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lllusores. Saint Pierre désigne les hérétiques qui devaient prochainement paraître et dont quelques-uns déjà murmuraient leurs impiétés dans l'ombre. Ce sont des imposteurs.
In deceptione ilhisores. Ces fourbes, habiles à tromper, se jouent de la crédulité de ceux qu'ils abusent (1).
Comment se fait-il que, dans tous les siècles et dans tous les pays, les imposteurs séduisent si facilement les peuples ? Nous l'avons dit : c'est qu'ils flattent les passions des hommes. L'orgueil, l'amour de l'indépendance, le plaisir secret de penser par soi-même et de se débarrasser d'une règle sévère, tout cela fait secouer le joug de l'autorité et accueillir avec enthousiasme les nouveaux docteurs. Ainsi naissent et se propagent les hérésies.
A la même époque, saint Paul écrivait à son bien-aimé disciple Timothée : Sachez qu'aux derniers jours il viendra des temps pleins de périls. Puis il lui dépeint les hommes perfides qui ravageront l'Eglise. (II Tim., ni.) Les deux Apôtres se rappelaient cette parole de Notre- Seigneur : a Prenez garde aux faux prophètes qui viennent à vous sous des vêtements de brebis, mais qui, au dedans, sont des loups ravissants. » (S. Matth., vu, 15.) Aujourd'hui, comme à l'origine, le monde est plein de faux docteurs, qui rejettent l'enseignement de l'Evangile et de l'Eglise, ou veulent le plier à leurs idées.
Juxta proprias concupisccntias ambulantes . Voilà le motif secret qui fait embrasser les nouvelles doctrines. On croit ce que l'on veut pour faire ce que l'on désire.
4. Dicentes : Ubi est promissio aut adventus ejas ? Ex quo enim patres dormiernnt, omnia sic persévérant ab initio creaturœ. Et ces docteurs vous disent : Qu'est devenue la promesse du Christ? Où donc est son avènement qu'il nous faisait attendre ? N'annonçait-il pas que nous le verrions bientôt descendre sur les nuées du ciel?
(1) In deceptione illusores, èv èfjLTtcuyficvy ê/tTraïxrat, in illusiune illusores. Cette réunion de deux mots qui ont la même origine ou qui sonnent de même, est une figure très familière aux hébreux et qui donne «le la force a la pensée.
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Cependant il ne vient pas, et toutes choses continuent d'aller comme au commencement du monde. Il y a bien de l'apparence que les années futures ressembleront à celles qui sont passées. Alors, que deviennent la résurrection des morts, et le jugement universel des hommes, et le royaume qu'il nous promettait dans les cieux? Ainsi raisonnaient Philetus et Hyménée. (II Tim., n.)
C'était une objection assez répandue. On lisait, en effet, dans l'Evangile cette parole : Vous verrez bientôt le Fils de l'homme venir sur les nuées du. ciel. Amodo videbitis Filium hominis venientem in ?iabibascœli.(S. Matth.,xxvi, 64.) Cependant les vieillards qui avaient vu et entendu Jésus mouraient les uns après les autres, et Jésus ne paraissait point, et tout dans les saisons, aux cieux et sur la terre, marchait dans le même ordre. Cette prophétie du Christ, qui ne s'accomplissait pas, répandait sur ses autres promesses un nuage d'incertitude qu'il fallait dissiper.
5. Latet enini eos hoc volentes, quod cœli erant prias, et terra, de agita et per aquam consistens Dei verbo. Ces docteurs vous disent que rien n'a jamais changé dans le monde; mais ils sont dans une ignorance volontaire. Estce qu'il n'est arrivé aucun bouleversement dans les siècles passés ? Ils oublient que les cieux furent faits à l'origine par la parole de Dieu, aussi bien que la terre qui sortit de l'eau et qui subsiste par l'eau.
Latet eos hoc volentes. Qu'un Dieu ait fait le monde, la saine raison le prouve. Mais sans les raisonnements de la philosophie naturelle, nous avons entre les mains les livres de Moïse, qui nous font le récit de la création du monde. Les novateurs ignorent donc volontairement que Dieu, qui a fait les cieux et la terre quand il a voulu, les détruira quand il voudra. Ils ignorent aussi que, depuis la création de l'homme, les choses n'ont pas toujours marché comme au commencement : Dieu a déjà une fois englouti la terre sous les eaux du déluge.
Cœli erant prias. Ce mot prias (bataXcur, jam olim) semble favoriser l'opinion des savants, qui pensent que Dieu avait tiré du néant la matière longtemps avant l'organi-
sation du monde actuel. Ils croient même que des mondes détruits ont précédé celui que nous voyons. On lit, en effet, dans les entrailles de notre globe des créations de végétaux et d'animaux, qui paraissent antérieures à l'état où se trouvait la terre avant l'œuvre des six jours racontée dans la Genèse.
Cœli erant. Ne croyons pas que saint Pierre ait voulu dire que les cieux étaient par eux-mêmes : ce serait absurde et impie. Avec erant, il faut joindre Dei verèo, aussi bien qu'avec terra : les cieux subsistaient autrefois, comme la terre, ayant été faits par la parole de Dieu.
Terra de aqua consistens Dei verbo. C'est aussi la parole de Dieu qui a fait sortir la terre du milieu des eaux, lorsqu'elles la recouvraient presque tout entière. C'est la parole de Dieu qui a creusé les immenses bassins où elle retient les mers emprisonnées, leur défendant de franchir leurs limites et d'inonder les terres qui les enferment.
Terra per aquam co?isistens,oC u'Soctoç auveorbKra. La terre, la partie du globe que l'Ecriture appelle l'aride, subsiste par l'eau et au milieu de l'eau ; elle est arrosée par des rivières qui la fertilisent, et par des courants d'eaux souterraines qui circulent dans ses veines et jaillissent en sources fécondes ; en sorte que la terre, avec l'eau qui l'environne et la pénètre, ne fait qu'un seul globe composé de deux éléments nécessaires l'un à l'autre. C'est là ce qu'on peut entendre par Be' uZ-j-toç^ per aquam.
Verbo Dei. Les cieux et la terre subistaient « par la parole de Dieu », qui les a fait sortir du néant. Car Dieu a dit et tout a été fait, il a commandé et toutes choses ont été créées. Ipse dixit et facta swit ; ipse mandavit et creata sunt. (Ps. xxxn et cxlviii.) Et celui qui a tout créé a tout ordonné.
6. Per quœ ille tune mundus aqua inundatus periit. « Et le monde d'alors périt, étant submergé sous les eaux qui tombèrent du ciel et accoururent des mers par l'ordre de Dieu. »
Per quœ. Ces mots se rapportent aux choses qui précèdent. Or, trois choses précèdent : la parole de Dieu,
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les cieux et les eaux qui enveloppent la terre. Telles sont les trois causes du déluge. Sur l'ordre de Dieu, les mers franchirent leurs rivages : les cataractes du ciel, où étaient suspendus d'immenses réservoirs d'eaux, s'ouvrirent; la pluie tomba pendant quarante jours et quarante nuits, et l'inondation couvrit les sommets des montagnes (1).
Me tune mundus periit. Il ne dit pas que les hommes seuls périrent, mais que « le monde d'alors périt. » Cela nous fait supposer qu'un assez grand changement fut opéré par le déluge dans la terre et peut-être aussi dans l'atmosphère : en sorte que le monde d'aujourd'hui n'est plus tout à fait le même que le monde d'alors (2).
7. Cœli autem qui nunc surit, et terra [quœ nunc est) eodem verbo repositi sunt. Or, les cieux d'à présent et la terre actuelle sont gardés par la même parole, comme dans le trésor de Dieu.
Repositi, T6ÔTf|«aupiGpivoe. La parole de Dieu qui les a disposés comme ils sont, les conserve jusqu'au jour qu'elle a marqué.
Les mots cœli qui nunc sunt et terra (quœ nunc est), rapprochés de l'expression die tune mundus (6 tare xcwjjaoç et oi II v3v o-jpavol xx\ 7] y-?,), font entendre de nouveau que la face du monde a déjà été changée par le déluge; et saint Pierre déclare que, comme il a été une fois détruit par l'eau, il le sera encore par le feu. La terre et les cieux que nous voyons, dit-il. sont réservés pour être consumés par le feu au jour du jugement universel et de la perdition des hommes impies. Igni réservait in diem judicii et perditionis impiorum hominum, xoe&ov àvOpoWtov. Par les impies que Dieu perdra en ce jour terrible, on n'en-
(1) Nulle part il n'est dit que toutes les régions de la terre aient été simultanément submergées par les eaux. L'inondation a pu être successive et dépasser les ânes après les autres les cimes des montagnes. La Bible dit même que « les eaux allaient et venaient. » (Gen., vin, 3.) Ainsi tombe la principale objection que Ton fait contre l'uni-
• lité du déluge.
(2) Il est probable que des des ont surgi du fond des mers, tandis que des continents sont restés sous les eaux. Periit terra, dit le vénérable Bède, qui<i diêtimilem plertsque in l<>'-is ab eay quam primo acceperat, facicm recepit.
tend pas seulement les incrédules et les hérétiques, mais tous ceux qui refusent à Dieu le culte qui lui est dû et violent ses commandements.
8. Unum vero hoc non lateat vos, charissimi, quia anus dies apud Dominum sicut mille amii, et mille anni sicut dies unus. Ne croyez donc pas que le monde soit établi dans un ordre immuable ; et si le Christ semble différer sa venue, il y a une chose que vous ne devez pas ignorer, mes bien-aimés, c'est qu'aux yeux du Seigneur, un jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un jour.
L'Apôtre vient de dire que le monde périra par le feu, et il observe que cette prophétie ne doit pas surprendre, puisque le monde a déjà péri une fois par le déluge des eaux. Quant à l'époque de l'universel embrasement, elle est inconnue ; Dieu s'en est réservé le secret (1) ; et s'il a dit que la ruine finale du monde est proche, il faut se ressouvenir que, devant l'Eternel, mille ans sont comme un jour. Est-ce que le prophète David ne disait pas au Seigneur : Mille ans sont devant vos yeux comme le jour d'hier, qui est passé ? Mille anni ante oculos tuos tamguam dies hesterna quse prœteriit. Ou plutôt mille ans sont comme une simple veille de la nuit qui dure si peu, et enstodia in nocte. (Ps. lxxxix, 4.)
Nombrez des milliers de siècles, dit saint Augustin, tout cet espace de temps que vous embrassez dans votre imagination n'est rien en comparaison de l'éternité. Considerent nihil esse diuturnum in quo est aliquid extremum, et omnia sœculorum spatia definila, si œternitati intermi?iatce comparenlur, non exigua existimanda esse, sedmdla. (Civ. Dei, 1. XII, c. xii.) Tout ce qui finit est court.
9. No7i tardât Dominus promissionem suam, sicut quidam existimant. Ne dites donc pas que le Seigneur retarde l'accomplissement de sa promesse, comme quelques-uns l'imaginent. Non, il ne diffère pas sa venue au delà du temps prédit, mais il montre sa patience à
(1) Cœlnm et terra transibnnt... De die aiitern Mo vel hora nemo scit, neque angeli in cœlo, neque Filins, nisi Pater. (S. Marc, xnr, 31.)
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votre égard, ne voulant pas qu'aucun homme périsse, mais que tous fassent pénitence. Sed patienter agit propter vos, nolens aliquos perire, sed omnes ad pœnitentiam reverti.
Cette parole, écrite par saint Pierre pour les pécheurs de tous les siècles, doit inspirer une confiance absolue aux plus grands coupables, s'ils se repentent. Parmi tous les hommes qui respirent, quelque pécheurs qu'ils soient, il n'y en a pas un que Dieu ait définitivement condamné. L'homme le plus criminel peut dire : Si mes péchés m'effraient, j'ai cependant une ferme espérance en Dieu, parce que je suis certain qu'il n'a pas résolu ma perte. Il me sauvera, si je le veux. Ce texte prouve, contre l'impiété calviniste, que Dieu veut le salut de tous les hommes. Nolens aliquos perire.
10. Adveniel autem clies Dominint fur. Saint Pierre a déclaré que le monde actuel serait détruit par le feu, mais que l'époque de ce grand événement nous est inconnue, et il nous avertit que le jour du Seigneur viendra comme un voleur. Saint Paul l'avait écrit aux Thessaloniciens : Vous savez bien, leur disait-il, que le jour du Seigneur viendra comme un voleur qui vient dans la nuit, quand on ne l'attend pas. (I Thessal., v, 2.) Jésus- Christ nous l'apprend lui-même dans l'Evangile. Au temps de Noé, dit-il, les hommes mangeaient, buvaient, se mariaient, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche : alors vint le déluge qui les fit tous périr. De même au temps de Loth, les hommes mangeaient, buvaient, achetaient, vendaient, plantaient et bâtissaient ; mais au jour où Loth sortit de Sodome, une pluie de feu et de soufre tomba du ciel et les fit tous périr. Il en sera de même au jour où paraîtra le Fils de l'homme. (S. Luc, xvn, 26.)
Les justes verront les signes prédits, ils comprendront que le grand .luge va venir, et ils se tiendront prêts. Les pécheurs superbes ne croiront pas ; les savants raisonneront sur les phénomènes ; et tandis qu'ils les expliqueront, ils seront surpris et jetés par les anges devant le tribunal <!<• Dieu.
In quo cœli magno impetu transient. « En ce jour les cieux passeront avec une grande impétuosité. » En grec, poi^Bov, cwn stridente impetu. Que signifie cette parole ? Peut-être la terre tournera-t-elle avec une rapidité extraordinaire, en sorte que les étoiles sembleront se précipiter du ciel. Que si Ton entend pot^Sov dans son sens propre, cwn strtdore, avec un bruit strident (pareil à celui des corps qui sifflent en fendant l'air), on peut croire que des débris de planètes traversant l'atmosphère s'enflammeront, éclateront, et tomberont sur la terre comme des étoiles filantes ; ce qui rappelle la parole de Notre-Seigneur : Stellœ cadent de cœlo. (S. Matth., xxiv, 29.)
Quoi qu'il en soit, la terre sera embrasée; les éléments dont le globe se compose seront fondus par la chaleur du feu ; la terre enfin sera brûlée, consumée avec tous les ouvrages des hommes. Elementa vero calore solventur, terra autem et qnœ in ipsa snnt opéra exurentur.
11. Qunm igitur hœc omnia dissolvenda si?it, quales oportet vos esse in sanctis conversationibus et pietatibus ? Ainsi donc, puisque toutes les choses que vous voyez doivent se dissoudre, quelle ne doit pas être la sainteté et la piété de votre vie? C'est la conclusion de ce qui précède. La terre doit périr avec ses villes, ses monuments, ses habitants, et tous les ouvrages des hommes ; elle doit elle-même être fondue avec ses roches les plus dures ; elle ne sera plus qu'une immense lave embrasée. Pourquoi donc s'y attacher et vouloir y perpétuer sa mémoire? La sagesse nous conseille de vivre saintement et de servir Dieu fidèlement pendant le peu de temps que nous y passons, afin d'acheter par nos bonnes œuvres un palais éternel dans les cieux.
12. Exspectantes et properantes in advenlum diei Domini (1). Vivons dans la piété, attendant et hâtant par nos désirs l'avènement de ce grand jour. Non seulement il faut veiller pour n'être pas surpris par l'arrivée du Seigneur, mais saint Pierre veut que l'on s'empresse
(1) On traduit comme s'il y avait : exspectantes adventum diei Domini, et properantes in adventwn ejus.
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d'aller à sa rencontre. Si l'on vous annonce que votre départ de ce monde est prochain, dites comme David : « Une heureuse nouvelle m'a comblé d'allégresse : j'irai dans la maison du Seigneur. » Lœtatus sum in his quœ dicta simt miJii : in domam Domini iôimus.
Sans doute le jugement sera terrible pour les pécheurs impénitents ; mais il sera glorieux pour les justes, puisqu'ils entendront de la bouche du Seigneur cette douce parole : Venez, les bénis de mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé.
Nous devons tout à la fois craindre ce jour et le désirer : le craindre pour n'être pas trouvés coupables ; le désirer parce qu'il sera le triomphe de Jésus-Christ et le nôtre ; en un mot, il faut nous y préparer pendant la vie pour ne pas le craindre à la mort. Gaudeat judicandus qui timuit judicaturum, dit saint Augustin. (In Ps. lxvi.) Et ailleurs : Numquid jadicium Dei tantummodo formidandum est, et non amandum? Formidandum malis proptcr pœnam, amandum bonis propter coronam. (In Ps. c.) Disons donc avec confiance, comme saint Jean : Vent, Domine Jesu! (Apoc, xxn.) Votre Eglise est opprimée, vos serviteurs sont persécutés sur toute la terre. < ) Seigneur Jésus, venez !
Per quem (adventum) cœli ardentes solventur, et elementa ignis ardoise labescent. « Au jour du Seigneur et à son arrivée l'ardeur du feu dissoudra les cieux embrasés, et les éléments seront mis en fusion par la chaleur. » Ce ne sera donc pas seulement la terre qui sera fondue ; la flamme parcourra les cieux et la région des astres (1). Alors s'accomplira cette parole d'Isaïe : Voici que je crée des cieux nouveaux et une terre nouvelle. Ecce eqo erro cœlos novos et terram novam. (Is., lxv, 17.)
(1 Que 1'' monde doive finir par le feu, c'est une tradition antique, qui se trouve jusque dana 1<-^ écrits de plusieurs auteurs profanes. Lu cain en parle, Sénèque aussi, et l'on voit la-dessus trois beaux rers dans Ovide. Jupiter, dit -il (Metamorph., 1. I),
te i/Koque in fatis reminiscitur, affore tempus <ji>u mare, quo lellus, correptaque regia cœli Arileat. e> mvndi moles opcvoia laborct .
13. Aussi l'Apôtre ajoute-t-il cette parole : Novos vero cœlos et novam terrain secundum promissa ipsfus cxspectamas. Nous attendons de nouveaux cieux et une terre nouvelle, selon la promesse du Seigneur. Saint Jean même, dans l'Apocalypse, nous apprend que cette terre nouvelle et ces nouveaux cieux lui ont été montrés : Et vicli cœlum novwn et terrain ?20i;tf/??.(Apoc.,xxi, 1.) L'univers ne sera point détruit dans sa substance, mais transformé. Il sera purifié par le feu et rendu digne des justes qui l'habiteront; car les nouveaux cieux et la nouvelle terre seront leur séjour : in quitus justitia habitat. Le monde entier sera le domaine et le royaume des élus(l).
Habitat. L'auteur sacré met le présent : « où la justice habite », parce que son esprit prophétique regarde comme accomplies les grandes choses qu'il annonce; et, en outre, ce présent désigne l'éternité, qui n'est qu'un jour sans fin.
14. Pr opter quod, charissimi, hœc exspectantes , satagite immaculati et inviolati ei inveniri in pace. « C'est pourquoi, mes bien-aimés, vivant dans l'attente de ces grands événements, travaillez afin d'être trouvés purs et irrépréhensibles aux yeux de Dieu, dans la paix d'une bonne conscience. » L'attente du jugement nous inspirera des sentiments de pénitence pour nos fautes anciennes, nous les effacerons et nous les couvrirons par des œuvres saintes.
Immaculati, ownnXoi. Que chacun fasse tous ses efforts pour être, en ce grand jour, trouvé « sans tache » et purifié des péchés qu'il a commis. — Inviolati, àuwu-r|Tou On doit éviter les fautes même légères, afin de paraître * irréprochables » en la présence du Seigneur. — Ei. Ne négligeons rien pour être irrépréhensibles non seulement devant les hommes, mais aux yeux du Juge qui voit tout,
(1) Le monde actuel est fait pour des hommes revêtus d'une chair corruptible : il passera par le feu et sera renouvelé, selon le sentiment de saint Augustin, pour convenir à des habitants immortels. Ut mundus in melius innovatus apte accommodetur ho minibus etiarti carne in meliits innovatis. (S. Aug. Civ. D., xx, 16.)
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qu'on ne peut tromper, et dont personne ne peut éviter ni le jugement ni la puissance.
In pace, sv Kp^wj, alors, notre âme étant pure, nous serons en paix avec notre conscience et avec Dieu.
15. Et Domini nostri longanimitatem sahilem arbitre* mini* Et croyez que la longue patience dont use le Sei gneur est pour votre salut et pour celui des pécheurs. Car, je vous l'ai dit, s'il diffère de venir juger les hommes, il veut leur donner le temps de se convertir et de mériter le ciel par de dignes fruits de pénitence. C'est aussi ce que Paul, notre très cher frère, vous a écrit selon la sagesse qui lui a été donnée d'en haut. Sicul et charissimus f rater noster Paulus secundum datam sibi sapientiam scripsit vobis.
En effet, dans son Epître aux Hébreux, saint Paul exhorte les Juifs devenus chrétiens à persévérer dans la foi et les bonnes œuvres, au milieu des tribulations et des persécutions ; et il les encourage en leur annonçant que la venue du Seigneur et le jour de leur délivrance est proche. « Ne perdez point la confiance en Dieu que vous avez acquise par vos bonnes œuvres : elles vous assurent une grande récompense, leur dit-il. Mais la patience vous est nécessaire pour obtenir les biens qui vous sont promis, si vous faites la volonté de Dieu. Car il est écrit : Encore un peu de temps, et celui qui doit venir viendra, et il ne tardera point. » (Hébr., x, 35 ; Habac, n, 3.)
Et dans TEpître aux Romains, saint Paul disait encore : « Est-ce que vous méprisez les richesses de la bonté de Dieu, de sa patience et de sa longanimité? Ne savezvous pas que cette bonté vous invite à la pénitence ? » (Rom., ii, 4.)
Secundum datam sibi sapientiam. Paul vous parle selon la sagesse qui lui a été donnée de Dieu. — Saint Pierre reconnaît donc que saint Paul a écrit ses Epîtres sous l'inspiration divine. 11 n'en désigne aucune en particulier, mais il les comprend toutes : Sicut et in omnibus epistolis. Et il les égale aux autres Ecritures de l'Ancien et du Nouveau Testament : Sicul et cœteras Scripluras.
Or, quand saint Pierre écrivait ces paroles, toutes les Epîtres de saint Paul étaient publiées et lues dans l'Eglise, sauf peut-être la seconde à Timothée, qu'il écrivit de sa prison, quelques mois avant sa mort.
Saint Pierre nous donne ici un admirable exemple de modestie et d'humilité. Lui. chef de l'Eglise et Vicaire de Jésus-Christ, après avoir été publiquement repris par saint Paul dans Antioche, il loue saint Paul, il le nomme son très cher frère, il fait l'éloge de ses Epîtres, et parmi ses Epîtres il y en a une (celle aux Galates) où cette réprimande est racontée et justifiée. Oh ! comme ces hommes divins s'oubliaient eux-mêmes, pour ne penser qu'à la gloire de Jésus-Christ et de la vérité î
16. Sicut et in omnibus epislolis, loqnens de his : in quidus sunt quœdam difficilia intellectu, quœ indocti et in~ stabiles dépravant ad suam ipsorum perditionem. « Paul écrit ainsi, selon la sagesse de Dieu, dans toutes ses lettres, où il parle des mêmes choses dont je viens de vous entretenir (1). Or, dans ces lettres, il y a quelques endroits difficiles à entendre, que des hommes ignorants et mal affermis dans la foi torturent et détournent en de mauvais sens, aussi bien que les autres Ecritures, dont ils abusent pour leur propre ruine. »
Sunt quœdam difficilia intellectu. Il y a dans les Epîtres de saint Paul des passages difficiles à comprendre : saint Pierre l'affirme, et il suffit de les lire pour s'en convaincre. Les ignorants, dit-il, ne les entendent pas, et des hommes qui sont peu affermis dans la foi en pervertissent le sens. Il ajoute que cette fausse interprétation des Ecritures est chez eux téméraire et coupable, puisqu'elle les mène à la perdition : dépravant ad suam ipso?*u?n perditionem. Donc, d'après saint Pierre, c'est-à-dire d'après le Saint-Esprit même, il n'est pas vrai que les saintes Ecritures soient assez claires pour que tous les fidèles
(1) Les principales choses que saint Pierre a exposées dans cette Epître, c'est qu'il faut attendre avec confiance et patience les promesses de Jésus-Christ, et fuir les maîtres de mensonges qui entraînent les fidèles dans Terreur.
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puissent les entendre, si on ne les leur explique. D'où il résulte que tous les fidèles ne sont point juges du sens des Ecritures. Cette parole de saint Pierre ruine le protestantisme par sa base.
Quœ indocti et instabiles dépravant; en grec, a oi àpaOsTç xa\ y.nrr^'.y-oi orpeêXoOfft. Les hommes ignorants qui connaissent mal la religion et qui ne sont point solidement établis sur les principes de la divine doctrine, torturent les textes sacrés et leur font violence pour les plier à leurs conceptions erronées.
Indocti. Ces orgueilleux, peut-être habiles dans les lettres humaines, sont au fond des ignorants. Ils ne comprennent pas les hautes vérités que l'Esprit-Saint enseigne aux âmes pures et humbles.
Instabiles, à<mfaixTot, non firmi. N'étant point enracinés dans la foi, ils ne saisissent pas le vrai sens des Ecritures, se disputent entre eux, et changent sans lin leurs propres interprétations.
Dépravant, srpeêAouat, torquent, ils torturent la parole divine pour la fausser. A l'origine de l'Eglise, au temps même de saint Pierre, les hérétiques tourmentaient les paroles des saints livres, et les forçaient, par une violence sacrilège, à enseigner leurs erreurs. C'est encore ce que font les novateurs modernes : en sorte que les divines Ecritures, qui sont une source de vie, deviennent pour ces faux docteurs une source de mort. Salanas de Scripturis ipsis divinis sœpe laqueum fidelibus parât. Sic hœreticos facit, sic eviscerat fidem , sic jura pietatis impuqnat. (S. Ambr. in Luc, 1. IV, c. xxvi. — Voyez plus haut, c. 1, v. 20.)
Quœ dépravant. Quels sont les passages auxquels saint Pierre fait allusion? Ce sont probablement les endroits où saint Paul enseigne que l'homme n'est pas justilié par les œuvres de la loi de Moïse, mais par la foi en Jésus-Christ. (Rom., m, 20, 21, 28; et Gai., ir, 1G.) Les Simoniens, corrompant cette doctrine, enseignaient que les bonnes œuvres n'étaient pas nécessaires au salut et qu'il suffisait de croire. .Saint .Jacques fait aussi entendre
I PITRES CATnOLIQLKs ?|
que plusieurs chrétiens étaient imbus de cette fausse opinion. Les protestants l'ont renouvelée de nos jours et ils allèguent ce texte de saint Paul : Justificati gratis per gratiam ipsias. (Rom., ni, 24.) Cela signifie seulement que nous n'avons pas mérité notre justification par nos bonnes œuvres, mais que Dieu nous a prévenus par sa grâce. 17. Vos igitur, fratres, prœscientes custodite, ne iyisipienthim errore traducti excidatis a propria firmitate. Vous donc, mes frères, qui connaissez d'avance toutes ces choses, vous qui êtes prévenus que des docteurs de mensonge essaieront de vous séduire, prenez garde à vous, de peur qu'entraînés par l'erreur des insensés vous ne tombiez de l'état ferme où vous êtes établis.
Custodite vos, cpuÀàccsaôs, cavete, tenez-vous bien sur vos gardes. — Ne insipientium errore traducti, \k\ xr, twv àOicutov wAàvfl auvaTra/OévTEç. N'écoutez pas ces novateurs, qui interprètent les Ecritures autrement que l'Eglise. Ce sont des insensés et des impies, àôecjxoc — Errore, %k&nfa ils s'égarent, ils n'entendent pas les textes sur lesquels ils raisonnent, ils les falsifient, ils les corrompent, dépravant. Ne vous laissez donc pas entraîner dans l'erreur par leurs vaines subtilités.
Ne excidatis a propria firmitate. Votre foi est établie sur un fondement inébranlable, puisqu'elle repose sur l'enseignement apostolique et sur la parole même de Dieu. Vous avez le bonheur d'y être fixés : que rien ne vous en arrache.
18. Crescitevero ingratia et in cognitione Domininostri et Salvatoris Jesu Christi. « Mais croissez de plus en plus dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. »
Croître dans la grâce, c'est se perfectionner et se for tifier dans toutes les vertus avec l'aide de Dieu. Or le moyen d'augmenter en nous la grâce, c'est de croître en la connaissance de Jésus-Christ. Et cette connaissance, gage de la vie éternelle, le Saint-Esprit la donne à ceux qui méditent les paroles du Sauveur et s'efforcent d'imiter ses actions.
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Crescite. 11 ne dit pas seulement persévérez, mais croissez. L'ordre en a été donné par Notre-Seigneur, quand il a dit : « Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait. » (S. Matth., v, 48.) Que celui donc qui est juste devienne plus juste encore, et que celui qui est déjà saint se sanctifie davantage. Qui jus tus est justificetur adhuc, et qui sanctus est sanctificetur adhuc. (Apoc, xxn, 11.) Si vous dites : ma sainteté me suffit, vous êtes perdu. Si dixeris : sufficit, periisti. Semper adde, semper ambula, semper profice, vous répète saint Augustin. (Serm. clxix, 18.) Car, ajoute saint Léon, ne pas augmenter son trésor, c'est faire une perte, gui non proficit, déficit. (Serm. vin de Passione.)
Ipsi gloria et nunc, et in diem œternitatis. « A lui soit la gloire, et maintenant, et jusqu'au jour de l'éternité ! » Le but que se proposent les chrétiens, c'est de glorifier Jésus-Christ sur la terre et de le faire glorifier par les hommes. Il le sera par les fidèles jusqu'à la fin des siècles, et par les élus durant le jour de l'éternité qui ne finira jamais : in diem œternitatis .
Saint Pierre ferme sa lettre sur cette parole. Il fixe nos regards sur le grand jour de l'éternité, où nous louerons Dieu en partageant sa gloire. Déjà même les saints de la terre commencent à goûter ce bonheur, quand ils répètent avec l'Eglise triomphante : « Que la gloire soit au Père, au Fils et au Saint-Esprit, comme elle était au commencement, et aujourd'hui, et toujours, et dans les siècles des siècles ! Amen ! Ainsi soit-il ! »
8ULI LA