LIVRE V
Tite-Live, dans le livre V, rappelle moins souvent que dans le reste de son ouvrage les différences que présentaient les historiens qu'il avait consultes. Cependant on voit, par quelques passages et notamment par le cbap. xn, qu'il avait eu sous les yeux plusieurs auteurs.
Cbap. I. — Octo, quoi nunquam antea, creati. Tite- Live est ici en contradiction avec les fastes capitolins. On y lit que cette année, le censeur Poatumius Albinus et son collègue, dont le nom est effacé, fermèrent le seizième lustre.
Ce collègue de Posthumius était Camille. On peut en voir la preuve dans Plutarque ( Cam. 2 ) et dans Valère- Maxime ( 1. II, c. ix ), qui l'un et l'autre donnent à Camille, censeur, Postumius pour collègue, et attribuent à ces deux magistrats le décret condamnant à une amende les citoyens qui parviendraient à la vieillesse sans renoncer au célibat.
Ainsi Tite-Live, d'après le témoignage de ses devanciers, et par suite d'une erreur qu'oo aurait tort de lui attribuer, puisqu'il en témoigne son étonnement, aurait ajouté les noms des denx censeurs à la liste des tribuns militaires de cette année , dont le nombre n'aurait été réellement que de six.
Quoi qu'il en soit, il y eut quelquefois jusqu'à huit tribuns militaires ; c'était du moins sous les premiers empereurs une opinion répandue. Se fondait-elle uniquement sur ce passage de Tite-Live? C'est ce qu'il est impossible de décider. Voyez le discours de Claude déjà cité : • quid ■ i[n plfuris distribulum consulare imperium , tr bunos- • que militum consulari imperio appellstos , qui seni et
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• sa?pe octuni crearentur? • Voyez aussi Pomponius Sext. 1. 11, g 23, de orig. Jur. • Hique ( tribuni militum
• coDstituti sunt v ario numéro : iaterdum enim seni fueraat, iaterdum plures, nonnunquam pauciores. »
Cbap. II, — Auctor per collegarum interressionem tribuniciœpoleslatisdissolvendœ. Voyez livre IV, ch. xlvih. ISiebuhr voit, dans ce passage, une preuve que l'établissement du veto des tribuns date de cette époque ( 550 de Rome ). Il est en effet probable qu'il n'existait pas auparavant , puisque autrement il serait impossible de comprendre comment, en 350, quatre tribuns curent besoin de recourir aux prières pour sauver le consul C. Semprooius, accusé par un de leurs collègues (IV, 42), tandis que le veto d'un seul eût arrêté toutes les poursuites. Ou ne concevrait pas non plus comment, en 556, les sénateurs (IV, 48) furent obligés de gagner six tribuns, c'est-à-dire la majorité du collège, pour empêcher la loi agraire proposée par Sp. Mœcilius et Spl Metilius. Un seul eût suffi, si dès lors on simple veto eût pu tout empêcher.
Le veto aurait donc été accordé aux tribuns , suivant Niebubr, non pas l'année de cette loi agraire, mais en 549, sur la proposition d'Ap. Claudius, et dans l'intérêt des patriciens qui, perdant de leur influence sur les comices , avaient plus de peine à faire nommer en majorité leurs partisans daus le collège des tribuns. Ce qu'il y a de certain c'est que cette mesure ne peut se placer qu'entre 556 et 558, puisqu à cette dernière époque l'opposition de deux tribuns suffit pour arrêter la rogation contre Véies, et qu'en 577 Licinius et Sextius, en vertu de ce droit , empêchent les comices.
Nous verrons que l'arme forgée par les patriciens contre le peuple ne tarda pas à échapper de leurs mains, et qu'ils furent les premiers à en ressentir les effets.
Cbap. IV. — Labor toluptasque dissimitlima natura. Platon, dans le Phèdon, chapitrent, offre une pensée
analogue : Tovro ô xocAovatv àvdfxozoï tâù , ivacrcivt iîvcet r$ XvxvjpQ ' iàv ôi uç âtiiXYi rà irffov xai Àa/iSâv»?, ax«fov « àvayx&Çêoâou dct Aac/*64v«(v xai rà «rt/wv àxjxsp ix fuû<; xo/9vp£$ */j./«4vu
ai'*™. Voyez les notes de Witteubach, sur le Pbédon, p. 152; Lips. 1825,8°.
Ibid. — Kos intra vicesimum lapidem : suivant Cluverius (Ital. Ant. 1. Il, c. m, p. 530), il faudrait lire ici diiodedmum. En effet la distance qui sépare Rome de Véies, sur la table de Peutinger, est de douze milles. Cluverius s'appuie d'ailleurs sur ce passage de Pline ( Hist. nat., liv. III, c. ix) : « Tiberis citra tredecim millia pas-
• suum urbis, Veieutem agrum a Crustumino dirimit • ; et sur celui-ci de Denys d'Halicarnasse (liv. II , cb. liv ) : dx*X" njç'Pw/Mjfd/ipi toùç ixorov arccàiovi. Le mille romain valait, suivant M. Ideler, huit stades dix pouces cinq sixièmes; aiusi cent stades font environ douze milles et demi.
Iiid. — Si ad catcutos eum res publica vocet. Les Romains pour compter se servaient de petits cailloux ( calcu/i). Cic. Loti., xvi : « Hoc quidem est nimis exiguë
• et exiliter ad calculos vocare amicitiam , ut par sit ratio
• acceptorum et datorum. • Cf. Juveu., IX , 40 et suiv.
Ibid. — In pace nunquam/ida. C'est la leçon de Drakenborch. M. Lemaire a préféré /fd», d'après Bauer, auquel cependant fida parait être une leçon assez élégante ( Non inélégant leclio ).
Chap. V. — Castella. C'étaient d'abord de petits camps retranchés entourés de circonvallations ( Voy. Ces. B. G. VU» 69, et Guiscoard, htem. Mil., t. IV, p. 157 ). Plus
tard ce furent des lieux fortifiés et élevés, des châteaux forts.
Cbap. V. — Vallum fossamque... vineas testudinesque. On entendait par fossa, un fossé ordinairement profond de neuf pieds et large de douze, que l'on fortifiait d'un retranchement ( vallum) fait avec la lerre enlevée du fossé, et défendu par des pieux aigus qu'on y enfonçait. Les vineœ (Voy. Veget., IV, 15 et Lips. Poliorc, II, 7) étaient des machines faites en bois et en osier, et recouvertes de terre, de peau ou de tonte autre matière difficile à embraser. On les poussait en avant à l'aide des roues sur lesquelles elles étaient posées ( Sali. Jug. 76 ). Les assaillants, à l'abri de ces mantelets , faisaient jouer le bélier on essayaient de miner les murailles ( cf. chap. VII et X, 54; XXI, 7, 61 ; XXIII, 18). Quant aux tortues ( testudines ) elles différaient peu des mantelets pour la forme et pour l'usage. Elles étaient ainsi appelées parce qu'elles offraient aux soldats qu'elles abritaient un asile semblable à celui que la tortue trouve sous son écaille. ( Ca?s. B. G., V, 41, 50; B. C. II, 2, 14; Vitruv. X, 20; Lips. Poliorc.» t. 8; et Schweigh., sur Polyb. IX, 41, n. I.)
Cbap. VI. — Fustuarium. — Le supplice du bâton. Poybe l'a décrit , 1. VI, ch. 55 : « Le soldat , dit-il, qui a abandonné son poste est traduit devant le conseil , et s'il est condamné, il subit le supplice du bâton. Voici en quoi consiste ce supplice : le tribun prend un bâton , et ne fait que l'en toucher ; aussitôt tous ceux qui sont dans le camp se jettent sur lui et l'assomment à coups de pierre et à coups de bâton. Si le malheureux parvieut à s échapper, il n'est pas sauvé pour cela. Car quelle existence que celle d'un homme qni ne peut rentrer dans sa patrie, et à qui ses proches mêmes n'oseraient donner asile?
• Telle est la peine, ajoute Polybe, que l'on infligea ceux qui se sont rendus coupables d'un vol dans l'intérieur du camp, d'un faux témoignage, qui ont abusé d'un jeune homme, ou qui ont été punis trois fois pour la même faute. •
L'auteur des Commentaires sur la guerre d'Espagne cite, ch. xxvn, un exemple de l'application de cette peine: « Miles, qui fratrem suum in cas tris jugulasset, interce- « ptus est a nostris et fuste percusstis. »
U ne faut pas confondre ce châtiment avec celui de la vigne, tttis. qui était infligé pour des fautes beaucoup moins graves, et par les centurions eux-mêmes. V. Tacite, Annal., 1. 1 , cbap. xxiu.
Cbap. vu. — Agger. C'était une chaussée élevée, faite de bois , de claies et de pierres , et dirigée vers la ville assiégée. On en augmentait successivement la hauteur jusqu'à ce qu'elle égalât ou surpassât celle des murailles de la place. La chaussée, élevée par César au siège d'Avaricum, avait trois cent trente pieds de large et quatrevingts de hauteur.
Ibid. — Quibus census equester erat. Il ne suffisait pas d'avoir le revenu équestre pour avoir le rang de chevalier. 11 n'y avait de chevaliers que ceux à qui les censeurs accordaient un cheval acheté et entretenu aux frais de l'état , et, par cette raison , nommé publiais.
Ibid. — Mulliqiie ibi mortales. Expression d'un sens plus étendu que multi homines. Tile-Live en fait un fréquent usage. Elle était déjà fort employée par ses devanciers. Voyez Aulu-Gelle (N. A. XIII, 28) et M. Arra-
HISTOIRE ROMAINE. - NOTES
Cassan dans set notes sur les lettres inédites de Marc- Aurèle et de Frontou.
Cbap. VIL — Pedeslris ordiuis se nunc esse. On regarde généralement ce passage comme corrompu. Crévier propose de lire , pedestris ordinis vices aiunt nunc esse; Dœring , adesse, au lieu d'esse ; Cuper et Stroth., pedestris ordinis nunc esse operam reipublicœ , etc. ; mais tous ces changements paraissent peu nécessaires, car le sens de la leçon ordinaire est facile à saisir. « Un ordre de chevaliers volontaires fient de s'organiser; eux, à leur tour, font former un ordre de piétons volontaires. • Du reste, il ne faut pas prendre le mot ordre dans le sens politique, car à cette époque les chevaliers ne formaient pas encore un ordre à part.
Ibid. — Eqwti certus numcrus awis est adsignatus. Tite-Live ne marque point ici a quelle somme montait cette paie. Il dit ailleurs qu'elle était triple de celle de l'infanterie. A l'époque où écrit ait Polybe (VI, 59 ), le fantassin recevait deux oboles par jour ( 0,52 c. ), le centurion quatre ( 0,64 c. ) et le cavalier sis (0,96 c). Jusqu'à César la solde ne changea pas : César la doubla , et Domitieu y ajouta encore trois pièces d'or par an. (Suet. Jul.,26; Aug., 49; Domit.. 7; Tac. Ann.l, 17.) Ces dilTérenles sommes paraîtront assez élevées si Ton songe que le boisseau de froment ne valait ordinairement en Italie que quatre oboles, le boisseau d'orge que la moitié, et qu'un boisseau de froment suffisait à un soldat pour huit jours.
Cbap. IX. — Quum pedibus iretw. c Quand le sénat devait rendre un décret, on recueillait les voix per dicessionem , c'est-à-dire que le président faisait placer d'un coté de la salle ceux qui étaient de l'avis du décret, et d'un autre côté ceux qui étaient d'un avis contraire; delà les expressions de ire pedibus in sententiam alicujus, approuver le sentiment de quelqu'un , et discedere ou transire in alla omnia, être d'une opinion contraire. • ADku.Ant. Rom., 1,26.
Cbap. X. Quantum augebaiur mUilum numerus, tanto majore pecunia. Quelques manuscrits portent quanto , et les premiers éditeurs avaient adopté cette leçon. Depuis on a préféré quantum. Ces deux leçons sont également bonnes*: quanto se joint souvent à tanto, surtout lorsque ces adverbes sont suivis tous deux d'un comparatif. On en voit uo exemple dans la préface même de Tite-Live : Quanto rerum minus, tanto minus cupiditatis erat; et dans Ovide, Héroïde, IX, v. f 07 :
Qua tanto minor es. quanto te maxime rcrum , Quain quos vicùti , vincere majus erat.
Quelquefois l'on des deux adverbes seulement est suivi d'un comparatif; mais alors ordinairement les mots qui suivent l'autre expriment une comparaison. Ainsi, dans Ovide , Afélam. .1.1, v. 464 ,
yuan toque animalia ceduot Cuncta tibi , tanto miuor est tua gloria nostra.
quanto cedunt est pour quanto minora sunt. De même, Jtfètaro.J.XlIl» v.567,
Quanto dux milite major Tanto ego te supero...
tanto te supero est pour tanto te major sum; dans ce cas, au lieu de tanto on met quelquefois tantum ; ainsi nous verrous , 1. VI , ch. xxxvm : • Quanto jure potentior > intercessio erat , tantum vinceretur favore leguro ipsa- • rum.» Au reste, souvent aussi quantum est joint à tanto, comme dans Virgile, Enéide. 1. XII, v. 19.
Quantum tpse ferocl Virtute exsuperas , tanto me impensius xquum est Gonsulere.
et dans Salluste, Jug. Bell. c. lxxxv, « Quantum vita illorum praeclarior tanto horum socordia flagitiosior. •
Ibid. — Vnum bellum annum jam tertium trahi. T .a guerre de Véies durait déjà depuis cinq ans, et comme les tribuns devaient plutôt exagérer que diminuer le nombre des années, Crévier, d'après Glareanus, propose de lire quinlum au lieu de tertium ; mais Sigonius remarque avec raison qu'il y avait seulement trois ans que l'armée faisait des campagnes d'hiver, et comme c'était là surtout ce qui mécontentait le peuple, il n'y a pas lieu de changer le texte.
Ibid.— Lex Trebonia. Cette loi portait que • le magistrat qui proposerait au peuple romain l'élection des tribuns, la proposerait jusqu'à ce que le peuple en eût nommé dix. • (Voyez 1. III . c, lxv. ) Elle avait pour but d'empêcher la cooptation, c'est-à-dire la nomination d'un certain nombre de ces magistrats par les autres.
CfliP. XL — Cum ardèrent invidiœ. Cicéron a dit dans le même sens, CatU. II, xi, t Tum te non existimas in-
• vidia? incendio conflagraturum ? » et, liv. II, c. xv, ad Quint, fratr. epist. « H -S. Centies constituant in prero-
• gativa pronuotiare. Res ardet invidia. ■ Salluste, Juq., c. xxv, exprime plus simplement la même idée : « In invidia res erat. •
Ibid. — Plénum vulnerum ac patore. Cet emploi de deux régimes à des cas différents est remarquable ; au reste, ce n'est pas le seul exemple de cette construction qu'on rencontre dans Tite-Live. Voyez, entre autres, I. XXXVI, c. ni: • Nihil referre, ipsi coram. an ad b prasidium nuntiaretur.* Et, 1. XLV,c.xxxiv, «Tanta-
• que praeda fuit ut in eqxiitem quadringeni denarii, pe-
• ditibus duceni dividerenlur. *
Cbap. XII. — Reos condamnât. • C'était une peine bien légère pour une prévarication, ou plutôt pour une trahison si criminelle et si évidente, car ils ne pouvaient pas nier, l'un que, se voyant dans un danger extrême, il n'avait pas voulu avoir recours à son ennemi, l'autre qu'iniormé du danger de sou collègue il n'avait pas dai* gué le secourir. Une disposition si criminelle , qui attaque directement l'état , qui pour une pique particulière fait oublier tont ce qu'on doit a la patrie, et qui compte pour rien la mort d'un nombre considérable de braves soldats, demandait , ce semble , qu'on en fit une punition exemplaire et bien marquée, pour arrêter les funestes effets de ces sortes de jalousies et de dissensions, trop ordinaires parmi les généraux qui servent ensemble. Mais c'était une des maximes de la politique romaine de ne point exercer une sévérité excessive contre les généraux qui avaient mal réussi à la guerre. Le peuple romain , généralement parlant , était fort modéré dans la punition des coupables... Ils étaient punis ordinairement par de légères amendes on par t'exil , et peudant une longue suite d'années on ne voit qu'un très-petit nombre de citoyens condamnés à mort. Par rapport aux généraux, les Romains avaient une raison particulière d'user de beaucoup de douceur. Outre que les fautes d'un homme chargé du commandement retombaient directement sur le peuple qui l'avait mis en place , ils savaient combien le commandement d une année entraîne après soi de soins, de peines , d'inquiétudes , et ils ne voulaient pas y en ajouter de nouvelles en laissant à un général la crainte de se
voir condamné à on supplice honteux, s'il a?ait le malheur de réussir mal daos une campagne , ni rebuter par un tel exemple ceux à qui ils conflaient la conduite de leurs troupes. On sait comment Vairon fut reçu après la perte de la bataille de Cannes. • Kolmr , Hist. rom., li?. VI, ci.
Ibid. — Unus ex plèbe... P lieinius Caltus trihunus crearetur. Ce passage a fort embarrassé les commentateurs. D'abord ils ont remarqué que les familles des autres tribuns militaires , une seule exceptée , la famille Furia, étaient tontes plébéiennes. Elles ont toutes en effet fourni des magistrats plébéiens à la république, et ce passage de Tite-Live est le seul texte qu'on puisse faire ?aloir pour les compter au nombre des familles patriciennes. Comment d'ailleurs Licioius pouvait-il être un ancien sénateur, puisqu'on ne pouvait entrer au sénat qu'après avoir été revêtu d'une magistrature curule,et que le tribunal militaire, auquel Lieinius venait d'être élevé, était la première magistrature de ce genre accordée à un plébéien. Enfin comment pourrait-il être le frère du patricien Cn. Cornélius ? On a cherché è lever cette difficulté en supposant qu'Us n'étaient que frères utérins, et que la mère de Lieinius , devenue veuve, avait contracté avec nu patricien un second mariage d'où était né Cornélius; mais cela ne pou? ait avoir eu lieu que depuis la loi qui permettait les mariages entre les patriciens et les plébéiens, or cette loi n'existait qne depuis quarante années : Lieinius n'aurait donc eu que quarante-cinq ou cinquante ans tout au plus , et l'on ne concevrait pas comment Tite- Live aurait pu le désigner par l'épithètede refus senator. ni surtout comment son fils aurait pu être tribun militaire quelques années après. D'autres ont supposé que Cn. Cornélius était bien frère consangnin de Lieinius, mais qu'il avait été adopté par uu membre de la famille Cornélia , qui lui aurait donné son nom. Ils s'appuient sur un passage de Plutarque qui le nomme parmi les ambassadeurs envoyés à Delphes pour accomplir le vœu de Camille, et qui ajoute à ses noms celui de Authro»; mais dans cette hypothèse il eût dû s'appeler Licinianus et non Lieinius ; et d'ailleurs ou ne sait pas bien si une semblable adoption était alors permise.
Cbaf. XIII. — Lectisternium. Dans des circonstances difficiles ou importantes on offrait aux dieux des repas solennels auxquels présidaient des magistrats spéciaux , les épulons , au nombre de sept ( septemviri epulonum ). A cet effet ils dressaient dans les temples, autour d'une table somptueusement servie, des lits couverts de tapis magnifiques et des sièges garnis de coussins sur lesquels on plaçait les statues des dieux et des déesses invités au festin. Valère Maxime ( H, 1 , 2, ) nous apprend que , dans cette cérémonie, les divinités suivaient les nsages humains, que Jupiter était couché sur un lit ( lectisternium) tandis que Junon etMinerte prenaient place sur des sièges {sel' listernium). • Feminae cum viris cubantibus sedentes cœ-
• nitabant; qoœ consuetudo ex hominnm convictu ad
• divina pénétra vit. Nam Jovis epulo, ipse in lectulum ,
• Juno et Miner? a in sellas ad cœnam invitantur. » Voyez mes Monuments d'antiquité figurée, p. 210. Quelquefois aussi les déesses étaient couchées , comme dans ce passage, et XXI, 62; XXII, i0,etc.
Ibid. — Apollinem Latonamque. etc. Tite-Li?e est ici d'accord dans tous les détails avec Pison, cité par Denys d'Haiicarnasse dans les Excerpta d'Âng. Mai (XII, 9). M. Lachmann avait d'abord pensé que les divinités étaient
couchées deux à deux, et que par conséquent il (allai supprimer et devant Dianam ; mais il a reconnu que l'ancienne leçon devait être conservée, Diane ne pouvant être séparée de sa mère. Ainsi sur le premier des trois lite étaient Latone et ses deux enfants; sur le second, Hercule et Mercure; et sur le troisième, Neptune seul* comme supérieur aux cinq autres divinités.
On rencontre souvent Latone au milieu de ses dent enfants, comme par exemple dans les jeux séculaires dont Zozime fait mention , II , 5. Remarquez que cet auteur, au lien de notre lectisternium , place à la même époque des jeux séculaires, de même que les fastes capitolins portent à l'année 535 les troisièmes jeux séculaires , tandis que Tite-Live (XX, x ) y fait mention d'un lectisternium où nous retrouvons Apollon et Diane, qui ne sont jamais séparés dans les cérémonies de ce genre. Voyez , du reste, sur cette confusion, M. Ideler, dans les Mèm. de l'Acad. de Berlin (cl. phil., 1819, p. 152).
Ibid. — Veluti forte oblati. Drakenborch fait remarquer que veluti ne peut donner un sens satisfaisant , puisque ce n'est pas comme par hasard , mais bien réellement par hasard , que les fourrageurs romains rencontrèrent les débris de l'armée confédérée. Crévier, qui partage cette opinion , suppose que les manuscrits portaient vti , abréviation de quingenti, et que les copistes ont confondu avec veluti. Cette conjecture est ingénieuse ; mais tous les manuscrits, même le n. 5724 de la Bibliothèque du roi , qu'on regarde comme dn neuvième siècle , portent veluti , qu'il faut bien chercher à expliquer. Peut-être les débris de l'armée vaincue s'étaient-ils ralliés , et les généraux romains, sentant la nécessité de les anéantir, avaient-ils envoyé contre eux un détachement considérable ; mais pour éviter qu'ils fussent informés de cette expédition , on avait sans doute fait partir ce corps par petites bandes et de différents cotés, avec ordre de se diriger sur le point occupé par l'ennemi , qu'ils rencontrèrent comme par hasard.
Cbaf. XV. — Quod lacus in Albano nemore. On peut voir dans le livre de Divinalione, II, 52, un passage curieux où Cicéron se moque avec esprit de l'interprétation donnée à la crue extraordinaire dn lac d'Aine et à la voix qui se fit entendre quelques années après , dans la rue Neuve pour annoncer l'arrivée des Gaulois.
Ibid. — Deus mœnia Veintium deserturos non esse, • Les païens , dit Rollin , croyaient que les dieux tutélaires d'une ville, lorsqu'elle était sur le point d'être prisa par les ennemis, s'en retiraient. •
Excessere omnes adyUs arisque relictis Di quibus imperium hoc steterat...
dit Virgile ( ASn., 1. 11 , v. 551 ) en parlant de la ville da Troie. Les Ty riens, assiégés par Alexandre, s'imaginèrent qu'Apollon voulait les quitter et passer dans le camp de ce prince. Ils firent enchaîner sa statue avec une chaîne d'or à l'autel d'Hercule, pour empêcher ce dieu de s'enfuir ( Diod. Sic, 1. XVIL). • Cela tenait à cette idée généralement répandue dans l'antiquité païenne, que le spectacle de la destruction était fait pour souiller la divinité. Ainsi, dans Homère, Apollon s'éloigne d'Hector dès qu'il voit incliner vers l'Érèbe les balances d'or qui pesaient la destinée du héros troyeo ; ainsi , dans Virgile, Juturne s'empresse de quitter son frère dès qu'elle reconnaît, au frémissement de ses ailes, l'oiseau fatal qui vient lui annoncer sa mort.
Cbaf. XV.— Lacus in Albano nemore sineullis cœlestibus aquis... in altitudinem insolitam crevit. ■ L'agitation
HISTOIRE ROMAINE. — HOTES
des éléments qui t'était manifestée à la fin du troisième siècle dora toute la première moitié de celui-ci ; elle ajouts sui misères de la guerre du Péloponèse , qui , à cette époque , conduisit la Grèce à sa perte. Alors, dit Thucydide , nous ayons éprouvé ce qu'autrefois on ne connaissait que par tradition : des tremblements de terre s'étendant au loin avec une horrible ? iolence , des sécheresses épouvantables, et la famine venant à leur suite; enfin la peste elle-même ; l'Etna vomissait des fleuves de lave.
• C'est surtout l'histoire grecque qui nous parle de ces commotions terrestres. Cependant les annales romaines font aussi mention de calamités qui appartiennent évidemment à cette série de phénomènes. En 519 , le territoire de Rome fut ébranlé par de fréquents tremblements de terre , qui r< nversèrent beaucoup d'édifices ( Tite- Live, IV, 21 ); en 327 , les sources et les ruisseaux se desséchèrent, les animaux et les plantes languirent (Tite- Live , IV, 50) ; en 555, le Tibre était encombré de glaces : la neige avait sept pieds de haut , les toits de beaucoup d'édifices furent enfoncés , et les murailles s'écroulèrent au dégel ; les arbres fruitiers et les vignes gelèrent jusqu'à la racine (Tite-Live, V, 15; Denys, exe, YI, p. 7 ). C'était indubitablement la conséquence des convulsions intérieures qui se manifestaient par des tremblements de terre et des éruptions volcaniques. La crue subite des eaux du lac d'Albe n'a pas eu d autre cause ; elle ne peut être attribuée qu'à l'encombrement des courants souterrains.* (Nixsuiia., Hist. rom.. t. IV, p. 261 et suiv. delatr.fr.)
CfliP. XVI. — Romane aquam , etc. La formule de l'oracle et le merveilleux que présente le récit du siège de Véies dans Tite-Live prouvent, suivant M. Lacbmann, que notre auteur avait suivi d'anciens historiens. La narration que Cicéron ( de Dit?., 1 , 44 ) dit avoir empruntée aux annales est plus conforme à celle de Denys d'Halicarnasse <X1I, 16et 17, éd. Mai). Niebuhr, t. IV, p. 225, note 540 de la tr. fr., retrouve dans le texte de l'oracle plusieurs vers saturnins, que M. Hermann, de son côté (dans ses Elementa doctrinœ melrica, p. 617), a rétablis tels qu'ils devaient être avant les modifications apportées par Tite-Live. Les deux restitutions, il faut le dire, présentent de notables différences, et tout porte à croire que la plus vraisemblable est celle qu'a proposée le savant prolesseur de Leipxig.
Cbap. XVII. — Latinas ( ferias), les fériés latines. Ces fêtes avaient été instituées par Tarquin-le-Superbe pour perpétuer la mémoire du traité qu'il avait conclu avec les Latins et quelques peuplades des Herniques et des Volsques ( Voyez 1. 1, c. lu ). Quarante-sept peuples prenaient part au sacrifice qu'on y offrait chaque année à Jupiter, protecteur du Latium (JoviLatiari). Les Romains présidaient. Pendant la célébration de ces fêtes , toute querelle , toute guerre devait cesser. Tarquin n'y avait consacré qu'un seul jour; un second jour y fut ajouté après l'expulsion des rois; un troisième lors de la réconciliation du sénat et du peuple, en 261 ; enfin, un quatrième après la loi qui ouvrit le consulat aux plébéiens. Les fériés latines ne se célébraient pas à jours fixes; les consuls en déterminaient chaque année l'époque, et l'usage voulait qu'ils les célébrassent avant de partir pour leurs provinces.
Ibid. — Concepisse. C'est le mot propre. Les fériés Istines s'appelaient conceptiva parce que, comme nous l'avons dit plus haut, la célébration, quoique annuelle, ne revenait pas à des époques fixes.
Cbap. XVII. — Prœrogativa... jure vocatis tribnbuu Il s'agit ici de comices centuriates; il semble donc que Tite-Live aurait dû dire jure vocatis centuriis, et non jure vocatis tribuims. Mais ici par le mot tribubus il en» tend le reste du peuple. Qu'il fût divisé par centuries ou par tribus, il n'en formait pas moins le même tout. On ne peut pas expliquer autrement cet autre passage ( 1. VI, c. xxi ) : omîtes tribus bellum jusserunt, où , au lieu de tribus, il faudrait aussi, à la rigueur, centuriœ. Voyez , sur la centurie prœrogativa (prœ rogata ), les notes du livre III, cbap. li.
Cbap. XIX. — /Edem que Matutœ matris refectam dedteaturum. Hatuta , dont la fête s'appelait Matralia , et son fils Portumnus étaient identifiés là avec la Leucothée et le Mélicerte des Grecs. (Voyez Creuser, Symbol, trad. par M. Guigniaut, t. II , première partie, page 502; Ovide, Fast., 1. VI, v. 475 seqq. ; Cic, De nalur. deor., 1. II, c. 26. ) « Matuta, ou mater Matuta, était rapprochée nonseulement de Leucothée, ajoute M. Guigniaut, mais, à ce qu'il semble, dllithya ( Strab. I. V, p. 226; coll. Diedor, 1. XV, 1 4 ). Elle parait avoir été, à Rome du moins, plutôt encore la déesse du matin , la mère du jour, et par là même celle qui met au jour, qui aide à la naissance , qu'une divinité de la mer. Et pour tant elle avait un grand et riche temple S Pyrgi, port de Céré ou Agylla , en Étrurie. Son fils Portumnus avait aussi une chapelle dans le port du Tibre, et passait pour le protecteur de la navigation.»— Voyez encore Hartung, Relir gion der Rom., t. II , p. 75 et suiv., et K. O. Muller, Die Etrusker, LU, p. 56.
Ibid. — Jam ex lacu Albana aqua emissa in agrot. L'émissaire du lac d'Albe existe encore aujourd'hui et est l'un des ouvrages les plus remarquables de ce geure; mais il est fort douteux qu'il ait pu être construit en moins de deux ans, comme cela semblerait résulter du récit de Tite-Live (Voyez Niebuhr , t. IV, p. 228 de la tr. fr., et Chr. Muller, Roms Campagna, t. II, p. 85 et suiv. ). « Ce rat, dit Niebuhr ( t. IV, p. 265 de la tr. fr.), dans une lave de la dureté du fer qu'on perça une galerie S hauteur d'homme, large de trois pieds et demi et longue de six mille (Voyez la Campagna romaine de Westphal , p. 25, et comparez Nibby Campagna , t. II , p. 81 ). Sur la ligne qui marquait sa longueur, on perça environ cinquante puits jusqu'au sol du canal en construction; delà sorte, le niveau et la direction se trouvèrent bien déterminés d'une extrémité à l'autre. Cette méthode accéléra beaucoup les travaux , du moins dans la partie située vers la campagne ; car dès que ces puits avaient atteint le niveau , des ouvriers places dans chacun d'eux s'avançaient les uns vers les autres en taillant la pierre de deux côtés opposés. Pour dire jusqu'à quel point on jouit du même avantage du coté du lac, il faudrait savoir quelle était sa profondeur. Toujours, ces puits avaient-ils l'avantage de faciliter l'extraction de la pierre , d'ailleurs ils donnaient les moyens de curer le canal après sou achèvement; enfin on pouvait, au moyen de roues, s'en servir pour rarrosement des propriétés voisines. L'inspection des lieux a donné la certitude que, lorsqn'il n'y eut plus entre le lac et la galerie qu'une mince paroi de roc, on la perça; aussitôt on fit écouler l'eau jusqu'au niveau de l'embouchure , après quoi on revêtit de murailles en moellons le côté qui regardait le lac , en y construisant un magnifique portique. L'eau sert encore à arroser les champs arides de la Campagna , et le reste est emmené dans le Tibre par des ruisseaux. »>
Cbap. XX. — Dictât**, quumjam in manibus vident mctoriam esse. « La simple narration que le* annales nous ont donnée sur cette guerre, dit Niebuhr, s'arrête ici. Quant à ce qui coucerne la prise de la ville , le récit a fait place à une invention poétique qui fait partie des chants populaires ou, si l'on vent, de la tradition sur Camille. Chacun a là-dessus ses idées. Les traits de cette narration épique sont entièrement inconciliables avec l'histoire ; ils composent un ensemble qui , depuis ce moment, embrasse tout ce qui s'est passé jusqu'à la dernière victoire sur les Gaulois , au mont Albain ; Plutarque nous en a conservé la substance dans une biographie de Camille. Dans cette tradition, Véies est l'Ilion des Romaius, et c'est ce qui fait durer le siège dix ans. C'est elle que rattache la reddition de la ville au prodige du lac d'Àlbe ; c'est elle qui rend les dieux arbitres de son sort ; c'est elle encore qui fait expier la chute de Véies au peuple vainqueur et au général qui la commandait. A partir de cet instant , le sol historique nous manque entièrement. Je raconterai ce poème , en essayant de le ramener à sa forme primitive. ■
Recueillant en effet, dans Plutarque, dans Âppien, Diodore de Sicile, Zonaras,etc., les traditions les plus poétiques, c est-à-dire les moins vraisemblables, Niebuhr les raconte comme si c'était l'histoire, et rejette impitoyablement le simple récit de Tite-Live. Pour nous , nous l'avouons , noos ne pouvons acquiescer aux résultats d'une semblable critique. Entre deux récits d'uu même fait, nous adoptons malgré nous le plus vraisemblable , prenant pour règle de nos jugements cette sage maxime de Tite-Live luimême ( I. V, c. xxi ) : In rébus tum antiquis , si quœ similia vert sint, pro verts accipiantur, salis habeam.
Que le siège de Véies ait duré dix ans , c'est un fait suffisamment attesté par une foule de témoignages historiques et surtout par les fastes capitolins , qui nous ont conservé les noms des consuls ou des tribuns militaires de chacune de ces dix années. Les circonstances de ce siège en expliquent d'ailleurs la longue durée; et, après tout, l'histoire ne nous fournit-elle pas des exemples de sièges aussi longs, et même plus longs encore? La prise de Véies est incontestable , la crue extraordinaire du lac d'Albe ne l'est pas moins, puisque les travaux d'irrigation exécutés en cette circonstance ont laissé des traces qui se voient encore aujourd'hui. Que conclure donc de ce qu'un peuple ignorant et superstitieux a rattaché ces deux faits l'un à l'autre P Rien autre choie, selon nous , que ce qu'on a conclu du rapport que longtemps après , il a vu également entre la mort de César et l'apparition de la comète qui a semblé annoncer au monde romain ce funeste événement. Quel est le critique qui eût trouvé dans ce rapport une raison de nier l'un ou l'autre de ces faite?
Nous craignons fort que cette idée de Niebuhr, de voir dans la ville de Véies l'ilion de3 Romains, ne lui ait été inspirée par une allusion de mauvais goût . prêtée par Tite-Live au tribun militaire Ap. Claudius , dans son discours au peuple ( ch. îv ). Nous disons par une allusion de mauvais goût ; car à supposer que , dans ces temps d'ignorance, Ap. Claudius , à raison du rang élevé qu'occupait sa famille , et de l'éducation libérale qu'il avait dû recevoir, eût pu connaître les poèmes homériques, ou du moins les traditions qui en faisaient le sujet, pouvaitil supposer les mêmes connaissances à tout le peuple auquel s'adressaient ses paroles? Rien donc ne nous parait invraisemblable dans le récit du siège de Véies tel que nous l'a douné Tite-Live; et, comme il n'est contredit
par aucun autre témoignage historique , nous l'adoptons comme la vérité pour une époque aussi reculée.
Quant aux circonstances de la prise de Rome par les Gaulois , d'autres historiens s'accordent à les raconter autrement que Tite-Live , et nous concevons qu'entraîné par l'amour-propre national , il ait pu les altérer. Encore les reproches qu'on lui a adressés à cet égard sontils peut-être exagérés, c'est ce que je crois avoir prouvé plus loi a (sur le chap. xlix, p. 853 ), en répondant à une note du chevalier Folard , dont les adversaires de Tite- Live ont fait usage avec trop de confiance.
Chap. XXI. — Te simul, Juno regina. 11 est probable que Camille se servit d'une formnle analogue à celle que Macrobe (.Satura., I. III, c. ix ) nous a conservée, d'après le cinquième livre des Choses nacrées de Sammonîcus Serenus, qui lui-même l'avait empruntée, avec une formule d'évocation qu'on retrouve également dans Macrobe , à un très-ancien livre d'un certain Furius. Cette formule devait se réciter au moment du sacrifice, pendant l'inspection des entrailles des victimes.
Ibid. — Vt eam invidiam lenire, quam minimo suo prirato incommodo public o que , populo romano liceret. C'est le texte de Drakenborch , suivi également par M. Leroaire. Les premiers éditeurs, jusqu'aux Aides, avaient lu et ponctué autrement : « Ut eam invidiam le-
• nire, suo privato incommodo, quam minimo pnblico
• populi romani liceret • , en dondant à quam le sens de potius quam , comme dans cette phrase du liv. III, chapitre xl : « C. Claudii oratio fuit precibus, quam jurgio
• similis. ■ Cette leçon avait été préférée par Crévier et par Dureau de Lamalle; les deux passages suivants de Plutarque et de Val. Maxime semblent justifier cette préférence. El ii ref xocl np.U ôytlXircu rfjç notpeùcriç vj/*«aiç tvxpa- Çia$. «0x*/"« rocùrrjv inzip ri itàXit*>ç x« arpeerov 'Pœ/wdwv «lç «furvrdv iÀ«x«m»> xcoe£ TtXivrîoau. [ Plut, in Camill. ) — ■ Si CUi
» deorum nimia félicitas populi romani videretur , e jus
■ invidia suo aliquo incommodo satiaretur. • (Val. Max., 1. 1 , c. v, n. 2. )
Chap. XXII. — Deccm œstaies hiemesque circumsessa. « Quand on nous dit que pendant dix ans , hiver et été , sans aucune interruption , leur ville fut étroitement renfermée . ce n'est que pure invention poétique. A supposer même qu'il y eût dans l'enceinte de Véies des champs très-vastes , la famiue se serait déclarée en moins d'une année, et il aurait bien fallu qu'elle se rendit, comme autrefois Alhèues a Ljsaudre. • Nublhb, Histoire rom., t. IV, p. 216.
Évidemment Niebuhr, dans son désir de mettre toujours Tite-Live en contradiction aveclui-iuénie, lui fait dire ici plus qu'il ne dit réellement. Tite-Live ne dit pas que Véies fut étroitement enfarinée et sans interruption, pendant dix ans, par les ouvrages des Romains ; il dit même formellement ie contraire. Ainsi , au chapitre I . « Ita » muniebant, ut ancipitia munimenta essent; alia in
■ urbem et contra oppidanorum eruptiones versa ,
• aliis frons in Etruriam spectans auxiliis , si qua fort
• inde venirent , obstruebatur. » Cette phrase n'indique nullement une ligne de cireouv alla lion non interrompue. Il en est de même du mot hibernacula du cbap. u. La défaite de Sergius, au cbap. vin, sans que son collègue soit forcé de venir à son secours , et sans que la terreur de ses soldats se communique à ceux de Virginius, prouve assez que ces généraux commandaient deux camps séparés , et qui n'avaient entre eui aucuue cou muncation ; car, s'il eu eût été au-
HISTOIRE ROMAINE. - NOTES
treroent, la prise du camp de Sergius n'eût -elle pat ouvert à l'ennemi celai de Virginius? C'est ce qu'on peut déduire également des termes du récit de l'atiaqae des retranchements romains par les Capenates et les Falisqnes , au chap. mi. Enfin, ces mots du chapitre xix , densioraqiie castelh facta . prouvent incontestablement que les ouvrages des Romains autour de Véies consistaient uniquement en un système de forts détaches , qui, du moins jusqu'à l'époque on Camille prit le commandement du siège, pouvaient bien tenir en respect les Véiens et les empêcher d'aller ravager les campagnes romaines dans les intervalles des attaques , mais non leur couper toute espèce de communications avec le dehors.
Chap. XXII.— Deportanda Romam regina Juno. • La politique qui régnait dans la religion des Romains , dit Montesquieu , se développa encore mieux daos leurs victoires. Si la superstition avait été écoutée, on aurait porté chei les vaincus les dieux des vainqueurs ; on aurait renversé leurs temples ; et , en établissant un nou? eau culte, on leur aurait imposé une servitude plus grande que la première. On fit mieux : Rome se soumit elle-même aux divinités étrangères , elle les reçut dans son sein ; et par ce lien , le plus fort qui soit parmi les hommes , elle s'attacha des peuples qui la regardèrent plutôt comme le sanctuaire de la religion que comme la mai tresse du monde.
■ Mais pour ne point multiplier les êtres, les Romains, à l'exemple des Grecs , confondirent adroitement les divinités étrangères avec les leurs : s'ils trouvaient dans leurs couquétes un dieu qui eût du rapport à quelqu'un de ceux qu'on adorait à Rome , ils l'adoptaient pour ainsi dire, en Ini donnant le uom de la divinité romaine, et lui accordaient, si j'ose me servir de cette expression, le droit de bourgeoisie. Ainsi lorsqu'ils trouvaient quelque béros fameux qui eût purgé la terre de quelque monstre, ou soumis quelque peuple barbare, ils lui donnaient auist le nom d'Hercule. « Nous avons percé jusqu'à l'Océan , • dit Tacite ( de Mor. German., c.xxxiv ), et nous y avous « trouvé les colonnes d'Hercule ; soit qu'Hercule y ait été. «soit que nous ayons attribué à ce héros tous les faits « dignes de sa gloire... «Vairon a compté quarante-quatre de ces dompteurs de monstres ; Cicéron n'en a compté que six, vingt-deux muses, cinq soleils, quatre Vulcains, cinq Mer cures, quatre Apollons, trois Jupiters. Eusèbe va plus loin, il compte presque autant de Jupiters que de peuples.
• Les Romains , qui n'avaient proprement d'autre divinité que le génie de la république , ne faisaient point d'attention au désordre et à la confusion qu'ils jetaient dans la mythologie : la crédulité des peuples , qui est toujours au-dessus du ridicule et de l'extravagant , réparait tout. » Montesquieu , Politique des Romains dans la religion.
Chap. XXIII. — Tum Junoni Reginœ templwn in Atentino locavit. Cette déesse , que Tite - Live désigne toujours par le surnom de Hegina , Val. Maxime , liv. I , chap. vin, n.5,etLactance,l.II, Dicin. institue, vu, l'ont appelée Juno Moneta ; c'est à tort , car le temple de Junon Moneta ne fut élevé que longtemps après , dans la guerre contre les Aurunques, par le dictateur L. Fnrius, non pas sur l'Aventin, mais sur le Capitole, à la place qu'avait occupée la maison de Marcus Manlius Capitolinus. (Voyez Tite Live, VII, 28.)
Cbap. XXIV. Terna jugera et septunces. Trois arpents et sept douzièmes. Toutes les mesures se divisaient ,
comme la livre, en fractions duodécimales , que, par extension, on désignait aussi quelquefois par le mot unciœ.
Cbap. XXV. — PUento.... carpentis... uterentur. • Le pilentum était une voiture à quatre roues, commode et suspendue, pensile ( Servius , ad. JEn. t VIII, 666) . peinte ordinairement de diverses couleurs ( Isidore , XX, 12). La voiture dont les vestales se servaient eu commun , le carpentum , ainsi appelé, dit-on. de Carmenta, mère d*Evandre (Ovide, Fastes ,1. I,v.620), n'avait ordinairement que deux roues ; il était surmonté d'une impériale cintrée , et ressemblait au char des flamines , currus arcuatus (Tite-Live , 1. I , ch. xxi et xlviii; Suet., Tib. t 2; Claud. H). Quelquefois il était découvert. • An au, Antiq. rom., t. II, p. 465 de la tr. fr.
Cbap. XXVII. - Mos erat Faliscis. Priscien, 1 VIII, nous a conservé ces vers de Flavius Alphius Avitus, poète du siècle des Antonins, sur le maître d'école de Faleries:
Tum litterator creditos Ludo Faliscum liberos , Caussatus in campi patent Extraque muros ducere .
Spatiando paull-Uim trahit Hostills ad valli latus.
Seu tnte malis obéi des.
Seu tu te captivos habes.
ÎSiebuhr a révoqué en doute cette anecdote si honorable pour Camille. 11 y a pourtant peu de faits attestés par autant de témoignages historiques. Voyez Valère Maxime, 1. VII, c. v, ext. t; Frontin, 1. IV, c. iv, ex. < ; Plutareb., in Camill.; Dion. Cass., in Excerpt. Peiresc, p. 578; Aurel., Vict., de Vir.illust., c. uni; Zonaras, 1. VII , c. xxn.
Cbap. XXVIIT. — Haud procul freto sieuh a piratté Liparensium excepti. Il est plus probable que la galère fut capturée parce qu'on la prit pour un vaisseau de pirate» (Voy. Plutarque, Vie de Camille). Les Liparéens eu efTet étaient en croisière contre les pirates tyrrbéniens , et, loin d'enlever les offrandes destinées au temple de Delphes , ils en firent plus d'une sur le butin enlevé aux pirates. ( Voy. Strabon ,1. VI , c. u. ) M«yfom <** * Atxàpa
Kvcdtov dbrouoç tfy*}aaro àk xed eriXtp , xotl xpôç ràç rûw Tu/J/fcj-
vûv àmépoftiài jtoAùv xpdvov dvri«x iv » t**!**** igovacc ràç vvv Aiyo/iivcrç ArxatpaitHV wbffouf,... xecl ôà xcU rà Upày rov AxdUwvoç è*6ofujo* mXXàxtç rà iv A«Apo7$ àxà tûv àcxpo9r»lw. Le vase , dit
Plutarque , fut exposé à Delphes dans le trésor des Massiliens; mais il n'y fut pas longtemps conservé : Ooomarque le fit fondre. Cependant, en commémoration du présent , on garda la base d'airain avec l'inscription.
Ibid. — Litterœ a Postumio laureutœ sequuntur. ■ Lau- « rus triumphis proprie dicatur, vel gratissimadomibus, ■ janitrix Caesarum pontiQcumque; sola et domos eior-
• oat et ante limina excubat Romanis prœcipue lœti-
» tiœ victoriarumque nuntia additur litieris , et milituni
• lanceis , pilisque. Fasces imperatorum décorât. Ex bis
• in gremio Jo>is optimi maximique deponitur, quolies » tfftitiam nova Victoria attulit. • Pline, Hist. natur., 1. XV, ch. iiiix et xl.— Voyez M. J.-V. Leclerc, Journ. chez les Romains , p. 20 et suiv.
Cbap. XXX. Etlegem unaplures tribus antiquarunt, quam jusserunL Pour traduire exactement , il eût fallu mettre non pas plus de tribus , mais une tribu de plus. La loi avait été adoptée à la majorité d'une voii. C'est là le sens de una.
Les votaots te servaient , pour le rejet , de tablettes sur lesquelles étaient écrites deut lettres , A. P., abréviation de Antiquaprobo J'approuve les anciennes lois, je rejette les nouvelles. De là antiquare legem , rejeter une loi.
Pour l'adoption , leurs tablettes portaient Y. R., DU Rogas, comme tu le demandes, comme tu le veux, je suis de ton avis.
Ferre, rogare étaient les mots propres pour exprimer l'action du magistrat qui présentait uoe loi au peuple.
Jubere, sciscere exprimaient l'adoption de la loi par le peuple ; c'est de ce dernier verbe que vient plébiscita , plébiscite.
Ce 4P. XXXI. — Tradunt. Ce mot semble s'appliquer aux historiens romains, qui sans doute étaient d'accord sur ce point.
Ibid. — Censor. • H fant que je parle d'une magistrature qui contribua beaucoup à maintenir le gouvernement de Rome : ce fut celle des censeurs. Ils faisaient le dénombrement du peuple; et de plus, comme la force de la république consistait dans la force de la discipline, l'austérité des mœurs et l'observation constante de certaines coutumes, ils corrigeaient les abus que la loi n'avait pas prévus, ou que le magistrat ordinairo ne pouvait pas punir. Il y a des mauvais exemples qui sont pires que les crimes ; et plus d'états ont péri parce qu'on a violé les mœurs , que parce qu'on a violé les lois. A Rome, tout ce qui pouvait introduire des nouveautés dangereuses, changer le cœur ou l'esprit du citoyen , et en empêcher, si j'ose me servir de ce terme, la perpétuité , les désordres domestiques ou publics étaient réformés par les censeurs. Ils pouvaient chasser du sénat qui ils voulaient, ôter à un chevalier le cheval qui lui était entretenu par le public , mettre un citoyen dans une autre tribu , et même parmi ceux qui payaient les charges de la ville, sans avoir part à ses privilèges.
» M. Livius nota le peuple même, et de trente-cinq tribus, il en mit trente-quatre au rang de ceux qui n'avaient point de part aux privilèges de la ville. « Car, di- » sait-il , après m'avoir condamné, vous m'avez fait con- » sut et censeur ; il faut donc que vous ayez prévariqné ■ une fois en m'infligeant une peine, ou deux fois en me • créant consul et ensuite censeur. •
• M. Duronius , tribun du peuple , fut chassé du sénat par les censeurs , parce que, pendant sa magistrature , il avait abrogé la loi qui bornait les dépenses des festins.
• C'était une institution bien sage. Ils ne pouvaient ôter à personne une magistrature, parce que cela aurait troublé l'exercice de la puissance publique; mais ils faisaient déchoir de l'ordre et du rang, et privaient, pour ainsi dire , un citoyen de sa noblesse particulière. » Montesquieu, Gr. et Dec. des Rom., chap. vm.
Chap. XXXII. — Abstins quindecim millibus gravis arts damnatur. Plutarque ( Vie de Camille) et Zonaras, Annal., 1. VII, c. xxn , sont ici d'accord avec Tite-Live; mais Appien {de reb. ital. fragm. vin) élève beaucoup plus haut l'amende à laquelle fut condamné Camille.
Chap. XXXIII. — Ducentis quippe annis. Voyez M. Amédée Thierry, Histoire des Gaulois, introduction et première partie , c. i.
Chap. XXXIII. — Tuscorum ante Romanum imperium laie terra tnarique opes patuere. — Tite-Live présente ici les agrandissements successifs de la domination des Étrusques dans un ordre inverse à celui suivant lequel ils eurent réellement lieu. Le passage suivant, qui
nous empruntons à Schœll (Hist. abrèg. de la Ut t. rom., 1. 1 , p. 26 et suiv. ) résume d'une manière succincte l'opinion que les recherches de la critique avaient répandue dans le dernier siècle, en Allemagne, sur ce sujet intéressant.
• Ces peuples sont appelés par les Grecs Tyrrhéniens ou Tyrséniens ; les Romains les uommaient Tusques ou Étrusques; le pays qu'ils habitaient lorsque ces conquérants de l'Italie eurent les premiers rapports avec eux fut désigné sons la dénomination d'Étrurie; eux-mêmes s'appelaient Rasena.
» Les recherches des savants du dix-huitième siècle ont prouvé jusqu'à l'évidence que les Rasena étaient un même peuple avec celui que les Romains appelèrent Rhétiens. Cette identité se montre dans les noms de lieux et dans les monuments étrusques qu'on a trouvés dans le Tyrol. Les Rhétiens étaient Celtes , et par conséquent les Étrusques l'étaient aussi. Cependant, comme ils arrivèrent en Italie longtemps après les autres Celtes, et qu'ils eurent dans leurs institutions et leurs arts un caractère toutà-fait original, on doit les considérer comme un peuple particulier.
• Environ mille ans avant Jésus-Christ, si l'on peut s'en rapporter à la tradition et aux supputations chronologiques de leurs aruspices et au calcul de Fréret, les Tbyrrbéniens entrèrent en Italie par les défilés de Trente , et subjuguèrent ou chassèrent les Ombri , dont une partie se retira vers le midi. Les Étrusques se fixèrent sur les deux rives du Pô, jusqu'à son embouchure, et sur le Tésin , qu'ils ne passèrent pas ; ils ne purent pas non pins s'emparer de ce coin , ainsi que l'appelle Tite-Live ( 1. V, c. xxxm ), formé par les possessions des Vénètes sur les bords de la mer Adriatique; vers le midi, ils ne s'arrêtèrent qu'à l'embouchure du Tibre. Plus tard , et probablement à l'aide de leur marine, ils formèrent un établissement puissant en Campante, qui comprenait aussi le pays des Picentins, et s'étendait jusqu'au Siluro. Pline dit ( Hist. nat., 1. III, c. xx ) qu'ils creusèrent et approfondirent les embouchures du Pô , et que, desséchant ainsi les marais que formait ce fleuve , ils devinrent les créateurs du delta qu'enferment ses bras. Leur fortune fut à son apogée avant l'arrivée des colonies helléniques dans la Grande-Grèce; c'est alors qu'était vrai ce qu'en dit Servius : In Tuscorum jure ponte omrns Italia fuerat. ( In tân., 1. XI, v, 567.)
■ Une des choses qui caractérisent ce peuple, c'est la forme de gouvernement qu'il introduisit partout où il rat le maître. Lors de leur entrée en Italie , les Tyrrhéniens se composaient de douze tribus indépendantes les unes des autres , et commandées probablement chacune par un chef héréditaire qui portait le titre de Ijucumon. Cette division fut soigneusement conservée dans les nouveaux établissements qu'ils formèrent. Chaque tribu eut sa ville particulière : à chacune on assigna un district occupé par les habitants originaires qu'on avait trouvés dans le pays, et sur lequel la ville ou se fixèrent les vainqueurs obtint la souveraineté. Les douze villes ou tribus étaient liées entre elles par une confédération qui les unissait en corps de nation. Cette confédération fut établie dans le nord de l'Italie, que les Étrusques occupèrent- d'abord: ses limites s'étendirent vers le midi jusqu'à l'Arno; Maotua , Felsina on Bononia , Atria , Fabula? , Pisae . Lucca et Luna en faisaient partie. Lorsque, par la suite, ce peuple s'empara du pays renfermé entre l'Arno et le Tibre , et qui a conservé les noms d'Étrurie et de Toscane , il y fonda, d'après la même analogie, une seconde
HISTOIRE ROMAINE. - NOTES
confédération de douce Tilles, dont une fut sans doute assignée à chaque colonie sortie des filles souferaines de la confédération septentrionale. Les douze villes qui formèrent ce second corps de nation furent probablement Câpre, Tarquinii , Populonia , Volaterne , Arretium, Pelusia , Glusium , Rusella?, Gortona , Veii, Voisina et Capena ou peut-être Cosa ( Voyes page 820» col. I . ). Une troisième confédération se retrouve du côté de la Campanie; Gapoue et Nola, deux Tilles fondées et occupées par les Tusques huit cent un ans avant Jésus-Christ , en faisaient partie. (Strabon, 1. V, p. 571, éd. Almelof .).
• Nous a?ons dit que les rapports des douze filles de chaque confédération aux autres villes situées dans leurs territoires respectifs , étaient ceux de souverains à sujets, tels qu'ils existaient naguère dans quelques cantons de la Suisse; mais dans les villes souveraines, la totalité des habitants ne participait pas fi l'exercice de cette domination; le gouvernement n'était pas entre les mains du peuple : il était le patrimoine d'une caste héréditaire, à la fois investie de la puissance militaire, et chargée des fonctions sacerdotales.
•Les Étrusques furent asservis par les Romains l'an 474, qui répond è l'an 280 av. J.-C. La confédération du nord de l'Italie avait été démembrée trois cent dix-huit ans avant cet événement. Ce fut l'an 164 de Rome que les Gau lois, conduits par un chef nommé Bellovèse, passèrent les Alpes, fondirent sur les villes des Étrusques, ei les dépouillèrent de tout ce qu'ils possédaient au nord du Pô , a l'exception de Mantoue* qui probablement fut sauvée par sa situation. Les Étrusques se maintinrent aussi dans la possession d'Adria et des bouches du Pô, ainsi que de la Rhétie, que les Gaulois ne purent subjuguer. Depuis cet événement, ta baute Italie, où les Gaulois construisirent Milan , prit le nom de Gaina. • Voyez , sur les Étrusques, Ant.- Franc. Gori, Muséum etruscum cum Joh.-Bapt. Passerii diss.Yl. Florentin, 1757-1743; trois Toi. in-fol. — Recueil d'antiquités égyptiennes, étrusques, grecques et romaines, par le comte de Gay lus ; Paris , 1752 et soi?.; sept vol. in-4°. — Antiq. étrusques et rom., tirées dn cabinet de M. Hamilton, par d'Hancarville ; Naptes et Florence, 1766 et suif.; quatre vol. in-fol., etc.— Heyne , Origines , vestigia et memoriœ artium et litterarum in Italia antiqua ; in opusc. academ. vol. V. — J.-V. Mûller, Geschichte der schweizerischen Eidgenossensckaft, 1. 1, c. ▼. — V. Hormayer, Gesch. von Tyrol, prem. part, p. 126, n. 127.— Al. Tschudi, Haupluklusul zu VerschiedenenAlterthumern, p. 290.— Lanzi, Saggio di lingua etrusca e di altre anticke d'Halia ; Roma, 1789, vol. I, p. 2. — Niebuhr, ( Hist. rom., 1. 1 ), qui veut, lui aussi, que les Étrusques ne soient autre chose que des Allemands. — M. Amédée Thierry, Histoire des Gantois, prem. partie , chap. i , p. 1 4 , 2« édit., et surtout K. O. Millier, Die Etrusker, deux vol. in-8°. Ge dernier écrivain admet la tradition rapportée par Hérodote, qui donne aux Etrusques une origine lydienne , et qui fixe le point de leur premier établissement à Tarquinies. G'est à cette opinion qu'il faut s'en tenir ; tout en effet chez ce peuple, religion , art , idiome, forme des lettres, trahit une origine asiatique. Tel est aussi l'avis qu'ont adopté M. Miehdet, dans son Histoire romaine, 1. 1, Introd. cb. i, ; M. Golbéry, dans nn savant article sur les Étrusques < Encyclopédie des gens du monde, t. X, p. 210 ). M. W. Millingen , dans son savant travail on the late discovery of ancient monuments in Etruria ; et M. Walckenaer dans sa Géogr. anc.. histoire et camp, des Gaules, t. / , p.15,n.4.
Ibid. — Grœci eadem Thyrrhenum... tocant. Suivant une conjecture de M. Am. Thierry, les Grecs auraient formé le nom de Tyrseni ou Tyrrheni du nom national du peuple étrusque, précédé de l'article ta.
Cbsp. XXXIV. — Esonerare prœgravanteturba regnum cupiens. « Il se trouve une merveilleuse relation et correspondance en cette universelle police des ouvrages de nature, qui montre bien qu'elle n'est ny fortuite, ny conduire par divers maîtres. Les maladies et conditions de nos corps se veoient aussi aux états et police : les royaumes, les républiques naissent , fleurissent et fanissent de vieillesse, comme nous. Noos sommes subiectsè une repletioo d'humeurs, inutile et nuysible; soit de bonnes humeurs ( car cela roesme les médecins le craignent , et parce qu'il n'y a rien de stable chez nous , ils disent que la perfection de santé trop alaigre et vigoureuse , il nous la fault essimer et rabattre par art, de peur que notre nature, ne se pouvant rasseoir en nulle certaine place , et n'ayant plus où monter pour s'améliorer, ne se recule en arrière en désordre et trop à coup ; ils ordonnent pour cela aux athlètes les purgations et saignées , pour leur soustraire cette superabondance de santé ); soit repletion de mauvaises humeurs, qui est l'ordinaire cause des maladies. De semblable repletion se veoient les états souvent malades, et alors accoustumé d'user de diverses sortes de purgations; tantost on donoe congé à une grande mnltitude de familles, pour en descharger le paîs, lesquelles vont chercher ailleurs où s'accommoder aux despensd'aultrny; de cette façon, nos anciens Francons, partis du fond d'Allemaigne, veindrent se saisir de la Gaule et en descbasscr les premiers habitants : ainsi se forgea cette infinie marée d'hommes qui s'écoula en Italie sous Rrennus et aultres; ainsi les Golhs et Vandales, comme aussi les peuples qui possèdent à présent la Grèce, abandonnèrent leur nature) pals, pour s'aller loger ailleurs plus au large ; et à peine est-il deux ou trois coings au monde qui n'ayent senti l'effet d'un tel remuement. • Mortaignb, Essais, 11,25.
Ibid. — Nisi de Hercule fabulis credere libei. Voyez M. Am. Thierry, Hist. des Gaulois, prem. partie, c. i, p. 21. * édit.)
Ibid. — • Agrum Insubrium, etc. Sur les rapports historiques de ces deui peuples, (voyez M. Am. Thierry, loc. cit., prem. part., c. i , p. 16 et 42.
Gbap. XXXV. — Elitovio duce. Ce nom, suivant M. Am. Thierry, équivaut h celui d'ouragan. En langue gallique, Aile, jEU ( comp. à*xxà ), signifie vent , et dooh, impétueux , orageux.
Ibid. — Brixia. Dans le même idiome briga désigna une ville fortifiée.
Ibid. — Verona. « Fearann, habitation, colonie; ce mol parait composé de fear, homme , et de fonn , terre; fearfonn, terre partagée par tètes d'hommes. Voyez le dictionnaire gallique d'Armstrong au mot Fearann. • An. Tbiebbt, op. cit., p. 44 , note 3.
Cbaf. XXXVIII. — Subiidiarii. Ces vétérans d'élite étaient ainsi appelés parce qu'ils attendaient le moment de donner, un genou en terre sous le couvert de leur bouclier. Voyez Festus s. v. subsidium.
Ibid. — Brenmusregulus Gallorum. En langue gnllique, brtn, brenin , signifiait roi. Les Romains, comme le fait remarquer M. Ara. Thierry, prirent ce nom de dignité pour le nom propre du chef gaulois.
TITK-LIVE.
Cbap. XLI. — Tensas ducentibus. Ou appelait tensa une voiture magnifique à quatre roues et à quatre chevaux , ornée d'ivoire et d'argent , dans laquelle on transportait solennellement les statues des dieux enlevées de leurs sanctuaires, pour les placer, aux jeux du cirque, sur des lits appelés pulvinaria. Cette espèce de cbar tirait son nom de ses traits (lora tensa). qui étaient tirés par de jeunes garçons du premier rang, vêtus magnifiquement. Voyes Adam, Aniiq. Rom., t. II, page 466 de la trad. franc.
Cbap. XLV.— Ad aliam manum Tuscorumad satinas proffcti. — Vers Salines ; il eut été peut-être plus exact d'écrire vers Us salines ; car il semble qu'il est ici question des salines situées près de la ville d'Ostie ( Voy. 1. I, c. xxxiu ). Elles étaient primitivement exploitées par les Véiens,qui furent forcés de les abandonner aui Romains après la bataille gaguée sur eux par Romulus ( Denis d'Halte. 1. II; Plut., Vie de Romul. ). Ils essayèrent, mais sans succès , de les reprendre , sous Ancus Marcius (Den. d'Haï., liv. UI); ce prince les concéda à des fermiers, moyennant une redevance qu'ils payaient à l'état. Telle est l'origine de l'erreur commise par A uni. Victor, qui lui attribue ( De Vir. illust,, c. v ) l'établissement de l'impôt du sel. Cet impôt ne fut établi que par le censeur Livius, qui en prit le surnom de Salinator.
Cbap. XL VI. — Gabino cinctu. « La toge ceinte à la manière des Gabiens. Cette manière consistait a rejeter sur son épaule gauche, et derrière soi, un pan de sa toge, pour le reprendre sous le bras droit et devant la poitrine ; c'est dans cette attitude que les deux Dec i us se dévouèrent pour la patrie (voyez liv. VIII , c. ix , et 1. X, c. xxviii ) ; c'est dans ce costume que le consul ouvrait le temple de Janus ( Virg., An., liv. VIII, v. 612 ). • Cbévi bb.
Cbap. XLVU. — Anseres non fefellere. • Toutefois, dit Plutarque ( De la fortune des Romains ), la bonne fortune de Rome n'eut point encore faute de voix qui les peust avertir d'un si grand danger. Il y avoit des oyes sacrées à la déesse Juuo, que l'on nourrissait aux dépens de la république , en l' honneur d'elle , tout joignant son temple ; or est cest animal de nature fort paourenx et fort aisé à effrayer pour peu de bruit qu'il oye , et lors y ayant dedans la place fort es t roi t te nécessité de tous vivres , on ne se souciait pas beaucoup de leur donner à manger, de manière qu'à faute de manger, leur sommeil en es oit encore plus léger, au moyen de quoi elles sentirent incontinent les ennemis si tost qu'ils furent au dessus de l'enceinte de la muraille , et , criant effrooyeement , coururent à rencontre , tellement qu'elles remplirent la place d'un cri violent et aspre, qui es veilla les Romains, lesquels se doutans de ce que c'estoit , accoururent incontinent à la muraille, et en repoussèrent et précipitèrent à bas les ennemis. • En mémoire duquel accident , jusques aujourd'hui encore en triomphe la fortune, car on y porte, à certain jour, en procession , un chien pendu en croix et une 0)e portée eu uue petite litière sur un coussin fort somptueux et riche. • ( Traduction d'Amyot. )
Le premier soin des censeurs en entrant en charge était de pourvoir à la nourriture de ces aoimaui. Voyes Plut. Quast. rom., n. 98.
Cbap. XLVIII. — Dicitur panis jactatus esse. « Il est possible, dit M. Am. Thierry, que ce stratagème ait porté le hrenn à rabattre de ses prétentions; mais d'autres causes influèrent plus puissamment sans doute sur sa détermination. Il fut informé que les Vénctts s'étaient
jetés sur les terres des Boîes et des Lingons, et que, du côté opposé, les montagnards des Alpes inquiétaient les provinces occidentales de la Cisalpine (Polyb. II) Il s'empressa de renouer les négociations , se montra moins exigeant , et la paix lut conclue. ■
Le savant historien aurait pu ajouter encore une circonstance qni n'a pas échappé à Plutarque (Camille, c. xxviii ), c'est que les Gaulois, peu accoutumés à un climat aussi chaud , étaient décimés par les vapeurs pestilentielles , qui aujourd'hui encore rendent si dangereux, surtout en automne , le séjour de certains quartiers de Rome et de la campagne romaine.
Cbap. XLIX. — Sed diique et hominrs prohibitere redemtos rivere Romanos.— «Tite-Live, dit de Fotard dans ses notes surPolybe, donne souvent dans le merveilleux : c'est dommage. Sans cela , son histoire eût été beaucoup moins défectueuse. Il compose des victoires imaginaires par haine, par jalousie ou par esprit flatteur, pour rehausser la gloire ou couvrir la honte de sa nation. Sa partialité éclate surtout dans la victoire qu'il fait remporter à Camille sur les Gaulois , dans le temps qu'on était à peser l'or pour la rançon du Capitole, que les Gaulois tenaient assiégé après s'être rendus maîtres de Rome. Notre auteur ( Polybe) ne dit pas un seul mot de cette prétendue victoire. S'il en eût eu la moindre nouvelle , il en eût dit quelque chose, de peur de choquer les Romains par la suppression d'un fait de cette nature...
» M. Dacier, dans la préface de son Plutarque, prétend que Tite-Live n'en a point imposé à la postérité sur celte victoire de Camille. Les preuves qu'il allègue contre l'opinion de Polybe ne me paraissent pas fondées. « Il suffit, dit-il , que Plutarque ait Tite-Live pour garant • ( notes que le premier a copié le second ); « d'ailleurs, continuet-il , Polybe n'ayant écrit son histoire qu'après l'olympiade 121, près de deux cent quarante aus après cet exploit de Camille, on peut croire qn il n'était pas mieux instruit que Tite-Live, qui avait écrit la sienne avant la première année de l'olympiade 182, c'est-à-dire cent vingt-quatre ou cent vingt-ciuq ans après Polybe. • Quoi ! cette antériorité de temps de Polybe sur Tite-Live doit être comptée pour rien ! Ce savant homme soupçonne que Polybe , ami de Scipion , avait eu vue d'éclipser la gloire de Camille, dont l'éclat pouvait diminuer celle de son héros. Ce soupçon est-il bien légitime? De grâce, qu'on me fasse voir un seul historien latin qui ait relevé Polybe sur cela , au lieu que l'opinion de Tite-Live est combattue et repoossée parles historiens anciens; Suétone et Justin lui sont formellement contraires. Dacier cite le premier , il ne dit rien du second. Le bon est que Plutarque se dédit dans son traité de la fortune des Romains. « Si ce que Polybe écrit, dit-il , touchant les Gaulois qui prirent Rome est vrai. ■ Dacier fait bouclier de ce si. H dit qu'il marque son doute ; cela marque plutôt que ce fait de Camille était de l'invention de Tite-Live, et qu'il n'en avait aucun garant. D'ailleurs, Plutarque vivait dans un siècle inquisiteur et flatteur; il n'osait trop appuyer sur le sentiment de Polybe , de peur de déplaire aux Romains, outre que les ouvrages de Tite-Live étaient révérés , parce qu'ils commençaient à vieillir. Les fables les plus impertinentes et les plus fausses prennent à la longue la place de la vérité , et imposent aux esprits crédules. On croyait alors à Rome ce qu on ignorait du temps de Polybe.
• L'historien romain est démenti par deux autres dignes de foi : Justin et Suétone. Celui-ci dit que de Plutarque dans la \ ic de Camille . et de Den y s d'IUW
HISTOIRE ROMAINE. — NOTES
Druiits emporta de la Gaule, où il commandait en qualité de propreteur, tout l'or qui avait été donné autrefois aux Gaulois qui assiégeaient le Capitole , et que cet or ne leur fut point arraché par Camille , comme la renommée le publie. • Cela est formel. Cependant cette autorité ne parait point assez grave à M. Dacier pour tenir tête a Tite-Live. Si ce passage n'est pas d'un poids trébuchant, Justin le fera peneber tout à fait. Les ambassadeurs romains ayant traité les Ëtoliensavec beaucoup de hauteur, ceux-ci, qui n'étaient pas autrement endurants, se moquèrent de leurs rodomontades. • Ne vous avisez pus de » nous menacer, leur dirent-ils, est-ce qu'il y a quelqu'un
• sur la terre qui puisse ignorer que tous n'avez pu con-
• aerver votre ville de l'insulte des Gaulois? Les enavez- ■ vous chassés les armes à la main lorsqu'ils en furent les
• maîtres ? Ce ne fut que par votre or que vous la racbe-
• tàtes. •
« Je m'étonne que, parmi un si grand nombre de savants anciens et modernes, personne n'ait remarqué le ridicule répandu daus le récit que fait Tite-Live de cette affaire de Camille. Je ne vois rien de plus mal iuvenlé. Camille marche au secours du Capitole et entre daus Home , dout les Gaulois sout les maîtres. Il cainpa daus I enceinte de ses murs , comme dans une vaste campagne, aaus aucune opposition de la part d'une grande armée qui y loge. Il laisse là son armée , monte au Capitole , lui en personne, au travers des ennemis. 11 arrive dans le temps qu'on pesait 1 or. Il s oppose à la capitulation , la rompt comme faite sans ses ordres, lait remporter cet or. Brenuus , général des Gaulois , se plaint et s'emporte contre Camille : ils en viennent aux paroles. Les deux chefs se retirent , et le Romain tranquillement , quoique au milieu et à la discrétion de ses ennemis. Ils en viennent aux armes. Il se donne un grand combat dans Rome même , où deux grandes armées se trouvent au large. Brennus, qui craint l'événement d'un second engagement, se retire à la favenr des ténèbres. Le gênerai romain , averti de sa retraite précipitée , comme s'il en était a cent lieues, se met à ses trousses. Il le joint et donne la bataille de Gabies. Tite-Live , qui se défle de sa capacité dans le récit de l'ordre et des circonstances d'une bataille qu'il imagine, saute par-dessus comme il a fait pour le premier combat , de peur de donner dans quelques travers , sans penser que tout ce qu'il nous a déjà débité est absurde et digne d'être moqué. Il nous apprend une des plus grandes victoires que les Romains aient jamais remportées , et noua laisse là sans la moindre circonstance : cependant la défaite des Gaulois est si grande, si entière et si prodigieuse , qu'il ne se sauve d'un massacre si effroyable pas même un Gaulois pour en porter la nouvelle aux autres. En vérité , c'est trop présumer de son éloquence que de la croire capable de nous persuader de pareils contes. •
Tite-Live roérite-t-il les graves reproches que lui adresse Folard ? M. Laçhmanu a pris soin de répondre à cette question et de défendre notre auteur par de meilleurs arguments que Dacier. Tite-Live dit-il , ici comme ailleurs , parait avoir, du mieux qu'il lui a été possible de le faire, extrait ce récit de plusieurs auteurs qu'il a comparés entre eux; c'est ce que prouve avec évidence le passage du chapitre xli où, en rapporrant la tradition relative au grand pontife M. Fabius, il a soin d'indiquerqu'elle ne ae rencontre que dans quelques auteurs, suntqui... traitent. Comme il ne fait mention d'aucun dissentiment entre les écrivains qu'il consulte, on est autorisé à admettre qu'ils étaient d'accord sur l'ensemble, et cela explique la conformité que présente son récit avec celui de Denys d'Haly-
carnasse même , relativement à la défaite que Camille fait essuyer aux Gaulois ( Tite-Live, ch. xlix ; Plut., c. xxix; Denys, Exrerpta, p. 21 et suiv ). Ceux qui suivent l'autorité de Polybe ( I , v ; II, xvm et xxn ) prétendeut que ce récit n'avait pas de fondement , et avanceut une opinion qu'on peut réfuter par des témoignages certains. Eu effet Diodore , qui a surtout suivi les anciennes annales et Fabius, raconte aussi ( XIV, exiv et suiv. ) que Camille, eu délivrant Rome , reprit l'or livré aux Gaulois , et que ces derniers furent défaits, à huit milles de Rome, sur la via Gabina. Il en est de même de Denys, qui, la plupart du temps, se sert d'autres aunales, d'Ovide (Fast., VI, 551 et suiv. ), de Verrius Flaccus (dans Festus, s, v. vœ victis ), de Claudius Quadrigarius, dont Tite-Live a fait aussi usage en cet endroit, et qui rapportait les mêmes faits avec plus de développements encore ( voyez Aulu-Gelle, XVII, h ); de Cassius Hennina, plus ancien encore, suivi par Appien {Celt. fr. t VI, p. 81 et suiv. éd. Schweigb&'user, et les Exercitationes de ce savant sur Appieu , p. 58 }. De toutes ces autorités il résulte que la narration qu'on croit si tardive se trouvait daus les anciennes annales , et que Tite-Live a pu la suivre sans hésiter. Il ne s'ensuit pas toutefois que cette tradition fût la seule et qu'elle fût exempte d'exagération et même de mensonge; mais ce qu'il y a de certain , c'est que Tite Live ne l'a point inventée : il l'aura préférée comme plus glorieuse pour les Romains , c'est le seul reproche qu'on puisse lui faire. Du reste, des trois passages deJuslin (XXVIII, u , XXXVIII , tv, et XLUI ) invoqués contre Tite-Live, les deux premiers ne peuvent être regardés comme ayant une valeur critique bien réelle, puisqu'ils se trouvent dans des discours que l'auteur fait tenir à des ennemis de Rome, et ne prouveraient pas contre la tradition reçue, et du troisième on pourrrait seulement tirer cette conséquence que la rançon avait été payée. Quant à l'anecdote racontée par Suétone (Tib., III ), M. Lachmann pense qu'elle fut inventée tardivement par la famille Claudia.
Coap. h.—Aio locutio. Voy. ch. xv. On peut voir daus le de Ditinit.,liv. 11, c.xxxn,le cas que Cicéron faisait de cette divinité. ■ Vous rappelez , dit-il en cet endroit, les prédictions de Véiea, qui annonçaient la perte de Rome, si le lac d'Albc débordait et s'écoulait vers la mer, et celle de Véies, s'il était retenu. Les eaux d'Albe furent employées, je pense, à l'irrigatioo de nos terres, et non pour conserver la ville et la citadelle. Peu après , une voix avertit qu'il fallait se garder que Rome ne fût prise par les Gaulois ; et depuis on éleva dans la rue Neuve un autel à AIusLoqueus. Eh bien! qu'eo arrive-t-il? Cet Aïus- Loquens, qui jasait et parlait quand personne ne le connaissait, et qui de la parole a pris sou double nom , se tait d puis qu'il a obtenu une résidence , un autel , un nom. (Traduction de M. de Golbéry.)
loin. — Dictator... ita rerba fecil. On peut voir sur les longs discours que les historiens anciens introduisent dans leurs ouvrages , l'opinion judicieuse de Voltaire , Dirtion.phil., au mot Histoire.
Chip. LIV. — Non sine causa dit hominrsque hune urbi condendœ locum elegerunt. «Sous le rapport du lieu, dit Cicéron dans sa République, U , 5-6, et ce point doit être la principale prévoyance de quiconque veut jeter le germe d'une cité durable, Romulus choisit la situation de sa ville avec une merveilleuse convenance. En effet, il ne la rapprocha point de la mer, ce qui lui était si facile avec les forces dont il disposait , soit en avançant sur le territoire des R ulules et des Aborigènes , soit en venant bâtir
la nouvelle cité à l'embouchure du Tibre, dans le lieu même où longues années après , Ancus Martius conduisit une colonie. Mais cet homme, avec la prévision d'un génie supérieur, comprit et observa que les sites voisins de la mer n'étaient pas les plus favorables pour y fonder des villes qui prétendissent a la durée et à l'empire...
Romulus pouvait-il donc , et pour réunir tous les avantages d'une situation maritime, et pour en éviter les dangers, être mieux inspiré qu'il ne le fut, en bâtissant Rome sur la rive d'un fleuve dont le cours égal et constant se décharge dans la mer par une vaste embouchure, de sorte que cette ville peut recevoir par mer tout ce qui lui manque , et renvoyer par le même chemin sa surabondance; et qu'elle trouve dans le même fleuve une communication , non-seulement pour faire venir par la mer tous les produits nécessaires au soutien et à l'élégance de la vie, mais pour les tirer de ses propres campagnes ; aussi , je croirais que Romulus avait pressenti des-lors que cette cité serait un jour le siège et le centre d'un puissant empire. Car, placée sur tout autre point de l'Italie, jamais ville n'aurait pu maiutenir une si vaste domination.
t Quant aux fortifications naturelles de Rome , quel homme est assez indifférent pour ne pas en avoir dans l'esprit l'exacte connaissance et comme le dessin. Tels furent d'abord le plan et la direction des murs , qui , par la sagesse de Romulus et de ses successeurs , confinaient de toutes parts à de hautes et rudes collines, que le seul passage ouvert entre le mont Esquilin et le mont Quirinal se trouvait fermé par on rempart et un immense fosié; et que la citadelle s'appuyait sur un rocher coupé à pic, et d'un abord assez impraticable pour avoir pu, même dans cet horrible débordement de l'invasion gauloise, se conserver libre et hors d'atteinte. Il choisit d'ailleurs uu lieu rempli de sources vives, et remarquable par la salubrité, au milieu d'une région pestilentielle. Il s'y trouve en effet des collines qui tout à la fois appellent un air plus vital et protègent la vallée de leur ombre. • ( traduction de M. Vjllkmain. )
Chsp. LV. — Signifer statue signum : hic manebimus optime. Le même fait est rapporté par Val. Maxime, 1, 5.