Quis est mendax, nisi is qui uegat quoniam Jésus
est Chris tus ? Or qui est-ce qui est menteur, si ce n'est pas celui qui nie que Jésus est le Christ, l'Homme uni à la divinité?
Hic est antichristus, qui negat Patrem et Filium. Celui qui nie que Jésus est le Christ est un antechrist : il nie à la fois le Père et le Fils. Car dans la divinité, il n'y a point d'autre Père que le Père de Jésus, comme il n'y a point d'autre Fils que Jésus.
Quis est mendax? tc'ç è(mv 6 <J/eu<m;ç; quel est le plus funeste et le plus criminel des menteurs? Tel est le sens que l'article (6) donne à la phrase. En effet, dit le vénérable Bède, tous les autres mensonges n'approchent pas de celui-là : in hujus comparalione me?idacii, caetera aut parva videntur aut nulla. Car en niant que Jésus est le Christ, l'Homme-Dieu, le Rédempteur, le Sauveur des hommes, on ôte aux hommes toute espérance de salut.
Cette parole de saint Jean réfute Cérinthe et Ebion, qui niaient que Jésus, fils de Marie, fût le Christ. En soutenant qu'il n'était pas le Christ, ils niaient aussi qu'il fût le Fils de Dieu. Car tous les Juifs étaient alors persuadés que le Christ serait le Fils de Dieu, comme le prouve cette parole du Grand Pontife adressée à Notre- Seigneur : Je vous adjure par le Dieu vivant de nous dire si vous êtes le Christ, Fils de Dieu. Adjuro te per Deum vivum, ut dicas nobis si tu es Christus, Filius Dei. (S. Matth., xxvi, 68.)
Mais ceux qui nient le Fils rejettent aussi le Père.
23. Omnis qui negat Filium, nec Patrem habet. Qui confite tur Filium, et Patrem habet. C'est en vain que ces hérétiques, issus du judaïsme, se flattent de reconnaître le Père et de lui rendre des hommages qui lui soient agréables. Celui qui rejette le Fils n'a point le Père, il le nie. Comment en effet le Père serait-il Père, s'il n'a pas un Fils? Et celui qui confesse le Fils a aussi le Père. Car en reconnaissant le Fils comme Fils de Dieu, il admet qu'en la divinité il y a un Père, puisque ces deux termes sont corrélatifs.
C'est ce que Notre-Seigneur déclarait aux Juifs. « Vous
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ne connaissez ni moi ni mon Père », leur disait-il « Car. si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. » (S. Jean, vin, 19.)
Nec Patrem habet. Celui qui nie le Fils n'admet pas le Père dans sa profession de foi, il ne le reconnaît pas comme vrai Dieu et comme vrai Père; il ne saurait prononcer avec nous cette parole du symbole : Credo in Deum Patrem.
24. Vos quod audistis ab initio, in vobis permaneat. « Pour vous, ayez soin que la doctrine que vous avez apprise dès le commencement demeure toujours en vous. » Voilà le grand principe qui doit diriger les docteurs et les fidèles. Vous, docteurs, continuez d'enseigner ce qui a été enseigné dès le commencement; et vous, fidèles, croyez ce que vos pères vous ont appris. Cette parole de saint Jean est un glaive qui frappe Arius, Nestorius, Pelage, Luther, et tous les novateurs modernes (1). »
Si in vobis permanserit quod audistis ab initio, et vos in Pâtre et Filio permanebitis. Si ce que vous avez appris dès le commencement de la prédication évangélique, si l'enseignement que vous avez reçu des Apôtres et de leurs disciples, demeure toujours en vous, si vous le croyez et le pratiquez, vous demeurerez vous-mêmes dans la bienheureuse société du Père et du Fils. Comme vous serez en eux, ils seront en vous. Car, dit Notre- Seigneur, celui qui garde ma parole est aimé de mon Père : nous viendrons en lui et nous demeurerons en lui : Ad eum venienius et mansioncm apud eum faciemus. (S. Joann.. xiv, 23.) Le cœur du chrétien est le temple de Dieu.
. Et hxc est rcpromissio qnam ipse pollicitus est nobis, vitam xternam. « Et telle est la promesse que lui-même nous a faite: c'est la vie éternelle. »(S.Matth., mx, 29; S. Joann., ni, 15.) Car la vie éternelle consiste
(1) Vos quod audistis, in vobis permaneat. Il n'y a point ici d'irrégulai le sujel d'audistis. De même au v. 27, vos est le sujet
ttis.
à être associé au Père, au Fils et au Saint-Esprit, à les voir, à les aimer, à être aimé d'eux et à participer sans fin à leur gloire (1).
26. Hœc scripsi vobis de his qui seducunt vos. Voilà ce que je voulais vous écrire touchant ceux qui s'efforcent de vous séduire et de vous entraîner dans l'erreur.
Seducunt. On séduit par des promesses, ou par des menaces, ou par de faux raisonnements. Pour les promesses, quels biens peut-on vous offrir qui soient comparables à la vie éternelle? Quant aux menaces, si des hommes veulent vous contraindre à commettre un péché, songez au Tout-Puissant, et vous ne craindrez rien. De quoi ces hommes vous menacent-ils? Est ce de la prison, des chaînes, du bûcher, des bêtes féroces? Ne vous laissez point effrayer par ceux qui tuent le corps et ne peuvent rien faire davantage. Est-ce qu'un homme peut vous menacer des feux éternels? Craignez les menaces du Tout-Puissant, aimez les promesses du Tout-Puissant, et vous compterez pour rien les promesses et les menaces du monde. Exhorresce quod minatur Omnipotent, ama quod pollicetur Omnipotens : et vilescit mundus sive promittens sive terrens. (S. Aug. in Ep. Joan., tract, ni, c. 12.)
Quant aux raisonnements des hérétiques, la divine lumière que vous avez reçue dans le baptême vous montrera le faux de leurs vaines subtilités.
27. Et vos unctionem quam accepistis ab eo maneat in vobis. Et non necesse habetis ut aliquis doceat vos; sed sicut unctio ejus docet vos de omnibus, et verum est, et non est mendacium. Et sicut docuit vos, manete in eo. Ayez donc soin que l'onction que vous avez reçue du Christ demeure en vous ; et vous n'avez pas besoin que personne vous instruise ; mais comme cette onction du Christ vous enseigne toutes choses, de même son enseignement est vrai et pur de tout mensonge. Demeurez
(1) Vitam œternam. Cet accusatif n'est pas une faute; la phrase est correcte et même élégante. Au lieu de dire scilicet est vita œtema, l'auteur joint tout de suite vitam œternam à pollicitv.s est, qui est censé mis deux fois : scilicet pollicitiis est nobis vitam œternam.
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donc en lui et dans sa doctrine, telle qu'il vous l'a enseignée.
Vnctionem quant accepistis ab eo. Le Christ, l'Oint du Seigneur, vous a communiqué son onction, et vous êtes devenus oints et sacrés comme lui. Car une admirable effusion de lumière et de grâce s'est faite en vos âmes par le baptême, et cette onction spirituelle vous a donné l'intelligence des vérités que l'on vous avait apprises : en sorte qu'il n'est plus nécessaire maintenant que quelqu'un vous instruise : Non necesse habetis ut aliquis doceat vos.
Saint Jean ne prétend pas que le chrétien, une fois baptisé, n'a plus besoin que personne lui enseigne la religion, parce que le Saint-Esprit serait désormais son seul maître. C'est le faux sens qu'adoptent les protestants. Ils se fondent sur ce texte pour refuser à l'Eglise le droit d'interpréter les Ecritures; et ils prétendent que chaque fidèle, recevant directement l'inspiration du Saint-Esprit, est lui-même l'interprète légitime de la parole divine et le juge de ce qu'il doit croire.
Saint Jean veut dire seulement aux fidèles qu'ils n'ont pas besoin de nouveaux docteurs, qui viendraient leur enseigner des vérités ajoutées à celles qu'ils ont apprises. Car toute la religion est contenue dans le Symbole qu'on leur a expliqué et dans les instructions qui les ont préparés au baptême. Il veut dire aussi que le Saint-Esprit lui-même a été leur maître. Lorsqu'ils ont reçu le sacrement, l'onction du Christ les a illuminés ; elle leur a donné une profonde conviction de toutes les vérités qu'on leur avait exposées, et ils ont compris qu'elles étaient certaines. C'est là un des admirables effets du baptême. Aussi, dans les temps apostoliques, on l'appelait le sacrement de l'illumination.
Quant à rendre chaque fidèle interprète et juge du sens
(1) Vnctionem quant accepistis, maneat. Virgile a dit de même : Urbem quam ttatuo, restra est. Le pronom conjonctii' q>>am est censé mis entre deux cas du même nom. C'est comme s'il y avait : Unctio, <P< a vos accepistis, maneat.
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des Ecritures, saint Jean n'y pense pas. Il se contredirait lui-même. Car si le Saint-Esprit est le seul docteur des fidèles, pourquoi donc le même saint Jean entreprend-il de les instruire en leur écrivant cette lettre? C'est ce qu'observait saint Augustin, qui réfutait cette vicieuse interprétation, tant de siècles avant Luther. Ecoutez comme il raisonne. « Il n'est pas nécessaire que quelqu'un vous instruise, dit l'Apôtre, parce que l'onction du Saint-Esprit vous enseigne toutes choses. » Mais que faisons- nous donc, mes frères, lorsque nous vous instruisons? Si l'onction vous apprend tout, notre travail est superflu. Pourquoi tant d'efforts de paroles ? il suffit de vous abandonner à l'onction qui vous instruira elle-même. Mais je me fais une question et je la fais aussi à l'Apôtre. Qu'il daigne répondre à mon humble demande. Ceux à qui vous parliez, ô bienheureux Apôtre, n'avaient-ils pas l'onction? Or vous leur dites que l'onction leur enseigne tout : pourquoi donc leur avez-vous écrit cette lettre ? Et que prétendez-vous leur enseigner ? — Il faut reconnaître ici, mes frères, une doctrine mystérieuse. Le son de nos paroles frappe les oreilles, le maître est au dedans de vous. Somis verborum nostrorum auras percutit, magister intus est. Ne croyez pas qu'un homme puisse apprendre à un autre homme une seule vérité du salut. Nous vous avertissons par le bruit de nos voix ; mais ce bruit serait inutile, s'il n'y avait pas au dedans de vous un maître qui vous parle. Ainsi s'exprime saint Augustin. (In h. 1.) D'ailleurs le principe protestant est absurde. Peut-on en effet dire à tous les hommes de l'univers, laboureurs, bergers, forgerons, soldats : « Voilà une bible hébraïque et un Nouveau Testament grec : lisez-les; c'est sur cet hébreu et sur ce grec que vous devez régler vous-mêmes votre foi? » Est-ce que tout le monde doit apprendre le grec et l'hébreu pour être sauvé ? Que si vous donnez à chaque peuple une bible traduite en sa langue, ne voyezvous pas que ces traductions mêmes sont des interprétations humaines? Les protestants ne veulent pas écouter l'Eglise, qui est instituée de Dieu pour enseigner la vérité
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aux hommes, et ils se confient à des orgueilleux, à des ignorants, à des individus sans mission et sans autorité.
Unctio ejus docet vos. Saint Jean répète ici la parole qu'avait prononcée Notre-Seigneur : Et erunt omnes docibiles Dei. (S. Joann., vi 45.) Le prophète Isaïe avait aussi prédit que Jérusalem, c'est-à-dire l'Eglise, verrait tous ses enfants instruits par le Seigneur : Universos filios titos doctos a Domino. (Is., liv, 13.)
Docet vos de omnibus. C'est encore ce que Notre-Seigneur avait promis à ses disciples : Le Saint-Esprit, leur disait-il, vous enseignera toute chose, c'est-à-dire toute ma doctrine : llle vos docebit omnia. (S. Joann., xiv, 26.)
Sicut unctio ejus docet vos de omnibus, et verum est et non est mendacium. Or, comme c'est l'onction du Christ qui vous enseigne toute chose, de même tout ce que vous avez appris du Christ est vrai et il n'y a point de mensonge dans sa doctrine. Vous n'écouterez donc pas ceux qui veulent la changer.
Unctio ejus docet vos de omnibus. C'est l'Esprit-Saint qui par sa lumière intérieure fait comprendre et croire les vérités de la foi. Cependant, selon l'ordre de la Providence, il est nécessaire que la parole de l'homme précède la grâce de Dieu ; car, dit saint Paul, comment les nations croiront-elles à Jésus-Christ, s'il ne leur est pas annoncé par la voix des prédicateurs ? Quomodo credent ei quem non audieruntl aut quomodo audient sine prœdicante? (Rom., x, 14.)
Et sicut docuit vos, manete in eo. Et puisque l'onction du Christ ne vous enseigne que la vérité, demeurez donc inébranlables dans sa doctrine, telle qu'il vous l'a enseignée.
28. Et mine, filioli, manete in eo. 11 répète une seconde fois le même précepte, avec une expression de tendresse, pour le leur inculquer davantage. Et maintenant, mes chers enfants, je vous en supplie de nouveau, demeurez en Jésus-Christ et fermes dans sa doctrine : afin que, lorsqu'il apparaîtra, nous soyons tous remplis de con- Qance en sa présence, et que nous ne soyons pas con-
fondus au jour de son avènement. Ut, qmim apparuerit, habeamas fiduciam, et non confundamur in adventa ejus.
Or le moyen de n'être point confondu en présence du juste Juge, c'est d'être juste soi-même et de se présenter devant lui avec le titre d'enfant de Dieu.
29. Siscitis quoniam justus est, scitote quoniam et omnis qui facit jnstitiam ex ipso natns est. Si vous savez que Dieu est juste et la justice même, sachez aussi que tout homme qui fait des œuvres de justice est né de lui selon la grâce. Dieu le regarde comme son fils et il en fait un prince de son royaume.
Qui facit justitiam. Remarquez avec soin qu'il ne suffit pas de croire la vérité pour être juste : il faut en outre accomplir la justice.
Or tout homme qui fait des oeuvres de justice est né de Dieu par une nouvelle naissance, qu'on appelle la régénération. Omnis qui facit justitiam ex ipso natus est. Car une œuvre de justice, une de ces œuvres qui méritent la vie éternelle, exige une puissance supérieure aux forces de la nature. Cette puissance nécessaire réside dans la grâce qui nous rend enfants de Dieu et que l'Esprit-Saint répand dans nos âmes. C'est ce qui fait comprendre pourquoi l'on voit fleurir dans l'Eglise catholique des vertus et des œuvres qui ne naissent point ailleurs.
L'Apôtre va, dans le chapitre suivant, dépeindre le caractère de la vraie justice.