DÉFECTION D'ANDRÉ DORIA
conséquent tout le royaume. Ce Philippin, lieutenant d'André Doria, gagna, près Capo Dorsa, une belle bataille navale contre Ugo Moncado1 et le marquis du Guast2, lesquels voulaient secourir Naples; mais de cette victoire vint notre ruine. Philippin ayant envoyé les prisonniers à Gênes à son oncle, et le roi les voulant avoir, le sieur André Doria ne les voulut rendre, se plaignant qu'il avait délivré le prince d'Orange au roi sans récompense : le marquis du Guast, homme fin et rusé s'il en fut jamais, et qui a été grand guerrier, sut si bien ébranler l'esprit mal content d'André Doria, qu'enfin il tourna sa robe, et se rendit à l'empereur avec douze galères. Le roi notre maître était bien averti de ses pratiques; mais il avait le cœur si gros, et se sentait si offensé d'André Doria, qu'il ne le voulait réconcilier : dont il se repentit tout à loisir; car depuis il fut cause de beaucoup de pertes qui advinrent au roi, et même de la perte du royaume de Naples, de Gênes, et autres malheurs. Il semblait que la mer redoutât cet homme ; voilà pourquoi il ne fallait pas, sans grande occasion, l'irriter ou le mécontenter: le roi peut-être en avait quelque autre occasion.
Nos galères arrivèrent à la fin, et apportèrent le prince de Navarre, frère du roi Henri, avec quelques gentilshommes de sa suite seulement,