MONTLUG BLESSÉ DEVANT BARCELONNETTE
compagnies en Provence, là où monsieur le comte me favorisa fort, en faisant ma revue à Villeneuve f d'Avignon. Je fis si grande diligence, que j'arrivai encore deux jours plustôt qu'Ambres ni Dampons aux vallées, et pris le château et la ville de Mieulan, où je fis halte, attendant M. de Ghavigny et les compagnies desdits d'Ambres et Dampons, qui combattaient le passage du Lauzet ; lesquels n'y eussent su entrer, car toutes les vallées étaient là qui le défendaient. Et, comme les Espagnols, qui étaient à Barcelonnette, et qui étaient aussi allés défendre le passage, entendirent que j'avais pris Mieulan, ils se retirèrent par les montagnes, car je tenais le grand chemin vers Barcelonnette ; et les communes, voyant que lesdits Espagnols s'en allaient, abandonnèrent de nuit le passage; au moyen de quoi ils entrèrent dedans. Nous allâmes assiéger Barcelonnette , devant laquelle nous demeurâmes trois semaines, où j'eus une arquebusade par le bras gauche : toutefois ne me toucha à l'os, ce qui fut cause que je fus bientôt guéri. Puis après, le roi ayant secouru Turin, Sa Majesté s'en retourna. Et, pour ne m'être pas trouvé en Piémont, tous trois fûmes mandés d'en ramener nos compagnies. M. d'Ambres s'en alla trouver Sa dite Majesté en poste, et fit tant qu'il lui en laissa une ; et, comme j'entendis la grande difficulté qu'il y avait eue, j'en ramenai les miennes en Provence, et me retirai en ma maison. Aussi fit-on une trêve pour dix ans, voyant qu'on n'avait pu faire la paix. J'ai voulu
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mettre ceci par écrit, encore que ce ne soit rien qui vaille, pour montrer à tout le monde que je n'ai jamais été en séjour, mais toujours prêt au premier son de tambourin. Les jours de paix m'étaient des années.
[1538] Sur la fin de cette guerre, le roi honora monsieur le grand maître de l'état de connétable, lequel avait toujours vaqué, comme a il fait jusques ici depuis la mort du seigneur de Montmorency : ce que nos rois ont fait, à mon avis, pour ôter la jalousie entre les princes, et pour le danger qu'il y a de mettre une si grande charge en la main d'un seul, témoin Saint-Pol et Bourbon. Ce dernier Montmorency a été bien fidèle, et est mort au service de Sa Majesté, s'étant toujours montré grand et sage capitaine. La vérité me force de le dire, et non pas obligation que je lui aie, car il ne m'a jamais aimé, ni les siens aussi.
[1539-1 540] Pendant cette trêve, j'essayai, mais en vain, d'être courtisan ; je fus toute ma vie mal propre pour ce métier : je suis trop franc et trop libre ; aussi y trouvai-je fort peu d'acquêt.
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