‹ Commentaires (volume 2)Chapitre 36 sur 105 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Siège de Perpignan. — Harangue de Pévêque de Valence, frère de Montluc, au doge et au sénat de Venise.

[1541] Or, après le vilain et sale assassinat qui fut fait aux personnes des seigneurs Fregose et Rincon, ambassadeurs du roi notre maître, piqué d'un tel outrage, et voyant qu'il n'en pouvait avoir raison, il délibéra rompre la trêve ; et, pour cet effet, il dressa ses armées, l'une desquelles il donna à M. d'Orléans, qui fut à Luxembourg, et l'autre à M. le dauphin, qui vint en la comté de Roussillon, pour la remettre en l'obéissance de son père, ayant M. le maréchal d'Annebaut, qui depuis a été amiral, avec lui.

[1542] Et, par ce que j'entendis que ledit seigneur maréchal menait les compagnies de Piémont, que M. de Brissac commandait, et encore avec lui un ingénieur nommé Hieronimo Marin, qu'on estimait le plus grand homme d'Italie pour assiéger les places, il me prit envie d'aller au camp pour apprendre quelque chose dudit ingénieur : et comme je fus là, je me rendis près de M. d'Assier, qui commandait l'artillerie en l'absence de son père, lequel ne bougeait d'auprès dudit Hieronimo

Marin, et je fus aux approches qui se firent de la cité w de Perpignan, laquelle on assiégea : mais dans deux nuits je connus qu'il ne faisait rien qui vaille ; car il commença les tranchées si loin, que de huit jours il ne pouvait être en batterie, ainsi que luimême disait ; et je lui répondis que dans ce termelà les ennemis auraient fait leur ville quatre fois plus forte qu'elle n'était par ce côté. Pour cette entreprise, le roi avait dressé une des plus belles armées que j'aie jamais vues : elle était de 40,000 hommes de pied, 2000 hommes d'armes, et 2000 chevaux légers, avec tout l'attirail nécessaire : M. de Montpezat en avait été l'auteur. Mais l'Espagne était toute informée de son entreprise ; et, encore que la ville fût bien munie, je peux bien dire que si M. le maréchal d'Annebaut m'eût voulu croire, il en fût venu à bout. Je l'avais très-bien reconnue parce que M. le connétable, étant allé à Leucate, traitant la paix quelques années auparavant avec Granvelle, député de l'empereur, m'avait envoyé avec le général Bayard^et le président Poyet, qui depuis a été chancelier ; auxquels le député de l'empereur donna la permission de s'aller ébattre audit Perpignan pour trois ou quatre jours, par le moyen de M. de Veli, ambassadeur pour le roi. Ledit seigneur connétable me fit prendre les habillements du cuisinier de M. de Poyet, afin que, sous cet habit, je reconnusse la place ; et encore y pensai-je moi-même être reconnu. Cependant je trouvai commodité, par le moyen !

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