‹ Commentaire sur Tite-Live: Complément de l'édition du Tite-Live de laChapitre 11 sur 158 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

Par ces mots du chap. xxi, per omnium annalium monumenta, il faut probablement entendre toutes les annales que Tite-Live avait entre les mains. On voit en effet, ch. xvm et xxii, qu il en a comparé plusieurs. 11 en est de même aux ch. xxvii et xlii. Toutefois, dans ces derniers passages, il ue mentionne pas toutes les divergences; non plus qu'au ch. xvi. Ce qui le prouve c'est que Denys ( ExcerpL. p. 41 ) rapporte en cet endroit les libres réponses des députés Privernates. (Cf. Tite-Live, VIII, ch. u , et Valère-Maxime , V I, 2. )

Cbap. I. — Novi ho mines. « On nommait chez les Romains nomme nouviau celui dout aucun des aucêtres

n'avait été dans les charges enraies, appelées ainsi parce qu'elles donnaient le droit de se faire porter dans une chaise d'ivoire et de s'y asseoir aux assemblées publiques. Les descendants de cenx qui avaient possédé ces charges étaient censés et appelés nobles , eux , leurs enfants et toute leur postérité, et formaient à Rome ce qu'on appelait la noblesse. Ils avaient aussi droit à'imagrs , c'est-àdire qu'ils exposaient, dans la partie de leur maison la plus apparente, les images , les portraits de ceux de leurs ancêtres qui avaient été dans les charges , et les faisaient porter dans certaines cérémonies publiques , comme aux obsèques de leur proches. Ces charges étaient le consulat, la dictature , et de plus l'édilité curule et la préture.

• Ce que je viens de dire aide à entendre ce qu'on lit dans une harangue de Sextius et de Licinius , qu'il ne restait plus au peuple , pour s'égaler aux patriciens , que le consulat, qui le mettait en possession de tout ce qui les distinguait, et le lui rendait commun avec eux, commandement, honneurs, gloire militaire, noblesse. Ceux du peuple devenaient donc nobles par le consulat et par toutes les autres charges curules, mais nobles plébéiens, distingués des patriciens, quoique unis ordinairement avec eux pour les intérêts et la façon dépenser. • (Rollir , Hist. rom., liv. VII , § 3. )

Cbap. I. — Prœtttra. Les fonctions du préteur étaient très-importantes; elles consistaient à rendre la justice, et, en l'absence des consuls, à administrer l'état. Il avait la chaise curule, deux licteurs (Plaute, Epidicus, v. 26), et même six , si l'on en croit Polybe ( XXX 111 , i , 5 ), plusieurs scribes et des appariteurs ( arcensi). L'épée et la pique étaient posées près de son tribunal quand il jugeait. Cependant quoiqu'il fut chargé de l'administration de la justice, même quand les consuls n'étaient pas absents , ces magistrats conservèrent toujours une haute juridiction ; nous devons à Valère Maxime la connaissance de quelques circonstances où ils réformèrent des sentences du préteur. (Cf. Cic. de Legib., 111,5.)

Ibid. — Cunili œdililate. Les édiles enraies dont nous avons déjà parié page 803, col. 2 et suiv., avaient, avec un rang supérieur, les mêmes fonctions à peu près que les édiles plébéiens. Ils étaient chargés de la police générale de la cité , présidaient spécialement aux grands jeux, aux approvisionnements de la ville et des armées ainsi qu aux représentations scéniqnes, et examinaient les pièces qui devaient être représentées, ce qui faisait d'eux les censeurs de la littérature. Quand les chefs militaires revenaient d'une expédition , ils rendaient compte aux questeurs de l'argent monnayé, au préteur des prisonniers de guerre , et aux édiles curules des grains et des munitions pris à l'ennemi.

Il parait qu'à toutes ces attributions ils réunissaient encore de hautes fonctions judiciaires en matière criminelle; car nous voyons (1. VIII , ch. xvm ) que c'est à l'édile curule Fabius que Ton dénonça les empoisonnements commis par les matrones ; et Pline ( Hist. nat., 1. XVIII, ch.viu) nous apprend qu'une accusation d'enchantement fut portée devant le peuple par Sp. Postumius Albin us, revêtu également de cette magistrature. C'étaient des édiles curules qui étaient chargés de l'instruction des crimes portant atteinte à la chasteté des jeunes gens et des femmes nées libres. Voyez à cet égard Tite-Live . VIII , xxii ; Val.-Maxime, VI, i , n. 7; VIII, i , n. 7; et Plutarque, Vis de Marcellus.

L'élection des édiles curules précédait celle des édiles plébéiens . qui se faisait immédiatemeut a-ircs. Plu-

TITE-UVE.

larque nous apprend que Marius ayant échoué dam sa candidature à l'édilité curule, se présenta aussitôt à l'cdilité plébéienne, où il échoua encore, et que, sans se laisser abattre par ces deux échecs, éprouvés en un même jour, ce qui n'était encore arrivé à personne avant lui , il alla, quelques jours après, s'offrir aux suffrages du peuple pour la préture. Moins malheureux cette fois , il fut élu , mais son élection ne fut pas exempte du soupçon de brigue. ( Vie de Marius , cb. v. )

Chap. I. — Verecundia inde imposita est senatui expatribusjubendi adiles curules creari. Niebuhr, t. III, p. 59; t. Y, p. 46 et suiv. delà tr. fr., entre dans beaucoup de détails pour prouver qu'on ne peut voir rien de sérieux dans ce seutiment de délicatesse qui décida les patriciens à partager l'édilité curule avec les plébéiens. Hais tel n'est pas le seus de la phrase de Tite-Live , et Niebubr ne tient aucun compte de ces mots : non patientibus tacitum fribunis, qui prouvent en effet ce que Niebuhr n'avait pas besoin de deviner, savoir que ce partage de l'édilité curule ne fut qu'une concessiou forcée de la part des patriciens, qui cédèrent moins à un sentiment d'équité qu'à uue réclamation énergique des tribuns.

Ibid. — Gratta campestri. • Par l'influence des tribus

• de la campagne. • Nous pensons qu'au lieu d'adopter cette traduction de Dureau de Lamalle, il eût mieux valu s'en tenir à l'explication donuée par Drakenburch, Crevier et M. Lemaire. Gratta campestris signifie certainement la faveur du Champ-de-Mars, ou des centuries qui s'y réunissaient, comme, dans Valère Maxime, campestris temeritas veut dire les hasards du Cbamp-de-Mars, les chances des élections. On pourrait citer une foule d'exemples où le mot campestris est employé dans ce sens. D'ailleurs rusticœ tribus est l'expression consacrée pour désigner les tribus de la campagne; campestris tribus n'est pas latin.

Quant au mot ceperunt, où Dureau de Lamalle voit i'expression d'une sorte de lutte, il est ici tout à fait synonyme de effeccrunt ut ille caperet. Ainsi cette phrase du liv* V, ch. xiii, Lirinius ut ceperat haud tumultuose magistratum, exclut toute idée de lutte, et il en est de môme de cette autre, du liv. VII, c. xxv, qui legis l.iciniœ spretœ mercedem consulaium cepisstt.

Nous traduirions donc ainsi la phrase qui donne lien à cette note : « Les patriciens , par leur influence dans

• le Champs-de-Mars , obtinrent la préture pour Sp.

• Furius Gamillas, fils de Marcus, et lédilitépour « Cn. Quinctius Gapitolinus, et P. Cornélius Scipion,

• trois hommes de leur ordre. » Tite-Live dit assez clairement que le Spurius Furius Gamillus , dont il est ici question , était le fils de Camille le dictateur. Si l'on eu doutait cependant , on pourrait recourir à l'autorité de Suidas, qui dit au mot -rcpoÛTup : «paire; arpamp; à-nt- £sîx,foo 4>oùpioç KapuXXo;, irai; KapuiXXou tc-u «oXXoty.tç fiGv<xpxr,<ravToç , Ôv -rcpatTtopa. -ni tèta fXtûTTQ c-t 'Puuaîot ùvc'fiaaav.

Cbap. — I. Ludi quoque scenici. Ce que Tite-Live dit ici des jeux scéniques parait emprunté aux annales. Déjà Fabius était entré dans quelques détails sur les jeux du cirque (Denys, VII, 71 ); et Tite-Live y revient encore après lui, et il donne la raison morale qui l'a engage à le faire. Il n'est pas vrai qu'il soit sur ce point en dissentiment avec Valérius Autias (Cf. XXXVI, 56). Car Valerius ne dit pas que les jeux scéniques furent donnés alors pour la première fois, mais que |>our la première fois on les ajouta aux jeux de Cybele.

Chap. II. — Fescennino versu. Les poésies fèsceunines étaient des dialogues en vers grossiers, improvisés le plus souvent à la suite des moissons et des vendanges, et imités, si l'on en croit Horace (Ep. II, I. 159 ), des Étrusques et des Falisques. Elles tiraient leur nom , soit de Fescennia, ville de Campanie ( Servios ad Virg., Aïn., vu, 695), aujourd'hui Citta Castellnna, soit de Fascinus, dieu des sortilèges , qu'elles avaient , disait-on la vertu de conjurer. ( Festus, au mot fescenninu)

Les vers fescennins, suivant Servius, n'avaleut d'antre mesure que celle du chant, c'est-à-dire qu'ils étaient rbythmiques et non métriques; il ne nous reste d'ailleurs aucun monument qui puisse nous faire cou naître quelle était leur forme. On ignore même en quoi ils différaient des vers saturnins qui , avec eux , formaient à cette époque reculée tout le domaine de la poésie italienne. Seulement on sait que les vers fescennins étaient usités dans les fêtes joyeuses , dans les noces, dans les triomphes , et semblaient renfermer une idée de raillerie et de licence, tandis que les vers saturnins paraissent avoir été plus particulièrement destinés aux sujets graves et religieux.

La licence qui régnait dans ces poésies était extrême. Aussi fut-un obligé de la réprimer par les peines les plus sévères : une loi des douze tables , appliquée depuis a la scène, et renouvelée par Auguste (Cicér. de Hepubl., 1. IV, ap. Augustin, de Civit. Dei. II, 9) condamnait à la peine du fouet ou du bâton les auteurs de vers diffamatoires. Voy. Schœll, HUt.de la Litt. Hom., 1. 1, p. 75, et M. Magnin , Origines du théâtre moderne, t. I, p. 295. Nous voudrions aussi pouvoir renvoyer nos lecteurs aux travaux de M. Patin, qui, dans ses cours de 1852 et 1855, a traité avec autant d érudition que d'ingénieuse critique toutes les questions qui se rattachent aux origines de la poésie latine.

Ibid. — Saltantes. Voyez l'abbé Dubos : Réflexions critiques sur la poésie et la peinture, 111° partie, sect. 15.

Ibid. — Saturas. Ces pièces, ainsi que nous l'apprend Tite-Live , différaient par un peu plus d'art des improvisations fescennines; elles en différaient aussi par une plus grande étendue. On les appelait saturœ à cause du mélange de musique, de paroles et de danses qu'elles offraient. C'est ainsi qu'au moyen âge on donna le nom de farces, farcitures, pièces farcies, à certaines compositions ecclésiastiques qui offraient un mélange de plusieurs langues. Satura ( satura lanx), signifiait, en langue osque , un plat rempli de toutes sortes de fruits, que l'on offrait chaque année à Cérès et à Bacchus comme les prémices de la récolte , et par suite un mets fait de plusieurs choses, un pot-pourri. Satura lex, dans le droit romain, est une loi qui renferme plusieurs titres.

Ces pièces composèrent seules , pendant plus d'un siècle, les jeux scéniques à Rome. Elles sont le véritable drame romain, le drame indigène de l'Italie. U n'y eut qu'une ressemblance de noms purement fortuite entre elles et le drame satirique des Grecs. La Grèce n'offre même rien qui soit analogue a la satura romaine. ( V. Frid. Stieve, de rei scenicœ roman, orig. p. 45. )

Lorsque dans la suite ces drames populaires firent place, sur les théâtres de Rome, d'une part aux tragédies traduites ou imitées des Grecs, de l'autre à une nouvelle forme du drame indigène, les atellanes, la satura ne périt cependant pas tout à fait. Le nom resta dans la langue, non plus , il est vrai , pour désigner uu ouvrage dramatique, mais un poème didactique, mordant et railleur, l'eues furent les satires d'Euuius do

HISTOIRE ROMAINE, - NOTES

Lucilins, d'Horace, de Perse et de Juvénal; dans lesqaelles on peut du reste remarquer une tendance à revenir à l'ancienne forme dialoguée. qui avait fait, dans l'origine, le caractère essentiel de ce genre de poésie.

Quant à la satire varronienne, composition mélangée de prose et de vers , et qui fut imitée par Pétrone, Sénèque, Julien et Marcianus Capella, son nom est romain , et lui vient de sa nature même; mais sa forme a été imitée de Ménippe, et c'est de là que lui est venu le nom de Ménippée, par lequel on la désigne encore. Cicéron (Académiques, 1. 1, ch. n) met dans la bouche de Varron, luimême, un aveu de cette imitation.

Aucune question peut-être n'a donné lieu à une polémique plus vraie et plus durable que celle de l'origine de la signification du mot satura. Sans enlrer dans la discussion , nous nous sommes bornés à présenter l'opinion la plus probable et la plus généralement admise aujourd'hui. On peut la voir appuyée de toutes ses preuves , dans l'ouvrage déjà cité de M. Magnin, pages 304 et suivantes. Ceux de nos lecteurs qui seront curieux de connaître les conjectures émises par les différents critiques qui se sont occupés de celte question, pourront consulter Dacier, Discours sur la Satire, dans tes Mémoires de l'Acad. des Inscript, et Belles Lettres, t. II.— Dussaulx, Discours sur les Satiriques Latins, en (été de sa trad. de Juvénal; — De Guérie, Questions sur Pétrone, deuxième partie, g 2; — M.Tbery, de la Satire, en télé de sa trad. de Perse;— et Schœll, Histoire abrégée de la Litt. Rom., t. I, p. 144 etsuiv.

Cdap. IL — Descripto jam ad tibicinem cantu. On pourrait croire que ces flûtes qui accompagnaient l'acteur ne servaient qu'à le remettre de temps en temps sur le ton, et qu'elles ne jouaient que pour lui rendre à peu près le même service que Graccbus tirait d'un joueur de flûte tandis qu'il barauguait; mais on se désabusera bientôt , pour peu qu'on fasse réflexion à ce que nous disent les anciens de ces accompagnements. Voici un passage de Lucien qui suffit, ce me semble, pour détromper ceux qui seraient là -dessus dans l'erreur. C'est Hermonidès qui parle à son maître Timolbée: « Je voudrais, dit-il, le même succès que vous eûtes,

• lorsqu'à votre arrivée de Béotie vous accompagnâtes de

• la flûte le comédien qui jouait les fureurs d'Ajax ; vous

• jouâtes mieux de la flûte qu'il ne chanta, et vous l'em-

• portâtes sur lui : après cela il n'y avait personne à qui

• Timothée, le Thébain, fût iucounu. • L'abbé Tatby, bissertation sur la récitation des tragédies anciennes, insérée dans les Ment, de VAcad. des Inscriptions et Belles-Utiles, t. VIII.

Ibid. — Liviuspostaliquotannos. Andronicus, l'auteur delà première tragédie latine, était né dans la grande Grèce, à Tarenïe. Lorsque cette ville tomba au pouvoir des Romains , il fut fait prisonnier et devint l'esclave du consul M. Livius Salinator, dont il fut chargé d'instruire les enfants. Ayant été affranchi , il prit le nom de son patron , et s'appela Livius Andronicus. Il florissait immédiatement après la première guerre punique. Sa mort arriva en 554, lorsque Caton n'avait encore que quinze ans. C'est, dit Quintilien ( Inst. Orat., X, 2), le plus ancien des poètes latins, nil in poetis supra Lirium Andronicum ; et la littérature romaine commença avec lui. Il donna sa première pièce en 514, sous le consulat de C. Claudius Cento et de M. Sempronius Tuditanus, un an avant la naissance d'Ennius, plus de cent soixante ans, suivant Aulu-Gellc (XVII, 21), après la mort de So-

phocle, et environ cinquante- deux ans après celle de Ménandre.

Livius composa , ou plutôt traduisit du grec dix- neuf pièces de théâtre, dont nous avons les titres. D'après ce passage de Tite-Live, on a conjectnré que ces pièces n'étaient pas toutes des tragédies, et que dans le nombre il y avait aussi quelques comédies. Cicéron ( Brutus, ch. xvi n ), lui attribue une Odyssée latine, et Festus ainsi que Priscien citent quelques vers d'un poème, en trente- cinq livres au moins, dans lequel il célébrait les exploits des Romains.

Les fragments qu'on a pu recueillir de Livius- Andronicus s'élèvent à peine à cent cinq vers ou parties de vers. Ils ne peuvent offrir quelque intérêt que sous le rapport philologique. Sa diction était rude, et telle qu'on pouvait l'attendre du premier écrivain qui ait entrepris de composer un ouvrage de longue haleine, dans une langue encore barbare. Au reste, sous le rapport de la composition même, ses ouvrages n'avaient pas grand mérite, si l'on en croit Cicéron, qui dit que ses pièces de théâtre ne valaient pas la peine d'être lues deux fois, et qui compare son Odyssée à ces statues attribuées à Dédale , dont l'ancienneté faisait tout le mérite.

CaàP. II. — Venia petita puerum ad canendtm... Ce passage a été l'occasion de grandes et nombreuses discussions, qui ne l'ont nullement éclsircl. Schœll (Hist. de la litt. rotn., t. I, p. «08 et suiv.) nous semble avoir assez nettement résumé les opinions les plus probables. « On se demande,, dit il. en quoi consiste la faveur accordée à Andronicus. Le grammairien Diomède distingue entre canticum et diverbia: le premier mot signifiait, selon lui, les monologues, parce que ces morceaux étaient chantés au son d'une flûte, tandis que les diverbia étaient les scènes en dialogue, ou paraissaient deux on plusieurs interlocuteurs. Si le passage de Tite-Live doit être interprété d'après cette remarque, Andronicus ne faisait plus, dans les monologues , qu'accompagner de gestes les paroles d'un chanteur placé devant le musicien, c'est-à-dire devant Yhyposcenium, ou ce que nous appelons orchestre, tandis qu'il continuait de parler aussitôt qu'il y avait plusieurs personnages en cène. Il peut paraître surprenant qu'on ait ainsi fait grâce à un acteur favori des morceaux où sans doute son talent pouvait principalement briller, pour ne plus le faire parler que dans les passages où il jouait un rôle secondaire. Mais ce qui doit augmenter notre étonnement c'est l'observation qu'ajoute l'historien, que l'usage introduit pour soulager Andronicus se maintint dès lors sur le théâtre romain. Comment les contemporains de Cicéron et d'Auguste se soumettaient-iU à ce partage de la récitation et du geste, qui n'est pas sans exemple sur la scène moderne, mais qui se prête plutôt à quelques bouffonneries qu'à un jeu noble, senti et brillant/ Comment surtout, ni Cicéron , ni Horace , ni Quintilien ne parlent-il jamais d'un usage si bizarre et si contraire au bon goût? Cependant tous les éditeurs de Tite-Live entendent ainsi le passage de cet écrivain , et ne trouvent aucun inconvénient à ce qui nous parait si choquant. Le célèbre Dubos a bâti, sur cette supposition , son fameux système sur la déclamation notée des anciens, d'après lequel les intonations de l'acteur auraient été prescrites par le compositeur de la musique; système que nous croyons entièrement abandonné aujourd'hui.

• Duclos, au contraire . a pensé que si Andronicus fut déchargé de l'obligation de chanter, c'est que cet mor-

ceaux étaient accompagnés de danse, et, formant des espèces d'intermèdes, sa voix se trouvait étouffée par les mouvements qu'il était obligé de se donner, et que, du moment qu'il ne chanta plus, il put danser avec plus de liberté et de force. C'est ce que dit Tite-Live : Conticum egisse aliquanto magis vigente motu, quia nihil vocis

us u s impediebat Cependant Valère-Maxime semble

contredire cette opinion , en disant expressément que dès ce moment cet acteur se contenta de faire les gestes : gesliculationem tacitus peregit ( 1. II, c. iv, n. 4 ) ; mais ce passage ne prouve rien ; car il est évident, par l'ideutité des expressions, que l'auteur avait sous les yeux le même annaliste où Tite-Live a puisé son récit : il raconte l'événement de la manière dont il Ta entendu ; mais comme il n'y voyait pas ce que, selon nous, Tite-Live y avait vu, l'origine de la séparation du chant et de la danse , mais un exemple de la séparation du chant et des gestes, il n'ajoute pas que l'usage introduit pour Androuiciis se soit maintenu sur le théâtre romain; il ne le pouvait pas en effet, si, comme nous le croyons, la séparation du chant on de la déclamation et des gestes n'avait pas lieu sur ce théâtre.

« Un passage de Lucieu vient à l'appui de cette explication. Autrefois, dit cet écrivain ( de Sait., ch. 50) , le même acteur chantait et dansait ; mais comme on observa que les mouvements de la danse nuiraient à la voix et empêchaient la respiration, on jugea convenable de partager le chant et la dan5e.JlaXx1p.iv fàp aÙToi xa't fi£ov xal àp- XOÙvto* ht' ivaàri xiveupivwv to aaôaa nfiv à&r.v «7riT«parriv, âputvov Wo^ev aXXeu; aùroî; Oua^wv. Ce passage est d'autant plus concluant qu'il provient d'un auteur judicieux, qui, quoique postérieur à Valère-Maxime, mérite beaucoup plus de croyance en matière de goûtetdecri tique.

• U nous parait que toute difficulté disparait, et que le passage de Tite-Live s'explique naturellement de la manière que Duclos l'a entendu, pourvu qu'on ne veuille pas donner une trop grande importance à la remarque de Diomède, qui oppose les dïverbia aux monologues. On peut, ce me semble, prendre les diverbia pour les paroles en général, qu'elles fussent chantées ou simplement déclamées, en opposition à la partie de la pièce, qui, formant l'intermède , était nécessairement chantée, mais en même temps accompagnée de danse. Une remarque de Donat , sur l'Andrienne de Térence ( citée par Doujat, VU, 2) vient A l'appui de l'interprétation que nous donnons au mot diverbia : le scoliaste dit que les comédiens seuls prononçaient les diverbia. Il les oppose donc à une partie de la pièce étraugère aux comédiens, savoir, aux intermèdes. »

Nous avons cru devoir citer en entier ce long extrait de l'histoire de la littérature romaine, parce qu'il nous a semblé résumer, d'uue manière complète, la discussion soulevée par le texte de Tite-Live. Nous ajouterons seulement ici que, depuis Schœll, les recherches de la critique n'ont fait que confirmer ses conjectures. Tout le raoude admet maintenant que le drame romain se composait de trois parties, «avoir :l° les cantica , ou airs à une voix , désignés par Schœll, sous le nom d'Intermèdes; 2? les diverbia, ou le dialogue prononcé par les histrions; 5 e les chœurs ou chants exécutés par des voix nombreuses, grex ou caterva.

Du reste, ces morceaux lyriques ou cantica étaient peu uombreux, et l'on est parvenu è les reconnaître dans ce qui nous reste du théâtre latin; M. God. Aug. Ben. Wolff ( de Canticis in Romanor. fabul. scen. Hala», «825 ) en compte dans Piaule quarante-deux certains , et quatre

vingt-quinxe douteux. Dans Térence, il en signale quinze certains et trois douteux. Donat lui-même avait désigné positivement un passage de YHicyre {acte V, se. 2, ▼. 18 suiv. ) comme étaut une monodie ou un canticum. Enfin Ciccron ( ad. famil:, l. ix. ep. 22 ) nous a conservé quelques mots d'un canticum, joué par Roscius , dans une pièce intitulée le Démiurge, et attribuée à Turpillius par le grammairien Nonius Marcellus.

Voyez M. Magnin ( Origines du théâtre moderne , 1. 1 . p. 328 et suiv.). et pour des exemples de cet usage de la séparation de la dause et du chant chez d'autres peuples que les Roua ai us , p. 19, 20, 55, 56 et 57 du même ouvrage.

• Est-il vrai , dit Voltaire , que chez les Romains un acteur récitait et qu'un autre faisait les gestes?

• Ce n'est point par méprise que l'abbé Dubos imagina cette plaisante façon de déclamer ; Tite-Live, qui ne néglige jamais de nous instruire des mœurs et des usags des Romains, et qui , en cela est plus utile que l'ingénieux et satirique Tacite, Tite-Live, dis-ie, nous apprend que Audronicus, s'étant enroué en chantant dans les intermèdes, obtint qu'un autre chantât pour lui tandis qu'il exécuterait la danse, et que de là vint la coutume de partager les intermèdes entre les danseurs et les chanteurs. Dicitur cantum egisse magis vigente motu qttum nihil vocis usus impediebat. Jl exprima le chant par la danse. Cantum egisse magis vigente motu , avec des mouvements plus vigoureux.

• Mais on ne partagea point le récit de la pièce entre un acteur qui n'eût fait que gesticuler et un autre qui n'eût fait que déclamer. La chose aurait été aussi ridicule qu'impraticable. » ( Dictionnaire philosophique, au mot Chaut.)

Cuap. II. — Juventus more antiquo ridicula

jactitare ccepit. • La jeunesse romaine laissa le théâtre libre, et ne rapporta pas ses satires pendant que les poètes jouèrent eux-mêmes leurs pièces , car le magistrat n'eût pas permis qu'on eût troublé les poètes dans leur art , et interrompu leur action. On avait celle cousidératioo pour eux. Mais après qu'ils eureut donné leurs pièces aux histrions , comme on n'avait pas les mêmes égards pour eux, la jeunesse rapporta les satires et s'empara du théâtre dans les intermèdes. On ne s'étonnera point de cette licence quand on se souviendra de ce qui arriva aux comédiens mêmes qui jouaient Yllècyre de Térence. Aux deux premières représentations ils furent obliges de quitter le théâtre pour Taire place à des danseurs de cordes, et ensuite à des gladiateurs; car au milieu de la plus belle pièce, le peuple, toujours ignorant et grossier, demandait souvent des athlètes ou un ours, et il fallait le lui donner, autrement il devenait un ours lui-même. Cela durait souvent des quatre heures et davantage avant que les comédiens pussent recommencer.» (Dacibb, discours sur la satire.)

Ibid. — Quœ inde exodia postea appellata, consertaque labeliis potUsimum atellants sunt. Suivant Dacier, les exodes et les atellants auraient constitué deux genres différents de poésies dramatiques; c'est une erreur. Le mot exode ( du grec «ç<ttov, issue , sortie), ne signifie pas autre chose que la pièce bouffonne destinée à terminer le spectacle; il n'en désigne pas l'espèce, et ne la détermine que par le rang qu'elle occupait dans la représentation. Tite-Live nous apprend ici qu'à cette époque on choisissait de préférence des ate lianes, pour ces dernières pièces. Mais dans h suite , on leur substitua des mimes ( Cic. ai

famil. liv. ix, ep. IG ) qne l'on désigna également par Iiî nom d'txodes. {Schol. ad Juven., Sat. m, v. 175, et II. Magnin, ouv. cité , p. 520.)

Les atellanes , ainsi nommées à* A te lia , ville des Osques . aujourd'hui Averse ou Santo Arpino, furent, selon tontes probabilités, introduites à Rome , vers l'an 540, environ trente ans après la première représentation , snr le théâtre romain , de pièces empruntées ou imitées des Grecs , à l'époque où la condamnation do Na?v ius , qui ne fût pas sans doute la seule application de la dure pénalité des douze tables, dut faire renoncer aux farces fescennines et ans satura? , doot les personnalités trop directes faisaient ombrage aux nobles et au sénat.

Quant à la langue dans laquelle furent composées les atellanes, il fsut pour la déterminer, distinguer deux époques : la première commençant en 540, et finissant à Pom ponius Bononiensis , qui vivait du temps de Sylla ; la seconde commençant à Sylla , et «'étendant jusqu'à Jules César. Pendant la première époque, il est à peu près certain que les atellanes furent entièrement composées en langue osque. Celles de la seconde, au contraire, offraient un mélange de cette langue et de latin. C'est ce qui résulte évidemment du témoignage de Strabon (I. V, p. 225, éd. Casaub \ et de Cicéron {ad famil., 1. VII, ep. i), enfin» des fragments asses nombreux que les grammairiens nous ont conservés des pièces de cette période.

Les atellanes eurent d'abord pour objet la peinture des mœurs des villageois campaniens ; plus tard, on y joignit celles des habitants des municipes, et même, si l'on peut tirer cette conséquente de quelques-uns des titres qui sont parvenus jusqu'à nous, les travers de la bourgeoisie romaine y furent plus d'une fois tournés en ridicule.

Quelques critiques, entre autres Scbœll (Hist.de la litt. rom., 1. 1, p. 75), M. Arm. Cassan Lettres inéd. de Marc- Aurèle et de Fronton, 1. 1, p. 412, notes ) et, d'après lui, M Corpet, dans les notes du Tite-Live de M. Lies, présentent les atellanes comme de petites comédies décentes, où la pudeur des spectateurs était ménagée , et que l'on pouvait comparer aux Proverbes dramatiques de M. Théodore Leclercq. Ce n'est cependant pas là l'idée qu'il est possible de se faire de pièces ayant pour titres Leno, Prostibulum, Porcaria, etc., titres auxquels répondent d'ailleurs parfaitement, par leur cynisme et leur grossièreté, les fragments que nous a conservés le grammairien Nonins Marcellns. L'obscénité était tellement un des caractères du genre osque, que l'on cherchait, dans le nom de ce peuple , l'étymologie du mot obscène ( Festus, au mot Obscum et Oscos). Il est vrai que Donat se sert, en parlant des atellanes, de l'expression venus ta elegan- Ua ; mais c'est qu'il les compare aux mimes, dont l'obscénité fut portée, sous les empereurs, à uu point presque incroyable.

Les atellanes avaient quelque analogie avec les drames satiriques des Grecs. Ces deux espèces de pièces se repré sentaient, en effet, à la fin des jeux , après les pièces sérieuses , pour essuyer, solvant l'expression du scoliaste de Juvénal (sur la sat. m, ▼. 176), les larmes qu'avait lait répandre la vue des douleurs tragiques ; et lenrs auteurs employaient également des types grotesques et toujours les mêmes, qu'ils mettaient dans toutes sortes de situations. Ces types étaient, pour les atellanes, Maccus au long nex en forme de bec ; Mandncns , dont la bouche immense, dit Juvénal, effrayait les enfants ; Bucco, Pappus, casnar, etc..., personnages dont les analogues se retrouvent encore et dans la comédie italienne , et dans notre théâtre de la Foire.

Les principaux auteurs d'atellanes tarent Navius, Nuramius, Pomponius Bononieosis, et Q. Novius. Suivant Nicolas de Damas (cité par Athénée, liv. VI, p. 261), Sylla luimême aurait aussi composé quelques pièces de ce genre.

Nous avons dit qu'au temps de Jules César les mimes remplacèrent les atellanes. C'est à la politique du dictateur que l'on attribue généralement cette révolution ; mais, aux motifs qui le firent agir, suivant M. Maguin (ouvrage cité, p. 512), on doit, ce semble, en ajouter un autre, dont la raison se trouve dans le passage même de Tite-Live, qui a donné lieu à cette note. C'est que les auteurs des atellanes étaient citoyens, qu'ils jouissaient de toutes les garanties attachées à ce titre . et qu'il était , par conséquent , plus difficile de réprimer chez eux de simples mais piquantes allusions. Le privilège qu'ils avaient d'ailleurs, suivant Festus (voc. Personata), de ne pouvoir être forcés , comme les autres auteurs, à se démasquer sur la scène, semblait leur assurer eu quelque sorte la liberté de tout dire avec impunité.

Noms ferons remorquer en terminant que l'épi thè te fabellœ, appliquée par Tite-Live aux atellanes, est une preuve qne ces poèmes avaient en général assez peu d'étendue. Fronton (Epist. ad Marc. Anton., VI, 15) exprime la même idée , en désignant les pièces de Novius, par la |olie expression atellaniolœ.

Coap. III. — Clavo ab dictature fiio. Pour ce qni se rapporte au clou enfoncé par le dictateur, Tite-Live a consulté plusieurs annales , comme le prouvent les mots feront, dicitur. Il emprunte aussi quelques faits à Cincius, qu'il parait avoir surtout suivi , ici comme dans le chapitre précédent, où il s'étend sur les antiquités plus longuement qu'à l'ordinaire.

Cbap. V. — Tribunus militum ad legiones suffragio fieri. Les tribuns des légions , ainsi élus par le peuple, étaient distingués par le nom de comitiali , de ceux qui étaient nommés directement par les consuls Ceux-ci, suivant Festus , s'appelaient Rufnli . dn nom de Rutiltus Rufus , auteur du décret qui réglait leurs attributions. De là venaient aussi deux autres dénominations , Rutili et Rutuli , par lesquels on les désigna plus tard.

Dans le principe, il n'y avait que trois tribuns par légion ; on en créa quatre quand ces corps devinrent plus nombreux; il y en avait six au temps dont nous nous occupons, et ce nombre ne fut pas dépassé dans la suite. Or on levait ordinairement quatre légions par année; c'était dune vingt-qualre tribuns qu'il fallait. On voit que le peuple n'avait que le quart des nominations : une loi des tribuns Atilius et Marcius , lui en donna les deux tiers . en 445 (IX, 50); et lorsque le nombre des légions fut porté à huit, un décret du sénat en fit un partage égal entre le peuple et les consuls ( XL1V, 50).

Cbap. VI. — Ttmc M. Curtium juvenem bello egregium... ferunt. Tite-Live rapporte fidèlement d'après les annales [ferunt, dicitur) le récit populaire snr Curtius que d'autres racontent tout différemment. Denyg d'Halyc. ( Exrerpt., p. 40) donne le même récit , et quelqoefois dans les mêmes termes.

Ibid. — Lacumque Curtium, non ab antiquo illo Titi Tatii milite Cttrtio Metto, sed ab hoc appellatum, Varron ( L. L.. liv. VI, cb. xxxn) rapporte une troisième opinion qui avait cours dans son temps sur l'origine dn nom du lac Curtius ; • Il lui serait venu ,

• dit-il , de ce que cet endroit dn Forum, ayant été frappé

• de la fondre , avait été , d'après un sénatus-consulte ,

TITK-L1VE.

« eotouré d'an mur par le consul Curtius , » qui en aurait fait ainsi un Puteal, un Bidental . suivant la double expression d'Horace. Voyei au surplus Plntarque, Komul. 18, p. H 6., éd. Reiske; Denys., Ant. tiom., I. II, 42; Pline, Hist. not., XV, 18; Zonar., VII, 25; Oros., 111, 5; Augustin., de Civil. Dei, V, 18; Ovid. Fa$t, VI, t. 403 ; Suid. toc. Mtpvoç; Festus , au mot Curtius lacus; Stace, Silv. I, i, 66 ; Val. -Maxime, V, 6, n. 2.

Cbap. IX. — Ferentinwm. Le nom de cette Tille rappelle un fragment du discours de C. Gracchus, de leg\bus promulgatis , qu'Aulu-Gelle nous a conservé (Pi. A. x , 3), et qu'il cite comme un exemple de style concis , élégant et simple toot à la Ibis.

Ibid. — Per Feciales rébus repetitis. Les Féciaux, dit Festus , se nommaient ainsi du verbe facere, faire, parce qu'ils avaient le droit de faire la paix et la guerre. Cincius Alimentas, cité par Tite-Live (ch. ni de ce livre , et a qui nous avons emprunté (I. VI, note sur le cb. n ) une formule de serment militaire, rapportait dans le même ouvrage, de Re militari ( 1. III ) une formule de déclaration de guerre par un fécial. C'est encore à Aulu- (ielle ( N. A, XVI, 4), que nous devons la connaissance de ce curieux fragment. Le fécial disait, en jetant un javelot sur le territoire ennemi :

t QVOD. POPVLVS. HEBMVNDVLV8. HOMMES. QVE. POPVLI. BEBMVNDVLI.ADVBBSVS. POPVLVM. BOMANVM. BELLVBU PECBBB. DELIQVEBVNT. QVI. QVOD. QVE. POPVLVS. BOMANVS. CVS. PO- PVLO BEBXVNDVLO. B0MIMBUS. QVE. DEBMVFIDVLIS. BELLVH. JVSSIT. OB. EAM. REM. EGO. POPVLVS. QSE. BOMANVS. POPVLO. HEBMV>D>LO. BOMIMBVS. QVB. BBBMVNDVLIS. BILLVM. INDIGO PI CIO. QVB. »

• Parce que le peuple bermundule et les hommes du peuple bermundule ont, au peuple romain, fait guerre et injure, et que le peuple romain , contre le peuple bermundule et les hommes berroundules, a ordonné la guerre; pour cette cause, moi et le peuple romain, au peuple bermundule et aux hommes hermundules, je déclare et lais la guerre. »

Ibid. — Macer Licinus... scribit... cujus mentionem ejus rei m vetustioribiis annalibus nullam inceniam, ma gis, ut belli gallici causa dictatorem creatum arbitrer, inclinât animus. Tite- Live rejette la narration de Macer, qui prétendait que le dictateur avait été créé pour la tenue des comices. II n'a donc pas pu le suivre dans les chapitres suivants; et il n'a pas suivi non plus Q. Claudius Quadrigarius, comme le pensent des commentateurs d'après un fragment qui se trouve dans Aulu-Gclle ( N. A.. IX, 15, Voyez la note suivante). C'était dans un antre endroit que Claudius avait raconté le fait ( Cf. Tite-Live, VI, cb. xlii); et le récit de Tite-Live, beaucoup pins simple , est sans aucun doute puisé à des sources plus anciennes. De plus il n'est pas fait mention d'un interprète comme au cbap. vu ; l'adversaire de Manlius n'est pas un chef gaulois , comme on l'a dit, pour rehausser encore la gloire du guerrier romain (Cf. Valcre-Maximc , III, 2; Suidas, v. Tcpxcûaro;, etc. ) ; Manlius n'est pas non plus on tribun militaire , comme dans Zonaras et d'autres encore; enfin le tout n'est pas couronné par une victoire du cousul Quiuctius, comme le racontent des historiens postérieurs à Tite-Live ( Appien, Gall., I ; Orose, III, 6).

Ibid. — G allus processit. Tite-Live, liv. VI, ch. xlii, à l'occasion de ce fait d'armes, a cité les Annales de Q. Claudius Quadrigarius. Le récit de cet historien luimême, comme nous t'avons dit dans la note précédente ,

nous a été conservé par Aulu-Gelle (IV. A . Ht. IX, ch. xm% • Qiium intérim Gallus quidam nudus, prater scutum et gladios duos, torque et armillis decoratus , processit: qui et viribus et magnitudine et adolescentia simulque virtute cœteris antistabat. Is . maxime pretlio commoto atque utrisque summo studio pugnantibus, manu significare cetpit, utrmque quiescerent puqnœ. Facto, pausa est. Extemplo, silentio facto, cum voce maxima conclamat, si qui sérum depugnare vellet, uti prodiret. iVemo audebat propter magnitudinem atque tfnmanitatem fariei. Deinde Gallus irridere atque linguam exerere. Id subito perdolitum est cuidam T. Manlio , summo génère nato, iantum flagitium cititati accidere; ex tanto exercitu neminem prodire. Js, ut dico, processit; nequt passus est virfutem romanam ab GaUo turpiter spoliari. Scuto pedestri et gladio hispanico cinctus contra Gallum constitit. Metu magno ea congressio in ipso ponte, utroque exercitu inspectante, fada est. lta,utantedixi, constiterunt; Gallus, sua disciplina scuto projecto, cantabundus; Manlius animo ma gis quam arteconfisus scutum scuto percussit, atque slatum Galli conturbavit. Dum se Gallus iterum eodem pacto constituere sludet, Manlius iterum scutum scuto percutit, atque de loco hominem iterum dejec.it : eo pacto ex sub gaUicnm gladium successit, ne Gallus impetum icti kaberet, atque hispanico pectus hausit ; dein conlinuo humerum dexterum eodem concœsu incidit; neque recessit usquam donec subvertit. Ubi eum evertit, caputprœcœdit , torquemdetraxit, eamque sanguinoUntam sibi in collum imponit. Quo ex facto ipse posterique ejus Torquati sunt cognominati. •

c Cependant un Gaulois s'avance , nu et sans autres armes qu'un bouclier et deux épées, paré seulement d'un collier et de bracelets-, par sa (orce , sa taille, sa jeunesse et sa bravoure, il surpassait tous les autres. Au milieu de la mêlée, au moment de la plus grande chaleur de l'action il se met à faire signe pour que de part et d'autre on suspende le combat. On s'arrête , on fait silence , et aussitôt il crie, d une voix forte, que si quelqu'un veut combattre avec lui , il paraisse. Personne u'osait, vu sa taille et son air féroce. Alors le Gaulois de rire et de tirer la langue. Cependant un Romain d'une grande naissance, nommé T. Manlius , fut tout à coup saisi de boote en voyant un tel affront fait à sa patrie , et que, sur une armée si nombreuse, peooune ne sortait des rangs. Il s'avança donc, et ne souffrit pas que la valeur romaine devint honteusement la proie d un Gaulois. Armé d'un bouclier de faulassin et d'une épée espagnole, il se plaça en face de l'ennemi. La rencontre eut lieu sur le pont même , à la vue et à la grande terreur des deux armées. Le Gaulois, ù sa manière, frappe son bouclier en chantant; Manlius, plus confiant en son courage qu'en son adresse , frappe avec le sien celui de son ennemi , qu'il ébranle par ce choc. Tandis que le Gaulois cherche à se remettre, Manlius frappe de nouveau son bouclier du sien , et le force à reculer encore. Alors il se glisse sous son épée gauloise, lui ôte ainsi le moyen de s'en servir, et lui plonge dans la poitrine sa lame espagnole. Puis, d'un revers, il le blesse à l'épaule droite, et ne se retire qu'après l'avoir terrassé. Dès qu'il l'a renversa, il lui coupe la léte , détache le collier, et se le met au cou, tout sanglant. De cette action, lui et ses descendants eurent le surnom de Torquati. »

L'épée espagnole était, suivant Polybp,liv.VI,cb. xxin, une lame courte, solide, à double tranchant, et également propre à frapper et à percer. Celle des Gaulois, au contraire, était longue, sans pointe, et ne pouvait servir

HISTOIRE ROMAINE. - NOTES

qu'a frapper de taille (Tite-Live, lif. XXII, cb. xlvi). C'est ce qui explique comment Manlins, en s'approcbant très- près de son ennemi, se mit à l'abri de ses coups. Du reste , Suidas (au mot Max«pa ), prétend que les Romains ne connurent l'épée espagnole qu'au temps de la seconde guerre punique. Mais Polybedit le contraire ( liv. II, cb. ux et xxsiii ).

Le bouclier des fantassins était de forme ovale et concave, long de quatre pieds et large seulemeut de deux et demi. Il différait en cela du bouclier des cavaliers qui était rond ( Voy. Lips. mil. rom., III ).

Chip. XII . — M . Popillio Lœnate. C'est pendait ce consulat qu'il reçut le surnom de Lamas. Cicéron, de claris orat. t c. 4 4, nous apprend à quelle occasion : • Licet t aliquid etiam de M. Popillii ingenio suspicari, qui, « quum consul esset, eodemque tempore sacriûcium pu- « blicumeum la?na faceret, quod erat flamen carmep-

• talis, plebeii contra patres concitatione et seditione

• ountiata, ut erat lana amictus ita venit in concionem,

• seditioaemquecum auctoritate, tum oratione sedavit. »

« Il est permis aussi de croire à M. Popilius quelque génie. Étant consul , et revêtu du manteau des augures , il accomplissait un sacriGce , en sa qualité de Flamine de Carmenta, quand tout à coup on vint lui annoncer que le peuple s'ameutait, et qu'une sédition allait éclater contre les patriciens. Il paraît a l'assemblée, et, sans quitter la robe sacerdotale, il apaise la sédition par l'autorité de son caractère et de ses discours. • Trad. de M. de Golbéry.

Tite-Live parle en effet, dans ce même ebapitre, de la sédition dont il est ici question. Ce vêtement sacerdotal , qu'on appelait lœiiu, était une robe plus ample, plus épaisse ; une sorte de double toge.

Cbap. XV. — Profligato dextro cornu. Tite-Live s'est ici trompé, si toutefois on doit lui attribuer cette faute, et non aux copistes de ses ouvrages. Il veut certainement parler de l'aile gauche des Gaulois, qui avait commencé le combat avec tant d'ardeur, en attaquant l'aile droite des Romains. On a vu en effet que le dictateur s'apercevant que les Gaulois commençaient à plier de ce côté, y envoya la cavalerie pour achever de les mettre en déroute, tandis qu'il irait porter du secours à l'aile gauche. Or, il est évident que l'aile gauche des Gaulois était opposée à l'aile droite des Romains, et l'aile gauche des Romains a la droite des Gaulois.

Cbap. XVI. — Haud œque lœta patribus insequenti anno C'est une chose bien remarquable que ces dissensions qui ne cessent de troubler la paix intérieure de la cité. Le peuple n'a pas plutôt obtenu une concession, qu'il travaille à en arracher une autre ; et, de leur côté , les patriciens n'en ont pas plutôt fait une , qu'ils s'efforcent de la retirer (voyez, ch. xvn, fin). On attribue ordinairement à ces dissensions, la perte de la république; a mais on ne voit pas, dit Montesquieu, qu'elles y étaient nécessaires, qu'elles y avaient toujours été , et qu'elles y devaient toujous être. Ce fut uoiqnement la grandeur de la république qui fit le mal , et qui changea en guerres civiles les tumultes populaires. 11 fallait bien qu'il y eût à Rome des divisions ; et ses guerriers si fiers , si audacieux, si terribles au dehors, ne pouvaient pas être bien modérés au dedans. Demander, dans un état fibre , des gens hardis dans la guerre et timides dans la paix , c'est vouloir des choses impossibles ; et , pour règle générale, toutes les fois qu'on verra tout le monde tranquille dans un état qui se donne le nom de république , on peut être

assuré que la liberté n'y est pas.» (Grandeur et décadence de Rome, c. ix.)

Machiavel est ici d'accord avec Montesquieu : « Ceux qui blâment les dissensions continuelles des grands et du peuple, dit-il, me paraissent désapprouver les causes mêmes qui conservèrent la liberté de Rome , et prêter plus d'attention aux cris et aux rumeurs que ces dissensions faisaient naître , qu'aux effets salutaires qu'elles produisaient. Ils ne venlent pas réfléchir qu'il existe dans cha que gouvernement deux sortes d'oppositions, les intérêts du peuple et ceux des grands ; que toutes les lois que l'on fait au profit de la liberté naissent de leur désunion , comme le prouve tout ce qui s'est passé dans Rome , où d'ailleurs, pendant trois cents ans et plus qui s'écoulèrent entre les Tarquins et les Gracques, les discordes civiles produisirent si peu d'exils, et firent couler le sang plus rarement encore.» [discours sur la première décade de Tite-Live , 1. 1, ch. iv.) «Les législateurs de Rome, ajoutet-il plus loin, auraient pu parvenir à la rendre aussi pai • sible que les républiques de Sparte et de Venise , s'ils avaient voulu ou ne point se servir du peuple à la guerre, comme firent les Vénitiens, ou ne point adopter les étran • gers comme citoyens, ainsi que firent les Lacédémoniens. Mais ils employèrent, au contraire, ces deux moyens, ce qui accrut la force du peuple et multiplia par conséquent les sources de troubles. Si la république romaiuc eût été plus paisible, il en serait résulté cet inconvénient, que sa faiblesse en eût été augmentée, et qu'elle se serait elle-même fermé les chemins à la grandeur où elle est parvenue dans la suite. De manière que si Rome eût voulu se préserver des tumultes, elle se ravissait tous les moyens de s'accroître. » (ch. vi.)

Cbap. XVI — De unciario f entre. Pour comprendre comment ces mots peuvent signifier l'intérêt à un pour cent par an, il faut se rappeler que l'intérêt se comptait chez les Romains, comme chez nous, à tant pour cent du capital ,et que l'usage était de le calculer par mois; que dans les calculs on prenait pour unité la centième partie du capital, et qu'on la désignait , comme toute autre unité, par le root as ; enfin que le mot uncia signifie le douzième de l'as , et en général de toute autre unité. ( Nous avons vu, liv. V. ch. xxiv, ce mot employé pour désigner le douzième de l'arpent : lento jugera et septunces. )

Cela posé, il est évident que asses usurœ ou fenus ex asse est synonyme de cenlesima. ou de un pour cent , par mois , douze pour cent par an. et que fenus uncia- Hum, unciœ usurœ signifie le douzième de la centésime, aussi par mois, et par conséquent la centésime entière, ou un pour cent par an, on aura donc :

Semunclae usure, 4/2 once ou 4/24 d'as par mois 1/20/0 par an.

Uucis. . . « . . 4/12 .... I.

Sextantes. . 2 . . 4/6 .... 2.

Quadrant es. 3 . . 4/4 .... s.

Trie nies. . 4 . • 1/3 .... 4.

Quincunces. 5 . . 5/12 ... . 5.

Semi*ses. . ff . . 4/2 .... 6.

Septunces. . 7 . . 7/12 .... 7.

Besses. . . 9 . . 2/3 .... 9.

Dodrantes. 9 . . 3/4 .... 9.

Dextaotes. . 40 . . 8/6 .... 40.

Deunces. . . 44 . . 44/M .... 44.

Asses. . . . 42 . . 4 .... 42.

Quoique la réduction de l'intérêt à un pour cent , dit Tite-Live, eût déjà bien allégé les charges qui pesaient sur les débiteurs, ce taux était encore trop élevé pour des malheureux qui ne pouvaient paye: mé e le capital;

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aussi le verrons-nous bientôt ( ch. xxv u ) abaissé jusqu'à an demi pour ceoi. On ira même, sur la proposition du tribun L. Genucius, jusqu'à défendre de prêter è un intérêt quelconque : ne fentrare liceret ( ch. xm ).

Le soin de faire exécuter ces lois était confié aux édiles, et surtout aux édiles curules, qui, plus d'une fois, condamnèrent les usuriers à de lourdes amendes. ( Voyez Vil, 28; X, 23; XXXV, 41). Cependant elles tombèrent bientôt en désuétude ; car elles faisaient tort à tout le monde : aux capitalistes, dont l'avance ne pouvait s'arranger de prêter sans intérêt , ni même à un demi pour cent, et qui laissaient dormir leurs fouds,etâux emprunteurs, qui ne pouvaient trouver l'argeut dont ils avaient besoin.

Il y avait d'ailleurs plusieurs moyens de les éluder ; c'était de comprendre l'intérêt dans le capital , ou do le retrancher d'avance de la somme prêtée, ou enfiu de mettre la créance sous le nom d'uu allié, qui, n'étant pas soumis aux lois romaines, pouvait prêter au taux qu'il voulait.

Ces lois eurent donc le sort de toutes les lois répressives de l'usure : elles produisirent l'effet oppose à celui qu'on en attendait. Les capitalistes , forcés de les violer, calculèrent les chances que celte nécessité leur faisait courir, et ils élcvcreut en proportion le taux de l'intérêt.

Celui de un pour cent par mois , fenus ex asse, finit par devenir légitime. (Cic. ad Alt., v, 2t. ) Mais les citoyens les plus vertueux eux-mêmes ne se faisaient pas NCrupule de le dépasser de beaucoup. Ainsi nous voyous dans Cicéroo ( loc. cit. ) que Scapius, agent de Bru tus, prétait , à la cité de Salamiue , à quatre pour cent par mois, quaternis centcsimis. Quant a Verres, qui prêtait a deux pour cent par mois, biuis centeAmis, Cicéron ( Verr., III, 71) n'en eût pas fait un sujet d'accusation contre lui, si cet argent, dont il lirait un revenu si considérable, n'eût pas été celui de la république. (V. Appien, de Bell, av., 1,54; Dion,LXII, 2; Tacit.. Ann., III, 40; VI, 16 et la note de M. Burnouf sur ce dernier passage. )

Suivant Niebubr ( Hist. rom. t. V, p. 70 et suiv. ), il faudrait voir dans le mot as, non pas la centième partie du capital, comme nous l'avous dit plus haut, mais le capital lui-même ; d'où il résulterait que unciœ serait le douzième du capital , et fenus unciarium, l'intérêt d'un douzième. Mais un intérêt aussi élevé ne pouvait évidemment se percevoir par mois. Il se calculait donc par années cycliques de dix mois, et faisait, pour l'année civile de douze mois un dixième ou dix pour cent. Ici se présente une petite difficulté que INiebuhr n'a pas prévue ; tout se faisait par analogie chez les anciens. Or, si l'année eût été de dix mois, en matière de prêts, il est probable qu'ils eussent aussi adopté U dixième du capital pour le taux de l'argent. On ne conçoit pas pourquoi, à celle fraction si bien en rapport avec la division de l'année , ils eussent préféré le douzième, qui eût rendu si compliqué les décomptes des intérêts par mois.

Mais passons sur cette difficulté; il faudrait encore, pour que l'explication de Niebuhr fût admissible, qu'il n'eût été fait mention, dans les auteurs, que des usurœ semunciœ et unciœ. Or il y es! souvent que&tiou de multiples de Yuncia, et il en est question comme d'intérêts peu élevés. Ainsi Julius Capitolinus ( in Anton. Pio, ch. n ) compte le trientarium fenus parmi les taux les plus modiques, minimis usuris; et Perse (Sat. V, v. 149), appelle modeste l'iutérét de cinq onces : nummi , qtios hic ipiincunce modesto nutritras. Cependant, d'après la conjecture de Niebuhr, l'intérêt de quatre onces, trienta-

rium fenus, serait de quarante pour cent, et ce modeste intérêt de cinq onces, modestus quincunx, dont parle Perse , ne serait que de cinquante pour cent ! On voit à quelles absurdes conséquences conduit cette conjecture.

Caap. XVI. — Legem.... de ticesima eorum qui manu mUterentur, tulit. Cette loi obligeait le maître à verser au trésor public le vingtième du prix que lui avait coûté, oo que valait l'esclave auquel il donnait la liberté.

«L'espérance, dit Gibbon, cette unique coosolatioa des malheureux , n'était 'pas refusé à l'esclave romain. S'il trouvait quelque occasion de se rendre utile ou agréable, il devait naturellement s'attendre qu'après un petit nombre d'années sou zélé et sa fidélité seraient récorn pensés par le présent inestimable de la liberté. Souvent les maîtres n'étaient portés à ces actes de générosité, que par la vanité et l'avarice; aussi les lois crurent-elles plus nécessaire de restreindre que d'encourager une libéralité prodigue et aveu pic, qui aurait pu dégénérer en un abus très-dangereux (voir Burigny, sur les affranchis romains, dans les Mém. de l'Acad. des Inscript., t. XXXVIII?. Selon la jurisprudence ancienne un esclave n'avait point de patrie; mais, dès qu'il était libre, il était admis dans la société politique dont son patron était membre. En vertu de cette maxime la dignité de citoyen serait deveuue le partage d'une vile multitude. On jugea donc à propos d'établir d'utiles restrictions. Hist. de la Décadence et de la Chute de l'empire rom., part. I, chap. u.

Chap. XXIII. — Triarii erant... et ab hastalis principibusqw. Il y avait, dans la légion romaine, trois espèces de fantassins; les hastati, les principes et les triarii.

Les hastati étaient ainsi appelés, è cause des longues lances, hastœ, qu'ils portaient, et qu'ils abandonnèrent dans la suite, comme embarrassantes i Van* . de Ling. lat., IV, 16 ). Ce corps était composé des soldats les plus jeunes; il formait la première ligne.

La seconde ligne était formée par le corps des principes, entièrement composé d'hommes dans la force u> l'âge. 11 parait que dans les premiers temps ils occupaient la première ligne , c'est de là qu'ils avaient pris leur nom.

Les triarii , ainsi nommés parce qu'ils étaient places à la troisième ligoe, étaient tous de vieux soldats, d'une valeur éprouvée. On les appelait aussi pilani, parce qu'ils étaient armés du pilum, javeline de six pieds de long, terminée par une pointe en acier de dix-huit pouces, et taillée en triangle. Les hastati et *es principes, considérés collectivement et par opposition aux triarii, ou pilani, étaient désignés par le nom de ontepilani.

Voyez , au surplus , Tite-Live qui donne une partie de ces détails, 1. VIII, c. 8. Voyez aussi Denjs d'Halicarnasse, 1. V, 43; Vegècc, de Re militari, II, I ; et Juste- Lipse , de Militia romana , III, 2-7.

Chap. XXIV. — Af. erat laUrius... adolescens. Aolu- Gelle, Nuits Attiques ( IX, H ), raconte également les circonstances de ce combat, mais sans citer les écrivains auxquels il les a empruntées. Seulement • il en est peu »

• dit-il, qui n'aient fait mention de M. Valerius, à cause

• du secours que lui porta un corbeau. • Cela prouve du moins à quel point cette histoire était populaire à Home.

• L'empereur Auguste» ajoute-t-il en terminant, fit éle c ver, à Corvinus , une statue dans le forum auquel il

• donna son nom. Sur le casque, l'image d'un coi beau

• atteste et le combat et la victoire que nous venons de t raconter. »

HISTOIRE ROMAINE. — NOTES

Chap. XXV. — Decetn legiones seriptœ diruntur. C'est à des sources récentes , et où les temps étaient confondus, que parait avoir été emprunté ce dénombrement des troupes. Car l'état des légions que nous indique Tite- Li?e ne fut pas constitué avant l'année 520 (voyez VIII, 8; cf. Nast., florin. Kriegsaltrrlh. p. 50; Ruald, ad Plutarch. Romulum ). La même observation s'applique au nombre des soldats qui composaient chaque légion , nombre qui est encore beaucoup plus élevé dans Eulrope ( II, 6). Tite-Live, en parlant de dix légions , n'est pas, comme on pourrait le croire, en dissentiment avec Polybe, qui atteste qu'à la bataille de Cannes on combattit pour la première fois avec huit légions réunies. En effet , Tite-Live dit plus bas que ces dix légions furent divisées en trois corps d'armée.

Crap. XXVI. — Haliam reliquere, cujus popnli

nihil rerti est. Plusieurs commentateurs regardent la conjecture de Tite-Live comme fondée. Car si l'on ne peut admettre, avec Sigonius , que cette flotte fut celle du pirate Postbumiu* , ni celle de Timoléon , qui ne fut maître de Syracuse qu'en 545, av. J.-C, puisque ces événements se passaient en 546, on ne peut refuser son assentiment à l'opinion qui l'attribue à Denys le Jeune. Ce prince, chassé de la Sicile par Dion, en 556, s'était retiré avec ses trésors à Locres , d'où il infestait de ses brigandages les cotes de l'Italie. Voyez, è cet égard , Heyne, Opu.sc. acad., t. II, p. 44, 56, seq., et t. III, p. 57; coll. Strab., VI, p. 597, 598. Diod. de Sic, XIV, 44, 105l07;Elien. Hist.dir., VI, 12; IX, 8; Athen.. XII,p. 541, et Plutarque, TimoL, p. 242. ch.xiv.

Niebuhr ne partage pas celte opinion ; suivant lui, il faut attribuer les ravages exercés cette au née par des Grecs, sur les côtes de l'Italie, à quelqu'une des bnndes d'aventuriers rassemblées en Pbôeide par Phala?cus, et condMile au secours de Tarente par le Spartiate Archidamus.

Ibid. — Inde Apuliam ac mare superum petierunt. C'est la leçon qu'a suivie Crevier; c'est celle des anciennes éd Lions, et de quelques manuscrits. Cependant comme le plus grand nombre des manuscrits, et les plus anciennes éditions ont tous mare inferum, Drakenborch, et la plupart de ceux qui sont venus après lui, ont adopté cette dernière leçon, tout en avouant qu'elle est mauvaise, et qu'on ne peut l'expliquer. En efTet, c'est le pays des Volsques, qui touche la mer inférieure, tandis que l'Apulie est située sur les bords de la mer supérieure , ou Adriatique.

Drakenborch propose une correction (inde Apuliam ab mari infero petierunt ) que l'on devrait certainement admettre, si l'on n'était autorisé par quelques manuscrits à garder mare superum.

11 est inutile de faire remarquer que le traducteur n'a pas suivi le texte adopté dans la présente édition , mais celui de Drakenborch.

Cbap.XXVII.— Cum Carthaginiensibus tegatis Borna fœdus irlum Tite-Live, d'accord en cela avec Diodore, Orose, etc., donne ce traité comme le premier qui ait été conclu entre les Romains et les Carthaginois. Mais il est formellement contredit par le témoignage positif et irrécusable de Polybe, qui donne le texte et la date d'un premier traité, antérieur à celui-ci de plus de cent cinquante ans, puisqu'il avait été conclu dans l'année même qui suivit l'expulsion des rois. Voici au reste la suite des traités conclus entre les deux peuples, telle que Poljbe nous Ta conservée ( III, 22 et suiv. ). Nous rapporterons

en même temps les explications st Intéressantes de l'historien grec snr ces précieux documents.

• Ces traités, dit Polybe, subsistent encore, et sont conservés sur des tables d'airain au temple de Jupiter Capitolin dans les archives des édiles. Il n'est cependant pas étonnant que l'historien Pbilinus ue les ait pas connus; de notre temps même il y avait de vieux Romains et de vieux Carthaginois qui , quoique fort versés dans les affaires de leur république, n'en avaient aucune connaissance • ( III, 26 ).

t Le premier est du temps de Lucius Junius Brutus et de Marcus Horatius , les premiers consuls qui furent créés après l'expulsiou des rois, sous lesquels eut lieu la dédicace du temple de Jupiter Capitolin, vingt-huit ans avant l'invasion de Xercès dans la Grèce ( vers l'an de Rome 2 î5). Le voici tel qu'il m'a été possible de l'expliquer; car la langue latine de ces temps-là est si différente de celle d'aujourd'hui , que les plus habiles ont bien de la peine à entendre certaines choses. »

« A ces conditions, il y aura amitié entre les Romains et « les alliés des Romains, les Carthaginois et les alliés des « Carthaginois. Les Romains et leurs alliés ne navigue- « ront pas au delà du Beau Cap ( promontorium Her-

• mœum, aujourd'hui cap Bon, ou Ha-Adder), à moins « qu'ils n'y soient poussés par la tempête ou par les enne-

• mis. Si quelqu'un est jeté forcément sur ces côtes , il ne « lui sera permis de faire aucun trafic ni d'acquérir autre

• chose que ce qui est nécessaire aux besoins du vaisseau « et aux sacrifices. Au bout de cinq jours , tous ceux qui

• auront pris terre devront remettre à la voile. Les roar-

• chands ne pourront faire de marché valable qu'en

• présence du crieur et du scribe. Les choses vendues a d'après ces formalités seront dues au vendeur sur la foi c du crédit public : ceci concerne la Libye et la Sart daigne. Un Romain arrivant dans la partie de la Sicile « soumise aux Carthaginois , jouira des mêmes droits t que ceux-ci. Les Carthaginois n'ofTenseront pas les

• habitants d'Ardéa , d'Antium , de Laurentium , de t Circée , de Terracine , ni un peuple quelconque des « Latins soumis aux Romains. Us s'abstiendront aussi de

• nuire aux villes des autres Latins, non soumis à Rome; c mais, s'ils les occupent, ils les lui livreront intactes, c Ils ne bâtiront aucun fort dans le Latium; et, s'ils

• entrent en armes dans le pays, ils n'y passeront pas la i nuit, i

« Ce beau promootoire, ajoute Polybe, c'est celui de Carthage, qui regarde vers le septentrion , et au delà duquel les Carthaginois interdisent aux Romains de naviguer sur de longs vaisseaux vers le midi, de peur que ceux-ci , comme je crois , ne connaissent les campagnes qui sont aux environs de Byzacium et de la petite Syrte , et qu'ils appellent Emporia des marches), à cause de leur fertilité. Ils permettent seulement, à ceux que la tempête ou les ennemis y auront poussés, de prendre ce qui sera nécessaire aux sacrifices et aux besoins du vais>eau, pourvu qu'ils partent au bout de cinq jours. Pour ce qui regarde Carthage , toute la contrée qui est en deçà do beau promontoire d'Afrique, la Sardaigne et la Sicile, dont les Carthaginois sont les maîtres, il est permis aux marchands romains d'aller dans tous ces pays, et on leur promet, sous la fai publique, que partout on leur fera bonne justice.

• Au reste, dans ce traité oo parle de la Sardaigne et de l' Afrque comme de possessions propres aux Carthaginois ( ffssl tàîo;}; mais, à l'égard de la Sicile, on distingue, les conventions ne tombant que sur cette partie qui obéit

aux Carthaginois. De la part des Romains les contentions qui regardent le pays latin sont conçues de la même manière. Il n'est pas fait mention du reste de l'Italie qui ne leur était pas soumis.

« Il y eut depuis un autre traité , dans lequel les Carthaginois coi: prirent les Tyriens et les habitants d'Utique , et où l'on ajoute au beau promontoire Mastie et Tarseium , au delà desquels il est défendu aux Romains de piller et de bdtir une ville. Voici ce traité. [ C'est celui que Tite-Live, VIII, 27 et Diodore, XVI, 69, placent à l'an de Rome 405, tous le consulat de M. Valerius Corvus et de M. Popilius Lamas , et qu'ils regardent comme le premier conclu entre les Romains et les Carthaginois. ] « Entre les Romains et les alliés des Roa mains, entre le peuple des Carthaginois, des Tyriens,

• des Uticéeoset leurs alliés, il y aura alliance à ces con-

• dilions : que les Romains ne pilleront, ne trafiqueront

• ni ne bâtiront de ville au delà du beau promontoire , « de Mastie et de Tarseium ; que si les Carthaginois

• prennent, dans le pays latin, quelque ville non soumise

• aux Romains, ils garderont l'argent et les prisoouiers, ■ mais ne retiendront pas la ville; que si des Cartbagi-

• nois prennent quelque homme faisant partie des peu-

• pies qui sont en paix avec les Romains par un traité

• écrit, sans pourtant leur être soumis, ils ne le feront

• pas entrer dans les ports des Romains ; que s'il y entre « et qu il soit pris par un Romain , il sera mis en liberté ; « que cette condition sera aussi observée du côté des Rom mains. Que s'ils font de l'eau ou des provisions dans

• un pays qui appartient aux Carthaginois, ce ne sera

• pas pour eux un moyen de faire tort à aucun des peu-

• pies qui ont paix et alliance avec les Carthaginois ;

« [ que les Carthaginois seront tenus également à ces « conditions. ] Que si cela ne s'observe pas , il ne sera

• point permis de se faire justice à soi-même; que si

• quelqu'un le fait , cela sera regardé comme un crime c public; que les Romains ne trafiqueront ni ne bâtiront

• de ville dans la Sardaigne ni dans l'Afrique;.... [ qu'ils « ne pourront y entrer ] que pour prendre des vivres ou

• réparer leurs vaisseaux ; que s'ils y sont jetés par la c tempête, ils en partiront au bout de cinq jours. Qu'à

• Carthage et dans la partie de la Sicile qui obéit aux

• Carthaginois, un Romain aura , pour son commerce et

• ses actions, la même liberté qu'un citoyen ; qu'un Car-

• lhaginois aura le même droit à Rome. »

« On voit encore dans ce traité que les Carthaginois considèrent l'Afrique et la Sardaigne comme des possess ons propres ( iÇtJtaÇo'fitvoi ), et qu'ils ôten taux Romains tout prétexte d'y mettre le pied ; qu'au contraire pour la Sicile ils ne parlent que de la partie qui leur obéit. Les Romains font la même chose à l'égard du pays latin ; ils ne permettent pas aux Carthaginois de noire aux Antiafes, aux Ardéates, aux Circéens, aux Terraciniens, tous habitant les villes maritimes du Latium.

« Au temps de l'expédition de Pyrrhus en Italie, avant que les Carthaginois eussent entrepris la guerre de Sicile, il y eut un autre traité où l'on voit les mêmes conventions que dans les précédents [ on peut le rapporter à l'année 476, au moment où Pyrrhus fut appelé en Sicile ( voyex Heyne, Dissert. Acad., vol. III ) ]; mais on ajoute : « que t si les uns ou les autres font alliance par écrit avec Pyr-

• rhus , ils la feront de telle sorte qu'il leur sera permis « de se porter mutuellement secours sur le territoire at-

• taqué; que, quel que soit celui des deux peuples qui ait « besoin de secours, les Carthaginois fourniront les vais- ■ se*nt, soit pour les transports des troupes, soit pour

• le combat; que chaque peuple pourvoiera à la solde <*e « ses troupes; que les Carthaginois secourront les Ro-

• mains, même sur mer s'il en est besoin; qu'on n© « forcera point l'équipage à sortir d'un vaisseau malgré t lui. »

• Ces traités furent confirmés par serment. Au premier, les Carthaginois jurèrent par les dieux de leurs pères , et les Romains, par Jupiter Pierre , Ma. Aîôov, suivant on ancien usage , et ensuiie par Mars et Enyalus. Le serment par Jupiter Pierre se faisait ainsi ; celui qui jurait on traité, s'engageait sur la foi publique , puis une pierre en main il prononçait ces paroles : « Si je jure vrai, que tout « me soit prospère; si je pense autrement que je ne jure»

• que tous les autres jouissent tranquillement de leur pac trie, de leurs lois, de leurs biens, de leur religion» de « leurs tombeaux , et que moi seul je sois rejeté comme je t fais maintenant de cette pierre. » En même tempe il jetait la pierre.

Après la guerre de Sicile il y eut un nouveau traité rapporté par Poljbe, au en. lui du livre I; c'est le traité entre Lutatius et Hamilcar ( 515 ), mo ;ifié quelque temps après , puis renouvelé plus tard avec quelques modifications encore par Asdrubal. C'est sur ce traité et ses modifications que porte le débat élevé au sujet du siège de Sagonte. Voyez Tite-Live, ch. xvui et nx. ] Voici les principales conditions de ce traité: m II y aura alliance « entre les Romains et les Carthaginois , aux conditions « suivantes , si elles sont ratifiées par le peuple romain.

• Les Carthaginois se retireront de toute la Sicile; ils ne < feront pas la guerre à Hiéron ; ils ne prendront pas les

• armes contre les Syracusains ni contre leurs allies. Ils

• rendront sans rançon tous les prisonniers romains; ils « paieront en vingt ans 2,200 talents euboîques. »

Ce traité ne fut pas d'abord accepté à Rome; on envoya sur les lienx dix députés pour examiner les affaires de plus près. Ceux-ci ne changèrent rien à l'ensemble, mais ils étendirent un peu plus les conditions. Ils abrég< rent le délai de paiement, ajoutèrent mille talents à la somme; et exigèrent de plus que les Carthaginois abaodonnasAent toutes les Iles qui sont entre la Sicile et l'Italie.

Voici le sommaire du traité modifié (Polybe, III, cb. xxiii ) : « Les Carthaginois sortiront de la Sicile et de

• toutes les Iles qui sont entre la Sicile et l'Italie. De pari

• ni d'autre on ne fera aucun tort aux allies respectifs;

• on ne commandera rien dans la domination les uns des

• autres; on n'y bâtira point publiquement; on n'y le- « vera point de soldats ; on ne recevra pas dans son alc liance les alliés de l'autre parti. Les Carthaginois paie-

• rout en dix ans deux mille deux cents talents, et mille

• sur-le-champ. Ils reudront sans rançon tous les pri-

• sooniers qu'ils ont faits sur les Romains. »

La guerre d'Afrique ( celle des Mercenaires ) terminée, les Romains ayant porté un décret pour déclarer la guerre aux Carthaginois , on ajouta ces deux conditions ( Polybe, liv. I, ch. lxxviii): « Que les Carthaginois abandonne-

• ront la Sardaigne et qu'il paieront I ,200 talent! au delà « de la somme fixée précédemment. *

Enfin dans le dernier traité , qui fut celui qu'on fit avec Asdrubal eu Espagne, on convint de plus, • que les

• Carthaginois ne feraient pis la guerre an delà de t l'Ebre. •

Cbap. XXIX. — Ce que Tite-Live raconte de Valerius est emprunté à des auteurs récents , et probablement à Valerius Antias, qu'on reconnaît à la prolixité et à l'exagërat ondu récit , a quelques détails ridicules ( cb. ixxin),

HISTOIRE ROMAINE. - NOTES

aux éloges prodigué* à Cornu, à plusieurs discours, et enfin au nombre des morts si considérablement exagéré.

Cbap. XXX. — Legali in hanc stntentiam locuti sunt. Sigonius et tous les commentateurs de Tite-Live ont remarqué (|ue ce discours semblait imité de celui que Thucydide prête aux Corcyréens dans le sénat d'Athènes, Aucaicv, & ÀÔY,vaia # x. t. X. (liv. I, 52-56.) Les circonstances étaient en effet à peu près les mêmes.

CaAP. XXXI. — Tum jam fldes agi visa , dedilos non prodi. « Les Romains, dit Machiavel , cherchèrent toujours à avoir, dans leurs nouvelles conquêtes, quelque ami qui fût comme un degré ou uue porte pour y armer et pour y pénétrer, ou qui leur donnât le moyen de s'y maintenir. C'est ainsi qu'ils se servirent des habitants de Capoue pour entrer dans le Samnium ; des Camertins , dans la Toscane; des Mamcrtins, dans la Sicile; des Sagontins, dans l'Espagne ; de Massinissa , dans l'Afrique ; des Étolieos, dans la Grèce ; d'Eu mène et de quelques autres princes, dans l'Asie; des Marseillais et des Ëducns, dans ia Gaule. Ils ne manquèrent jamais d'appui de cette espèce pour faciliter leurs entreprises, faire du nouvelles conquêtes et y consolider leur puissance. Les peuples qui observeront une conduire semblable , auront moins besoin des faveurs de la fortune que ceux qui s'en écarteraient. > ( Discours sur la première décade de Tite-Live, l.II,ch. t.)

Cbap. XXXV. — Tcsseram dari jubet. La tessère était une petite tablette de bois où l'on écrivait le mot d'ordre. Au coucher du soleil, avant de poser les gardes, le tribun la remettait à un soldat, qui en prenait le nom de tesserari'is. 11 la faisait courir de rang en rang, de manière qu'elle revint avant la nuit au tribun qui l'avait donnée. On se servait surtout de ce moyen de faire connaître à un corps d'armée les ordres des chefs, lorsqu'on était observé par un ennemi , dont un signal donné au moyen de la trompette eût attiré l'attention. Il y avait deux sortes de iesserœ : les unes servaient à l'usage que nous venons d'eipliquer; les autres étaient distribuées aux soldats et leur servaient à se reconnaître dans la mêlée.

Ciip. XXXVIII. — Captta instrumento omnium voluptatum delinitos militum aninws avertit a memoria pntriœ. • De toutes les con'rées de l'Italie et même de l'univers, dit Florus, liv. 1 , ch. xvi, la Campanieest la plus belle. Rien de plus doux que son ciel qui la fleurit de deux printemps ; rien de plus fertile que son sol ; Cérès et Bacchus y sèment à Tenue. Rien de plus hospitalier que ses flots; là , les ports célèbres de Catète, de Misène, les tièdçs fontaiues de Baies, le Lucrin et l'Averne où la mer vient se reposer; là, des monts chargés de vignes; leGanrus, le Falerne, le Massique, et le plus beau de tous , le Vésuve ( qui n'imitait pas encore les feux de l'Etna ï ; près de la mer Formies, Cumes, Pouzzoles, Nap!es , Herculanum , Pompeii, et la capitale Capoue, comptée alors avec Rome et Carthage, comme une des trois grandes cités. •

Cbap. XXXIX. — A la fin de ce livrê\ cb. xxxix et sui v„

on reconnaît l'empressement ordinaire de Tite-Live d'arriver au terme du livre qu'il rédige. Ne pouvant concilier les divers récits , il in choisit un , et à la fin il dit quelques mots des autres. La narration de Tite-Live of re des coutradictions. 11 faut eucore la rapporter à Valérius Antias, qui était gentilis de Valérius Corvus. Aussi Valérius Cervus, qui, dans les autres récits ne joue aucun

rôle, est dictateur dans celui d, réconcilie tout, pérore, et sauve la république.

Niebuhr ( t. III, p. 83; t. V, p. 99, tr. fr. ) préfère un récit différent, sans toutefois contester la dictature de Valérius qui , entre autres témoignages , a pour elle l'inscription de la statue élevée à ce Romain , inscription que Borghesi a fait connaître le premier ( Giom. Arcadico, I).

Cbap. XLI. — Approbantibus clamore nmrtl*.... Suivant Niebuhr , dont, il faut bien l'avouer, les opinions ne sont pas toujours des paradoies, quoique presque toujours elles en aient l'apparence, Tite-Live aurait complètement dénaturé les circonstances de cette sédition, et il en aurait ignoré la véritable cause. Cette cause serait l'excès de misère où étaient tombés les plébéiens, et les dettes dont ils étaient accablés. ( Voyez Appien, Samnit.) Serait-il possible en ef»ct, s'ils n'avaient été excités que par la pensée de s'emparer de Capoue. qu'ils y eussent renoncé tout à coup et se fussent contenés de concessions qui, sans leur apporter aucun avantage réel, ne faisaient que saiisfaire de petits intérêts de vanité. Non, sans doute, un tel dénouement est tout à fait invraisemblable.

Mais ces concessions elles-mêmes, dont parle Tite-Live? il les a envisagées sous un point de vue trop mesquin: elles avaient une toute autre portée que celle qu'il L-ur donne. Ainsi, cette loi qui garantissait le service militaire , avait évidemment un double but : celui d'empêcher un consul malveillant d'arracher uu débiteur à l'asile que lui offraient les camps, pour le livrer, en le renvoyant à Rome, entre les mains de créanciers impitoya-, blés ; et celui de garantir à chaque citoyen les années de service dont on devait faire preuve pour avoir part aux dstributions de terres. Celle qui défendait qu'un même citoyen pût être alternativement tribun légionnaire et centurion , et que Tite-Live dit avoir été faite en haine de Salonius , lui était au contraire favorable. Elle avait pour but de garantir aui plébéiens, une fois arrivés au tribunal, le rang qne conférait ce grade , et d'empêcher que l'année suivante l'orgueil patricien ne les rabaissât au rang des centurions , qui n'étaient , après tout , que les premiers des soldats.

Quant à la loi qui diminuait la solde des chevaliers, ainsi que celles qui défendaient le prêt à intérêt et le cumul des magistratures , qui voulaient qu'un citoyen ne pût être revêtu de la même magistrature qu'après dix ans d'intervalle , et que l'on pût choisir les deux consuls parmi les plébéiens; c'étaient autant de victoires remportées par le peuple sur les nobles et les riches , et , si l'on en compare l'importance à celle des concessions qu'il obtint sur le mont Sacré , on la trouvera bien supérieure.

11 faut donc qu'une sédition qui amena de si grands résultats n'ait pas été, comme le dit Tite-Live , une révolte de quelques soldats , mais bien une véritable seassion, comme celle du mont Sacré et de l'Aven tin, (V. Appien., toc. cit., — Aurel. Vict., de Vir. illust., ch. xxix.)

Il y a d'ailleurs dans le récit de Tite-Live, des invraisemblances si notoires que nous avons cru inutile de les faire remarquer. Telle est la formation de cette armée , composée de soldats renvoyés isolément par le consul, et qui devient considérable sans que celle du consul en soit sensiblement diminuée.

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