MONTLUG PART POUR LE PIÉMONT
monsieur le grand maître, comme fut aussi Saint- Venant, après que nos ennemis n'eurent pu rien faire devant Therouanne, laquelle M. d'Annebaut rafraîchit à la barbe des ennemis : mais, par malheur, à la faute de quelques jeunes gentilshommes qui voulurent rompre'leurs lances, ils cherchèrent les ennemis, lesquels les défirent; tout fut pris, le sieur d'Annebaut et autres. Peu de jours après, les Impériaux se retirèrent, comme fit aussi le camp du roi. Quant à moi, voyant qu'on ne ferait pas grand cas en ce quartier-là, je m'en retournai après en Provence, où j'avais laissé mes grands chevaux et armes ; et, huit ou quinze jours après, je reçus un paquet dudit seigneur grand maître, où î il y avait une commission pour dresser deux enseignes, et marcher en Piémont, où le roi s'en allait pour secourir Turin, étant M. de Boutières dedans. Et incontinent je montai en poste pour m'en venir en Gascogne : de sorte qu'en huit jours j'eus dressé les deux compagnies, desquelles je fis mon lieutenant le capitaine Merens; et étant près de Toulouse, je lui laissai la troupe, et pris la poste, ayant entendu que monsieur le grand maître était déjà arrivé à Lyon, et qu'il marchait en hâte pour aller gagner le Pas de Suze, où il montra qu'il n'était pas apprenti à la guerre : et, voyant que je ne me pouvais trouver, avec les compagnies, près de lui à ce combat, je m'y voulais trouver seul. Je ne sus toutefois faire si bonne diligence, que je ne trouvasse le roi à Saorgio, et monsieur le grand
maître était deux journées plus avant. Sa Majesté me commanda de m'en retourner au devant de mes compagnies, de me rendre avec Ambres et Dampons, qui en avaient chacun deux autres, et que M. de Chavigny nous commanderait, me mandant en outre que nous allassions mettre le siège devant Barcelonnette, et nous saisir de toutes les villes des environs.
Comme je fus à Marseille, on m'avertit que mes deux compagnies s'étaient débandées ; car, comme l'ambition du monde est grande, mon frère, M. de Lioux, manda à mon lieutenant qu'il l'attendît temporisant par le pays, parce qu'il rassemblait une compagnie, et que, sous l'escorte des deux miennes, il marcherait : mon lieutenant, mal avisé, s'y accorda, nonobstant la promesse qu'il m'avait faite de faire cinq lieues par jour ; mais, comme mon dit lieutenant eut laissé le grand chemin, et tourné devers l'Albigeois pour temporiser, il se rendit devant une ville nommée L'Isle, où les habitants de celle-ci refusèrent les portes : ce qui fut cause qu'il y donna l'assaut, et l'emporta. Mondit frère, qui était à une journée de lui avec sa troupe, ne sut arriver que cela ne fût fait; et, après qu'ils eurent saccagé ladite ville, ils eurent si grande crainte de marcher, que tous se débandèrent. Un chef ne doit guère abandonner sa troupe, si ce n'est par grande occasion : le désir que j'avais d'être des premiers me fit quitter la mienne ; ce qui fut cause de ce désordre. Je fus contraint de redresser deux autres