‹ Commentaire sur les Epîtres catholiques de S. Jacques, S. Pierre, S. Jean et S. JudeChapitre 63 sur 119 · PREMIÈRE ÉPITRE DE SAINT JEAN · texte numérisé non relu

PREMIÈRE ÉPITRE DE SAINT JEAN

PRÉFACE

Saint Augustin, expliquant aux fidèles d'Hippone la premiers Epître de saint Jean, leur disait que cette lecture serait pour plusieurs d'entre eux comme l'huile versée sur le feu : elle nourrirait leur charité et la rendrait plus ardente : lanquara oleum in fin m ma. Pour les autres, en qui la charité ne brûlerait pas encore, elle serait comme une flamme qu'on approche d'un foyer préparé et qui l'embrase : tanquam flamma ad fomitem ; ut si >iO)i ardebat, accedenle sermone accendalar.

C'est le but que nous nous proposons en étudiant cette Epître. La bien lire, ce n'est pas seulement la comprendre et l'admirer, c'est aimer Dieu et le prochain davantage après l'avoir méditéi'.

1. La première Epître de saint Jean figure dans tous les canons ou catalogues des Livres saints qui remontent aux premiers siècles de l'Eglise. Elle est citée par Tertullien. Il dit, en perlant des Marcionites, que saint Jean les appelle des antechrists, parce qu'ils nient que Jésus-Christ soit venu dans la chair. Et ailleurs: Ce que nous avons vu. dit saint Jean, ce que nous avons entendu, ce que nos yeux ont vu et ce que nos mains ont touché du Verbe de vie, nous vous l'annonçons (1). De même on lit dans saint Cvprien : L'apôtre saint Jean, se souvenant du précepte «lu Seigneur, écrit dans son Epître :

(1) Tertulli.-n. MarcionitO*\ r;,,,,* apostolat Joannes antichristos

pronuntiavit, negantet Chrittum in carne venisse. (Adversus Mar-

CMmem, 1. III, c. vm. — I Joan., ix, 2, 3.) — Quod vidimus, inquit

Joannes, quod audivimus, <<ci>lis nostris vidûnus, rt ma*** nostrm

•uni <h- sermone vitœ. (Adr. Praxeam, 15. — I .loann., i, 1.)

Nous savons que nous aimons Dieu, si nous observons ses commandements. Et encore : Le bienheureux apôtre Jean a nommé antechrists tous ceux qui sont sortis de l'Eglise et qui La combattent. Vous avez appris, dit-il, que l'Antéchrist vient: or beaucoup sont déjà devenus des antechrists (1). Enfin s;ùnt Polycarpe, disciple de saint Jean, cite Librement un passage de cette Epître dans sa lettre aux Philippiens : -*%: -jàp 8; m u.yj 6{/.oXG*p<rr) 'Ir.ooôv Xpiarôv èv aap>ci èXrjXuôévai, àvTÎ^pKJTo; ecr».. (Ad Philip..

c. vu.) Omnis qui non con/îteatur Jesam Christum in carne venisse, antickrlttus est. (Comparez I Joan., iv, 2 et 3.) On la montre encore citée par saint Denys d'Alexandrie qui cuvante le mérite littéraire, par saint Irénée, Clément d'Alexandrie, Origène, s;iint Cyrille de Jérusalem, saint Epiphane. Aussi at-elle toujours été reçue dans l'Eglise comme Ecriture divine et attribuée à l'apôtre saint Jean. Canonica est ista Epistola: per omnes gentes recitatur, orbis auctoritate retinetur, dit saint Augustin. (In I Joan. Tract, vu, 5.) Les écrivains catholiques n'ont élevé là-dessus aucun doute, et il est inutile de réfuter les vaines subtilités qu'ont suscitées quelques novateurs. Les protestants conviennent que ces objections n'ont aucune valeur aux yeux de la science. Le style seul de cette Epître suffirait pour démontrer que son auteur est le même qui a écrit l'Evangile.

2. On ignore le lieu où saint Jean l'a rédigée, et la date en est incertaine. Nous présumons qu'elle fut composée vers le temps où les erreurs des Cérinthiens, des Ebionites et des Nicolaïtes prenaient de l'extension, et lorsque les Gnostiques commençaient à dogmatiser. Les uns niaient la divinité de Jésus-Christ, les autres son humanité et la réalité de sa chair : plusieurs combattaient la nécessité des bonnes œuvres. Or saint Jean semble avoir un double but en écrivant sa lettre : d'abord il tâche d'affermir les chrétiens dans l'intégrité de la foi, en les

(1) Saint Cyprien. Joannes apostolus mandati memor in Epistola sua ponit : In hoc, inqxiit, inlelligimus quia cognovimus eum, siprœcepta tjus custodiamus. (Epist. xxvm. — I Joann., n, 3.) — Beatus Joannes apostolus universos qui de Ecclesia émissent, quique contra Eeclesiam facerent, antichristos appcllavit, dicens : Audistis quia Antichristus renit ; nunc autem antichristi multi facti sunt. (Epist. lxix.)

prémunissant contre les hérésies naissantes, que nous venons de signaler; ensuite il veut les exhorter à pratiquer la charité mutuelle en s'adonnant aux bonnes œuvres, selon le commandement du Seigneur.

De là nous pouvons induire que l'Apôtre a écrit cette Epître dans les dernières années de sa vie, et qu'elle a dû précéder son Evangile. Car elle est connue un premier coup porté aux hérésies qui apparaissaient alors dans l'Eglise, et l'Evangile en est la pleine réfutation.

<:<>mme (railleurs on voit que saint Jean parle à des fidèles qui lui sont parfaitement connus et qu'il appelle ses chers enfants, on ne doute pas qu'elle ne soit spécialement adressée aux églises de l'Asie Mineure : il les gouverna jusqu'à la tin de sa vie, et elles étaient alors infestées par les hérésies qu'il combat.

:;. Deux idées principales composent le fond de cette Epître. La première esi le dogme qui forme la base de la religion: savoir, que Jésus est le Christ, vrai Dieu et vrai homme, le ^••ul qui efface les péchés du monde, notre avocat auprès du Père et notre Sauveur. — La seconde idée sur laquelle il insiste, est le grand commandement de Jésus-Christ, l'amour du prochain. — On peut y joindre la haine du monde, parce que le monde s'oppose au règne de Jésus-Christ.

Ces sujets ne sont pas traités à part. Il ne faut pas chercher clans cette lettre un ordre méthodique. Saint Jean passe sans transition apparente d'un objet à l'autre: il revient sur l'idée qu'il a émise, pour la développer et la compléter; il la repreiel pour la lier à une autre, ou pour en tirer une conséquence, ou pour la montrer sous un nouveau jour. Rien de plus libre que Ba marche, tantôt simple et familière, tantôt sublime eomme le vol de l'aigle.

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