‹ Commentaire sur Tite-Live: Complément de l'édition du Tite-Live de laChapitre 29 sur 158 · Q. F. MAXIMUS · texte numérisé non relu

Q. F. MAXIMUS

DICTATOR. BIS. COS. V. CEI*

SOR. INTERREX. If. JED. CVR., etc.

Il fut nommé une première fois dictateur pour présider les comices, l'an de Rome 552 ( voir la note précédente ), et eut pour maître de la cavalerie Flarainins . qui fut ensuite consul et perdit la bataille deTrasimène; mais il se démit de la dictature à cause d'une irrégularité de forme. ■ Occentus soricis auditus Fabio Maximo dictatu « ra'm , Flamtnio magisterium equitum deponendi cau- • sam praebuit. • (Val. Max. 1, 1. )

Ibid. — Quod ejus belli causa votum Marti foret. Quel est ce vœu fait à Mars? 11 est bien question de vœux faits par le préteur C. Alilius Serranus (XXI, 62) : « C. Atilius « Serranus pra?tor vota suscipere jussus, si in decem an- « nos respublica eodem stetisset statu » ; mais de vœu particulier fait à Mars , et qui n'aurait pas été accompli selon les rites , il n'en est pas parlé. Tite-Live , qui enregistre si scrupuleusement toutes ces circonstances, nous laisse dans l'ignorance snr ce point. Faut-il lire, avec Rubenius, ante au lieu de Marti? On ne peut objecter contre cette leçon que de n'être pas assez autorisée par les manuscrits. Et peut-être pour cette raison , quelque vraisemblable qu'elle paraisse, serait-il téméraire de l'admettre.

Cair.IX. — Ver sacrum vovendum. Voyez Brisaon, de Formul., I, 97. Paul Diac. : • Ver sacrum voveodi mes

■ fuit Italis. Magnis enim pericuns adducti vovebant, « qua?cumque proximo vere nata essent apud se anima-

• lia immolaturos. Sed cum crudele videretnr poeros ac

■ puellas innocentes interficere, perductos in adultam

• etatem velabant, atque ita extra fines suos exigebanL » Et Sisenna, Hist., lib. IV, apud Nonium : • Quoodam i Sabini feruntur vovisse, si res communia melioribns « locis constitisset, se ver sacrum facturos. • Cf. Festos, au mot Samnitibus (p. 210, éd. Egger.). Ce printemps sacré fut accompli pins tard par le prêteur A. Cornélius Mammula. Tite-Live (XXXIII, 44) : • Ver sacrum ex voto

• pootificum jussi fecere quod A. Corn. Mammula pra*tor voverat. De senatus sententia populique jossu, Cn. Servilio, C. Flaminio consulibus.

Cb4p. X. — L. Cornélius Lentulus pontifex 1 C'est L. Cornélius Lentulus Caudinus qui fut consul avec Q. Fnlvius Flaccus , dans l'intervalle de la première à la seconde guerre punique, l'an de Rome, 515. Il succéda, dans le pontificat , à L. Cétilius Métellus , celui qui sauva le Palladium des flammes , et qui lui-même avait eu pour prédécesseur Tiberius Coruncanins, premier pontife plébéien.

Ibid. — Consulente collegio prœtorum. Juste- Lipse propose , consulente collegium prœtore » ce qni semble beaucoup plus raisonnable et pour la latinité et pour le sens. Qu'en lisant consulente collegio prœtorum, on traduise : le grand pontife consulté par le collège des préteurs, comme dans cette édition ; on ne donne au mot consulente ce sens, qu'il a bien certainement , qu'en rendant la phrase latine assez embarrassée. Qu'on traduise au contraire, comme dans l'édit. Panckoucke, en donnant ici a consulente le sens de consultante : snr la demande . sur la délibération du collège des préteurs ; c'est mieux peut-être selon le latin , mais c'est moins bien encore selon Is sens. Car on peut concevoir que le collège entier des préteurs consulte le grand pontife , quoique cela ne résulte pas bien clairement du récit de Tite-Live; mais pourquoi le grand pontife se rendrait-il l'organe du collège des préteurs P IS est-il pas beaucoup plus naturel délire , avec Jus te -Lipse, sans altérer singulièrement la lettre du texte , «le préteur ayant consulté le collège des pontifes; le grand pontife au nom du collège déclare, etc • Ceci d'ailleurs semble démontré invinciblement par la phrase précédente ( cb. ix ) , dont celle-ci n'est qu'une conséquence : • Senatus M. A£milium pnetorem, ex

• collegii pontificura sententia , omnia ea ut mature

• fiant, curare jubet. » • Le sénat.... charge le préteur,

• M. AEmilius, de veiller au prompt accomplissement de « ces devoirs , en prenant l'avis du collège des pontifes. • Et alors tout naturellement Tite-Live dit : pontifex maximus , consulente collegium prœtore . etc., le collège consulté par le préteur, déclare par l'organe du grand pontife, etc. Toutefois Drakenborcb, tout en approuvant cette leçon de Juste-Lipse, n'a pas osé aller contre l'autorité de la plupart des manuscrits , et l'admettre dans son texte.

Ibid.— Velitis jubeatisque , etc. Ciceron {pro Domo, xvn ) : « Velitis jubeatis ut M. Tullius in civitate ne « sit? » Et xviii : « Velitis jubeatis ut M. Tullio aquaet « igni interdictum sit?» 11 faut remarquer l'accumulation de synonymes, ordinaire dans les formules : « Populus ■ Romanus Quiritium; salva servata erit; datum donum

• duit; populus folutus, liber esto. Quod bonuin, felix

• faustumque ac salutarc sit; et d'autres encore.

Cbap. X. — Clepsit, cleplum, du grec xXsirniv, voler. M. Lemaire, d'après Bauer, interprète ainsi ces mots : neve-ati cleptum erit, que cela ne soit pas regardé comme on vol ; oo plutôt, que celui qui a été volé soit censé ne rdtre pas. C'est tourmenter bien inutilement un sens fort clair : • que s'il y a vol , cela ne retombe pas sur le peuple ni sur celui qui a été volé. •

Ibid. — Antidea ou anieidea (ante id ea), forme ancienne d'antea, comme on trouve dans Plaute antideo, antidhac etpostidea, pour anteeo, antehac, et poslca.

Ibid. — Trecentis tribus mlllibus, etc. Remarques comme dans ces vœux solennels le nombre sacré trois domine : • trecentis triginta tribus millibus , trecentis tri- « gin ta tribus, triente. • Et plus loin, • bubus Jovi trecen- « Us; » et encore : « lectisternium per triduum habitum ; « sex pulvinaria in conspectu. •

Ibid. — Lectisternium per triduum habitum. Voyez la noie sur le chap. xiu, du livre V.

Ibid. — yori ac Junoni unum , etc. Cette fois , sur chaque pulvinar, il y avait un dieu et une déesse, pour l'accouplement desquels on semble avoir consulté les liens de parenté, d'amitié, d'amour, la conformité de mœurs ou d'attributions, et peut-être aussi pour Mars et Vénus, la double origine des domains. (Voyei Magazin fur Schulen und Schullehrer, t. II, p. 189 et suiv. )

Cbap. XI.— Vetustatejam prope oblitos ejus imperii. Il faut entendre ce mot vetustate, de la dictature rerum gerundarum causa , dont la dernière remontait à trente ans. Car il y avait eu ( voyez la note du cb. vm ) des dictateurs quelques anuées seulement auparavant, mais des dictateurs comitiorum habendorum causa. Or, ces dictateurs ne se trouvaient jamais en présence des consuls, en raison de l'absence desquels ils étaient nommés. On ne peut expliquer qu'ainsi ce que dit Tite-Live de l'oubli dans lequel avait pu tomber la préséance d'une dignité sur l'autre.

Ibid. — Circa portum Cosanum. Cosa était une ville d'Etruri;, sur la côte et à l'entrée d'une petite presqu'île. Mon loin de cette ville Lépidus fut défait par Catulus , lieutenant de Pompée (77 ans avant J.-C ). Cosa porte aujourd'hui le nom d'Orbitcllo ; son port, porUis Herculis Cosani , s'appelle encore porto Ercole.

Cbap. XII. — Haud procul Arpis. Il faut lire probablement, d'après Polytw», haud procul Mcis : àvTurrpotTo- «t&uas toî; Kapx^wioi; mpt ràç Àutot; xaXoufxtvaç. La ville d'&cœ est située sur la limite de l'Apulie et du Samnium.

Cbap. XIII. — Sed Puniaim abhorrens ah lalinorum , etc. Drackenborch , d'après Gronove , a inséré le root os après abhorrens ; punicum abhorrens os ab latinorum nominum prolatione. Il s'écarte de Gronove en ce que celui-ci lit os au lieu de ab , ne trouvant pas plus étrange de dire abhorrere alicujus, que fa>tid\re ou vereri alicujus. Drakenborch insère aussi os, mais conserve ab. Ainsi c'est Annibal qui en traînant la vois , à la manière africaine, sur le mot Casinum, trompe par sa prononciation l'oreille du guide qui entend Casilinum. Isidore nous atteste que le labdacisme, labdacismus, est particulier aux Africains; Labdacismus est, si pro uno L duo pronuncientur , ut Afri faciunt ( Isid., Orig., I, 50). Polybe et Appien ne font pas mention de cette méprise.

Ibid. — Casinum, aujourd'hui Casino, est située à l'extrémité du pays des Volsques , dans la partie septentrio-

nale du Latium. Quant à Casilinum elle se trouve au centre de la Campanie, sur le Vulturne.

Cbap. XV III. — Inde sacrorum causa Romam revocatus. Etaient-ce des sacrifices publics , qui rappelaient Fabius à Rome? car il fut pontife et augure pendant quarante ans au moins ( Tite-Live, XXX, 26; Val. Max., VIII, 15, 3) ; ou bien des sacrifices particuliers de la famille Fabia , qui devaieut être accomplis sur le mont Quirinal , et qu'on ne pouvait jamais différer, même eu temps de guerre.

Cbap. XIX. — Duœ Massiliensium speculatoriœ. Ces specxdatoriœ naves étaient de petits vaisseaux prompts et légers, sans éperon, munis de rameurs exercés qu'on envoyait à la découverte, xarocaxs^o'fuvai vaûç TaxuttXoouaou , ou bien fol t«v xaTouncoiràv éxitep^Otîaau (Polybe). Les Grecs les appelaient aussi Giropt-rixà (irXcîa), c'est-à-dire bons à tout service; et les Romains levions et apertœ (naves), ou aphractœ* par opposition à ceux qu'on appelait tectœ et constratœ ou cataphractœ (xaTa<ppouToi), vaisseaux pontés, couverts d'un pont (xaToccrrpwjita ), du haut duquel le riassiarius miles pouvait lancer le trait plus sûrement et combattre de pied ferme dans un abordage.

Ibid. — Quum alii, resolutis oris, in ancoras, etc. Le traducteur s'est tiré un peu légèrement de ce passage qui n'est cependant pas sans difficulté. Je ne sais ce qu'il traduit par & al lâcher aux câbles ; ce ne peut être que resolutis oris, qui n'a pas d'autre sens possible que détacher les cdbles. En outre, il ne parait pas avoir aperçu la distinction entre oris et ancoralia, sans laquelle ce passage ne saurait s'expliquer.

Les vaisseaux anciens étaient ordinairement à l'ancre la proue tournée vers la mer, et les câbles qni retenaient l'aucre, et qu'on appelait ancoralia, attachés à la proue. La poupe était retenue au rivage par un autre câble qui parait s'être appelé ora , quoique ce mot ait paru suspect à plusieurs critiques qui lisent lora, ou ora (rivage), dans les rares passages où il se trouve ( Quintil. in Prœfat. Tite-Live. XXVIII, 36).

Voici maintenant l'explication la pins plausible de cette phrase : les uns, après avoir détaché les câbles du rivage. resolutis oris , dirigent le vaisseau in ancoras , c'est-àdire de manière à arriver sur l'ancre et même à la dépasser, afin de la renverser et de l'enlever ensuite; les autres, pour aller plus vile, ne se donnent pas la peine de faire cette manœuvre, et coupent le câble de l'ancre, ancoralia. C'est ce dont la traduction ne donne aucune idée.

Cbap. XX. — Noces omnes quœ non aul perfregtrant , etc. Il est difficile de comprendre comment les Romains purent s'emparer des vaisseaux qni avaient pénétré dans le fleuve, en présence de l'armée carthaginoise rangée sur la rive. Perizonius pense qu'il faut supprimer la négative non ou la placer après aut ; et l'explication de la phrase ainsi rétablie devient facile. Des quarante vaisseaux qui composaieut la flotte carthaginoise, ceux qui purent arriver les premiers , et franchir l'embouchure dn fleuve, furent sauves; les autres, suivis de plus près par l'ennemi , se présentèrent en masse à l'embouchure du fleuve, contre le courant duquel ils avaient en outre à lutter, et l'eurent bientôt obstrué. Un grand nombre fut jeté ça et le sur le rivage, où les uns brisèrent leurs proues, où les autres s'engravèrent. Les Romains arrivant, laissèrent de côté le petit nombre de ceux dont la proue était brisée» ce qui les rendait dès lors iuutiles,

HISTOIRE ROMAINE. - NOTES

et s'emparèrent de tous ceux qui étaient simplement échoués, mais intacts du reste, et qu'on ne comprendrait pas qu'ils n'eussent pas emmenés. Outre la vraisemolance du chiffre vingt-cinq, quinque et viginii , auquel a fort bien pu s'élever le nombre des navires échoués, on peut encore donner à l'appui de cette explication ces mots re ligatas puppibus extraxere, qui semblent indiquer qu'il fallut une sorte de travail pour retirer ces vaisseaux des bas- fonds où ils étaient engages.

Cbap. XX.—ltaque ad Honoscam. Le nom de cette ville n'est mentionné nulle part. Fced. Gronove avait proposé ad Oscam ; mais ce ne peut être Osca , ville du pays des Ilergètes, située dans l'intérieur des terres , entre l'Èbre et les Pyrénées ; car il est question ici d'une ville maritime, entre l'Ebre et Carthagènc. Jacques Gronove lit itaque Etovissam avec l'assentiment de Drakenborch.

Ibid. — Ad Longnnticam pervertit, ubi magna vis sparti, etc. Le nom Longuntica est inconnu. Yossius (sur Pompon. Mêla , II , 6 ) , pense qu'il faut lire ad Lucentiam. — Spartum est proprement la plante connue sous le nom de genêt. Pline nous apprend qu'elle était d'un grand usage dans la confection des cordes et des câbles. Toutefois il ne croit pas que ce soit la même que celle que les Grecs appelaient rcâp-rov. 11 se fonde sur ce que celle-ci servait d'ordinaire pour les lignes de pécheur, et aussi sur ce qu'on trouve ce mot dans Homère pour désigner les fils avec lesquels les outres étaient cousues ; tandis qu'on employait pour cela le fil de lin , et que le genêt d'Espagne ou d'Afrique n'était certainement pas en usage alors. H dit encore ailleurs ( XXIII , 12 ), qu'Antigone fit confectionner des câbles de papyrus , l'usage du genêt n'étant pas connu. Il parait qu'il ne fut répandu que plusieurs siècles plus tard, après les. premières expéditions des Carthaginois en Espagne. Il faut voir dans Pline (XIX, en. ii, g 7 ) tous les emplois auxquels il était soumis, et tous les détails de sa préparation. Il rapporte que les câbles de genêt étaient surtout employés pour la marine et pour tous les usages qui exigent un séjour dans l'eau ; mais que pour les services à sec les cordes de chauvre étaient préférables. On voit aussi dans Caton des sparteas urnas de R. R., ch. xi ). C'étaient des vaisseaux faits de cordes de genêt , enduites ensuite de poix de résine ou de cire ; ou peut être formés des tiges mêmes ou joncs de la plante tressés ensemble. Cette plante était si abondante dans cette partie du littoral, où était située Longuotica ou Lucentia , pillée par Scipion , qu'elle fit donner à Cartbagène, qui eu est peu éloignée, le nom de lîrapTo.vtrn;, Spartaria (Voyez Pomp. Mêla, II, 6; Justin , XLIV, I).

Cbap. XXI.— Adcersus eos tribunus... a Sripione missi. Tite-Live affectionne celte syntaxe : XXI , 60 : Dux cum princ'ipibus capiuntur: XXVI, 46 : In quam Mago mm omnibus armatis refngerant; XLV, 28 : Filiam cum filio accitos. On en trouve des exemples dans les meilleurs auteurs. Salluste, Cntil., XLUI : Lentulus cum celtris constituer unt. Tenu t., Heaut., III, i, 64 : Syrus cum illo vestro consusurrant.

Virgil., Alneid., I. 292 :

Remo cum fratre Quirinus

Jura dabunt.

Ovid., FasL, Hb. V, 529 :

consul cum contule tudos

Posiumio Lmnas per toiture mihù

Cbap. XXI. — Castra Romana ad noram classem.

Qu'est-ce que cette nouvelle flotte ? nul ne le sait. Ces

mots ne peuvent désigner qu'une ville; mais quel est sou véritable nom ? Polybe ne nous fournit aucun renseignement. Selon Crévier, il est fait mention dans Y Itinéraire d'Antonin ( p. 452), d'un lieu situé entre Ilerda et Tarragoue, dont le nom est désigné ainsi : ad A'oros.

Cbap. XXII. — Ut aditum ea parte intercluderet. La leçon la plus ancienne et la plus généralement reçue est ex portu, au lieu de ea parte > correction de J. Grooove, confirmée par quelques manuscrits qui donnent ex parte. Cette édition adopte la correction dans le texte , mais le traducteur a suivi la leçon primitive: afin de fermer Ventrée du port aux Romains.

J. Gronove s'étonne de cette mention du port de Saponte, qu'on ne retrouve nulle part ailleurs, ui dans Tite-Live , ni dans Polybe , pas même dans te récit da célèbre siège de cette ville. On ue voit pas en outre que jamais flotte romaine ou carthaginoise y ait abordé. Ea cet endroit même où Tite-Live traduit Polybe, il n'eu est pas question dans ce dernier, qui dit seulement ( III , 98) : t<TTpaTGirt£cuxévat -rf t ; ZoxxvOy); iv rot; irp&; ftâXaooaw jxtpcai. Et dans le litre précédent ( II , 7 ) il avait dit que Sagonte est située à mille pas de la mer.

Toutefois, Crévier défend la leçon vulgaire aditum ex porta , se fondant sur ce que Sagonte est rangée parmi les villes maritimes (Cellar., Géogr.ant., I, p. 851 ; selon lui rien n'empêche qu'elle n'ait eu un port sur la mer, en fût-elle même éloignée de trois mille pas , suivant I opinion de quelques auteurs ; quand ou sait qu'entre Athènes et le Pirée il y avait une distance de quarante stades, ou cinq mille pas.

Cbap. XXIII. — Argenti pondo bina et selibras. La livre romaine d'argent monnayé, dont le taux était le même que celui de la mine grecque , valait juste 69 fr., suivant les calculs de M. Saigey ( Traité de Métrologie, p. 74 ) ; deux livres et demie équivalaient à 172 Ir. 50 c

Cbap. XXIV. — Ipse aulem (quod minime qui s crederet ). Ces mots entre parenthèses ont paru . à plusieurs interprètes, n'être qu'une interpolation. Et c'est avec raison, parce qu'ils ne signifient rien ici. On ne voit rien qui puisse les justifier dans Polybe, que Tite-Live suit en cet endroit, et dont le récit est beaucoup plus clair et plus détaillé. Lorsque Minucius eut transporté son camp sur la hauteur dont il avait expulsé les Numides , Aonibal retint quelque temps toute son armée dans le camp. Mais au bout de quelques jours il fut obligé d'en faire sortir la plus grande partie , pour fourrager et faire paître les troupeaux. Dès que Minucius s'en fut aperçu, il lança sa cavalerie avec les troupes légères sur les fourrageurs, et lui-même marcha au camp ennemi avec les légions. Annibal n'ayant pas sous la main a>sez de forces, ni pour soutenir un combat régulier, ni pour porter secours à ses soldats dispersés dans les champs , allait être assiégé dans son camp ; et déjà même les Romains arrachaient les retranchements , lorsqu'Asdrubal viut à sou aide à la tête de quatre mille tourrageurs qui s'étaient réfugiés à Géronium. Les Romains se retirèrent , mais non sans avoir fait éprouver de grandes pertes à l'ennemi , surtout parmi les fourrageurs. Le lendemain Annibal rassembla toutes ses troupes dans sou premier camp, sous les murs de Gérouium, et n'envoya plus les siens au fourrage qu'avec la plus grande prudence.

Ibid. — Quidam auctores sunt, etc. Polybe, entre autres, qui cependant ne parle pas de l'interfentiou de Num. Decimius (X, 19).

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Ciap. XXV. — Duos prœtores Sidtia atque Sardinia, etc. T. Otadlius Crassus en Sicile, A. Cornélius Mammala eo Sardaigue, où il resta l'année suivante comme propréteur, tandis que Otacilius Crassos ent le commandement de la flotte. Les deux autres préteurs de cette année étaient M. A£roilius , préteur urbain (urbanus), et M. Pomponius Matho, préteur des étrangers (peregrinus).

Iiid. — Audaciter se laturum. etc. On trouve les deux formas, audaciter et audacter. La première était la plus ancienne et la plus conforme à l'analogie. Elle fut employée parCicéron. M. Sénèque (Contr. XX). Dtc puer, quis patretn tuum oeciderit : die audaciter, L. Sénèque (de Provid. en. iv ): Audaciter veteranus cruorem suum spécial. Cependant Quintilien se prononce fortement contre cette forme ( I, 6 ) : Inkarent quidam molestissima diligentiœ perversitate , ut kvokcim potius dicafit, quam audacteb, Ucet omîtes oratores aliud sequantur. Charisius ( II, p- 165 ) et Priscien (XV, p. 1014) nous apprennent aussi qu'il serait mieux de dire audaciter, mais que l'usage a fait prévaloir audacter. Ceci semble contredit » par ce qu'on voit dans Vélius Longus ( de Orihogr., p. 2246 1, qu audacter est latin , mais qu'on dit mieux audaciter. Toutefois cette dernière forme ne sera ble pas avoir été fort usitée ; car on ne la trouve dans aucun des anciens poètes, dont le mètre aurait pu comporter ce mot. On trouve au contraire l'autre forme. Térence , Phorm., prol., 11.

Minus multo audacter, quam nonc laedit, Ixderet

Cbap. XXVI. — Utteris senatusque consulte. Ceci est une correction de Gronove. La leçon la plus commune est, Utteris senatusconsulii. Juste-Lipse ne comprend pas que Fabius ait été informé par un sénatus-consulte de ce partage de pouvoir , qui certainement n'avait pu se faire que malgré le sénat, bien loin qu'il voulût le confirmer par un sénatus-consulte. Il ne s'agit ici que d'une proposition faite par un tribun et volée par les tribus , d'un plébiscite en un mot, comme le dit Minucius luimême (cb. xxx) : Itaqueplebiscitum quooneratus magis, quam honoratus sum, primus antiquo abrogoque. Juste- Lipse supprime donc consulti, et lit simplement acceptisque in ipso itinere Utteris senatus ; ne voyant ici que des lettres telles que le sénat , comme autorité administrative, en envoyait dans les provinces à ceux qui avaient quelque commandement. Mais Gronove remarque avec raison qu'il n'est pas étrange de voir un sénatus-consulte intervenir co cette occasion. Sans doute pendant longtemps le sénat ne voulut pas reconnaître les plébiscites, et . par contre, les plébéiens ne reconnaissaient pas les sénatusconsultes. Mais ceux-ci, par une première concession arrachée aux patriciens, sous le consulat de M. Horatius, l'an 505 (loi Horatia), concession renouvelée par la loi Pubiilia, en 414, pendant la dictature de Publilius Philo, avaient enfin obtenu, par la loi Hortensia, en 468, que les plébiscites auraient désormais force de lois, sans autre différence avec les populiscitesque celle de la forme dans laquelle ils seraient rendus. Cette différence de forme était le moyen qu'avaient trouvé les patriciens d'atténuer cette dernière concession , qu'ils ne faisaient qu'à leur corps défendant. Ainsi les plébiscites devaient être confirmés par le sénat, et ne devenaient exécutoires que par un sénatus-consulte. De cette façon le sénat s'appropriait en quelque sorte les décisions du peuple, dont la force ne dérivait plus dès-lors que de son autorité.

La locution asses étrange Utteris senatusconsulii , ne

satisfait pas Gronove qui propose Utteris senatusque consutto, ajoutant qu'il n'est pas extraordinaire de voir ce root ainsi séparé, comme plus haut rcitique plebisi et ailleurs senatus inde consutto (XXXI, 5) ; jurisque dictio ( XLI, 9); Cicéroo, {pro Rose, ni), jusque jw andum.

Cbap. XXIX. Eum primum esse virum, qui, etc.

Hésiode ( f p-y. xal 4p.. 295 ) :

Outoç {/.èv uavàpiaTo;, îç aùfôç iràvra votjoî,, QpaoaâuLsvoc ta x77rtirai xaù i; tc'Xo; ■fltnv àfxitv»* ÈaOXôc 0o& xàxtlvGc, 8; tu lùro'vn irtthrrou. ôç èi xi pir'aùrôç voit, u.irr'âXXw àxoôtav Êv fofxû paAXvrrai, tâ aux* àxpikcç ànip.

Cicéroo, pro Cluentio , xixi : • Sapientissimom esse

• diennt eum , cui , quod opus ait ipsi , veniat in mentem ,

• proxime accedere illum , qui al ter i us bene inventif ob-

• tempérât. Minus enim stultns est is , cui nihil in men-

• tem venit , quam ille qui quod stulte alteri venit in men- « tem, comprobat. »

Cm a p. XXX. — Tandem eam nubem, quœ sedere in jtigis, etc.

Homère, Iliade, V, 522:

Niçp*Xip<nv lotxortç, â<m Kpcviw Nwtftiviç èVnqatv iVàxpGwoXciatv Ipeaotv, ÀTpijxos, ctyp' tô£r,oi ptivoç {Joptao xol dtXXcov Zaxpitûv dcvtpctv, cfrt veçpta oxtocvTA ÏIvotTjatv Xippf ( Ji £iaaxi£vâaiv âcvrt;. ♦

Montesquieu, Grand, et Dècad., ch. v

• Je m'imagine qn'Annibal disait très-peu de bons muts, et qu'il en disait encore moins en laveur de Fabius et do Marcellus contre lui-même. J'ai du regret de voir Tite- Live jeter ses fleurs sur ces énormes colosses de l'antiquité : je voudrais qu'il eût fait comme Homère, qui néglige de les parer et qui sait si bien les faire mouvoir. •

Chaf. XXXIII. — jEris gravis viginii millia. L'as de cuivre pesant à cette époque deux onces et valant 8 c, la livre de cuivre valait 48 c. Vingt mille livres équivalaient donc à 9,600 fr. de notre monnaie.

Ibid. — Ad deposcendum Demetrium Pharium. Demétrius de Pnaros, gouverneur de Corcyre et commandant des troupes de Teuta , épouse d'Agron , roi d' III y rie, après la mort duquel elle gouverna en qualité de tutrice de Pineus, fils d'Agron et son beau-fils. Démétrius, pendant la guerre que les Romains firent à Teuta , quitta le parti de celle-ci pour celui des Romains, qu'il abandonna ensuite pour celui de Teuta. Lorsque Teuta eut abdiqué, il prit la tutelle de Pineus, et gouverna I lUyrie conjointement avec Scerdilaidas, frère d'Agron et oncle du roi mineur ( Voy. Schweigh.» sur Polybe, 11,6). Les Romains lui ayant déclaré la guerre, il fut vaincu par L. iEmilius Paulus , et se réfugia auprès de Philippe de Macédoine, fils de Démétrius, petit-fils d'Antigooe Gooatas, et père de Persée.

Ibid. — Ad Pineum quoque regem. Pineus , roi d'Illyrie , bean fils de Teuta , et fils d'Agron , petit-fils de Pleuratus (Voy. Polybe, II, 4; Appien, Illyr., ch. vu). Le tribut dont il est question ici, e*t celui qui fut imposé à Teuta , parmi les conditions de la paii que les Romains lui accordèrent. En outre de ce tribut annuel, elle abandonnait aux Romains la plus grande partie de rillyrie, et ne pouvait naviguer au delà du Lissus avec plus de deux petits navires, et encore devaient-ils être désarmes.

HISTOIRE ROMAINE. - NOTES

TCdpt-

Gbap. XXXV. — Et damnatione colUgœ et sua prope ambustus. Ce collègue était M. Livius Salinator, qui , après son consulat , fat condamné par le peuple , pour n'avoir pas également partagé le butin entre les soldats. (Fronlin, Strat.. IV, 2; Aurel. Vict., de Vir. HL, c. l; Tite-Live , XXVII , 54 ; XXIX, 57 ). Il parait qu'JBmilins Paulus fut compromis dans la même accusation (Tite-Live toutefois est peut être la seule autorité à cet égard ), et qu'il eut beaucoup de peine à échapper à la condamnation.

Ambustus se dit de ce qui est atteint par la foudre; et les anciens appelaient la condamnation ou l'exil fulmen. Pline, le jeune, liy. III, ép. xi : « Tôt circa me factis

• fulminibus quasi ambustus mini quoque impendere

• idem exitium certis quibusdam notis augurabar. • Et Paneg., cb. xc : i Utrumque nostrum ille optimi cujus-

• que spoliator et carnifex stragibus amicorum et in proxi-

• mmn jacto fulmine afflaverat. ■ Juvénal, VIII, 92 :

quum fulmine ju«to

Et Capito et Numitor rueriut , damnante senatu. C'est sur cette expression que roule la plaisanterie d'Athénodore, au sujet de Boethus et de ses amis qu'il avait exiles. Strabon, lib. XIV, p. 674 :

Éxpifiaaro £à rp ^oôetor, {nro toû Kaiaapoç l%w<siz k%\ •Êt&xXtv aÙTOÙç, xarapoù; çopiv- ci Si wpÛTov |4.tv xare- TotxcqfpàçYXJfltv aÙToû tgioûto.-

Êp^a ve'wv, PouXai £i ptîaov, ikç$ox £è fapovTwv. Êwii ^xeîvoç tv wai&â; pipei ^otp.svo; ixeXtus*

«l-ypot+ai, BPONTAI AE TEPONTAIf.

C'est dans le même sens quM£milius dit de lui-môme plus loin ch. il : ■ Se populare incendiuin priore con-

• sulatu semiustum effugisse. » Et XXXIX, 6 : « Ne in-

• cendio alieni judicii, quo L. Scipio damnatus erat, con- « flagrant. •

Ibid. — Romœ juri dicundo urbana sors... inter cives romanos et peregrinos, etc. Le nom de préteur fut d'abord général pour tous les magistrats , i.« qui prœitjure et exercUu ( Varron, L. L., liv. V ). Ainsi on nommait le dictateur prœtor maximus ( Tite-Live. VII, 5). Mais comme les consuls engagés dans des guerres continuelles ne pouvaient veiller à l'administration de la justice , on fit de cette fonction une magistrature distincte, l'an de Rome 589, et celui à qui elle fut confiée prit particulièrement le titre de préteur. D'abord les patriciens s'étaient réservé cette magistrature , comme dédommagement de l'admission des plébéiens au consulat; mais en 418 ils furent forcés d'y admettre les plébéiens.

Un préteur ne pouvant vaquer seul aux nombreuses affaires produites par la foule d'étrangers qui , de toutes parts, aHluaient à Rome, on lui donna, vers l'an 510, un collègue, qui inter cives romanos et peregrinos jus discret (Tite-Live. Epit., XIX, et hoc loco). On interprète ordinairement cette phrase de manière è lui faire signifier, que les fonctions de ce préteur étaient applicables , lorsqu'une des parties était un romain et l'autre un étranger,^ peu près comme il existe en Allemagne des tribunaux particuliers, appelés tribunaux étrangers, gastgerichte, et en Angleterre des jurés, de medietute linguœ, ponr prononcer sur les contestations qui s'élèvent entre deux parties de nation différente. Mais cette phrase peut aussi vouloir dire, comme le pense M. Hugo {Hist. du droit romain, t. I, p. 250 de la tr. fr. ), que le préteur rendait la justice ,et entre les Romains et entre ceux qui ne t'ctaieut pas. Car la lex de Galtia Cisalpina s'exprime

ainsi ( col. 1, 1. 24 et 54 ) : is qui ïtomœ inter pereçrùws jtis die et t sans prononcer le mot de citoyens, cives. Le jurisconsulte Pomponius [Digest., I, g 28 ) dit également : plerumque inter peregrinos jus dicebatfM. Hugo (ovpr. cit. ) pense aussi qu'on doit placer l'institution de cette fonction à une époque postérieure; parce qu'on ne trouve guère ce magistrat, spécialement nommé prœtor pèregrinus. que vers le milieu du vif siècle de Rome. Il croit que dans l'origine ce magistrat ne rendait pas la justice au sein de Rome, mais bien hors de la ville , peut-être même dans l'Italie entière. Il est vrai que le témoignage presque unanime des écrivains dépose qu'il en fut ensuite autrement ; mais on ne doit pas s'étonner que le temps ait apporté quelques changements dans les attributions de ce préteur, comme il en apporta ensuite dans celles des antres nouveaux préteurs.

La voie du sort déterminait la juridiction assignée à l'un et l'autre des préteurs élus. On appelait prœtor pcregrinus celui qui rendait la justice aux étrangers, et par opposition, on donna à l'autre le nom de prœtor urbanus. Les fonctions de celui-ci passaieui pour plus honorables. De là les expressions prœtor honoratus ( Ovide , Fast., I, 52), major (Festus, au mot major consul). On sait qu'en entrant en charge , le prxtor urbanus publiait on édit, edictum, ou un exposé des règles qu'il se proposait de suivre dans l'administration de la justice pendant l'année; et que de là naquit ce droit honoraire, jus honorarium , qui eut une si grande influence sur la législation romaine. Mais on s'est demandé en quoi différaient les deux prêlures. Quelques-uns pensent que les fonctions du préleur de la ville consistaient à publier un édit annuel, et que le préteur des étrangers, prœtor peregrinus, rendait la justice, tantôt conformément à cet édit; tantôt d'après les lois de la uation étrangère, à laquelle appartenaient les parties, et même selon le droit naturel; mais les auteurs parlent aussi d'édits du préteur des étrangers (Cicér., Ep. font., XIII, 89); il parait même que, dans certains cas . on pouvait appeler à son tribunal des ordonnances du préteur de la ville. (Cicér., Verr. t I, 46; - César, Bell, civil., III, 20; - Dio. XLII, 22). Toutefois il parait aussi qu'il n'avait pas ce qu'on appelait les actions delà loi, legis actiones, c'est-à-dire qu'on ne pouvait agir en justice auprès de lui, légalement et selou le droit civil. Enfin , une autre différence, c'est que les étrangers ne pouvaient agir en justice auprès du prœtor urbanus, et que les citoyens romains avaient seuls ce droit.

Cbap. XXXV. — Additi duo prœtor es. Tant que l'empire romain fut renfermé dans l'Italie il n'y eut que deux préleurs. On en créa deux autres pour gouverner la Sicile el la Sardaigne, lorsque ces deux iles furent réduites en provinces romaines, l'an de Rome, 506 (Tite-Live. Epit., 20 ). Enfin, un peu plus lard , la conquête des Espagnes ultérieure et citérieure Gt encore instituer de nouveaux préteurs. De ces six magistrats deux seulement demeuraient à Rome; les autres, immédiatement après avoir été reconnus, se rendaient dans leurs provinces qu'ils partageaient entre eux, de même que les consuls, soit par le sort, soit volontairement.

Chap. XXXVI. — Millibus peditum et centenis equitibus, etc. Si l'effectif de cavalerie dans chaque légion fut augmenté cette année décent hommes, il dut secom- [M>ser de pins de trois cents hommes. Car il est constant que depuis longtemps chaque légion avait ce nombre de cavaliers. Au livre précédent (XXI, 17), Tite Live dit

qu'on leva six légions formant un total de vingt-quatre mille fantassins romains, et de dix-huit cents cavaliers,

• quatuor et viginti rouianorura peditum millia et mille

• octingenti équités. » Ce qui donne pour chaque légion quatre mille fantassins et trois cents cavaliers. Juste Lipse pense que Tite-Live a dû écrire cccc. Cette conjecture est confirmée par ce passage du livre suivant ( XXIII , 54 ) : « Decreverunt patres, ut Q. Fulviui Flaccus quin-

• que millia peditum , quadringentos équités scriberet

• eamque legioncm primo quoque tempore in Sardininm

• trajiciendam curaret. » Il faut dire toutefois que ceci ne saurait se concilier avec les nombres que Polybe , Plutarque et Tite-Live lui-même donnent du total de l'armée romaine à la bataille de Cannes. Car si aux quatre-vingt mille fantassins qui composaient les huit légions, en y comprenant les alliés , on ajoute quatre cents cavaliers romains par légion , et un nombre double de cavaliers alliés, auxquels il faut joindre encore les mille sagittaires et frondeurs envoyés par Hiéron , on arrive à plus de quatrevingt dix mille hommes, nombre qui n'est donné par aucun historien. Il ne taut cependant pas se laisser trop arrêter à cette objection, puisque , de l'aveu de Tite-Live, les opinions varient tellement sur ce point, qu'il est impossible de rien affirmer, adeo numéro et génère copiarum vabiart auctohes, uf vix quidquam satis certumaffirmare amim.

Cbaf. XXXVI. — Multo cruore signa in Sabinis aidasse, etc. « Dans le pays des Sabins des eaux chaudes

• avaient jailli d'une source tout ensanglantées, ce qui pré- « sageait un grand carnage. » Il est absolument impossible de reconnaître le texte dans cette traduction. Si on veut le conserver il faut traduire : « et l'on vit dans le pays des

• Sabins les statues suer du sang en abondance, et l'eau « jaillir toute chaude d'une source. »

Ciap. XLII.— Clandiiqne consulis. C'est le consul P. Claudius Pulcber qui, sur ce qu'où lui annonçait que les poulets sacrés refusaient de manger, les fit jeter à la mer, en disant : qu'ils boivent, puisqu'ils ne veulent pas manger, ut biberent, qunndo essenollent. i Voyez Cicéron. o> Divinat. I, 16; II, 55; de Katur. Deor. II, 5; Val.-Max., I, 4, 5. ) Il fut vaincu par Adherbal , près de Drepanum, et perdit une flotte de plus de cent vaisseaux.

Chip. XLIV. — Dt ventum est ad Cannas. Cannes , aujourd'hui Cannata destrutta, ville de l'Âpulie, sur la droite de l'Auflde , près de la mer Adriatique. Le lieu , théâtre de la victoire d'Ânnibal , s'appelle Pezzo di Sanque. On y voitdes ruines. —Pour la description de la bataille de Cannes, voyez Guiscbard, Mémoires militaires, U I. p. 48.

Cbap. XL V. — Cn. Sercilio média pugna tuenda data. Polybe ( 111, 1 14 ) adjoint à Servilius, d*ns le commandement du centre, l'autre consul de l'année précédente, Marais Atilius. Mais il est ici formellement contredit par Tite-Live (ch. il) : Consulum anni prions, M.AUtium, cetatem excusantem, Romam mUerunt. Polybe, constant dans cette opinion, les fait mourir tous deux dans le combat; mais il est facilement convaincu d'erreur, puisque nous voyons d'après les fastes, Tile Live, XXX11I, 21: Val.-Max., II, 9, 8, M. Atilius, censeur trois ans après la bataille de Cannes. Wesseling pense que ce qui a pu induire Polybe en erreur, c'est qu'au nombre des morts il y eut un Marcus , prêteur de l'année précédente, et qui n'est autre que Marcus Minucius, le maître

de la cavalerie sous la dictature de Fabius. Il y eut aussi un Atilius, mais c'est Lucius Atilius questeur de l'un des consuls.

Chip XL VI. — Dextro Maharbal. Dans Polybe, c'est Hannon qui commande la droite de l'armée d'Annibal. Dans Appien ( Annib. bell., XX ) , l'aile droite est commandée par Magon, et la gauche par Hannon.

Cbap. XLVIII. — Asdrubal qui ex parte praerat, etc. Toute cette phrase est fort obscure , soit par une erreur de Tite-Live, soit par corruption du texte. D'abord Asdrubal commandait l'aile gauche, composée de la cavalerie gauloise et espagnole , et non l'aile droite où se trouvaient les Numides. Ensuite comment peul-il retirer du centre les Numides qui élaieut à la droite; puis , rejoindre les Africains au ceotre avec l'infanterie espagnole et gauloise, qui s'y trouvait depuis le commencement ? On voit clairement dans Polybe ce que fit Asdrubal. Après avoir, h la tête de la cavalerie gauloise et espagnole, taillé en pièces la cavalerie romaine, qui lui était opposée à l'aile gauche, il passa à l'aile droite, et, se joignant aux Numides , il mit en déroute la cavalerie des alliés, qui formait l'aile gauche de l'armée romaine. Alors il envoya les Numides à la poursuite des fuyards ; et lui-même revenant au centre avec la cavalerie gauloise et espagnole, il tomba sur les derrières de l'infanterie romaine, aux prises avec les Africains.

Chap. XL1X. — Quadrnginta quinque millia, etc. Quelques lignes plus haut Tite-Live ne compte que disneuf mille qui s'échappèrent; si ce compte est exact, le nombre des morts devrait être plus élevé, puisque avant la bataille il y avait quatre-vingt-sept mille deux cents hommes dans le camp romain (ch. xxxvi). Cependant Tite-Live semble s'arrêter au chiffre de cinquante mille ( ch. ux et lx; et XXV, 6 ). L'épitomateur de Tite-Live n'en mentionne que quarante-cinq mille. Polybe (lit, 118) donne soixante-dix mille ; Denys d'Halic. ( II, p. 89) soixante-dix sept mille; Plntarque (Fab. ch. xvi ) cinquante mille ; Eutrope ( III, 10 ) quarante-trois niil'e cinq cents; Orose ( IV, 6) quarante-quatre mille.

Idid. — Aut qui eos magistratus gessissent, unde, etc. Pour remplacer les sénateurs morts ou chassés du sénat par les censeurs , on choisissait d'abord ceux qui avaient exercé des magistratures curules, en suivant d'ordinaire l'ordre de nomination (voy. XXJJI, 25); on prenait ensuite ceux qui exerçaient ou avaient exercé les minores magistratus. Avant même d'être nommés par les censeurs, et d'avoir rang parmi les sénateurs, ils avaient entrée au sénat et voix consultative. Festus : ■ Qui post lustrum

• conditum ex junioribus magistratum cepere , in senatn « sententiam dicunt , non tamen senatores vocantur ante,

• quam in senioribus sunt censi. » Cf. Aulu-Gelle, iV. A., III, 18.

Chap. L. — Romanus citis sit, an Latinus socius. Il fait allusion à la conduite d'Annibal envers les prisonniers. Celui-ci en effet chargeait de fers les prisonniers romains, qu'il n'avait aucun intérêt à se concilier et qu'on rachetait d'ailleurs ; et il renvoyait les allies sans rançon afin de les attirer dans son parti.

Cbap. LI. — Vincere scis, Annibal Victoria uti nescis.

• Il y a deux choses que tout le monde dit, parce qu'elles ont été dites une fois. On croit qu'Aonibal fit une faute insigne de n'avoir point été assiéger Rome après la bataille de Cannes. H est vrai que d'abord la frayeur y fut extrême; mais il n'en est pas de la consternation d'un

Ol

HISTOIRE ROMAINE. - NOTES

peuple belliqueux, qui te tonrne presque toujouri en courage , comme de celle d'une vile populace qui ne sent que sa faiblesse. Une preuve qu'Annibal n'aurait pas réussi, c'est que les Romains se trouvèrent encore en état d'envoyer partout des secours.» Montesquieu, Grand, et Dec ad. p cb. iv. Ajoutez que les Carthaginois n'avaient pas tué cinquante ou soixante mille Romains sans laisser quelque milliers des leurs sur la place. Tite-Live (cb. lu) dit qu'Annibal eût à regretter buit mille de ses meilleurs soldats : ad octo tnïllïa fuisse dicuntur fortissimorum vu rorum.

Chip. LI. — Scias, die qiiinto, etc. Sigooius pense qu'il faut lire die quinti au lieu de die quint o. Aulu-Gelle ( X, 24) et Macrobe {SaL. I, 4 ) nous apprennent que die quarto et die quinto se disent plutôt du passé, et die quinti du futur. En outre Cœlius etCaton (cités par Aulu-Gelle loc. cit.), auxquels Tite Live a emprunté ces paroles, écrivent tous deux die quinti. Catou [Orig.) : « Igitur dicta-

• torem Carthaginiensium magister equitum monuit : « Mitte mecum Romain equitatum, die quinti in Capitolio

■ tibi cœna cocta erit. • Cœlius ( Histor. , lib. II) : « Si

• vis mibi equitatum dare, et ipse cum cetera exercitu me

■ insequi, die quinti bornas in Capitolio curabo ut tibi

• cœna sit cocta. ■

Coip. LU. — Trecenis nummis quadrigatis. C'est àdire 5 deniers portant d'ordinaire l'effigie d'un cbar au revers. Trois cents deniers k 82 c. valaient 246 fr. Polybe (VI, 58) dit trois mines rpeî; pâç, ce qui , à 69 fr. la raine, ne donnerait que 207 fr.

Ibid. — A'am ad vescendum facto perexiguo. Tite-Live dit qu'à cette époque il y avait très-peu de vaisselle d'argent dans les camps. Mais il paraît que déjà sous le second Africain ce luxe avait commencé à s'introduire dans les armées romaines, à ce point qu'il fut nécessaire de le réprimer. En effet, au siège de Numance Scipion interdit aux soldats les bains et les coupes d'argent de la contenance de plus de deux cotyles; àoppcùv txTrcùjxa ai tytiv irXiov &XGTÛXGO, xat Xcûtoôai pirifva (Polyen, VIII, 16). Pescennius ( voyez Spartien, ch. x) fit publier la même défense dans son camp, et ordonna même aux soldats de se servir de vaisselle de bois, e Quum milites

• quosdam in cavo argento, expeditionis tempore, bibere

• vidisset, jussit omne argentum snbmoveride castris, « addito eo, ut ligneis vasis uterentur. • Pline (XXXIII , 3 ) fait honte aux Romains du luxe qui règne dans les armées , par l'exemple de Spartacus qui interdit l'or et l'argent aux esclaves qu'il commandait : « Interdixisse

• castris suis, ne quis aurum ha béret vel argentum ; » et il ajoute : • Tanto plus animi fuit fugitivis nos tris. ■

Cbap. LUI. - De legione tertia A. Claudius P nicher. Il est fait mention ici d'un tribun de la troisième légion. Cependant cette légion ne put se trouver à la bataille de Cannes, dans l'armée d'un des consuls, et servir en même temps comme classiaria legio sur la flotte du préteur M. Claudius Marcellus; comme cela résulte de ces mots du ch. lvii : Ip$e. legione classis {ea tertia legio erat).

lu». - Exmei animi sententia, inquit. Après ces mou, 1rs anciennes éditions portaient juro, ut, etc. Grooove fait observer que ce mot n'est jamais exprimé dans les formules, qu'il est toujours sous-entendu, et il en cite plusieurs exemples. Cette observation est confirmée par une inscription sur pierre qui se trouve dans Fabretti ( /hirrijrf., p. 673):

EX. Mil. ANIMI. 8ENTSHTIA. VT. ECO. IIS. IH1BUCTS. BBO QVOS. C. &ESABI. GEBUARICO. IlflSICOS. CSA

coGiioviao. etc.

Cbap. LIII. — Si sciens fallo , tum me Jupiter, etc. Cette formule se retrouve dans la même inscription (/6id.»p. 674).

SI. SCIEÏIS. PALLO. FEFBLLEIOVB. TVBU BU

L1BEB0SQVB. MEOS. IVP1TBB. OPTIMV8. BAXIMVS. AC

DIVV8. AVOVSTV8. CSTEBIQVE. OMNE8. DI. UMOBTAUH

[EXPERT] EU. PATBIA. INCOLVBUTATE. POBTVPIISQVE. OBI

HIBDS. FAXIRT. etc.

Cbap. LIV. — In singnlos équités togas et tuttiras. Par ce passage et d'autres encore de Tite-Live (XXIX, 5 et 56 ; XLIV, i 6 ), il parait qu'on portait aussi des toges à l'armée; mais probablement , selon l'observation de Crévicr, dans les quartiers d'hiver seulement et dans les camps. En outre, comme il n'est parlé ici que des cavaliers, et que dans les passages cités plus haut, on envoie à l'armée un nombre de toges bien inférieur à celui des tuniques, et certainement insuffisant pour toute l'armée , il faut en conclure avec Aide Manuce ( liv. III de Quœst. per ep.l), que les toges n'étaient portées que par les plus distingués, les cavaliers, les centurions, etc.

Cbap. LVI. — Sacrum anniversarium Cereris . etc. Festus : « Graeca sacra festa Cereris ex Gracia translata, qna? ob inventionem Proserpiu» matrone coie- « ban t. Qua? sacra , dum non essent matrones qna* ta «

• cerent , propter cladem Cannensem et frequentiam

• lugentium, institutura est ne amplius centum dictais

• lugeretur. • Tite-Live. XXXIV, ch. vi : # Quia Cere- « ris sacriGcium, Iugentibus omnibus matronis, in terrais- « sum erat , senatus finiri luctum triginta diebus jussit. • Les fêtes de Cérès ne pouvaient être célébrées pendant un deuil public, parce qu'alors les dames romaines étaient vêtues de noir, tandisque pour la célébration des fêtes de Cérès, elles devaient porter des vêtements blancs, comme ou le voit dans Ovide, Fast. IV, 619 :

Alba décent Cererem ; ver es Cerealibus albas Sumite. Nunc pulli velleris usas abest Les fêtes de Cérès furent introduites à Rome soos l'édilitéde Memmius. Elles commençaient le 15 des ides d'avril , duraient huit jours , et étaient célébrées dans le Cirque par les dames romaines , vêtues de blanc , ainsi que les hommes, qni n'étaient que simples spectateurs, et marchant avec des flambeaux, en souvenir des voyages que fit Cérès à la recherche de Proserpine, avec une torche allumée au mont Etna. Ovide, Fast., IV, 494 :

Hinc Cereris sacris nunc quoque taeda datur.

Pendant tout le temps de ces fêtes une exacte continence était imposée aux dames romaines : c'était ce qu'on appelait castus Cereris. Festus : « Minuitur populo luctus..., t quum in Casto Cereris est. • Arnobe, liv. V, p. 167 : « Quid temperatus faba? alimonio panis, cui rei dedistia

• nomen Castus ? nonne illias temporls iraitatio est , quo « se numen Cereris a fruge violentia mœroris abstinuit? .

Cbap. LVII.— L. Cantilins, scribapontificis,quos t etc. Voyez Norisius, Dissert. /, ad Cenotaph. Pis., cb. v.~ Outre le collège des pontifes , composé primitivement de quatre membres, tous patriciens, anxqnels la loi Ogolnia, Tan de Rome 452, adjoignit quatre plébéiens, et que Stlla augmenta ensuite de sept autres membres , ce qui porta leur nombre à quinze; outre ce collège, dis- je, il y en avait un autre, au temps de Cicéron et de Tite-Live, composé de ceux qu'on appelait pontifices minores.

Rien de certain sur l'époque de leur institution , sur lear nombre » sur leurs fonctions. Mais d'après cette eipression deTite-Live, scriba pontificis . on peut croire qu'au temps où nous sommes parvenus, 556 de Rome, il n'y avait qu'un seul de ces pontifes, qu'on appela plus tard pontifices minores. Cette opinion est confirmée par on passage de Macrobe (Saturn., 1 , 15) : « Priscis tem-

• poribusantequam fastia Cn.Flavio scriba invitis Patri-

• bus iu omnium notitiam proderentur (l'an de Rome 449),

• pontiflei minori ha» proviocia delegabatur , ut novae

• lune primum observaret aspectum, visa roque régi « sacriflculo confirmaret. » Quant à l'époque où le nombre fut augmenté, il est difficile de le dire. Gicéron ( de Arusp. resp. , ch. vi) en nomme trois; d'où il suit que cette mesure se place dans l'intervalle qui sépare cette année, 556, de celle où Cicéron prononça ce discours, c'est-à-dire dans un espace qui comprend près de cent soixante ans , date fort peu précise , comme l'on voit.

Suivant quelques commentateurs, on appelait minores les sept nouveaux pontifes institués par Syîla , titre qu'ils transmirent à leurs successeurs; celui de majores resta aux anciens, et passa de même à leurs successeurs. Suivant d'autres , on donnait le titre de majores aux pontifes patriciens ; et celui de minores à ceux qui étaient plébéiens. Mais , ce qu'il y a de certain , c'est que cette distinction n'existait pas avant Sylla.

CaiP. LVII.— Quibus precibus suppliai sque. On a traduit ■ par quelles prières et quels sacrifices. • Snpplicium signifie plutôt snpp/ifoitoiis. Tite-Live (XXVII, 50):

• Per omnia delubra vaga? suppliciis votisque fatigavere « deos. • Salluste ( Catil. , l ) : « Non votis neque sup-

• pliciis muliebribus auxilia dcorum parantur. » Piaule, Rud. prol., v. 25 :

Nihil ei acceptnm a perjuris rapplicil.

Ibid. — Gallus et Gaila , Grœcus tt Grœca. Un oracle avait promis à ces deux peuples la possessiou de Rome, et l'on croyait satisfaire l'oracle en les mettant ainsi en possession du sol.

Ibid. — Jam ante hosiiis humants, etc. Au commencement de la dernière guerre avec les Gaulois, dans l'intervalle de la première à la seconde guerre punique. Cf. Plutarque ( Marceli. cb. m ) ; Zooaras (VIII, 19) ; Orose (IV, 15 ). Selon ce dernier ce fut trois ans après le contnlat de Fulvius et de Postumius, d'où il faut rapporter ce fait, avec Pigbios ( Annal. ), à l'an de Rome 528.

Cbip. LX. — Deminuti capite. Justinien définit la diminution de tète, capitis deminutio, un changement d'état {Institut., lib. I, tit. xvi) « Est autem capitis deminutio prioris status commutatio. » Mais cette définition n'est juste qu'autant qu'on doone à status le sens de familia. Car la diminution de tête n'emportait pas toujours changement d'état; par exemple l'adopté était capite mmuftis, comme l'émancipé, et cependant l'adopté ne devenait pas suijuris ; ils était toujours fils de famille , mais d'une autre famille; en un mot il changeait de famille, sans changer d'état. Mais, dans tous lt»s cas de capitis dimintitto, il y avait toujours au moins changement de famille ; famitia tanium mutatur, dit le jurisconsulte Paul , en parlant de la minima capitis diminutio { Digeste, IV, v. il ). Voyez à ce sujet Vinnius, et une dissertation de M. Ducaurroy, Thèmis, t. III, p. 171 ; le même, Institutes expliquées, 1. 1, p. 189.

Tout citoyen romain est compté pour une tète, caput, dans la cité, dans la famille dont 11 est membre, et où il

a sa place . son état. Dans ce sens il est facile de concevoir comment la perte de cette place opère diminution de tête, changement d'état, changement de famille. Lorsqu'on change de famille, on transporte une personne, une tête, in familiam et domum alienam. La famille que l'on quitte compte un agnat , agnatus, une tête de moins ; il y a diminution de tête. Pareillement celui qui vient à être déporté, par exemple, tolliture numéro cirittm romanorum : la cité compte un citoyen , une tête de moins , et la même diminution arrive dans le nombre des personnes libres, chaque fois que l'une d'elles devient esclave. A proprement parler, c'est la famille , c'est la cité qui diminuent d'une tête; mais par inversion on appelle capiU minutas l'individu par qui s'opère la diminution. Celui qui est ainsi capite minutus perd alors le rang qu'il occupait, et, par suite, les droits qui dérivaient pour lui de son association h la cité et à la famille.

On considérait dans la diminution de tète trois degrés (Digest. toc, cit. Inslit., lib. I, tit. xvi) : « Nain aut maxima « est capitis diminutio, aut minor quam quidam mediam • vocant, aut minima ; » la grande diminution de tête, la moyenne, la petite. Elle est complète, maxima, lorsqu'un individu perd à la fois tous ses droits de liberté, de cité, de famille, ce qui arrive aux captifs par exemple. Toutefois il faut dire que, pour ceux-ci , ces droits ne sont que suspendus, parce qu'ils jouissent toujours du droit de postliminii qui les rétablit dans leur état , au cas où ils reviendraient.

Celui qui , en perdant ses droits de cité, conserve la liberté, subit une diminution de télé beaucoup moindre : elle tient le milieu [média) entre la précédente et celle où, restant libre et citoyen, on change simplement de famille. Dans ce dernier cas la diminution de tête est minima, la plus petite de toutes.

Cbip. LXI. — Deftcere autem ad Poenos ht populi. Cette défection ne s'opéra pas simultanément ni sur-lechamp. Crotone et Locres ne se séparèrent de Rome qu'un an après ; Ta rente, deux ans ; Meta ponte et Tburium , quatre ans après. Il faut aussi excepter parmi les Bruttiens ( omnes Bruttii ) les Petelini et les Rhegini . qui restèrent fidèles à Rome.

Ibid. — Adeo magno animo cititas fuit. « Rome fut un prodige de constance. Après les journées duTésin, de Trébies et de Trasimène , après celle de Caunes . plus funeste encore, abandonnée de presque tous les peuples d'Italie, elle ne demanda pas la paix. C'est que le sénat ne se départait jamais des maximes anciennes; il agissait avec Annibal comme il avait agi autrefois avec Pyrrhus , à qui il avait refusé tout accommodement tandis qu'il serait en Italie, et je trouve dansDenys d'Halicarnasseque, lors de la négociation de Coriolan, le sénat déclara qu'il ne violerait point ses coutumes anciennes, que le peuple romain ne pouvait faire de paix tandisque les ennemis étaient sur ses terres, mais que si les Volsqoes se retiraient, on accorderait tout ce qui serait juste.

• Rome fut sauvée par la force de son institution. Après la bataille de Cannes , il ne fut pas permis aux femmes même de verser des larmes : le sénat refusa de racheter les prisonniers, et envoya les misérables restes de l'armée faire la guerre en Sicile, sans récompense ni aucun honneur militaire, jusqu'à ce qu' Annibal fut chassé d'Italie.

• D'un autre côté , le consul Tlrentius Varron avait fui honteusement jus ju'a Venouse. Cet homme, de la plus basse naissance, n'avait été élevé au consulat que pour mortifier la noblesse. Mais le sénat ne voulut pas

HISTOIRE ROMAINE. — NOTES

jouir de ce malheureux triomphe, il vit combien il était nécessaire qu'il s'attirât dans cette occasion la confiance du peuple; il alla au-devant de Varron et le remercia de de ce qu'il n'avait pas desespéré de la république.

« Ce n'est pas ordinairement la perte réelle que l'on fait dans une bataille ( c'est-à-dire celle de quelques milliers d'hommes ) qui est si funeste à un état, mais la perte imaginaire et le découragement qui le prive des forces mêmes que la fortune lui avait laissées. » Montesquieu, Grandeur et Décadence des Romains , ch. iv.

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