‹ Commentaire sur Tite-Live: Complément de l'édition du Tite-Live de la Collection des auteursChapitre 29 sur 159 · L1VE · texte numérisé non relu

L1VE

Cremanamqiit colonies m agrum galHcam dtdnettu, furent coadai tes, selon le témoignage de Polybe {I. III, cb- 11 ). au commencement du consulat de Piibl. Scipion et deTib. Semproniua. Il parait toutefois qu'elle* avaient été décrélêea auparavant , et que la nouvelle qu'Annibal avait passé l'Eure en fit hâter le départ : font!»*» 1V1 tîmc a-ruytîv t* kitb t«« «nuieîtt; iî S« najtissi iasu t« r*l*TÎm crmorAltti ftpauiuttsuiMi ( Pol;lw, ioid.). Ce* colonies deiaimt tenir a la Toit n arrêter les Carthaginois et a contenir le* Gaulois qui s'agitaient. Flics étaient établie* sur les rives opposée* du Pô. On s'empressa donc d'en préparer remplacement, de construire des remparts ; les Iravaui furent poussés avec activité, et il fut ordonné * ton* les colnnt, au nombre de ait mille pour chaque ville, de se rendre sur Ira lieux dans un délai de trente jours. ( Voyez Polybe, iniif. )

Quant aui rien* triumvirs , dont le nom est incertain , Draltenborch fait observer atec raison que oc ne pouvait pat être P. Cornélius Asin* et C. Papiritu Maso. Car, suivant Polybe | ibid. ). parmi les triumvir* an seul était consulaire, les deux autres avaient été seulement préteurs. Or, d'après les faste* capitolins, tout deux ataiêDt élé consuls; Cornélius Asina, trois ans, et Papjrius Mnio, treize ans auparavant.

Cair.XXV.— Id quoqittdubiuM til.bgaii. elc. Tite- Lîve dislingue le* triumvir* et te* dépotés. Polybe (III, <f>) ne fait pas cette distinction. Suivant lui ce sont les triumvirs qui, enfermes a Mutine, demandent a entrer en pourparlers. Le* Baient y contentent, et s'emparent de* triumvir* venus pour conférer avec eui. Tile-Live luimême parle des triumvir* i Mâtine (XXVli, m), et ailleurs encore des triumvir* pris par le* Boiens, prêt de l'un, lum { XXX, m |.

Cuip. XXVI. — Mnlriumquc ttmert ad ricin nfetn 11 Jiim naralarum. I.c sens de cette expression eiteiptiqod danl Polybe ( III, ch. Illl) : tipSatt h-*-, Uaviàç ™ irXiiBii, Jià t'a tcÙî U ttÎ; OnXami; ijimpii'ïic itoXXoljc ffifattl Cûv lîiftuMÛtTtM rè» 'Poème*. Ces barqnes ne servaient dune pat simplement a établir la communication entre tes deux rivet pour laquelle un st grand nombre [magna ris), ne serait pas nécessaire, maisplntùtau transport 'les marchandises venant de ta mer, el dont cet peuples jsaient un grand usage.

Chas-. XX VIII. — Vitro vimfactre ranaii La traduc- »n n'est pa* ici conforme au texte, et a suivi de préférence l'édition Lemaire. La chose est ici sans Importance, parce que celle variante n'influe pas essentiellement sur le sens; mais, comme les opinions sont parlaliéet sur deux leçons, il eût été bon de mettre d'accord le texte et la traduction .

La leçon do texte, lltdo rim facert ronali. est la plnt ordinaire. Elle a élé conservée par Drakentiorch. Celle de la traduction , uTaOQui rim facert rouait , fort acceptable en tous points, est donnée par on manuscrit, Elle a été adoptée par Gronove et l'édition Lemaire.

Catp. XXXI. — loi /tara Rhoctaaurquê. Le* anciennes éditions portent Arar (la Saône) Rhodanuique : ce que sont beaucoup de rapports on ne pent admettre. Voyet Drekenb. sur ce passage de Tile-Live, etSchweigbaiuaer, -nr Polybe, III, 50.

IalD. — Saxa glareota. Ce mot a embarrassé lea commenlalenr*. Frsdr. Gronove corrige tatn glartasque; correctloa qui pent l'appayer sur Cotumelle | VI, ïï ) 1 St).

HISTOIRE ROMAINE. — NOTES

• Stabula sunt optima saxo aut glarea strata. * Et ailleurs, lit), de Arbor., ch. xvn, m imam scrobem lapidera glareamque abjicere. M. Imbert Desgranges, dans le mémoire dont nous donnerons bientôt nn extrait (ch. xxxvm), ▼oit, dans les taxa glareosa, des variolithes, genre de pierres qu'on ne trouve qne dans la Dnrance.

Cbap. XXXI. — Ad lœvam in Tricastinos flexil. Ce passage a tourmenté plusieurs interprètes qui, avec pleine raison, ne peuvent concevoir qu'An ni bal se détourne sur la gauche, quand réellement il marche sur la droite. Les uns y ont vu ignorance grossière, ou simple inadvertance de la part de Tite-Live, d'autres, une corruption de texte, amenée par le temps ou par les copistes. Glareanus substitue, sans hésiter, ad dextram; Jusle-Lipse, sans s'écarter autant de la lettre, corrige a lœva. Le premier ne voit d'antre moyen d'expliquer ad lœvam, qu'en supposant qu'Annibal aurait repassé le Rhône , ce qu'il ne peut pas admettre. D'après la leçon plus simple et l'explication plus facile du second , Annibal laissant le Rhône à gauche, a lœva, fait un détour, sur la droite nécessairement, vers le pays des Tricastins. Polybe, qui pourrait nous éclairer là-dessus, ne parle pas de ce détour que fait Annibal. Silins Italiens, après avoir décrit le passage du Rhône, ajoute (III, v. 466) :

Jamquc Tricastinis intendit finibus agnien Jara faciles campos . jam rura Vocuotia carpit. Turbidus hic truncis saxisque Draentia Ixtum Ductoris vaslavit iter.

Il n'y a rien là de plus que dans Tite-Live. Ammien, Marcell. ( lib. XV, 28 ) n'est pas plus explicite : « An-

• uibal Taurinis ducentibus accolis per Tricastinos et

• oram Vocontiorum extremam ad saltus Tricorios venit. « lndeque exorsus aliud iter antehac insuperabile feclt,

• excisaque rupe in immensum elata Druentiam flumen

• gurgitibus vagis in totum regiones occupant Etru-

• scas. «Cependant, tout en déclarant que les manuscrits donnent tous ad lœvam, Drakenborch croit que l'intelligence de la route, suivie par Annibal, exige l'une des deux corrections proposées, et il penche vers celle qui se rapproche le plus de la leçon commune. Il conserve toutefois ad lœvam dans son texte. M'est-il pas plus simple de penser que Tite-Live parle des pays situés à gauche , pour lui , écrivant à Rome , ainsi que pour tout habitant de l'Italie, ce qui nécessairement place ces pays à la droite d'Annibal se dirigeant vers les Alpes. Cela est peu naturel sans doute, mais n'est pas tellement rare dans Tite-Live et dans d'autres historiens, qu'il faille s'en étonner beaucoup , et rejeter celte explication qu'appuie d'ailleurs l'accord des manuscrits.

Coap. XXXIII. — Clamoribus dissonis, quos nemora eiiam repercussœque valles augebant. Arrien, Exped. Alexandri, lib. VI, ch. xiu : ûç èk tmgàç tgv» mtcgu âqpdv), auôi; xpoTtù <5ti iroXXâ» 47ttxTom)anv "h orpartà iràoa, iiriixDaav £* °" Tt $X&*i *<« ai iïXtkjîov aura» v aurai. Q. Curt. liv. III, ch. x : « Reddftur a Macedonibus major t ( clamor ), exercitus impar numéro, sed jugis mootium

• vastisque saltibus repercussus : quippe semper circumc jecta nemora petrsque, quantameumque accepere vo-

• cem, multiplicato sono référant. »

Cbap. XXXIII. — Et captivo cibo ac pecoribus. Il nourrit son armée avec le blé et le bétail . etc. Les éd. Lemairt et Panck donnent : et captivo frumento ac pecoribus. Le traducteur a préféré cette leçon à son texte. Dans les ancienues éditions et les manuscrits on trouve : • Ut captivo a pecoribus, » restitué ainsi par Vallo , • et cavti-

vorum pecoribus • , et adopté par Drakenborch. Fréd. Gronove préférerait captivis pecoribus, qui n'est pas plus étrange que captiva arma ( VII, 14), captiva sœwgia { X, 2 ), et captivum aurum ( XLIV, 40 ). Mais il croit qu'il manque quelque chose après captivo, d'après l'examen du texte de Polybe ( lib. III, cap. li ) : rJapaurixa piv -yap ixcfitaaro irXviOoç iwwwv xal £mc£u-ji«v xm. twv âj&a toutci; ÉaXwxoYtov àv£pûv* tt; 8% to {xs'XXcv ioyt piv xak airou xoù 6p£|x|xà:ù)v ità ^u&ïv xal rptatv ri{i.£pai; efarepuw. — Stroth rétablit, d'après Polybe, captivo frumento.

Cbap. XXXV.— Consislere jussis militibus Italu ostentat. Je ne puis ra'empécber de citer, avec M. Mfchelet , à côté des paroles d'Annibal , celles qu'une situation analogue inspira au pins grand général des temps modernes. « Ce fut un spectacle sublime que l'arrivée de l'armée sur les hauteurs de Montezmoto; de là se décou-. vraient les immenses et fertiles plaines do Piémont. Le Pô, leTanaro et une foule d'autres rivières serpentaient au loin : une ceinture blanche de neige et de glace, d'une prodigieuse élévation , cernait i l'horizon ce riche bassin de la terre promise. Ces gigantesques barrières , qui paraissaient les limites d'un autre monde , que la nature s'était plu à rendre si formidables, venaient de tomber comme par enchantement. Annibal a forcé les Alpes, oit le général français, nous, nous les aurons tournées. • ( Mémoires de Bonaparte, campagne d'Italie. )

Cbap. XXXVIII. — Quinto decimo die Alpibus ratis. Un savant magistrat, M. Imbert Desgranges, substitut du procureur du roi à Grenoble, a bien voulu nous communiquer un mémoire qu'il a composé sur l'itinéraire d'Annibal à travers les Alpes. Nous regrettons que la place nous manque pour mettre sous les yens de nos lecteurs l'ensemble de ce travail , où une des plue importantes questions de l'histoire a été traitée avec une méthode et une sagacité dignes d'éloges, et qui d'ailleurs repose sur la plus exacte connaissance des localités. Mous nous contenterons , eu formaut le vœu que l'auteur publie incessamment son livre, de résumer cette partie où , après avoir comparé et mis d'accord, autant qu'il est possible, le récit de Polybe et celui de Tite-Live, il suit sur tes lieux , et jour par jour, la marche du général carthaginois.

Le 17 octobre, Annibal fait passer le Rhône à une partie de son armée, une demi-lieue environ au-dessus d'Avignon.

Le lendemain, 1 8, le passage est complètement effectué.

Le 19, Annibal remonte le Rhône, marche, i l'orient, vers Védèoes, s'engage dans les terres, laisse à gauche Aeria , aujourd'hui Chéteau-Neuf , passe i Bédarrides et vers le milieu du jour fait halte i Courtbeson. Il revient ensuite camper à l'Ile. C'est le nom qu'on donnait alors à cette étendue de plaines qui se trouve entre le Rhône et l'Eygues ( Aiguës sur la carte de Larauxa ) , et qui forme une espèce de delta.

Le 20 et le 21 il est rejoint par le reste de son armée.

Le 22, il quitte l'Ile avec toute son armée, fait un détour, passe l'Eygues, remonte le Rhône vers Saint-Paul, Trois-Cbéteaux , et va passer la nuit à Bollène.

Le lendemain, 23, il passe à Suie, à Tulette, revient sur l'Eygues, à Saint Maurice, remonte cette rivière et vient passer la nuit à Nyons.

Le 24, de Nyons, parvenu aux Piles, il passe sur la rive gauche . la remonte par Curnier, Sahune, Arpavon, et arrive enfin à Rémusat.

Le 25» de Rémusat à Rosans, marchant le plut aouvent

T1TE-L1VK.

le lit même de la ri? ière, on arrive à ses sources. Le lendemain, 26. on bit le trajet de Rosans à Serres; Le 27, celui de Serres à Veynes, et l'on arrive à Gap le».

Le 29. on continue la route jusqu'à Cborges , en faisant balte à Labastie.

Le 30, au point du jour, on se met en marche et l'on arrive à la Durance. Toute la journée est employée au pausage si difficile de cette rivière.

Le lendemain, 51, laissant Embrun sur la gauche , l'année va passer la nuit dans les hameaux qui se trouvent des Traverses aux Imberts.

Enfin, le premier novembre, l'armée vit les montagnes sTaiTrir à sa droite; on était arrivé aux défilés. L'avantfarde se met en marche , et , poussée sous Mont-Dauphin vers la gauche par un torrent qui s'échappe de la monà sa droite, elle arrive à un autre torrent qui, veégalemeot de droite , se jette dans le Guil. Elle le franchit et, ayant le Guil à gauche; elle monte sur les premières éminences.

Ces coteaux, dont les échelons ont i peine quelques toises, s'élèvent par une pente inégalée la hauteur de Mont- Dauphin. Là se trouve un plateau séparé de celui de Mont-Dauphin par le lit profond et à pic du Guil. De là on arrive par une pente facile è deux petites émineneo avant de la montagne qui, dans le fond, borne i. Le plateau ainsi que les deux éminences était occupée par les montagnards. L'avant-garde fut obligée de s'arrêter , et quelques Gaulois, qui servaient de guides et d'espions, fureut chargés de voir s'il n'y avait pas moyen de passer ailleurs. La chose était impossible , il n'y avait pas d'autre route. L'avant-garde se replia en arrière de Mont-Dauphin , et l'armée campa où elle se trouvait. Anoibal apprit bientôt par ses espions que la nuit les montagnards abandonnaient leur position , et se retiraient dans une petite ville à droite du château ; et il fit sas préparatifs en conséquence.

Le 2 novembre, au point du jour, l'armée se développa dans la plaine et avança jusqu'au pied des coteaux , jusqu'au torrent qui, des montagnes à droite, va se jeter dans le Guil, sous Mont-Dauphin , et que lavant-garde avait franchi la veille. La nuit venue, Annibal donne en secret, à ses pins braves soldats, l'ordre de se trouver, è aurait . à la télé du camp. A l'heure indiquée, lui-même vient les prendre, sort du camp en silence, descend dans le torrent, gagne les coteaux et arrive, après une demiheure de marche, sur le plateau à la hauteur de Mont- Dauphin. Il y laisse une portion de son monde, avec ordre de s'y retrancher sans retard, surtout du côté de ', qui se trouvait à droite au-dessous, et de là, de vingt minutes, gagne les deux mamelons qui, le jour précédent, étaient occupés par les montagnards.

Le lendemain, 3 novembre au point du jour, commença le passage des défilés. L'armée sortait du camp, pénétrait dans le lit du torrent et montait en silence sur les coteaux, lorsque les montagnards avertis sortirent de Gaiflestre et furent bien surpris de trouver l'ennemi maître des hauteurs. Les Carthaginois s'avançaient par colonnes et masses serrées vers les deux éminences. Arrives la,les uns passèrent à droite , les autres à gauche, le plus grand nombre entre deux. Mais une fois au-dessus de ces deux mamelons, le chemin rétréci par la pente rapide de b montagne ne laissa plus passer que deux ou trois bornée front. Quinze minutes plus haut, à une autre émif, appelée aujourd'hui la Viste, il n'en pouvait pas-

ser qu'un seul. 11 fallut se résigner à attendre que tous eussent passé un à un. De la Viste on marcha à peu près en plaine pendant dix à douze minutes , et on arriva immédiatement sur la pente rapide de la montagne, où la route n'était plus qu'un sentier sur le bord d'affreux précipices. C'était au fond du défilé surtout que le péril était grand. Il fallait monter, à travers les précipices, à un bec de rochers qui s'avance sur le Guil. Une fois dessus il fallait descendre, à travers d'autres précipices, par cinq rampes superposées , raides , de quatre à cinq mètres de longueur, et si étroites que le piéton ne pouvait y passer sans effroi. C'est là que les montagnards viennent s'établir pour couper l'armée. Anoibal, toujours è la Viste, voit le danger. 11 gravit les rochers de Grateloup , au-dessus des montagnards , et de là les écrase. Les montagnards enfin chassés, l'arrière-garde passa les défilés que , dixsept siècles plus tard , François 1 er devait passer aussi. De ce point, c'est-à-dire de l'endroit où depuis on a bâti la maison du roi, quatre grandes heures fnrent nécessaires pour arriver au Veyer. Là sur les denx rives du Guil , au bas de rochers escarpés et de montagnes d'une hauteur immense, se trouvent quelques terres où les bandes carthaginoises s'entassèrent. La tète de l'armée arrivait à Chapelus. Tout près de là la vallée, déjà si étroite, so resserrait de telle sorte qu'à peine elle laissait un passage aux eaux du Guil. Ce défilé avait un quart d'heure dé tendue , et non loin de là se trouvait un petit fort qui , du côté de l'Italie, en était en quelque sorte la clef. Annibal , à la tête de quelques soldats d'élite, s'engage aussitôt dans le défilé, le traverse sans obstacle, fait une montre assez longue, et arrive en vue du château Queyras. Heureusement le fort et les deux villages qui y touchent étaient déserts ; sans cela il eût été bien difficile de s'en emparer. Les communications s'établirent bien vite entre le camp du Veyer et le château Queyras.

La journée du 4 novembre fut consacrée tout entière à reposer les soldats.

Le lendemain on visita les villages qui se trouvent dans les montagnes. Du Veyer on monta aux Escovières et aux Bramusses. Du château Queyras on se rendit à Arvieux et à plusieurs autres villages.

Le 6 novembre l'armée, ayant quitté le Veyer. se porta à près d'une heure de marche, au-dessus du château Queyras, à Villevieille où elle campa.

Le 7 on partit tard de Villevieille. Depuis plus d'une heure et demie on remontait le Guil, lorsqu'on aperçut l« village d'Aiguilles. C'est là que les montagnards vinrent offrir leurs services eu donnant des otages à Annibal. C'est là aussi que l'ordre de marche fut changé. Aunibal fit passer à la tète de l'armée la cavalerie, les éléphants et les bagages qui avaient beaucoup souffert dans les défilas du 5 novembre. Un corps d'infanterie, chargé de veiller sur les guides et les otages , éclaira la marche. Alors on entra dans de nouveaux défilés; mais ou s'était arrêté longtemps à Aiguilles, et la nuit approchait. Annibal partit un des derniers à la suite de son infanterie. Déjà il avait fait la montée qui se trouve immédiatement en sortant d'Aiguilles; il parcourait le travers de la mootée à la descente, lorsqu'il vit son infanterie écrasée par une gréle de traits et de pierres. Jusqu'à cette descente deux et môme trois hommes avaient pu marcher de front; mais là , les montagnes resserrant cette étroite vallée , le chemin n'était plus qu'un sentier presqu'à pic. A gauche surtout, arrivant sur les bords du Guil, il se trouvait au bas de rochers escarpés. Depuis on a construit un pont, et la route plus facile passe sur la rive gauche. Mais, tout

HISTOIRE ROMAINE. - NOTES

près de ce pont , et à la hauteur du parapet , on aperçoit encore les traces du sentier sur lequel se trouvait l'infanterie. Annibal n'osait s'engager dans le 'défilé qui se trouve au bas du pont , lorsque la nuit étant survenue les mon* tagnards viennent s'établir sur le chemin même et coupent ainsi l'armée. Dans cette position critique, tout ce que put faire Annibal Tut de laisser le sentier étroit où son infanterie était écrasée et de monter à gauche sur le banc de rocher pour en déloger l'ennemi. U réussit en effet à le refouler dans la montagne.

Cependant le jour arriva ( 8 novembre ) ; les montagnards avaient disparu. Annibal continua sa route, et une heure après arriva dans le vallon d'Abriès. La cavalerie, les bagages et les éléphants , qui y avaient passé la nuit , en étaient déjà partis pour la Monta , où le soir, de bonne heure, toute l'armée se trouva réunie. On campa sur le vaste plateau qui s'étend de la Monta à Ristolas, au bas du col , appelé aujourd'hui le col Lacroix , et qu'il fallait gravir le lendemain. C'est là, dit-on, que les guides et les otages furent massacrés par les soldats; les guides, pour avoir indiqué une fausse route à un corps de cavalerie; les otages en expiation de l'attaque perfide de la nuit précédente. Annibal leur fit donner la sépulture d'après les usages de Carthage. Dans les premiers jours de juin 1856 on a trouvé à Ristolas un squelette tellement ancien qu'il était à l'état de pierre calcaire. Ce squelette avait quaire anneaux autour de chaque jambe , six autour de chaque bras , uo autour du cou et un autre autour du corps. Ces anneaux, en cuivre rouge oxydé, avaient nécessairement été soudés sur le cou , le corps et les jambes. Tout près du squelette étaient deux vases que les premiers coups de pioche avaient réduits en poussière.

Le 9 novembre, dès l'aurore, l'armée commença à monter vers le col. Après deux heures d'une montée lente et pénible, par d'innonbrables zig-zag, les premières troupes arrivées au sommet eurent à suivre un sentier à droite qui, prenant la montagne en travers, conduit, après une demi-heure de marche, à une espèce de plateau à deux pentes, tout près du col. Arrivés au plateau ils se rangèrent sur ces deux pentes , au bas et à la jonction desquelles était une magnifique source. L'armée s'y reposa les deux jours suivants, 10 et H novembre.

Le 10 on vit revenir an camp quelques mulets qui s'étaient égarés la veille , et qui rejoignirent en suivant les traces de l'armée.

Le 1 1, du sommet d'une hauteur voisine du camp , Anuibal montra dans le lointain à ses soldats les rives du Pô.

Le 1 2 t au point du jour, l'armée se mit en marche pour descendre. De la tête du camp à l'espèce de couloir qui constitue le col, quinze minutes avaient été nécessaires. De l'autre coté la pente peu sensible offrait une route non moins facile. Annibal montrait à tous le pic du Viso qui s'élevait sur la droite; on le voit de Rome ! leur criait-il. Après vingt ou vingt-cinq minutes, à partir du col, on arriva à cinquante ou soixante pas au-dessous du rocher appelé aujourdh'ui la Coche. Ce rocher s'avance vers l'Italie, comme un cap au milieu des mers. Il est coupé, entaillé dans une largeur de quatre à cinq pieds. C'est dans cette ouverture que passe lecbemin, c'est là que commence vraiment la descente. De cinquante ou soixante pas audessous de cet étroit passage appelé la Coche, on voit bien encore les montagnes à droite et à gauche s'élever à une hauteur prodigieuse; mais dans le fond, un peu vers la gauche , elles s'abaissent et on aperçoit dans le lointain les plaines du Pu. Bientôt on commença à descendre , mais la pente, jusque là si facile, ne tarda pas à devenir plus

rapide. I<a montée, quelque rude qu'elle eut été, n'étaH rien en comparaison de cette descente. Le sentier devenait de plus en plus étroit et glissant. Les troupes descendaient depuis une demi-heure lorsqu'elles arrivèrent à un banc de rochers à pic, au-dessus d'un abîme. La pente déjà si rapide l'était devenue bien davantage par un éboulement tout à fait récent. Les terres qui recouvraient les rochers s'étaient éboulées dans une pente de près de mille pieds de haut. Il devint impossible d'avancer plus loin. Annibal, qui s'était arrêté sous la Coche pour montrer l'Italie aux soldats à mesure qu'ils descendaient, surpris de cette halte inopinée , ne pouvait s'en expliquer la cause , lorsqu'on vint lui dire que la descente éUit impossible. Il se hâta d'aller voir de ses propres yeux ce qui arrêtait l'arm ; e. L'obstacle n'était que trop réel. Le sentier étroit sur la pente de l'abîme arrivait à on banc de rochers coupé à pic ; impossible de passer. Revenir sur la gauche était tout aussi impraticable, l'armée se trouvait partout au-dessus d'nu précipice. Annibal essaya de monter au-dessus du rocher dans lequel le sentier se perdait , pour arriver à quelqu'une des courbes qui se trouvent vers la droite, au-delà. 11 descendit de deux à trois cents pas , plus sur la droite. Mais il n'était pas plus facile de descendre d'un côté qne de l'autre. Le précipice était le même. Alors il fallut que l'armée revint sur ses pas et remontât jusque sous la Coche, où chacun travailla à se loger du mienx qu'il put.

Le lendemain, 15 novembre, on ramena on certain nombre d'hommes au banc des rochers qui arrêtait la marche, et l'on essaya d'ouvrir un chemin avec le fer. Ce banc de rochers se prolongeait dans nne étendue de trente pas pour se dérober dans le précipice et reparaître quinze pieds plus loin , dans une étendue d'une vingtaine de pas. Le chemin une fois creusé sur la première partie, on pouvait jeter un pont pour arriver à l'autre et se sous traire ainsi à la nécessité de creuser le roc dans cet espace intermédiaire de quinze pieds. Pour diminuer la dureté du roc on prit le parti de le calciner, et d'aider à l'action du feu par celle du vinaigre dont tes savants modernes seuls ont ignoré l'action corrostve. Le fer achevant ce que le feu avait préparé , on réussit à ouvrir un sentier dans toute la longueur du banc de rochers. Ce sentier n'a gnère qu'un pied et demi on denx pieds de large ; vous diriez un petit canal dans lequel on aurait voulu faire couler une fontaine. Le fond en est inégal , parfois en cascade ou escalier . tantôt au niveau du bord, tantôt un peu plus profond. Sa pente est rapide. De nos jours, malheur au voyageur qui y serait surpris par une nuit d'hiver. Ce premier sentier terminé, on apporta un mélèze dépouillé de ses branches, à l'aide de cordages on le suspendit sur le précipice et on l'appuya sur l'antre banc de rochers. Rientôt des hommes passent à cheval sur ce tronc; ils tirent à eux une seconde poutre qu'on leur glisse sur la première , pnis une troisième, et enfin le pont est achevé. Alors on continua le sentier en recourant aux mêmes procédés. Le travail qui avait été poussé avec une activité extrême , fut assez avancé dans la journée pour que les mulets et les chevaux charges de bagages pussent y descendre. De là , continuant à se risquer A travers d'autres zig-zag , plus effrayants peut-être que les premiers , on alla camper sous un ciel meilleur, sur les bords de la Pellis, l'une des sources du Pô.

Le 14 novembre on élargit le chemin pour faire descendre les éléphants.

Enfin, le 15, ces bêtes exténuées de faim, descendirent avec le reste de l'armée. Annibal consacra quelques jours

au repos pour donner à ses troupe» le temps de se reftire • et descendit emuite sur Turin.

Csur. XXXVIII. — Quantœ copiœ transgresso in Itafio» Annibali fuerint. Voici les nombres fournis par Polybe, si exact d'ordinaire pour tous ces détails. On sait d'ailleurs qu'il les emprunte à la table lacinienne (III, 55, 56, 601. Anmbal passe l'Ebre à la tête de quatre-vingt-dix mille hommes d'infanterie , et douze mille hommes de cavalerie. Il laisse dix mille fantassins à Hannon et mille cavaliers ; et en renvoie un pareil nombre dans leurs foyers. Restent soixante-dix mille hommes d'un côté et dix mille de l'autre. La soumission des pays situés entre l'Èbre et les Pyrénées lui coûte beaucoup de monde, et il n'a plus, après avoir franchi ces montagnes, que cinquante mille fantassins, et neuf mille cavaliers. Le Rhône traversé , ce nombre se trouve réduit à trente-huit mille fantassins et an pen plus de huit mille cavaliers. Enfin il perd , au passage des Alpes, près de la moitié de ses troupes; et, en descendant dans In plaine de la Gaule Cisalpine, il ne un reste plus que vingt mille hommes d'infanterie, parmi lesquels douze mille Africains et huit mille Espagnols , et sii mille nommes de cavalerie. C'est avec celte armée ainsi réduite qu'il entreprend la conquête de l'Italie.

Ibjd.— Quinto mense a Carthagine nova (ut quidam nctorts sunt ). De ce nombre est Polybe, 111, cb. lvi.

Cair. XXIX. — Ab eo, qiiem in summo sacrahtm rertkr. C'est de ce dieu Peninus qu'il est mention dans plusieurs inscriptions trouvées è Saint- Pierre-Mont -Jou. Noos nous contenterons de rapporter les deux suivantes.

POEMNO

PEO 1TV ET KBD1TV

C IVLIV8 PBIHV8

LVCIVS LVCILIV8

DBO PB* MO

OPT1MO

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