interdisez-vous toute médisance, omnes detractiones.

2. Sicut modo geniti infantes. « Semblables à des enfants nouvellement nés. » Il y a une enfance spirituelle comme une enfance corporelle. Chez l'enfant qui vient au monde, les organes se perfectionnent peu à peu et la raison se développe par degrés. Il en est de même du néophyte; à moins d'une grâce spéciale, la vertu ne s'affermit pas subitement dans le nouveau chrétien. Il faut des instructions, des prières, des communions et du temps, pour qu'il passe de l'enfance à l'état d'homme parfait en Jésus-Christ.

Lac concupiscite, désirez du lait. La nature a mis dans l'enfant un désir qui lui fait rechercher le sein nourricier de sa mère. De même le jeune chrétien rempli du Saint- Esprit sent en son âme une faim qui lui fait chercher avidement une nourriture spirituelle. L'amour de la parole de Dieu est un signe de justice. Celui en qui règne la grâce aime à entendre l'Evangile. Désirez donc la divine

— 159 - lPetr.,u.

parole, dit saint Chrysostome, avec le même empressement que l'enfant se précipite aux mamelles de sa mère.

Rationabile lac. C'est d'un lait spirituel que parle l'Apôtre, Xoy.xov, un lait qui nourrit la raison, la foi et l'âme du chrétien.

Sine dolo, àôoAov, sinceram, un lait qui n'est pas mélangé de substances étrangères et fraudé.

Ce lait vivifiant que recommande saint Pierre est la pure doctrine apostolique, et non une doctrine altérée par des maximes judaïques, hérétiques ou mondaines. Dès l'origine, il s'est trouvé des chrétiens qui n'ont pas voulu recevoir la parole de Dieu toute pure, ils la corrigeaient et la faussaient.

Ut in illo crescatis in salutem. Voulez-vous grandir en vertu et vous affermir dans la sainteté ? voulez-vous n'être plus de fragiles enfants que le moindre choc renverse, mais devenir des hommes fermes, dont le salut soit assuré ? nourrissez-vous de la doctrine de l'Evangile. Imitez la bienheureuse Vierge, qui gardait les saintes paroles et les méditait dans son cœur. Maria autem conservabat omnia verba hœc , conferens in corde suo. (S. Luc, ii, 19.)

3. Si tamen gustastis quoniam dulcis est Dominas. Je vous exhorte à désirer avec ardeur cette parole salutaire, si toutefois vous avez goûté combien le Seigneur est doux. Saint Pierre cite le Psaume xxxin, où le prophète dit : t Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux. » Gustate et vidcte quoniam snavis est Dominas. Vous, fidèles baptisés, qui croyez fermement à l'Evangile, n'avezvous pas quelquefois senti au fond de vos cœurs la présence de Dieu ? Il vous remplissait alors d'une joie secrète et ineffable. Eh bien, nourrissez -vous de la parole sainte, et le bonheur que vous avez ressenti, vous l'éprouverez encore. Mais souvenez- vous que Dieu n'accorde ces précieuses faveurs qu'aux Ames pures et courageuses.

Outre le sens littéral que nous venons d'exposer, plusieurs pensent que, sous ces paroles voilées, saint Pierre désigne aussi la sainte Eucharistie, où la douceur de la

grâce divine est goûtée dans sa source. Ce sens paraît d'autant plus naturel qu'aux premiers temps de l'Eglise on donnait la sainte communion aux néophytes aussitôt après leur baptême ; et dans les peintures des catacombes, on voit l'Eucharistie symbolisée par un vase de lait (1).

Dulcis est Dominus. Un pieux auteur, qui savait par expérience combien le Seigneur est doux, a écrit ces belles paroles : « Quand Jésus est avec nous, tout est bon et rien ne semble difficile. Mais quand Jésus est absent, tout est dur. Quand Jésus ne parle point à notre cœur, toute consolation est faible; mais si Jésus dit seulement une parole, on sent une grande consolation. Etre sans Jésus est un cruel enfer, et être avec Jésus est un doux paradis. Si Jésus est avec vous, nul ennemi ne pourra vous nuire. Celui qui a trouvé Jésus a trouvé un bon trésor, ou plutôt il possède le bien suprême ; et celui qui perd Jésus, perd plus que le monde entier. » (Imit. Christ., 1. II, c. vin.)

4. Ad quem accedentes, lapident vivum, ab hominibus quidem reprobatum, a Deo autem electum et honorificatum. Approchez-vous du Seigneur qui est la pierre vivante, que les hommes avaient rejetée, mais que Dieu a choisie et mise en honneur.

Accedentes. On s'approche du Seigneur par la foi, on s'attache à lui par l'espérance, on demeure en lui par la charité.

Lapidem» Le Christ est nommé la pierre angulaire de son Eglise, pour montrer l'union qu'il y maintient et la solidité qu'il lui donne. — Lapidem vivum; mais c'est une pierre vivante, qui communique la vie à toutes celles qui composent l'Eglise où Dieu habite.

Ab hominibus quidem reprobatum, a Deo autem electum. Cette parole mérite une grande attention.

(1) Dulcis est Dominus. Le Seigneur dont il parle est Jésus-Christ, comme le prouve le verset suivant : Ad quem accedentes lapidem. Or, dans le Psaume que saint Pierre applique à Jésus-Christ, le mot hébreu rendu par Dominus est Jéhova, le nom incommunicable. 11 y a donc ici une preuve de la divinité de Jésus-Christ, puisque l'Apôtre le nomme Jéhova, le Seigneur suprême.

— 161 — lPetr.,iï,

David avait dit au Psaume cxvn : « La pierre que les architectes ont rejetée est devenue la tête de l'angle. » Lapidera quem reprobaverunt œdificantes , hic fadas est in caput anguli. Notre-Seigneur, rappelant aux Juifs cette parole de David, s'en faisait l'application. N'avezvous jamais lu ces mots dans l'Ecriture? leur disait-il : « La pierre rejetée par ceux qui bâtissaient a été posée à la tête de l'angle. » Et il ajoutait cette menace terrible : * C'est pourquoi le royaume de Dieu vous sera ôté, et il sera donné à une nation qui en fera les fruits. » Il disait encore : « Celui qui tombera sur cette pierre sera brisé, et celui sur qui elle tombera sera broyé. » (S. Matth., xxi, 42.) Saint Pierre amené devant le grand Conseil des Juifs, pour avoir guéri au nom de Jésus le boiteux qui se tenait à la porte du Temple, ne craignit pas de citer la même parole aux Pontifes Anne et Caïphe et à tous ses juges : « C'est Jésus de Nazareth, crucifié par vous, leur dit-il, qui a guéri l'homme que vous voyez debout en votre présence. Or, ce Jésus est la pierre que vous, architectes, avez rejetée, et qui a été laite la principale pierre de l'angle. »

Maintenant, saint Pierre, écrivant cette Epître, se

souvient toujours de la même parole, et il la rappelle

aux Juifs chrétiens de l'Asie, i Approchez-vous de cette

pierre », dit-il, et venez à elle. Vos prêtres l'ont réprouvée,

et ils la rejettent encore : Ab hominibus quidem reproba-

tum. Mais aux yeux de Dieu, c'est une pierre d'élite, une

pierre d'un prix inestimable. Aussi Dieu l'a choisie et

tellement glorifiée qu'elle est aujourd'hui célèbre et adorée

dans tout l'univers \A Deo autem élection et lionorificalum.

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