‹ Commentaire sur Tite-Live: Complément de l'édition du Tite-Live de laChapitre 30 sur 158 · LIVRE XXIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXIII

Ne perdant point de vue son plan , Tite-Live a passé sous silence, comme ne tenant pas essentiellement a l'histoire romaine, tout ce que Polybe avait raconté de la guerre sociale des Achéens , des événements d'Asie et de Syrie, et il a laissé de côté la dissertation de l'historien grec sur la constitution de la république romaine. Aussi n'a t-il fait aucun usage du quatrième livre de Polybe, ni des suivants, jusqu'au septième. Mais à partir du septième, quoique le malheur survenu à l'ouvrage grec ne permette pas de porter ces investigations sur toutes les parties, néanmoins les débris qui nous restent démontrent que Tite-Live s'est aidé principalement du secours de Polybe. A défaut de ces fragments , il y aurait encore des raisons asses plausibles de supposer qu'il en est ainsi , pour peu qu'on réfléchit au caractère de l'histoire de Polybe, et à la manière dont Tite-Live a coutume de s'en servir. Il a aussi comparé dans ce livre plusieurs autres écrivains, et quand ils ne s'accordaient pas, il l'a noté. Parfais il admet certains faits racontés par quelquesuns, mais avec des formes dubitatives ; d'autres fois il les rejette. ( Ch. vi, xn, xvi. xix, xlvii. )

Au ch. xi le long récit, sur l'ambassade de Fabius Pictorà Delphes, parait empruuté aux annales de Fabius lui-même; et c'est aussi l'avis de Dirksen ( Cicilistische Aufs., 1. 1, p. H ).

Les chapitres xx et xxx sont en harmonie avec les fragments de Polybe.

Chap. xxiv, Polybe ( 111, 118,) place ailleurs la défaite de Postumius, et la raconte plus brièvement. Au chap. xx\ui Tite-Live ne donne qu'en abrégé la formule du trj.ité; Polybe le donne in extenso (VIII. ch. îx et suiv.).

Cbàp. I. — Castris, Annibalpost Cannensem pugnam, etc. Presque tous les mauuscrits donnent : « Haec Annibal

• post Cannensem pugnam opta ac direpla , » un seul :

• Annibal post Cannensem pugnam captis ac direptis. » Je ne sais ce qui a fait adopter la leçon de cette édition. Elle laisse quelque chose à désirer, dans castris Romanorum: et elle n'a pas même l'avantage d'être fort près de la lettre des manuscrits, comme celle de Gronove, admise par Drakeoborch : jEcts, Annibal post Cannensem pugnam, captis ac direptis. La première lettre du mot Aùcis ayant été laissée à l'enluminure, comme le fait observer M. Dubois , on conçoit facilement que les dernières lettres aient été altérées , lorsqu'on a voulu y voir un mot entier. Eu outre la manière dont le changement s'est fait, la variante portant sur le commencement ou sur la fin du mot, hœc, his, donne à cette leçon toute probabilité extérieure. Quant au sens, c'est la même ville dont il est question au livre XXII, ch. xu , oo il faut, avec Polybe, substituer à Arpis le mot Aùcis, ÀvreorpaTOTri^euat toî; Kap^ovioi; wtpi rkç Awaç *a>xu^«vaç (Polybe, III, 88)1 D'ailleurs sa position géographique, sur les confins de l'Apulie et du Suranium, est tout a fait favorable à cette

conjecture; et de plus, il est certain qu'elle fut au pouvoir des Carthaginois, puisque Fabius l'assiège et s'en empare ( lib. XXIV, ch. xx. )

M. Dubois traduit le mot /Ecis par les /Eca>. Selon loi, ce seraient trois villes de la Capitanate, dont les noms moderne» sont Foggia , Lucera et Manfredonia. Mail il ne cite pas ses autorités. jEcœ est indiqué sur l'Itinéraire d'Antonio et dans VI ter H ter os t comme une Tille unique. Sickler, Man. de Gèogr. anc., 1. 1, p. 359, conjecture qu'elle occupait l'emplacement de la moderne Troja.

Conp. I. — Hirpinos. Peuple du Samnium. Les Grées écrivent ce mot sans aspiration. Ce nom est dérivé, éin tcù ip-rrcu (Strab., 1. V, p. 250), du nom Samnite du loup. Festus: « Irpini adpellati nomine lupi, quera Irt puni dicunt Samnites. Eu m enim ducem secuti agro* ■ occupavere. •

CHip. II. — Pacuvius Cala vi us. Tout le monde connaît l'élégante imitation en vers de ce passage de Tite-Live, par M. Andrieux. Voyez L III, p. 194 de ses œuvres.

Chap. V. — Per centum prope annos. Ou plus exactement pendant près de soixante dix ans, • per annos prope septuaginta , «comme le dit plus lard le député romain dans l'assemblée des Étoliens (XXXI. 51 ). En effet cette guerre commença l'au de Rome 412, sous le consulat de M. Valérius et A. Cornélius, et se termina Tan 479, sous les consuls C. Fabricius et C Claudius.

Ibid. — Hos » infandis pastos epulis. Celte croyance populaire , qui faisait des Carthaginois des anthropophages , avait probablement pris naissance dans ce qu'on rapporte d'Auuibal Monomachus ; savoir, que, dans une délibération au sujet des approvisionnements si difficiles de l'armée, qu'il fallait faire venir a grands (rais de l'Espagne a travers tant de populations barbares , il aurait conseillé d'habituer les soldats à manger de la chair humaine , £i£«i;ai rà; <$Wu.it; àvOpumçaf ttv wu toit» w&tvjaai ouvt.ôei;. Mais, selon Polybe, Annibal aurait repoussé cette proposition avec horreur (liv. IX, ch. xuv, Excerpt.) Voyez aussi Porphyr., de AbUin., liv. II, p. 228.

Il en est de ce conte ridicule comme du fameux supplice de Régulus, que Tite-Live avait aussi raconté ( Epit., XVIII ) et dont les anciens auteurs, contemporains de Kégulus, parlaient en tout autres termes. Toutefois Visconti ( Iconogr. Rom., p. 58) pense que Tite-Live n'a pas dû donner ce récit, comme incootesté, parce que dans le discours de Manlius ( liv. XXII. 59) l'exemple de Régulus n'est pas cité. Sur le peu de foi qu'il faut ajouter à tous ces récits de la cruauté carthaginoise, on peut consulter la seconde dissertation de Lachmann, de Fontibus Lit ii, S 5.

Cnip. VII. — Prœfectos sociorum. Selon Crévier, les prafecti sociorum étaient Romains. Tous ceux que mentionne Tite Live portent en effet des noms romains , L. Arennius et M. Aulus (XXVII, 26 ) ; P. Claudius (ch. xli). Ils avaient dans les troupes alliées le mémerauget le même pouvoir que les tribuns militaires dans la légion.

Ibid. — Decius Magius. Velléius Paterculus (II, 16) parle de ce Décius Magius , qu'il appelle Campanorum princeps celeberrimus et fidelistimus vir, et dont le petitfils, Minalius Magins d'Asculanum , était un de ses aïeux. — Sigonius voudrait lire Decimus Magius, parce que Decius et Magius, étant deux noms de famille, ne pouvaient se trouver réunis. Mais Voss prétend que les nobles italiens avaient quelquefois deux uoms de famille.

Oo sait d'ailleurs qne les noms et prénoms oe se portaient pas dans le reste de l'Italie de la même façon qu'à Rome.

Cbip. IX. — Atqui permeum pectus petendus ille tibi. Racine, I phi g nue, acte iv :

Pour aller jusqu'au cœur que vous voulez percer, Voila par quels chemins vos coups doivent passer,

Chip. X. — In templo magistratuum. La traduction suit une leçon toute différente , in templo magislratus consedit. C'est la plus généralement adoptée. D'après la traduction et la meilleure leçon , c'est le magistrat, probablement le préteur Marius Blosius (en. vm ), qui s'assied sur son tribunal et ordonne a Decius Magiusde comparaître devant lui. Suivant le texte, ce serait Ànnibal.

M. Dubois ( éd. Panck. ) traduit in templo , • dans le temple. » C'est le tribunal qui est designé ici. Temptum se dit non-seulement d'un temple , mais de tout espace coosacré . comme l'était probablement le tribunal, de même qu'à Rome les curies et les rostres qui , souvent pour cette raison, sont appelés templa. ( Voyez la note sur le ebap. xi v du livre VIII, le chap. xxxv du même livre , et XXVII, 58. Cic, in Vatin., X : In Hostris, in illo, inquam, inaugurato timplo. ) Toutefois il faut dire qu'on ne voit nulle part de tribunal consacré. Peut-être faut-il se contenter d'entendre trmplum de tont lieu élevé, avec Grœvius, qui corrige ainsi un passage de Florus ( H, xu, 2 ) : quum in conspectum venuset hostis , in templum recepiU

Iain. — Quœ tum in ditione regum erant. Juste- Lipse pense qu'il faut restituer après regum le mot Aïgupti , )>arce que la Cyrénaîque resta sous la domination des rois il' Egypte jusqu'à ce qu'elle eût été réunie parles Romains n la province d'Afrique. Mais Grooove fait observer que Cyrène eut aussi parfois ses rois particuliers, Magas, Pbyscon, Apioo. Voy. Spanbem., ad Callimach. hymn. iw Apoll., v. 68. Il faut dire cependant que ces rois étaient ou eo même temps rois d'Egypte , ou sous la dépendance de ceux-ci.

Cuàp. XI. — Q. Fabius Victor. C'est l'historien de la deuxième guerre punique. Voyez p. 768.

Ibid. — • Vestrœ res meliores facUioresque trunl. Cic, Epist. fam. t VI, 5 : • Res et fortunae tus mibi maiima?

• curas sunt, quœ quidem quotidie faciliores mini et

• meliores videulur.» Tacite ( aigrie, m ) : • Augeatque quoiidie faciliiatem imperii Kerva Trajauus. » Plaute, Curcnl., V, il, 6 :

Nugas garris (Cure.) Soleo, nam propter eas vivo facitius. Epidic, II, n, 59 :

Quam faeileel quam fortunate evenlt illi,obsecro, mulieri. Térence, Adelph., III, iv, 56 :

Quam vos facillime agitis , quam estis maxime

Potentes, dites , fortunali , nubiles.

lato. — Lucris meritis donum mittitote. « Envoyez à Apollon Pytbien uneoffraude bien méritée. » Une offrande méritée ne peut se dire que de celui qui la reçoit, ce qui ne signifie rien ici et est certainement contraire an texte, quelque obscur qu'il soit. Le sens parait cependant indiqué parce qui suit, et il faut probablement entendre ainsi ces mots lucris merilis : • Avec les gains légitimes de cette guerre, avec ce que vous aurez acquis par votre courage et avec 1 assentiment des dieux, vous enverrez une offrande à Apollon. ■ Plus bas ( XLV, 59) : Victor in Capilolio, triumphans ad eosdem deos, quibus vota nuncuParit mérita dona tr admit.

Chap. Xl.—Dequeprada t manubils, spoliisque, etc. Ces trois mots ont un sens distinct, quoiqu'ils soient quelquefois confondus. Voir, pour cette distinction . Aolo-Gelle, XIII, 24. Spolium est tont ce qu'on enlève à l'ennemi; prœda, est le corps même du butin, la chose enlevée ; manubtœ. l'argent provenant de la vente du butin, confiée d'ordinaire aux questeurs, ou plutôt aux prafecti œrarii , qui leur étaient subordonnes.

Ibid. — Sicut coronatus laurea corona. Cet usage n'était pas particulier au temple de Delphes , il était général dans tout le culte grec; et il s'observait non-seulement quand on venait consulter l'oracle , mais encore dans toute espèce de sacrifice , comme le prouvent ces paroles du scholiaste de Sophocle (Œdipe roi, v. 82,) : oï iizi tm ataîco 7rapa-yevc{uvct tx AsXçcov {oTtfipsvot iwavvieaav. Et ce passage du scholiaste d'Euripide ( Hippolyte, v. 792 ) : É8o$ -yàp eixov oi àpxaîct toûto, on vipx * 70 *™ (xavritaç, iVrt^avupLtvoi xpxwTo, xat iràvrt; toù oixou irpostAuvou* aù-roôç. Voir aussi Schol. Aristoph., Plut. v. 21. La couronne était prise d'ordinaire de l'arbre consacré au dieu que l'on venait consulter, ou honorer d'un sacrifice. Lorsqu'on avait obteuu de l'oracle une répouse favorable, on s'en relouroait la couronne sur la tête; et ou la déposait dans le cas contraire, ou lorsque le retour était marqué par quelque sinistre accideut.

Les paroles de Fabius semblent faire croire que cette coutume, générale en Grèce, était une prescription particulière, à lui faite par le prêtre d'Apollon. Mais ou peui se l'expliquer en pensant que cet usage était alors iguorè à Rome, et que Fabius voulait prévenir ainsi lVlonnement qu'il dut faire naître en paraissant couronné de lauriers.

Ibid. — Cum sex imperatoribus, quorum quatuor consules. C'est-à-dire sept généraux, dont cinq consuls. Tite-Live oublie T. Semprouius, vaiucu par Auoibal à la Trébie : car il désigne plus loin, dans son énumératiou, le dictateur et lemaitre de la cavalerie, Q. Fabius et M. Minucius; deux consuls tués. C. Flaminiuset jCmilius Paulus; deux autres consuls, dont l'un fut blessé, P. Cornélius Scipion , et dont l'antre s'échappa avec cinquante cavaliers seulement, C. Térentius Van on. Cette erreur ne saurait être attribuée aux copistes.

Ibid. — Verumesse, grates deis, etc. Verum a ici le sens d'œquum. Tite-Live l'emploie encore dans ce sens :

• caeterum et socium andiri postula ta verum e**e. » ( XXXII, 55). Cicéron, pro Murena, xiv : • Cato negat

• ventmesse, allicibeueiolentiam cibo. Horace, EpistoL,

• I, vu, 98. Metiri se quemque suo modulo ac pede ve-

• mm est. »

Cuip. XIII. — Prion? punie o belto. Gronove voudrait supprimer le mot punie o , ridicule dans la bouche d'un Carthaginois. Mais Tite-Live n'est pas assez scrupuleux sur ce point pour qu'on voie là une faute de copiste. Plus haut, ch. xi, il était déjà tombé dans la même faute : HruUios Apulosque , partim Samnilium ac Luc an or wm defecisse ad Pœnos. Cela prouve seulement que Tite- Live a beaucoup de peine à s'oublier lui-même, quand ii fait parler les autres.

Ibid. — Ram et simultas cum familia Barcina. Sur les véritables motifs de la conduite d'IJannoo, consultez lieeren ( Polit, et Comm. t t. IV, p. 315 et suiv. de la tr. fr.). Au fond de cette opposition, si obstinée à tous Ses projets d* Annibal, il y aiait certainement autre choae qu'une simple rivalité de famille. Montesquieu l'a bien

HISTOIRE ROMAINE. - NOTES

fait sentir. • Dans quel danger, dit-il , n'eût pas été la république de Cannage, si Ânoibal avait pris Rome? Que n'eût-il pas fait dans sa ville après la victoire, lui qui y causa tant de révolutions après sa défaite.

« Hannon n'aurait jamais pu persuader au sénat de ne point envoyer de secours à Ànnibal , s'il n'avait fait parler que sa jalousie. Ce sénat , qu'Aristote nous dit avoir été si sage (chose que la prospérité de cette république nous prouve si bien ) ne pouvait être déterminé que par des raisons sensées. 11 aurait fallu être trop stupide pour ne pas voir qu'une armée , à trois cents lieues de là , faisait des pertes nécessaires, qui devaient être réparées.

< Le parti d'Hannon voulait qu'on livrât Ànnibal aux Romains. On ne pouvait pour lors craindre les Romains; on craignait donc Annibal.

t On ne pouvait croire , dit-on , les succès d' Annibal; mais comment en douter? Les Cartbaginms , répandus par toute la terre, ignoraient-ils ce qui passait eu Italie? C'est parce qn'ils ne l'ignoraient pas, qu'on ne voulait pas envoyer de secours à Annibal.

t Hannon devient plus ferme après Trébies, aprèsTrasimènes, après Cannes : ce n'est point son incrédulité qui augmente, c'est sa crainte. » ( Esprit des lois, X, 6. )

Cbap. XIV. — Latoque, ut tolet, ad populum, ut equum, etc. Quelle était cette loi qui interdisait au dictateur de monter à cheval? Plutarque [Fabius, ch. iv ) : npÛTov (xtv Tpnjffaro ttjv cu^xXttjtgv, Ixtzu xp*i<rtat wapà ?àç orparetoç- où -yàp i^v, àXX* àirrr[oçt\tt7Q xarà H Tiva TaXaiôv voacv, tht ttIç àXxviç tô tcXiiotov iv tû tcÇû uôepivtov, f où dtà toûto tôv arpaTflpv cicpLt'vwv 8iit rcapapivctv tvj çatXayyt, xai jit» irpoXtîirtiv mô'Sti rupawtxôv «ç â-rcavra, tôXXa, xat p.é-ra tô tvîç àpxvi; xpâro; «artv, ei-jt toutû» PouXop.tvù)v tôv «nxTOCTtopa toû <$V,(xou çaîveatiat ^to'fuvov. Ce passage a donné lieu à une erreur assez grave. On a cru, en se fondant sur le mot irpû-rov, que ce fut Fabius qui le premier obtint la permission de monter à cheval , chose interdite avant lui au dictateur. S'il en était ainsi, Plutarque n'aurait pas dit irpûrov, mais irp&Toç; et ce qui prouve d'ailleurs que irpûTov signifie ici d'abord, c'est qu'il amène après lui , quelques lignes plus loin , le mot puÉtà TotÔT*, ensuite. Maintenant Plutarque semble en contradiction avec Tite-Live. Selon loi c'est an sénat que Fabius adresse sa demande; selon Tite-Live c'est le peuple qui vote la'loi. Mais on peut les concilier tous deux en disant qu'ici, comme en beaucoup d'antres occasions, la loi fut votée par le peuple d'après un sénatus consulte. Cette apparente contradiction expliquée, reste quelque chose de plus important. Plutarque va plus loin que Tite- Live : il dit que Fabius demanda à se servir d'un cheval pendant la guerre , wapà Ta; arpaTtîa;, ce qui était interdit au dictateur par une loi ancienne, woXaiôv vo'jagv. Tite-Live dit simplement que le dictateur, M. Junius Pera, présenta, selon l'usage, une loi au peuple pour qu'il lui fût permis de montera cheval; et il ne désigne pas de moment ni de lieu. Cette interdiction faite au dictateur de monter à cheval , morne quand il commaodait l'armée, peut difficilement se soutenir. La première raison qu'en donne Plutarque, savoir, que l'infanterie étant la principale force de l'armée romaine, on voulait que le dictateur restât au milieu d'elle, sans la quitter; cette raison eut tout à fait vaine. Car le même motif d'interdiction ne subsistait-il pas également pour les consuls et k s autres commandants d'armée, qui cependant montaient à cheval? Et pourquoi ce qui était permis à ceux-ci aurait-il été interdit au dictateur ? Car le cheval était

moins un insigne , un honneur, qu'une nécessité du < mandement en cher. On sait d'ailleurs qu'au moins , dans les premiers temps de la dictature, les dictateurs étaient à cheval à l'armée. Cela résulte clairement de plusieurs passages de Denys d'Halicarnasse et de Tite-Live , II» 19 : In Postumium..., Tarquinitts Super bus.... equum infestum admisit, etc. : et ch. xx. Tum ad équités dictator advolans. Denys (VII, H et 12) rapporte aussi qu'an combat du lac Régille , le dictateur A. Postumius combattait a cheval au milieu des cavaliers ; au livre X, 24 , 11 rapporte encore que les députés, envoyés a Q. Cincinnatus pour lui offrir la dictature, amenaient avec eux des chevaux magnifiquement caparaçonnés.

Quelle était donc cette loi, pour quelle raison, à quelle époque fut-elle portée, et pour quel lieu établissait-elle cette interdiction? On ne peut guère se livrer qu'à des conjectures sur cette disposition législative, doot nous voyons ici la première mention, et qui a laissé si peu de traces dans l'histoire. Voici cependant la plus vraisemblable. Au moment de l'institution de la dictature , on des droits de la puissance suprême du dictateur était de paraître à cheval dans la ville. Bientôt ce droit sembla TupawtxÛTepov; il rappelait trop vivement le souvenir de la royauté. Une loi intervint donc , qui interdit an dictateur de monter à cheval hors du temps des eipéditioas, et avant de sortir de la ville. Pins tard on le lui permit de nouveau, mais il fallait pour cela nne lot expresse du peuple ; et à ce qu'il semble résulter de cette expression de Tite-Live, ut solet , cette loi ne fut plus ensuite qu'une simple formalité, qui servait à modérer la puissance illimitée du dictateur, en lui rappelant que pour l'exercer il avait besoin de recourir à l'autorité du peuple.

Il est difficile d'établir quelque chose de plus précis, à cause du peu de données que fournit l'histoire. On peut toutefois appuyer cette conjecture d'un passage de Zôuaras ( VII, 15 ), où il dit que la dictature ne différait de la royauté , qu'en ce qu'il n'était permis au dictateur de monter à cheval qu'au moment de partir pour la guerre, îtXtjv 5ti {at} iy' tinrco àva&nvai o &xTotTap vj£uvaT0, tt p.Tj t*)t<rrpaT£'jta6GU ftxiXXt.

Et ce qui montre encore qne la loi dont il est ici question n'avait pour objet que de permettre au dictateur de monter à cheval dans la ville, c'est qu'il y eut un intervalle entre le vote de la loi et le départ dn dictateur M. Junius Pera. Car, après avoir parlé du vote de la loi, Tite-Live mentionne plusieurs actes accomplis à Rome par le dictateur, et qui exigèrent sans aucun doute plus d'un jour. On peut donc conclure, avec assex de certitude , qu'il n'était interdit au dictateur de monter à cheval que dans la ville seulement, mais qu'à l'armée il pouvait le faire du droit commun de tous les commandants, consuls on autres.

Caip, XVI. — Bigatosque quingentos, 410 fr. de notre monnaie. Voyez la note sur le chap. lu du livre XXII. Plutarque (Marcel!,, ch. vin) fyaxjtôç apfupiou irnrrowoaiav;. Si Plutarque compte en drachmes grecques à 69c, les cinq cents ne vaudraient que 310 fr.

Ibid. — Duo mi//ia et octingentos hostium, etc. Selon Plutarque (Marcell., ch. xi ) il y en eut cinq mille tués, parmi lesquels cinq cents Romains. Il dit aussi que ce nombre n'est pas approuvé par Tite-Live : Aryovrai uicip ffcvTaottrxtXtoo; dwroÔavtîv. àiroxTttvat èk 'Papou** où TrXttoo; y irevTOxomwç. ô £è Aiêioç outco jièv cù £taêt6aioÛTat fiWaâai puef oiXysv vrrrav, cù£i toosïv vexpcùç twovtcuc

TttV TTOXUMttV.

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Ciap. XVIII. — Majnsque id peccatum ducis, etc. ■ On dit encore qu'Annibal fit une grande faute de mener son année à Capoue , où elle s'amollit ; mais l'on ne considère point que l'on ne remonte pas à la vraie cause. Les soldats de cette armée, devenus riches après tant de victoires, n'auraient-ils pas trouvé partout Capoue? Alexandre, qni commandait a ses propres sujets, prit, dans une occasion pareille, un expédient qu'Annibal, qui n'avait que des troupes mercenaires , ne pouvait pas prendre : il fit mettre le feu au bagage de ses soldats et brûla toutes leurs richesses et les siennes. On nous dit que Kouli-Kan , après la conquête des Indes, ne laissa à chaque soldat que cent roupies d'argent. »

« Ce furent les conquêtes mêmes d'Annibal qui commencèrent a changer la fortune de cette guerre. Il n'avait pas été envoyé en Italie par les magistrats de Carthage; il recevait très-peu de secours, soit par la jalousie d'un parti , soit par la trop grande cou fiance de l'antre. Pendant qu'il resta avec son armée ensemble, il battit les Romains; mais, lorsqu'il fallut qu'il mit des garnisons dans toutes les villes, qu'il dérendit ses alliés, qu'il assiégeât les places ou qu'il les empêchât d'être assiégées, ses forces se trouvèrent trop petites, et il perdit en détail une grande partie de son armée. Les conquêtes sont aisées à faire , parce qu'on les fait avec toutes ses forces ; elles sont difficiles à conserver, parce qu'on ne les défend qu'avec une partie de ses forces. • Montesquieu, Grandeur et Décadence, cb. iv à la fin.

Cbap. XIX. — Kolanorum atque Acbbbanobum. Cependant la ville d'Acerra avait été prise, pillée et brûlée par Annibal (ch. xvu), et ses habitants s'étaient dispersés dans les villes de la Campanie, demeurées fidèles aux Romains. On a proposé AbeUanorum ; Justin, XX, i : • Jam Falisci, Nolani, Abellani nonne Cbalcidensium coloni sont? ■ Silius Italicus , VIII, 545: • Surrentumetpauper • sulci cerealis Abella. » Mais tous les manuscrits s'accordent pour donner Acerranorum, et peut-être est-il question des habitants d'Acerra, réfugiés à Nola.

Isid.— intention custodia, etc. Selon Frontin (Strat., III. 14), ce fut en tendant une chaîne dans toute la largeur du fleuve.

Ibid. — Nuces inde {usa, etc. D'où les Prénestins furent appelés ensuite Nuculœ. Festus : « Pra?nestiuos Aut culas dictos esse, qnod inclus! a Pœnis Casiliui famem « oucibus sustentarint. »

Ibid. — Piec muribus aliove animali , etc. C'est au siège de Casilinum qu'il faut rapporter l'histoire de cet avare, qni vendit cent ou deux cents deniers un rat qu'il avait pris. Lui-même mourut de faim et l'acheteur survécut. Frontin, Stratag., IV, 5, 20; Val.-Max., VU, 6, 5 et Strabon, V, 4, 10, p. 249, en admettant la correction de p>o;, au lieu de fu£tp.vou : £toxo(ri«>v àpax^ûv rpocôivrc< puo';.

Ibid. — Septunces auri. La livre d'or, sous la république rom ai ue, valant, suivant les calculs de M. Saigey, 916 fr. 60 c, les sept onces équivalaient 551 fr. 60 c.

Ibid. — Tum remissi Cumas cum fide. Tite-Live n'a pas parlé de Cumes précédemment ; et il n'en parle pas non plus daus la suite. Comment se fait il que ces hommes soient envoyés dans cette ville, puisque la plupart sont des Prénestins, Prœnestini maxima pars fuere? En outre, si l'on admet qu'ils soient envoyés à Cumes, il faudrait, ce me semble, demissi ou emissi, comme au livre XXIV, ch. xlvii : Emissique cum fide incolumes ad

Annibalem Salapiam venerunt. Peut-être doit-on lire, tum remissi summa cum fide. Mais comme tons les manuscrits s'accordent sur le mot Cumas , il serait téméraire de recevoir cette leçon dans le texte.

Cbap. XX. — Petelinos qui uni ex Bruttiis. Tite-Live se trompe. Petilie n'était pas la seule ville du Bruttium qui n'eût pas abandonné le parti des Romains ; il y avait encore Consentie et Rbegium. Nous voyons plus loin, ch. xxx, Annibal assiéger Consentie , et en forcer les habitants à se rendre. Rbegium ne tomba pas au pouvoir des Carthaginois, et resta fidèle aux Romains jusqu'à la fin. Il est même plus que probable que d'autres villes de l'Ombrie , dont Consentis était la capitale , comme nous l'apprend Strabon, avaient suivi l'exemple de celle-ci.

Cbap. XXL — P. Furium prœtorem , etc. Dans tout ce qui précède , il n'a pas été question de cette expédition de P. Furius en Afrique. Ce qui s'y passa , quel en fut le résultat, dans quel combat fut blessé P. Furius, Tite-Live ne nous apprend rien de plus.

Ibid. — Neque frumenium neque stipendium ad diem dort. Sur le dits stipendia et frumenti voyez Schel., ad Polub., ch. vi et vu.

Ibid. — Triumviri tnensarii. Voyez Bodé, de Asse, lib. V, p. 175; et Saumaise, de Usur., p. 510.

Ibid. — M. AlUius Begulus. qui bis consul fuerat. 11 fut consul la première fois avec P. Valérius Flaccus, et la seconde fois avec Cn. Servilius Géminus , en remplacement de C. Flaminius, tué à la bataille de Trasimène.

Cbap. XXII. — Et prœcipue Manlius. Probablement T. Manlius Torquatus , cet homme priscœ ac durœ sèverit ali s ( XXII, 60 ) qui s'opposa dans le sénat au rachat des prisonniers de la bataille de Cannes.

Ibid. — M. Fabium Buteonem. Ce M. Fabius Buteo fut censeur, l'an 512 de Rome, avec C. Anrélius Cotta. Il avait été consul l'an 507.

Cbip. XXIII. — 1V> que duos dictatures tempore uno. L'autre dictateur était M. Junius Pera , créé rei gerendœ causa, tandis que celui-ci n'était créé que pour nommer les sénateurs, qui senatum léger et. (Voyez Plutarque, Fabius, cb, ix. )

Ibid. — Nec censoriam vim uni permissam. Il y avait dans cette nomination deux irrégularités. La première , c'est que la loi voulait qu'il y eût toujours deux censeurs ; la seconde , qu'il n'était pas permis de nommer le même homme deux fois censeur. Cela avait élé décidé par une loi votée, l'an 488, sur la proposition de C* Marcius Rutilus, qui reçut le surnom de Censorinus, pour avoir refusé d'être censeur une seconde fois (Val.-Max., IV, I).

Cbap. XXIV. — L. Postumius tertium. Il avait été consul, une première fois l'an 518, et de nouveau l'an 525.

Ibid. — Piova clades nuntiata. Polybe fait aussi mention de cette défaite ( III, 118 ). Sur la forêt Litana , \oy. Frontin, Stratag., 1, 6 ; Tennul., ad Front., ibid.; Cluvier, /fa/, anl., xxviii, p. 294.

Cnip. XXV. — De exercitu Marcelli. On s'est étonné de voir nommer ici l'armée de Marcellns, lorsque la plupart des fugitifs de Cannes devaient se trouver dans l'armée de Térentius Vairon , auprès duquel ils s'étaient réfugies après le désastre. Mais on oublie que, lorsciie Térentius Varren fut rappelé à Rome pour nommer le dictateur (XXII, 57 ;, il laisssa en partant son armée à

HISTOIRE ROMAINE. — NOTES

Marcellui ; et c'est ponr cela qoe plus loin (XXIII, 51 ) Tite-Live dit qoe les légions , qui occupaient le camp de Claudius, Claudiatta castra, au-dessus de Suessula, étaient en grande partie composées de soldats échappés à la défaite de Cannes. Térentius Varron fut ensuite chargé de protéger l'Apulie, mais avec une autre armée.

Cbap. XXX. — Ludos funèbres et gladiatorwn paria. Ces jeux funèbres étaient empruntés aux Étrusques; On peut aussi en voir l'origine dans l'antique usage d'immoler des esclaves ou des captifs sur le bûcher de ceux dont on voulait apaiser les mânes. Voyez Valère-Maxime, M, 4, 7; Lipse, Saturn.-, I, 8. K. O.; Muller, Die Etrusker, t. Il, p. 221 suiv.

Cbap. XXXI. — In castra Claudiana. C'était le camp établi et fortifié par Claudius Marcel lus , au-dessus de Suessula , et qui avait reçu son nom. Ch. xvu : • Sumroa

• rerum senatui tradita, cum exercituomni profectus, c supra Suessulam castris positis consedil. »

Chip. XXXII. — Volones qui fierait. Festus : • Vo- $ lones dicti sunt milites, qui post Canneusem cla-

• dem usque ad octo millia , quum essent servi , volunta-

• rie se ad militiara obtulerunt. •

Ibid. — Ad Piscinam publicam. Festus : « Piscinœ

• publicœ hodie nomeu manct, ipsa non exstat : ad

• quam et natatum et exercitatioois alioqui causa venie-

• bat populus. • Coof. Donat., de Urb. Rom., III, 13, et Nardin, Rom. vet., VII, 6.

Ibid. — Tib. Sempronius militibus, etc. Le mémeTib. Sempronius avait précédemment (cb. xxu) donné jour aux soldats pour se rendre à Cales , mais c'était aux deux légions urbaines qui furent confiées ensuite à Marcellus. Maintenant il donne rendez- vous, à Suessula, aux volons, aux esclaves armés et aux dix mille alliés qui lui étaient échus dans le partage des troupes entre les consuls.

Ibid. — Terentianum mitti cum aliquo legalorum. Où cette armée était-elle envoyée? Ce ne peut être en Sicile, comme le texte semble le faire entendre. Car nous voyons dans les chapitres précédents, que le sénat avait décidé que les soldats échappés au désastre de Cannes, alors dans le camp claudien , iraient combattre en Sicile sous le préteur Af>p. Claudius Pulcher, qui envoya, pour les prendre, sou lieutenant T. Métilius Croto. Térentius Varron conservait son commandement pour une année encore, et dev«.it continuer à défendre l'Apulie avec l'armée qu'il y avait déjà auparavant. Maintenant TJte Lue nous dit que le préleur Valérius est chargé de la défense de l'Apulie avec l'armée qui arrivait de Sicile où elle était remplacée par les légions claudjennes; que Térentius Varron devait défendre le Picénum avec les nouvelles levées qu'il y ferait, tandis que son armée, celle qu'il avait en Apulie, était envoyée avec un lieutenant, en quel lieu? peut-être à Tarente, comme le soupçonne Duker, qui pense que le mot Tarentum, venant à la suite de Terentianum, aura disparu a cause du voisinage et de la ressemblance des deux noms. Et il appuie sa conjecture sur le passage suivant qui la rend assez vraisemblable : « Jussusque P. Valérius militibus Varronianis, quibus « L. Apustius legatus Tarenii pneerat. in naves impo- «suïs. (ch. xxxv m).

Ibid. — Naves M. Valerio datœ. Le M. Valerio manque dans presque tons les manuscrits et est à bon droit suspect Car si c'est le même M. Valérius Lévinus, nom . mé quelques lignes plus haut Valerium prœtorem , il faut I

qu'outre le soin de défendre l'Apulie , il ait encore eu le commandement de la flotte chargée de protéger la Calabre. Mais on voit, ch. xxxiv et xxxvm, que cette flotte était sous le commandement de P. Valérius Flaccus. Il est certain que celui-ci était lieutenant cette année ( voyez ch. xvi. ) On peut donc croire que c'est lui qui est désigné par ces mots aliquo legatorum, qui se rapporteraient alors à viginti quinque tiares, aussi bien qu'à exercitwm Terentianum; de telle sorte que ce serait au même, au lieutenant P. Valérius Flaccus, qu'auraient été conOés et l'armée de Varron et les vingt-cinq vaisseaux. D'où Tite- Live a pu dire, cb. xxxvm : P. Valérius militibus Varronianis.... in naves impositis. Quant aux mots M. Valerio. ils ont fort bien pu passer dans le texte de la marge où ils auront été écrits, comme explication, au lieu de P. Valerio.

Chip. XXIII. — In hanc dimicationem duorum opu-

lentissimorum omnes reges gentesque animos inten-

derant. Quoi qu'en dise Tite-Live delà grandeur de celle lutte qui tenait tous les peuples de la terre attentifs , il n'en est pas moins surprenant, comme le remarque Montesquieu après l'historien Josèphe, qu'Hérodote ni Thucydide n'aient jamais parlé des Romains. C'est que, comme dit Montesquieu , * il y avait dans ces temps-Là deux moudes séparés. Dans l'un combattaient les Carthaginois et les Romains; l'autre était agité par des querelles qui duraient depuis la mort d'Alexandre : on n'y pensait point à ce qui se passait en Occident; car, quoique Philippe, roi de Macédoine, eût fait un traité avec Anoibal, il n'eut presque point de suite ; et ce prince, qui n'accorda aux Carthaginois que de très-faibles secours , ne fit que témoigner aux Romains une mauvaise volonté inutile. » ( Grand, et Décad., ch. v. )

Ibid. — Inter quos Pht/ippus.... fluctuatus anima f turat. « Lorsqu'on voit deux grands peuples se faire une guerre longue et opiniâtre, c'est souvent une mauvaise politiuue que de penser qu'on peut demeurer spectateur tranquille ; car celui des deux peuples qui est le vainqueur entreprend d'abord de nouvelles guerres , et une nation de soldats va combattre des peuples qui ne sont que citoyens. Ceci parut bien clairement dans ces temps-Id ; car les Romains eurent à peine dompté les Carthaginois qu'ils attaquèrent de nouveaux peuples, et parurent dans toute la terre pour tout envahir. • Montesquieu, tôid.

Cbsp. XXXIII. — Fœdusque cum eo. Le traité ae trouve tout entier dans Polybe ( VII, 9 )•. Nous mettons sous les yeux des lecteurs ce précieux monument de la diplomatie antique.

« Traité d'alliance arrêté par serment entre Annibal, général , Magon , Myrcal , Barmocar et tous les sénateurs de Cartbage qui se sont trouvés avec lui , et tous lès Carthagin is qui servent sous lui, dune part; de l'autre» entre Xcnopbane, Athénien, fils de Cléoinaque, lequel nous a été envoyé, en qualité d'ambassadeur, par le roi Philippe, Dis de Démétrius, tant en sou nom qu'au nom des Macédoniens et des alliés de sa couronne.

En présence de Jupiter, de Junon et d'Apollon; en présence de la divinité tutélaire des Carthaginois, et d'Hercule et d'iolaûs; en présence de Mars, de Triton, de Neptune; en présence des dieux qui accompagnent notre expédition, et du soleil , de la lune et de la terre; en présence des fleuves, et des prés et des eaux; en présence de tons les dieux que Cartbage reconnaît pour ses maîtres ; en présence de tous les dieux qui sont les maîtres de la Macédoine , et de tout le reste de la

Grèce; eo présence de tôt» les dieux qui président à la guerre et qui sont présents a ce traité, Annibal, général, et tons tes sénateurs de Carthage qni raccompagnent , et tons les soldats de son armée ont dit :

Sons votre bon plaisir et le nôtre, il y anra on traité d'amitié et d'alliance entre tous et nous , comme amis , alliés et frères, à condition que le roi Philippe et les Macédoniens, et tout ce qu'ils ont d'alliés parmi les autres Grecs, conserveront et défendront les seigneurs carthaginois et Annibal leur général , et les soldats qu'il commande, et les gouverneurs des provinces dépendantes de Carthage, et les habitants d'Utique, et toutes les villes et nations soumises aux Carthaginois, et tous les soldats et alliés , et tant villes que nations qui nous sont nnies dans l'Italie, dans la Ganlc, dans la Ligurie, et quiconque, dans cette région , fera amitié et alliance avec nous. Pareillement les armées carthaginoises, et les habitnnts d'Utique, et tontes les villes et nations soumises a Carthage, et les soldats et les alliés, et toutes les villes et nations avec lesquelles nous avons amitié et alliance dans l'Italie, dans la Gaule dans la Ligurie, et avec lesquelles nous pouvons contracter amitié et alliance dans cette région, conserveront et défendront le roi Philippe et les Macédoniens, et tous leurs alliés d'eutre les autres Grecs. Nous ne chercherons point à nous surprendre les uns les autres, nous ne nous tendrous point de pièges. Nous, Macédoniens, nous nous déclarerons de bon cœur, avec affection , sans fraude, sans dessein de tromper, ennemis de tous ceux qui le seront des Carthaginois, excepté les villes, les ports et les rois avec qui nous sommes liés par des traités de paix et d'alliance. Et nous aussi, Carthaginois, nous nous déclarerons ennemis de tous ceux qui le seront du roi Philippe, excepté les rois, les villes, les nations avec qui nous sommes liés par des traités de paix et d'alliance.

Vous entrerez, vous, Macédoniens, dans la guerre que nous avons contre les Romains, jusqu'à ce qu'il plaise aux dieux de donner à nos armes et aux vôtres un heureux succès. Vous nous aiderez de tout ce qui sera nécessaire, selon que nous en serons convenus. Si les dieux ne nous donnent point la victoire dans la guerre contre les Romains et leurs alliés, et que nous traitions de paix avec eux , nous en traiterons de telle sorte que vous soyez compris dans le traité, et aux conditions qu'il ne leur sera pas permis de vous déclarer la guerre ; qu'ils ue seront maîtres ni des Corcyréens, ni des Apollooiates, ni des Épidamniens, ni de Phare, ni deDimale, ni des Parthins, ni de l'Atintanie, et qu'ils rendront à Démétrius de Pharos, ses parents, qu'ils retiennent dans leurs états. Si les Romains vous déclarent la guerre, ou à nous , alors nous nous secourrons les uns les autres, selon le besoin; nous en userons de même si quelque autre nous fait la guerre, excepté a l'égard des rois, des villes, des nations dont nous serons amis et alliés. Si nous jugeons à propos d'ajouter quelque chose à ce traité, ou d'en retrancher, nous ne le ferons que du consentement des deux parties. •

Cbap. XXXIV. — Stibegerotque in consulatu Sardos. C'est dans son premier consulat, l'an 517, où il eut pour collègue Attilius Bulbus. 11 fut ensuite consul , pour la seconde fois, l'an 528, avec Q. Fulviua Flaccus, qu'il eut aussi pour collègue dans la censure.

Cbap. XXXV. — Marins Atfius medixtuticus. Medixtuticus était le titre dn premier magistrat de Capoue. Voyez XXIV, 19 et XXVI, 6. Dans la langue osque ou campanienne medix ou meddix signiOe magistrat , et tu-

ticus, suprême ; ce quf résulte des paroles d'Ennius, citées par Paul Diacre : Summus ibi capitur medix , veriditur aller. Selon Juste-Lipse [Epist. 1. 1; Qnœsl., 19) il faut écrire medtxtutichus.

Cbxp. XXXV. — Ut in pervigilio negtecta. On ne sait en l'honneur de quel dieu ou de quelle déesse se célébrait cette fête ou ce sacrifice nocturne. Voy. Juste-Lipse, Elect., Hv. I, ch. v.

Cbxp. XXXVII.— Tio. Sempronius mi Longo cognomen erat. Son surnom fait voir que c'est le même Tib. Sempronius qui fnt consul , avec P. Scipion , au commencement de cette guerre. Selon Pighius , il était proconsul cette année, et avait eitraordinairement pour province la Lucanie. H ne put l'avoir que de cette façon. Cependant Tite-Live n'en parle pas aux endroits où il énuraère les divers commandements et les provinces at tri buées à chacun d'eux. Il en est de même , dans le chapitre suivant, de la flotte du consul G race h us.

CaiP. XXXVIII. — Ad naves tiginti quinque, quibus P. Valerius prœfectus prœerat, viginti parandas aiias. C'est la leçon des manuscrits que conserve le texte de cette édition , malgré l'arithmétique , assez exigeante cependant pour qu'on y ait égard. Je ne parle ici que du texte et non de la traductlou , qui a raison de corriger le texte, mais qui bientôt, dans cette même phrase, aura tort à son tour de ne pas se corriger d'après le texte.

Voici en quoi cette leçon ne peut s'accorder avec l'arithmétique. D'abord c'est que 25 et 20 font 45, et non 50, comme cela devrait être d'après ce qui suit : quinquaginta nacittm classe ; car les cinq vaisseaux dont il est parlé ensuite, et qui devraient compléter le nombre de 50, sont compris dans les 25 premiers. Ensuite les 20 vaisseaux du second membre de phrase, réunis à 5 autres, en font 30 dans la phrase suivante. Ce qui n'est pas trèslogique. Le mal constaté, deux remèdes se présentent. Ou il faut transporter, avec Gronove, le quinque du premier tiginti, et le reporter à la suite du second ; de manière à avoir 20 dans le premier membre de phrase, et 25 dans le second ; ou bien il faut, avec Perixonius, ajouter seulement quinque au second viginti, de manière à avoir 25 des deux côtés. Ainsi, d'après Gronove, les 25 vaisseaux qui étaient primitivement sous le commande ment de Valerius Flaccus, se trouvent réduits à 20, à cause des cinq envoyés à Rome pour conduire les Macédoniens prisonniers. A ces 20 vaisseaux on en ajoute, pr un décret, 25 autres. Ces 25 lui sont envoyés d'Ostie avec les 5 vaisseaux qu'il avait détachés de sa flotte ; ce qui compose alors, comme il est dit, une nouvelle flotte de 30 vaisseaux , triginta naves ab Ostia. Et les deux flottes réunies forment un total de 50 vaisseaux, quinquaginta navium classe. La correction est simple, et le calcul facile, plus facile, du moins en apparence, que celui de Perixonius, qui conduit au même résultat, mais d'une manière qui semble moins nette et plus détournée. Aussi, au premier abord, je penchais pour la transposition de Gronove, avec Duker et Drakenl orch, qui la préfèrent, sans exclure cependant la leçon de Perixonius. Mais eu y réfléchissant, et surtout en examinant mieux le texte, je suis resté convaincu que celle-ci devait prévaloir, malgré toute autorité contraire. Car la difficulté apparente de calcul n'est pas fondée, et les raisons de décider en sa faveur me paraissent bien plus fortes que celles qu'on lui oppose.

On objecte d'abord qu'on ne peut dire que les cinq vaisseaux envoyés à Rome soient toujours sous le com-

HISTOIRE ROMAINE. - NOTES

mandement de Valérius Flaccus. Mais pourquoi non? li est très-régulier, an contraire, que ces vaisseaux , faisant partie d'une flotte attribuée, par un décret du sénat, à Valérius Flaccus, restent toujours sous ses ordres , sinon immédiatement , du moins par ses subordonnés ; car ils ne sont distraits de reste de la flotte que momentanément et par son ordre, et avec une mission particulière qu'il confie à un de ses officiers. Et de ce qu'ils partent d'Ostie avec les 25 nouveaux, on n'en peut conclure rien autre, sinon qu'ils lui sont renvoyés par la même occasion, sans qu'on puisse dire qu'ils soient compris dans cette nouvelle escadre.

On objecte encore, et sans plus de raison, que si on laisse subsister le premier viginti quinque, les cinq vaisseaux mentionués plus loin paraîtront entrer deux fois daos le calcul, puisqu'ils seront compris déjà dans ce nombre; et, qu'à moins d'une grande attention, on comptera 55 vaisseaux. L'objection ne porte donc pas sur le fond, puisque, en résumé, le résultat est le même. Reste donc la difficulté apparente. Mais elle est tout à fait nulle : c'est qu'on veut absolument voir entre les deux phrases une relation directe qui n'existe pas. Tite-Live dit qu'aux vingt-cinq vaisseaux de Valérius, parmi lesquels on ne distingue pas ceux qui sont actuellement et immédiatement sous ses ordres, et ceux qui ont pu être employés à quelque mission , un décret en adjoint 25 autres; autrement, qu'on élèfe le nombre de ses vaisseaux de 25 à 50. Et maintenant, sans autre liaison que la suite naturelle des faits, Tite-Live ajoute que ces vaisseaux décrétés, on les équipe; qu'une fois équipés , on les envoie. Et comme 5 vaisseaux de la flotte de Valérius, envoyés par lui à Rome pour conduire les Macédoniens prisonniers, s'y trouvent encore, on les lui renvoie en même temps, de sorte que la flotte qui sort d'Ostie se compose de trente voiles. Ce nombre trente est tout à fait indépendant de ceux de la première phrase. Il n'y a là aucune difficulté, et il n'est pas besoin de grande attention pour ne pas compter 55.

U est facile de montrer maintenant que pour la correction matérielle, ceUe qui porte sur la lettre même du texte, tout l'avantage est en faveur de Périzonius. D'abord on conçoit plus facilement qu'un mot comme çninque échappe du texte, qu'on ne conçoit une transposition à cinq ou six moto de distance. En outre la restitution de quinque au second viginti est fournie par le texte luimême, puisque ce viginti, augmenté de 5, devient 50 dans la phrase suivante. Mais il n'en est pas de même de la suppression de quinque au premier membre de phrase; elle ne résulte pas nécessairement du texte; et il laut toujours avoir la main plus légère pour supprimer que pour ajouter. Car il est de principe qu'on ne doit supprimer un mot, que lorsqu'il ne peut être conservé. Et puisqu'il suffit dune restitution exigée par le texte même, il faut se garder d'une suppression que rien ne nécessite absolument. Je croyais que la traduction avait adopté la correction deGrono^e, mais je m'aperçois qu'elle supprime le premier quinque , mais qu'elle ne le reporte pas à la suite du second viginti. Aux 20 vaisseaux de Valérius Flaccus ou en ajoute encore 20. Je voudrais savoir comment on arrivera ainsi à 50.

Dans la même phrase le texte porteparandas alias, et la

traduction admet l'autre leçon parafas alias, « tout'préts

à tenir à la mer.» Mais s'ils sont tout prêts, pourquoi les

préparer comme U est dit ensuite, his comparatis?

Cbap. XXXVIII.- Ver L. Apuslium legatum. L. Apus-

tius commandait à Tarante l'armée de Vairon, quibus L. Apustius legatus Tarenli prœerat; comment pouvait il amener de l'argent de Sicile à Tarente? Il faut probablement lire,avec plusieurs manuscrits, L.Antistius, qui était peut-être lieutenant d'Appius Claudius en Sicile.

Cbap. XXXIX. — Captiva navis una ex ils. € Un des

vaisseaux qui avaient été pris et envoyés à Rome. • Ce n'est pas le sens. Un seul navire avait été pris, ch. xxxiv :

Ubi navis occulta in statione erat Ad persequendam

retrahendamque navem. £t un peu plus loin , ch. xxxix , tantum navis una capta cum legatis momenti fecit. La phrase n'est pas très-nette; et cependant il n'y a pas d'autre moyen de l'expliquer qu'en interprétant ainsi : « Le navire prisonnier qui était un de ceux envoyés à

• Home ; c'est-à-dire, qui étaient venus à Rome avec les

• cinq vaisseaux charges de le conduire. »

Ibid. — Et Crito Bebocacs. Quoi qu'il y ait une roule de variantes sur ce mot, il n'est nulle part écrit ainsi. C'est peut-être une faute d'impression, au lieu de Berœœus. de la ville de Bérœa,» comme écrivent les meilleures éditions. La traduction donne aussi Berocœus.

Chip. XL. — In Pellitos Sardos. Les anciennes éditions portaient Pellidos Sardos; mais les meilleurs manuscrits donnent Pellitos. Ils étaient appelés ainsi à cause des peauc de bête ( mostruca ) dont ils se revêtaient. Cicéron appelle les Sardes ■ Pelliti testes »( Fragm. orat. pio Scauro), et ailleurs (de Provinc. cons., vu) ,mastrucali latruncitli. Et il faut probablement restituer ainsi un passage de Pline, XXXIII, 12 : Paternaque gente Petlitum, au lieu de paternaque gente appellatum.

Cbap. XLII. — Kunc proprœtorisunius. C'est une correction de Walcb , au lieu de prope unius, leçon des anciennes éditions , conservée par Créf ier, ou de proprii unius, donné par les meilleurs manuscrits et adopté par Gronove et Drakenborch. Mais cette correction admise dans le texte devrait se retrouver dans la traduction, où on n'en voit nulle trace.

Ibio. — Prœsidiumque missum nobis et Nolœ ademerit.

• Et tu auras ainsi détruit cette garnison envoyée contre « Nola et contre nous. »

Ce passage est fort controversé. Mais quelle que soit • la leçon suivie par cette traduction , et ce n'est pas celle de son texte; elle présente un contre-sens formel. Car on ne peut pas dire, a cette garnison envoyée contre Nola , » puisqu'il s'agit précisément de la garnison même de Nola, des troupes chargées de défendre cette \ille, parti ad tuendam Kolam prœsidii prœda sumus. Le sens le plus net est celui qui résulte de la leçon de Drakenborch, admise dans le texte de cette édition. « Ils seront la proie ■ de quelques Numides, qui serviront ainsi et à nous dé- « fendre et à priver Nola de ses défenseurs; . on plus littéralement, c ce secours que tu nous enverras, détruira « en même temps le secours de Nola , ou la garnison de

• Nola, • comme s'il y avait prœsidiumque missum nobis, et (pour etiam) Nolœ ( prœsidium) ademerit

Cbap. XLVIII. — Minime sis. inquit, cantherium tu fossa. Cantherius est un cheval hongre, du grec xavdriXte*, âne, mulet. C'est aussi un échalas, un pieu enfoncé en terre pour soutenir la vigne. On a donné plusieurs explications de cette phrase passée en proverbe, in rusticum proverbium inde prodita. Mais aucune ne semble bien satisfaisante, sans excepter celle de Crévier, qui voudrait y voir un jeu de mot, une allusion au nom patronymique

T1TK-LIVE.

de Claudius Asellus; mais cantherius slgnlfle-t-ll un âne , comme x&vNXiot en grec ? il n'y en a pas d'exemple.

Chap. XL VII. — Qui bedemtubis auxissenl palrimonia. Redimere 9 plusieurs sens en latin. Il signifie acheter; Cicér., qui mer ce s redimant, ut statim rendant— Racheter, acheter de nouveau. Cicér., Philipp., XIII, v : Pompeio sua domus patebit , eamque non minoris quant émit Antonius. redimet. — Délivrer, racheter, dans le même sens qu'en français , racheter un peuple de la servitude. Cicér., Offic, II, 16, redimere captos a servitule. — Il signifie encore, gagner, corrompre, redimere delàforent pecunia, redimere sententiam, judices, litem. D'où redemptor UHs, celui qui se charge d'un procès en toute responsabilité, moyennant certaine somme. Ce sens nous conduit facilement à celui-ci : entreprendre quelque chose a certain pris , à certaines conditions. Et de même que les mots locare et conducere ayant nn sens bien distinct , celui de donner en location et de prendre en location, sont cependant confondus quelquefois et pris l'un pour l'autre; de même aussi redimere a signifié nonseulement recevoir un certain prix pour se charger d'une chose, mais encore payer un certain prix pour être chargé d'une chose. Ainsi on a dit redimere vectigalia, prendre les impôts à ferme; d'où redemptor portus, redemptor sa- Un arum, metallorum, fodinarum, etc. Les publicains, qui avaient la ferme des revenus publics , étaient appelés redemptor es. Mais ce mot désignait proprement tous ceux qui se chargeaient de travaux publics , moyennant une certaine somme. Festus : « Redemptores proprie et anti- ■ qua consuetudine dicebantur, qui cum aliquid ad fa- • ciendum aut praebendum conduxerant effecerantque, € tum demum pecunias accipiebant.»

Redemptura, c'étaient les baux , les fermes, les concessions , adjudications de travaux, ou opérations publiques quelconques, moyeunant certaines sommes à recevoir, ou certaines redevances à payer.

Chip. XLIX. — Vetut tenore uno pertinebat. Cicéron emploie le mot pertinere dans le même sens, de Nat. Deor., 1, 14 : • Ratio qusdam pertinens per omnem re- « rum naturam. »

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